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« Alliés » de Robert Zemeckis (2016)

Lorsque Max Vatan (incarné par Brad Pitt à qui la cinquantaine sied à merveille), un agent allié canadien, rencontre la résistante français Marianne Beauséjour en 1942 au Maroc français, pour monter une opération-suicide (rien de moins que tuer l’ambassadeur allemand au Maroc lors d’une cérémonie à l’Ambassade), ce dernier va faire ce qui est hautement déconseillé par Londres : tomber amoureux de sa partenaire de boulot. Alors les ennuis, les vrais, peuvent commencer, car une fois la miss épousée (incarnée par la non moins sublime Marion Cotillard) notre couple glamour de cinéma, une fois définitivement installé à Londres sous le blitz (les séquences nocturnes de bombardement de Londres sont impressionnantes)  donne naissance à une ravissante fillette, et tout l’enjeu du film repose sur la question suivante : et si notre vaillant officier canadien (il est lieutenant-colonel quand même, excusez du peu) s’était amouraché de la mauvaise personne ? Je ne vous en dis pas plus, car tout l’enjeu du film réside dans cette interrogation obsessionnelle à laquelle Max va devoir répondre, surveillé de près par sa hiérarchie militaire, sous peine d’être accusé de haute trahison.

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Peut-on concilier sentiments et travail bien fait ? Sait-on vraiment qui est la personne qui nous paraît la plus familière ? L’amour est-il aveugle au point de nous faire perdre toute constance et toute mesure dans l’évaluation de l’être cher et désiré. Si nous sommes des « machines désirantes » comme le pronostiquaient Félix Guattari et Gilles Deleuze en 1973 (dans L’Anti-Oedipe. Capitalisme et schizophrénieLes Editions de Minuit), alors la lutte incessante entre l’incarnation des idéaux de fraternité et le retrait dans le confort domestique ne cessera jamais, et le film de Zemeckis, très académique (mais moi j’aime cet académisme là, le post-classicisme hollywoodien des années 2010), à la structure narrative classique assumé, répond avec émotion à cet écheveau de contradictions : que doit-on placer plus haut que tout, l’idéal de justice ou l’amour inconditionnel pour nos proches ?

Alliés de robert Zemeckis, sous couvert de grand spectacle lyrique à la manière d’autrefois, propose une brillante alternative aux films bruyants et pyrotechniques d’aujourd’hui, sans oublier de nous offrir une mise en scène de cinéma, ample et généreuse, comme autrefois, quand on aimait vraiment, sans arrière pensée, le cinéma, le beau, le vrai cinéma, dont les couleurs en technicolor nous enflammaient la rétine, et nous empêchaient de dormir tranquillement.

Alliés est un beau film.

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« Le vrai pouvoir ne se donne pas, il se prend »

Cette phrase en titre ornait toutes les affiches de cinéma françaises du Parrain 3ème partie sur les façades de nos salles fétiches en 1990.

Le Parrain 3

Et cette phrase disait vrai. Michael Corleone, avait repris le flambeau de son père, le Don venu de Sicile, et avait fait prospérer son empire du crime. Mais en 1979, à New-York, où débute cette troisième et dernière partie de cet opéra baroque, complexe, avec des niveaux de lecture différents, des entrelacs d’arcs narratifs complexes et passionnants à suivre et à interpréter, les temps ont changé, et les mafiosi d’autrefois cherchent maintenant la respectabilité. C’est cette reconnaissance d’entrepreneur dans des affaires licites qui vont mener Michael jusqu’aux terres originelles, en Italie, dans le village de Bagheria, ensuite dans les jardins de l’évêché de Palerme, puis ceux du Vatican.

Mais il faut voir ce film puissant, sombre et beau, tourné en 70 mm, l’objectif préféré du maestro Francis Ford Coppola, en saisir tous les raffinements, voir évoluer sur l’écran les couleurs chatoyantes du Sud de l’Italie, apprécier à sa juste mesure les performances éblouissantes d’Al Pacino, de Diane Keaton, d’Andy Garcia, et de tous les autres… Il faut mesurer le génie mis à l’oeuvre par les équipes artistiques et techniques pour parfaire cette beauté cinématographique là, quand filmer une confession à travers un treillis de roses vaut mille films contemporains d’aujourd’hui.

En 1990 le film fut mal reçu par la critique mais plébiscité pars le public, et aujourd’hui il est un écrin superbe, résistant aux outrages du temps, qui nous parle de la fuite du temps et de l’inanité de toute ambition politique, criminelle ou religieuse. Puis qu’à la fin on meurt seul, sur sa chaise, à côté de ses plants de tomates pendant que les jeunes chiens continuent de batifoler autour de nous.

Ce film est un viatique qui nous fait comprendre pourquoi aujourd’hui on continue d’aller au cinéma, en attendant qu’un nouveau miracle cinématographique se produise.

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Comme promis : voici le « Glamour Pack »

Ocean’s 8

On en parle dès qu’il arrive dans nos salles de cinéma. [To be continued...]

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La fureur chez Robert Aldrich

Cinéaste américain de la violence, au même titre que Sam Peckinpah, Robert Aldrich ne lésine pas sur les moyens pour mettre en scène les éruptions de folie furieuse chez l’être humain. Et avec Les Douze Salopards (The Dirty Dozen, 1967) il nous livrait son chef d’oeuvre, démontrant avec une maestria à nulle autre pareille, que les cinéastes américains d’avant la génération du Nouvel Hollywood n’avaient pas encore dit leur dernier mot.Les 12 salopards

En réactualisant le sacro-saint film de guerre victorieux dans l’espace physique et mental d’une bande de crapules antipathiques au possible, le cinéaste finit par rendre acceptable au spectateur ébahi l’inacceptable : comme tirer avec aplomb et sang froid dans le dos d’officiers allemands, et plus tard les faire brûler vifs dans une cave avec leurs épouses et leurs maîtresses. On en vient même à verser une larme quand les personnages, coriaces dans l’abjection, interprétés par John Cassavetes et par Donald Sutherland en viennent à mourir sous les balles abrasives de l’ennemi.

En 1967, quand ce film est sorti sur les écrans du monde entier, il avait pour lui ce que ses concurrents directs n’avaient pas : la plus belle distribution au monde, avec les acteurs les plus magistraux de leur temps, comme Lee Marvin, John Cassavetes, Charles Bronson, Donald Sutherland, Telly Savalas, Ernest Borgnine, Robert Ryan,… ou encore George Kennedy. Excusez du peu.

Pour respecter la parité, la semaine prochaine, Mesdames, je vous présenterai un film au casting non moins exceptionnel, uniquement constitué d’actrices remarquables.

à suivre… [ To be continued... ]

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Blade Runner 2049

Trente-cinq ans après le Blade Runner  de Ridley Scott (1982) qu’est devenu notre futur ? Une lande désolée où la surpopulation urbaine laisse penser que l’extinction définitive de l’espèce humaine est pour bientôt ? Ou bien un endroit où vivre avec l’Intelligence Artificielle peut promettre des lendemains qui chantent ?

Blade_Runner_2049C’est à cette dernière alternative que travaille le scientifique Wallace (interprété par Jared Leto), un généticien non-voyant qui façonne l’être de demain : belle comme une demi-déesse antique, intelligente comme personne, et sensible comme nous tous.

Mais la création, ou plutôt, l’ontologie qui réside au coeur de chaque création de la nature, lui échappe totalement, alors quand il apprend que le miracle a eu lieu il y a trente ans et des poussières de cela, il comprend que cette même nature l’a doublé : si les êtres génétiquement modifiés et clonés que sont les réplicants arrivent à se reproduire entre eux, alors l’humanité est condamnée. Et l’autorité humaine de vaciller sur son socle.

Chasser les réplicants désuets ne suffira pas à empêcher la révolte de s’étendre.

Pendant tout le film l’agent K (interprété par Ryan Gosling), qui est lui aussi un être répliqué, porte l’idée selon laquelle il serait partie liée avec le miracle, ce qui baigne tout le récit filmique d’une mélancolie toute particulière, agrémentée par des images superbes (mention spéciale aux décors de toute beauté) qu’on garde longtemps en mémoire une fois la projection terminée.

Je ne sais pas encore si l’arc narratif de ce nouveau Blade Runner va rejoindre celui des 3 derniers Alien de Ridley Scott (PrometheusCovenant et Awakening) mais la fin ouverte de Blade Runner 2049 (2017) laisse augurer de nouvelles aventures enchanteresses. 

Blade Runner 2049, réalisé par Denis Villeneuve, prolonge avec soin et intelligence le chef-d’oeuvre inaugural de Ridley Scott.

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The Birth of a Nation (2017)

The birth of a NationIl est heureux de se rendre compte que les deux meilleurs films américains de l’année 2017 ont été réalisés par deux comédiens-producteurs, Jordan Peele et Nate Parker, qui ont décidé de passer à la réalisation en interrogeant la question raciale, mais aussi les heurts provoqués par le déchaînement de violence politique et religieuse qui ensemence le monde du XXIe siècle. Qui ont également décidé de se demander où en était l’Amérique vis-à-vis de son Histoire, à la fois récente (Get Out et les deux mandats présidentiels de Barack Obama) et passée (The Birth of a Nation et l’esclavagisme dans le Sud des Etats-Unis au dix-neuvième siècle).

En relatant les faits et gestes de l’esclave noir Nat Turner au sein d’une plantation de coton en Virginie dans les années 1830, Nate Parker propose sa vision de ce moment crucial de l’Histoire américaine : celui de la période de l’esclavage sudiste qui a défini une identité américaine à ce jour pas entièrement assumée par la Nation – et c’est ce qu’interroge aussi Jordan Peele dans Get Out, cet effroi qui a permis à un peuple fracturé de refermer la parenthèse Obama en élisant à la tête du pays son exact opposé : c’est-à-dire un suprémaciste blanc raciste, misogyne et xénophobe.

Autant Jordan Peele tire un pur film d’horreur de cette situation cauchemardesque actuelle, autant Nate Parker plonge loin sa caméra dans les profondeurs du Sud, où le magnolia côtoie dans le même champ (de la caméra) la potence et les lanières en cuir monstrueuses du fouet qui lacèrent les chairs noires. A travers l’histoire de cet esclave noir digne et cultivé, à qui les maîtres permettent au début du film d’être un prêcheur évangélique pour ses frères en soumission, dans les plantations environnantes, on assiste à le lente maturation d’une émancipation, qui pourtant se passe in fine dans le sang, dans le regret et dans les larmes des femmes noires qui supportent le mal épais drapées dans leur dignité exemplaire.

Dieu sait-il reconnaître les bons et les méchants ? Entend-il seulement les complaintes des âmes bafouées, des corps brisés et des membres meurtris au plus profond de leur être ? La révolte suicidaire est-elle indispensable à l’émancipation future des masses opprimées ? Le dernier plan du film, sublime, qui se déroule trente ans plus tard, apporte en cela une réponse téméraire.

En tous les cas ce film de Nate Parker, superbement interprété et réalisé, mérite d’être découvert, à l’aune du questionnement politique primordial que seuls assurent aujourd’hui des réalisateurs nécessaires comme Barry Jenkins (dans Moonlight, 2016), Steve McQueen (dans 12 years a slave, 2013), Jordan Peele ou Spike Lee quand il est en forme.

Qu’est-ce que l’identité noire aujourd’hui, au XXIe siècle ? La réappropriation d’une Histoire juste, correcte, délestée de la mauvaise conscience. En mettant à nu les racines qui permirent la naissance de l’esclavage, et son maintien dans la collectivité, tous ces cinéastes nous invitent à réfléchir sur la meilleure façon de faire tenir, ensemble, ce monde debout, sur nos deux pieds.

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Pari réussi pour Andy Muschietti : Ça fout vraiment les jetons !

ça 2Ça, le nouveau film d’Andy Muschietti (2017), nouvelle adaptation du roman culte de Stephen King paru en 1986, est une totale réussite. Le clown maléfique Pennywise (ou Grippe-sous en VF) est flippant à souhait et les 7 enfants de la bande des losers sont craquants comme tout. Il n’était pas évident de faire vivre cette première partie de l’histoire (il y aura assurément une suite) en se concentrant sur l’expérience des enfants confrontés à une entité démoniaque durant l’été 1989 à Derry, dans le Maine. Projection de leurs peurs les plus secrètes, la figure de Pennywise permet à chacun des enfants de se surpasser et de dépasser les contraintes : familiales et religieuses pour certains, raciales pour un autre, psychologiques pour le personnage de la fille Berverly, touchante de bout en bout.

On sent que le réalisateur et le directeur de la photo ont choyé leur jeune cast, tant le rendu émotionnel est tangible à l’image ; certaines scènes sont proprement bouleversantes, et chaque jeune comédien est bluffant dans sa partition.

Et alors, me direz-vous, qu’en est-il de Grippe-sous ? Est-il si effrayant que cela ? Eh bien, mes amis, c’est peu de le dire, le comédien Bill Skarsgard livre une partition de haute volée, magistrale, et on sent que sous le maquillage le comédien suédois jubile à jouer avec les terreurs enfantines enfouies au plus profond de nous-mêmes.

En plus le film est parsemé de références pour les plus cinéphiles d’entre nous : saurez-vous reconnaître quels films passaient au cinéma aux Etats-Unis l’été 1989 ?

Allez n’hésitez pas une seconde : foncez voir ça, vous allez adorer avoir peur, vraiment peur !!

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This is it ! ou Avoir la trouille dans les salles obscures

http://www.hollywoodreporter.com/video/latest-trailer-mtv-movie-tv-awards-1000982

Plusieurs fois par an on nous promet de nous ficher une trouille mémorable au cinéma, et les gens du marketing des studios ne lésinent pas sur les moyens. Mais depuis la découverte des premiers HalloweenVendredi 13 et Freddy il en faut pour nous faire sursauter de notre siège, non ? Alors, la toute nouvelle mouture du légendaire Ça de Stephen King, réalisé en 2017 par Andy Muschietti, tiendra-t-elle toutes ses promesses ? Et le génial Bill Skarsgard qui tient aujourd’hui le rôle du maléfique Pennywise va t’il tenir la dragée hôte à l’incomparable Tim Curry qui tint le même rôle dans le téléfilm (pas mal du tout en fait) en 2 parties de Tommy Lee Wallace (1990) ? Réponse à partir d’aujourd’hui dans nos meilleurs salles de cinéma.

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On en reparle très vite, promis !

 

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« Dunkerque » de Christopher Nolan

dunkerqueLe nouveau film de Christopher Nolan, Dunkerque, est une totale réussite. En racontant l’opération « Dynamo » qui permit de rapatrier les troupes britanniques repliées sur la plage de Dunkerque en 1940, le cinéaste filme le désarroi qui s’empare des soldats, attendant des navires de guerre qui doivent les rapatrier « at home », de l’autre côté du Channel, et qui ne viennent pas. En entremêlant trois temporalités différentes correspondant à l’Armée de Terre (une semaine), à la Marine (une journée), et à la Royal Air Force (une heure), le filme nous plonge au plus près de l’événement, et les dialogues, réduits à l’essentiel, n’encombrent pas la narration ; ici, aucun plan figurant une réunion d’état major avec cartes militaires sur lesquelles sont penchés les officiers, l’air contrarié. Non, en 1h47 Christopher Nolan donne à voir l’horreur de la situation : 350 000 soldats britanniques se font pilonner par l’aviation allemande, et ni le ciel ni la mer ne répondent à leurs supplications.

On est davantage chez les Atréides ou chez les Achéens devant les hautes murailles de Troie, la Cité Majestueuse, que devant un bloc d’histoire trop longtemps occulté. Avec sa maestria habituelle (le film est tourné à la pellicule et au 70 mm, c’est-à-dire à l’ancienne), le cinéaste redéfinit les canons esthétiques du film de guerre, et prouve que la rencontre entre un sujet, un inventeur de formes, des acteurs exceptionnels et une équipe technique au top de sa forme, peut donner naissance à ce miracle : faire revenir dans les salles celles et ceux qui les avait désertées depuis trop longtemps.

En cela aussi le film est une réussite belle et durable.

Luc Besson, plongé dans les étoiles et les galaxies, va-t-il parvenir à nous enchanter de la même façon ?

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Portrait d’une enfant en majesté : « L’effrontée »

critique-l-effrontee-miller33En 1985 Claude Miller sort au cinéma L’effrontée, qui est le portrait d’une jeune fille de 13 ans, Charlotte Castang, au début des grandes vacances d’été. L’ennui, la chaleur de l’été, les affres de l’adolescence qui commence, le sentiment de ne pas être compris, de perdre son temps, toutes les avanies de cet âge ingrat sont radiographiées avec tendresse et humour par un réalisateur au sommet de son art. Reprenant le flambeau de ces grands cinéastes qui filmèrent les enfants avec une maestria sidérante (Jean Vigo, François Truffaut, Robert Bresson, Maurice Pialat) Claude Miller réalise un grand film populaire (couronné par un succès mérité en salles lors de sa sortie) qui réconcilie les gens avec un cinéma de qualité, en apparence tout simple, sachant raconter sans jamais ennuyer, les petits tracas du quotidien.

Portrait d’une enfant de 13 ans au milieu des années 80, qui se pose des tas de questions et expérimente en moins d’un mois pas mal d’émotions contradictoires, le film est bouleversant car il fait éclore le talent naturel, sans artifice, de la très jeune Charlotte Gainsbourg. Quand on sait l’immense actrice qu’elle est devenue par la suite on ne peut que se féliciter du choix de Claude Miller de lui confier le rôle éponyme. Et puis retrouver Bernadette Laffont dans le rôle de Léone, à la fois confidente et maman de substitution pour Charlotte et sa petite voisine, est toujours un émerveillement, tant la grâce et le talent de cette comédienne extraordinaire ont imprimé la pellicule.

Visionner ce film c’est aussi se souvenir de qui on était, à 13 ans, au milieu des années 80, qu’on soit fille ou garçon, en Province.

En 1985 j’avais 12 ans, et à chaque fois que je regarde L’effrontée j’ai l’impression que Claude Miller a mis des images sur mes émotions et mes souvenirs de pré-adolescent. Je pense que nous sommes nombreux à considérer ce beau film sensible comme notre madeleine de Proust.

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