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Boulevard du Genre : (#0) Présentation

Boulevard du Genre

Cette toute nouvelle rubrique propose de mettre en lumière des pépites du cinéma de genre (horrifique, fantastique et d’aventures), passées en leur temps sous les radars de la cinéphilie respectable. Fort heureusement, les temps ont changé ; et le regard sur les films aussi. Ce qui passait autrefois pour des bobines méprisables, devient de nos jours l’objet de toute notre attention.

Car un film, quoi qu’on en pense par ailleurs, en positif ou en négatif, restera toujours la matérialisation d’un rêve qu’une poignée de doux rêveurs avait hâte de mettre en images, en musique et en sons, pour le projeter sur un grand écran devant son public, acquis ou pas à sa cause. En cela, le geste filmique, la réalisation de l’objet cinématographique, est respectable, et mérite que nous passions du temps à l’analyser plus en détail.

Loin des sentiers battus, éloignés de ce qui fait l’événement du moment, qui la saison prochaine sera passé de mode, les films que je présenterai dans cette rubrique ont en commun de dessiner une certaine idée du cinéma, à base d’artisanat, de savoir-faire technique, de générosité créative et d’amour immodéré pour le plaisir de raconter de façon originale avec une caméra une histoire divertissante.

Et si Bergman rejoint Lucio Fulci et Mario Bava, ou si Godard y voisine avec Terence Fisher ou Richard Fleisher… et bien, tant mieux.

Partons sans plus tarder à la découverte des raretés des cinémas de quartier et des bandes de Série B sur le Boulevard du Genre.

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Ciné 90 : (#10) « Thelma & Louise »

Thelma et Louise 

Thelma Dickinson et Louise Sawyer sont deux copines inséparables qui vivent dans la même ville de l’Arkansas. Thelma est une jeune femme mariée au foyer. Elle n’a pas d’enfant et elle confie à Louise que son mari, Darryl, n’en veut pas à cause de son immaturité. Louise, elle, est serveuse dans un diner et a une relation amoureuse compliquée avec Jimmy Lennox, une sorte de voyou immature lui aussi. Elle n’a pas d’enfant non plus.

Bienvenus à toutes et à tous dans le monde cruel des Desperate Housewives treize ans avant la diffusion télé de la série du même nom (8 saisons, de 2004 à 2012).

En quelques scènes irrésistibles (Thelma chez elle au moment du petit déjeuner, pendant que son mari, veule à souhait, s’apprête à aller au boulot ; Louise en plein service, jonglant entre le téléphone et les clients à contenter en plein rush de service) le réalisateur britannique Ridley Scott, qui était alors en perte de vitesse au box-office à ce moment-là de sa carrière (en 1991), mais pas du point de vue artistique – nous y reviendrons, dresse le portrait de deux femmes que nous allons irrésistiblement aimer.

Avoir confié les rôles de Thelma et Louise à Geena Davis et à Susan Sarandon relève aujourd’hui de l’évidence. Elles sont toutes les deux magistrales dans leur capacité à incarner, le plus naturellement du monde, sans effort apparent, ces deux types de personnage : Thelma semble être une jeune femme écervelée vivant sous l’emprise de son mari, un pauvre type qui ne la mérite pas ; Louise semble avoir davantage les pieds sur terre, mais ne s’en sort pas mieux avec son mec. Elles ont décidé de passer un week-end ensemble loin de leurs hommes, et de s’éclater dans un bungalow, en pleine nature, avec de la picole comme seule compagnie. Oui, mais voilà, la route est dangereuse pour deux femmes seules en cet endroit du monde dit civilisé, aux confins de l’Arkansas, de l’Oklahoma et du Texas. On ne s’approche pas impunément de la frontière avec le Mexique sans y laisser des plumes (les indiens en savaient quelque chose).

Ridley Scott, génial réalisateur, est un entomologiste de l’espèce humaine. En utilisant le téléobjectif, qu’il braque sur les beaux visages de Geena et de Susan, il révèle les rêves enfouis sous la carapace de chaque jour : Thelma est une outlaw et ne le savait pas ; Louise est une femme de caractère mais cache des blessures secrètes qui la détruisent irrémédiablement.

Thelma & Louise (1991), ce très beau film de Ridley Scott, dont une des photos de tournage a illustré la magnifique affiche du Festival de Cannes 2026, a montré l’ampleur du talent inouï de ce cinéaste qui avait à son actif deux chefs-d’œuvre de la science-fiction : Alien. Le Huitième passager (1979) et Blade Runner (1982). Cependant, les critiques l’avaient un peu trop vite enterré, pensant avoir à faire à un fabricant d’images colorées et superficielles, pour ne pas dire inoffensives. Seulement, avec la patine des années, ses films suivants, Legend (1985), Traquée (1987), et Black Rain (1989) sont devenus des références cinéphiliques incontournables dans leur genre respectif : la fantasy, le polar et le thriller. C’est plutôt après la réussite totale de Thelma & Louise que la carrière de Ridley Scott s’enlise avec 1492 : Christophe Colomb (1992), Lame de fond (1996), et À armes égales (1997). C’est, coup pour coup, son spectaculaire péplum Gladiator en 2000 (que les deux grands spécialistes français de la Rome antique, Lucien Jerphagnon et Paul Veyne, aimaient à la folie) et Hannibal et La Chute du faucon noir en 2001 qui vont redorer son blason de réalisateur incontournable.

Alors, Thelma & Louise, ce film admirable, clôture t’il sa première période, incandescente, commencée en fanfare avec son drame napoléonien Les Duellistes en 1977 ? Ou bien ouvre t’il sa deuxième période, celle d’une complète réinvention de son cinéma ?

Le débat reste ouvert…

À suivre…

 

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Les films Netflix : (#2) « Don’t Look Up: Déni cosmique »

Don't Look Up 

Le titre du film est une injonction : Ne regardez pas là-haut ! Et pourquoi ça ? Car une comète, baptisée Dibiasky, découverte six mois plus tôt par un astronome de l’université Michigan State et par sa doctorante, fonce droit vers la Terre. Rien, ni personne, ne saurait vraisemblablement l’arrêter. Si jamais il percute notre planète, cet objet stellaire géocroiseur, d’une envergure de 6 à 10 kilomètres, signerait l’extinction irrémédiable de l’espèce humaine. Mais au vu des réactions délirantes que suscite l’événement à venir, on se demande si au final ce ne serait pas une bonne chose que ça nous arrive.

Cette production Netflix de 2021, scénarisée et réalisée par l’américain Adam McKay, est une pépite à plus d’un titre : elle mêle habilement film catastrophe, comédie à la manière des sketches du Saturday Night Live, film d’anticipation anxiogène et rom-com dont Netflix raffole. Et puis, avec la réélection de Donald Trump à la Maison Blanche (non, pas celle qui abrite l’équipe du Real Madrid) il y a presque deux ans, cette satire féroce du monde politico-médiatique dont nous sommes les pigeons consentants (n’aimons nous pas nous abreuver des images à flux continu de nos chaînes d’infos préférés ?) est diablement troussée : Meryl Streep s’amuse et nous amuse à incarner une Trump au féminin, inconséquente, retorse, machiavélique et tête en l’air au moment où il ne faut surtout pas l’être (son directeur de cabinet de fils, génialement interprété par Jonah Hill, a l’éternité devant lui pour en mesurer toutes les conséquences) ; Mark Rylance incarne un ersatz de multi milliardaire complètement allumé et Cate Blanchett est géniale dans son rôle de grande prêtresse de l’infotainment qui met dans son lit qui elle veut, quand elle veut. Et puis il y a le binôme gagnant Jennifer Lawrence/Leonardo DiCaprio : Leo, dans ses choix de rôle, donne une idée de la prodigieuse vitalité de sa carrière, car en trente années d’activité au sommet il n’a pas commis de faux pas préjudiciable, tant ses rôles sont soigneusement choisis et préparés. Il tourne moins que ses confrères, certes, mais c’est toujours mûrement réfléchi. Il excelle particulièrement dans ce rôle d’obscur professeur d’astronomie qui va devenir bien malgré lui un lanceur d’alertes sexy et adulé. Au grand dam de ses proches. Jennifer Lawrence, elle, nous révèle une facette de son talent qu’on ne soupçonnait pas : elle est un pur génie comique ; c’est elle qui m’a fait le plus rire tout au long du film, car elle est drôle à la manière d’un Peter Sellers ou d’un Steve Martin, ce qui montre l’étendue de sa performance.

Il faut à tout pris regarder Don’t Look Up: Déni cosmique, cette comédie d’anticipation, car elle nous permet de mieux comprendre ce qui nous arriverait si une telle catastrophe devait se produire… en attendant que des extraterrestres bienveillants veuillent bien nous sauver, pourquoi pas ? Pour cela il faut attendre le prochain film de Steven Spielberg, Disclosure Day, pour se remettre de la scène finale de Don’t Look Up, tellement belle et traumatisante à la fois.

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Ciné 70 : (#2) « Guet-apens »

guet-apens 

Au moment de la sortie du film Guet-apens (The Getaway) en 1972, il reste huit ans à vivre à l’acteur masculin principal, Steve McQueen. Il se sait condamné. Mais ce film-là, ce rôle-là, avec cette interprète féminine à ses côtés, la puissante actrice Ali McGraw, sera son chant du cygne.

D’un matériau classique et archi usé (la préparation du braquage d’une banque avec des colistiers imposés par un malfrat, puis l’affaire qui tourne court), le réalisateur américain Sam Peckinpah livre une composition baroque, dans laquelle les tirs au fusil à pompe se mêlent aux dialogues minimalistes. Les différents personnages sont dessinés avec la caméra d’un trait vigoureux. La brune est une tough girl qui n’a pas froid aux yeux, et c’est elle en fin de compte l’héroïne du film. Car elle ne laisse jamais tomber, même quand la situation semble désespérée. Elle se sacrifie pour faire sortir son mari de prison. Elle est violentée par son Doc McCoy qui crève à petit feu de jalousie mal digérée. Mais c’est elle seule qui lui sauve la vie. Pendant ce temps la blonde du film, la femme du vétérinaire, s’humilie avec l’antagoniste, une brute épaisse qui, comme un tueur mécanique, se relève toujours alors qu’on le croyait mort. La course-poursuite entre les malfrats et le Doc et sa femme, à travers les paysages arides du Texas et du Mexique, symbolisent l’errance dans laquelle furent plongés les États-Unis d’Amérique après l’assassinat de leur président à Dallas, neuf ans plus tôt.

Dans les premières bobines, quand Doc surveille, en compagnie de sa femme, les allées et venues des employés de la banque qu’il s’apprête à cambrioler, dans un mouvement de caméra en plongée, Peckinpah rejoue le traumatisme national de l’assassinat de JFK. Le film témoigne de cet élan crépusculaire qui a alimenté la machine à fantasmes hollywoodienne. On était en 1972 au cœur du réacteur de ce nouveau cinéma porté à bout de caméra par les Jeunes Turcs (Spielberg, Coppola, Scorsese, De Palma, Friedkin, et les autres) de la nouvelle donne cinéphilique.

Peckinpah, ce vieux roublard, se frotte à eux et propose sa version des faits : dorénavant, il s’agit de foutre le camp, de mettre le cap vers ce Sud mythique qui n’existe pas, celui de l’Eldorado des Conquistadores violents et névrosés. Au même moment (toujours en 1972), un autre allumé de la caméra, Werner Herzog, filme une fuite en avant mortifère dans Aguirre, la colère de Dieu.

Qui peut revenir sain et sauf d’une telle embardée, en ce début des années 1970 qui redéfinissent en profondeur le spectacle cinématographique hollywoodien ? Il faudra attendre 1979, c’est-à-dire la fin de la décennie, pour que ce vieux rusé de Don Siegel apporte un semblant de réponse dans son très beau L’Évadé d’Alcatraz, en compagnie de Clint Eastwood et de Patrick McGoohan.

On a pu prétendre que Sam Peckinpah était un marginal de la profession. C’est totalement faux, le beau diable a toujours œuvré dans le cœur même du système de production audiovisuelle états-unienne ; il dynamite les conventions, mais toujours à l’intérieur d’un cadre parfaitement orthonormé. Peckinpah réalise ses films avec l’aval de ses acteurs et de ses actrices ; il les filme frontalement, sans faux-semblants, et ils en redemandent.

Puissant morceau de bravoure, film nerveux et rythmé par la superbe partition de Quincy Jones et la somptueuse photographie de Lucien Ballard, The Getaway devient dès sa sortie sur les écrans, en 1972, un classique instantané, en même temps que le véhicule idéal pour abriter les amours XXL de son couple de stars McGraw/McQueen, ou le mariage du feu et du… feu.

Un an plus tard, Steve McQueen nous offrira un nouveau morceau de bravoure dans Papillon (1973), de Franklin J. Schaffner, cette fois en compagnie de Dustin Hoffman… Histoire à suivre.

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Les films policiers français : (#5) « Garde à vue »

Le face-à-face de deux très grands acteurs de cinéma : Lino Ventura et Michel Serrault.

Le face-à-face de deux très grands acteurs de cinéma : Lino Ventura et Michel Serrault.

Quand Claude Miller, un jeune réalisateur brillant, met en scène pour le cinéma le scénario de Garde à vue (Studio TF1, 1981), tiré d’un roman de la Série noire de Gallimard (de John Wainwright), et dont les dialogues sont signés Michel Audiard, les deux principaux acteurs pressentis pour incarner les têtes d’affiche n’hésitent pas une seconde, et donnent leur accord tout de suite. C’est ce qu’explique Claude Miller lui-même dans un des bonus du film édité par Rimini Éditions. Ces deux acteurs, deux monstres sacrés du cinéma français de ce temps-là (le début des années 1980), sont Lino Ventura et Michel Serrault, accompagnés dans cette aventure cinématographique exceptionnelle par les non moins talentueux Guy Marchand et Romy Schneider.

De quoi s’agit-il ?

Pendant la nuit de la Saint-Sylvestre, dans une grande ville de province, l’inspecteur de police Antoine Gallien (Lino) convoque le notaire Jérôme Martinaud (Serrault) dans les locaux de la P. J. afin de vérifier quelques détails dans une affaire de double meurtre de fillettes. Peu de temps auparavant deux gamines de 12 ans ont été kidnappées, étranglées et violées. Cet horrible double meurtre révulse l’inspecteur ; mais comme il s’agit d’un flic au cuir tanné par l’expérience, qui en a vu d’autres, il ne brusque pas Maître Martinaud. Il lui pose des questions anodines, qui n’ont l’air de rien. Petit à petit Gallien met en place, subtilement, l’engrenage d’un interrogatoire musclé. 

Il fallait toute la finesse de jeu de Lino Ventura pour incarner ce flic robuste, dont la conscience morale ne vacille pas. Mais alors, qui pouvait être à la hauteur pour donner la réplique à Lino ? Eh bien, Michel Serrault, que spectatrices et spectateurs étaient plus habitués à voir dans le registre comique (La Cage aux folles I et II en 1978 et en 1980, La Gueule de l’autre de Pierre Tchernia en 1979, ou encore dans Buffet froid de Bertrand Blier, toujours en 1979), relève le défi avec une classe inimitable. Je pense que c’est avec ce rôle au cinéma, dans ce film précisément, que Michel Serrault prouve à quel point il est un acteur phénoménal. La maîtrise de son art de l’interprétation se déploie pendant toute la durée du film. En 1H31, ou le temps de l’interrogatoire, qui d’anodin se transforme en garde à vue anxiogène et irrespirable, Michel Serrault fait passer toutes les émotions sur son beau visage de quinquagénaire (il avait 53 ans au moment du tournage, soit l’âge que j’ai cette année soit dit en passant) bafoué par la corruption du temps qui passe et qui n’épargne personne.

Ce film de Claude Miller est devenu un classique du cinéma français de ces cinquante dernières années. On peut le voir, le revoir, sans jamais s’en lasser. Car les plans tournés en studio, le jeu des acteurs et celui de Romy Schneider, impeccable comme toujours, la photographie extrêmement soignée, participent de cette prodigieuse aventure policière en temps réel qui nous laisse pantois au dernier plan du film. Mais heureuses et heureux d’avoir découvert l’exceptionnelle qualité de cette œuvre cinématographique inoubliable.

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« Bons Baisers de Russie »

Daniela Bianchi

La deuxième aventure de l’agent 007 au cinéma, Bons Baisers de Russie, sort sur les écrans en 1963, un an seulement après Dr No. Les très bons résultats au Box-Office du premier opus permettent de pérenniser l’aventure. Sean Connery rempile et les scénaristes Richard Maibaum et Berkely Mather font évoluer le héros au confluent de l’Orient (Istanbul) et de L’Europe continentale (Londres, Venise, Trieste, Zagreb, Belgrade).

Pendant qu’il prend du bon temps au bord d’un lac avec une demoiselle, James Bond est appelé toutes affaires cessantes par M au siège du MI6. Apparemment les services secrets britanniques auraient capté un message selon lequel une secrétaire du Consulat d’URSS à Istanbul serait en mesure de leur livrer un décodeur russe de trajectoire de missiles balistiques, le Lektor. Bien entendu, Bond et M flairent le piège, mais l’aventure est trop tentante. 007 est expédié illico à Istanbul, où il a pour mission de séduire la jolie secrétaire, Tatiana Romanova, jouée à la perfection par l’actrice italienne Daniela Bianchi (21 ans au moment du tournage), qui a brutalement interrompu sa carrière cinématographique en 1970 et c’est bien dommage. Mais qui pilote ce stratagème ? Les Russes, à travers l’officine du SMERSH, des renégats et des félons du Présidium de Russie, ou bien un autre organisme, bien plus dangereux ?

Cette nouvelle aventure de James Bond est contemporaine (à deux ans près) de la crise de la Baie des Cochons d’avril 1961, où Américains et Russes jouaient au chat et à la souris sous les yeux effarés du monde entier. L’agent de Sa Majesté va s’y acoquiner à un mufle de première catégorie qui lui ressemble, Ali Kerim Bey (joué avec gourmandise par l’acteur mexicain Pedro Armendariz, mort prématurément à l’âge de 51 ans l’année même du tournage, le 18 juin 1963), un homme d’affaires turc qui trempe dans les magouilles, et qui a pris fait et cause pour les occidentaux contre les Russes et leurs affidés, c’est-à-dire des tueurs bulgares de la pire espèce (la Bulgarie a dû apprécier à l’époque).

Certaines scènes ne passeraient pas aujourd’hui : celle où James Bond violente Tatiana Romanova dans le train-couchettes pour la faire parler en lui assénant une gifle, et celle dans le camp des Tziganes où le chef du campement offre à Bond deux jeunes femmes pour s’accoupler à elles en remerciement de l’aide qu’il leur a apportés en faisant le coup de feu avec eux contre les Bulgares patibulaires. Le clou du spectacle, qui dure toute une bobine, réside dans la longue séquence à bord de l’Orient-Express français où on quitte les armatures du film d’espionnage pour être plongé dans un whodunit à la Agatha Christie (qui a fait le coup ?).

D’ailleurs, le tempo lent du film réalisé comme le précédent par Terence Young, avec habileté et maîtrise technique, nous vaut de nous délecter de la composition picturale de chaque plan. Netflix a eu la très bonne idée de proposer au catalogue cette collection James Bond dans des copies numérisées flambant neuves. Mais, de grâce, pourquoi ne pas les laisser plus longtemps au catalogue ? Ça nous laisserait le temps de les visionner confortablement, sans se soucier des délais. En cela, rien ne vaut l’achat des BR qui nous permettent de lancer le film dans notre salon quand bon nous semble, au moment que l’on juge le plus opportun.

Aurai-je seulement le temps de vous parler de la troisième aventure de James Bond 007 au cinéma, le mythique Goldfinger ?

À suivre…

 

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« James Bond 007 contre Dr No »

Sublimes… forcément sublimes : Ursula Andress la divine et Sir Sean Connery, l'incarnation du cool britannique.

Sublimes… forcément sublimes : Ursula Andress la divine et Sir Sean Connery, l’incarnation du cool britannique.

Replonger dans le tout premier long métrage de la saga James Bond 007, réalisé en 1962 par Terence Young, c’est réaffirmer notre amour inconditionnel pour les images de cinéma. Cette toute première aventure, entre Londres et la Jamaïque (alors colonie anglaise jusqu’au 6 août 1962), de l’agent du MI6 contient en son sein presque tous les éléments du mythe en construction : le costume gris anthracite impeccablement taillé à Savile Row, le patronyme que l’on prononce (surtout à la gent féminine) avec un mélange de décontraction et de veulerie à peine masquée, la classe absolue de son premier interprète au cinéma pour l’éternité, Sir Sean Connery l’Écossais, la Vodka-Martini secouée au shaker, pas à la cuiller, les cigarettes qu’on fume à la chaîne (à l’époque les campagnes anti-tabac, connais pas !), les femmes culbutées et violentées sans leur consentement (de nombreuses scènes entre Bond et les Girls piquent un peu les yeux aujourd’hui !), mais la fabuleuse Aston Martin gris chromé ne fait pas encore son apparition dans ce James Bond 007 contre Dr No.

James Bond, le Matricule 007 du MI6 britannique (qui lui donne le droit de tuer, mais pas de se faire tuer), est sommé par M, le boss du contre-espionnage de Sa Majesté, de se rendre sur le champ à Kingston, la capitale de la Jamaïque, alors colonie de l’Empire britannique. Il doit y reprendre l’enquête discrète menée là-bas par John Strangways, lui aussi agent Double Zéro, qui, en compagnie du marin Quarrel, explorait une île, Crab Key, en ramenant des pierres pour les faire analyser par le professeur Dent. Quelque chose de pas clair tracassait Strangways à propos de cette île mystérieuse. James Bond, dès qu’il arrive à l’aéroport de Kingston, reprend l’enquête là où son prédécesseur, lâchement assassiné en compagnie de sa secrétaire par trois individus, l’a brutalement laissée au point mort.

Cette toute première affaire de Bond, aidé à la marge par l’agent de la C.I.A. Felix Leiter (chouette interprétation de Jack Lord), et merveilleusement accompagné par la toute première James Bond Woman de l’histoire de la saga, l’exquise comédienne suisse Ursula Andress, qui incarne à la perfection Honey Ryder, la biologiste marine autodidacte et tueuse de sang-froid (elle supprime les mâles toxiques à l’aide de redoutables veuves noires – bon débarras, les gars !), imprime l’écran de cinéma avec de la lave en fusion : au tout début il s’agit d’un classique film d’enquête policière mâtiné de contre-espionnage, mais ensuite il va muer en film d’aventures exotiques (toutes les séquences en compagnie de Bond, de Quarrel et de Honey Ryder à Crab Key), avant de prendre la forme dans sa dernière partie (l’antre lacustre du Dr No) d’un pur film de science-fiction, magnifiée par les décors exceptionnels et le production-design du Maestro Ken Adam (tellement bon le monsieur qu’il sera débauché par Stanley Kubrick himself !).

À suivre…

 

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Le film événement de cette fin d’année 2025

Sydney Sweeney incarne Millie Calloway, l'iconique Femme de ménage.

Sydney Sweeney incarne Millie Calloway, l’iconique Femme de ménage.

Il s’agit de La Femme de ménage, sorti en France la veille de Noël (le 24 décembre 2025), et réalisé par Paul Feig.

Si les chiffres d’exploitation du cinéma en salle, en France, ont été moins bons cette année que l’an dernier (181 millions d’entrées en 2024 contre 150 millions au 24 décembre 2025) , deux films de fin d’année vont redresser la barre : Avatar 3 : de feu et de cendres de James Cameron et La Femme de ménage de Paul Feig. Ils sont en train, tous les deux, de drainer une foule considérable dans les salles de cinéma. C’est la très bonne nouvelle de cette fin d’année. Deux films ambitieux ramènent les gens au cinéma. On ne s’en plaindra pas.

La Femme de ménage est donc réalisé par un solide cinéaste de 63 ans, originaire du Michigan, qui compte dans sa filmographie de belles réussites comme Mes meilleures amies en 2011, Spy en 2015 ou encore sa relecture féministe bienvenue de S.O.S Fantômes en 2016. Il s’agit d’un réalisateur de comédies qui fait une incursion très attendue dans le registre noir.

C’est dire si Paul Feig était attendu au tournant avec cette adaptation du phénomène littéraire de l’écrivaine américaine Freida McFadden. Car donner sa propre vision d’un tel succès de librairie, qui dépasse l’entendement, recèle bien des pièges : les fans de la série de livres écrits par la romancière de 45 ans, nombreux à travers le monde, vont guetter chaque faux pas, chaque incohérence, chaque trahison, puis se lâcher sur les réseaux sociaux. Mais aucune inquiétude, Paul a fait du très, très bon boulot. Et puis Paul est un malin : il a conseillé d’aller voir son film avant de lire le roman.

L’art visuel du cinéma de pur divertissement repose sur le glamour de ses interprètes, et Paul Feig n’a commis aucune erreur de casting : ses deux personnages féminins sont idéalement distribués. Amanda Seyfried est géniale dans le rôle de Nina Winchester, et Sydney Sweeney, dans le rôle de Millie Calloway, la femme de ménage du titre, est à la hauteur de sa partenaire de jeu (elle a d’ailleurs été choisie pour être la nouvelle Barbarella au cinéma – nous suivrons cela de très près). Quant au beau gosse de service, qui interprète le mari, Andrew Winchester, il s’agit de Brandon Sklenar, un jeune acteur américain de 35 ans à suivre. Il était d’ailleurs amusant, à la sortie de la projection, d’entendre le commentaire dithyrambique des spectatrices à propos des deux actrices, dont le magnétisme a marqué chaque spectateur du film.

La Femme de ménage est un thriller domestique, et de la plus belle eau, qui, par bien des côtés, m’a fait penser à trois réussites du genre, qui en sont aussi les maîtres-étalon : La Main sur le berceau (1991) de Curtis Hanson, Les Nuits avec mon ennemi (1991) de Joseph Ruben, et JF partagerait appartement (1992) de Barbet Schroeder. Cette Femme de ménage apporte une pierre de plus, et pas n’importe laquelle, à l’édifice.

Il ne me reste plus qu’à visionner, pendant ces fêtes de fin d’année cinéphiliques, le remake que propose Disney de La Main sur le berceau, réalisé cette année par Michelle Garza Cervera pour Disney+, avant de vous en parler très prochainement.

En attendant, joyeuses fêtes à toutes et à tous !

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Joyeux Noël 2025

Joyeux Noël 2025 

Je souhaite à toutes et à tous un joyeux et heureux Noël 2025 !

 

 

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Ciné 90 : (#9) « American History X »

© Neflix France

© Neflix France

Ce film du réalisateur anglais Tony Kaye, sorti sur les écrans en 1998, résonne d’une manière particulière aujourd’hui. Même si la société américaine était déjà terriblement fracturée (le film se déroule peu après le passage à tabac de Rodney King par des policiers du LAPD, sur le bord d’une autoroute interurbaine de Los Angeles, le 3 mars 1991), cela concernait en premier lieu des groupuscules et des communautés qui se vouaient une haine farouche. Le gouvernement US n’était pas encore piloté par des énergumènes qui allaient faire passer la concorde, la civilité et la rationalité humaine pour des reliques du passé, trente ans plus tard.

American History X met en opposition deux communautés pas franchement friendly qui ne se veulent pas du bien, à travers le parcours symétrique de deux frères, un qui est lycéen, et l’autre, l’aîné, qui est dans la vie active. Le plus âgé des deux, Derek, est l’activiste premium d’un groupuscule néo-nazi particulièrement violent. Les ennemis jurés de ce groupe unitaire de blancs décérébrés sont des jeunes afro-américains appartenant au gang des Crips, pas des tendres eux non plus. Ce petit monde ne cesse jamais de se provoquer dans les rues brûlantes du quartier angeleno de Pomona.

Le drame vient très vite percuter la narration. En alternant séquences en noir & blanc et en couleur, en truffant son film de ralentis significatifs sur les gros plans des visages, et sur les plans d’ensemble de toute beauté qui mettent en valeur tout le cast, le réalisateur britannique Tony Kaye signe le film coup de poing des années 1990. Toute sa mise en scène est d’une précision démoniaque, et chaque spectatrice, chaque spectateur de ce film singulier reste scotché à son siège ou à son canapé. Il ne nous laisse pas respirer tellement le déroulé narratif oriente toutes les actions décisives des personnages vers le nœud gordien. Il ne faut pas en dire plus, sous peine de déflorer l’intrigue.

Ce film, en compagnie de quelques autres comme La Haine (1995) de Mathieu Kassovitz, Tueurs nés (1994) d’Oliver Stone, American Psycho (2000) de Mary Harron et le remarquable Detroit (2017) de Kathryn Bigelow, a infusé dans la culture filmique de ces trois dernières décennies l’idée selon laquelle le cinéma pouvait nous aider à comprendre la déréliction de nos sociétés contemporaines.

Mention spéciale à l’immense acteur américain Elliott Gould (l’acteur fétiche de Robert Altman) qui incarne avec justesse et humanité un homme amoureux qui sera néanmoins anéanti par le fanatisme délirant du fils aîné de la femme qu’il aime. Il ne faut pas oublier non plus les partitions exceptionnelles d’Edward Norton (le rôle lui a valu une nomination à l’oscar du meilleur acteur cette année-là), de la légende Stacy Keach et de l’exceptionnel Avery Brooks dans le rôle du professeur humaniste Bob Sweeney, qui ne veut pas laisser la haine raciale gagner.

Aujourd’hui plus que jamais, American History X mérite d’être vu. Car il résonne étrangement avec notre actualité sociétale et encourage la discussion qui, seule, permettra de comprendre, puis d’endiguer ce qui ne va pas, afin d’annihiler les maux qui blessent et qui tuent.

Ce film est actuellement au catalogue de Netflix France.

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