Inscription Aller à: [ recherche ] [ menus ] [ contenu ] [ montrer/cacher plus de contenu ]



Le journal d’une femme de chambre, de Luis Buñuel

gettyimages-166696811-612x612 Le grand écrivain de cinéma André Bazin aimait beaucoup les films de Luis Buñuel. Il fut aussi un de ceux qui en parlèrent le mieux, au moment où ce dernier revenait de son exil au Mexique, un pays dans lequel il tourna beaucoup de films, oublié de pas mal de gens importants en Europe continentale. Il est difficile d’imaginer aujourd’hui que ce cinéaste, prenant place parmi les ténors du cinéma mondial d’alors, de ceux qui sculptèrent avec la lumière des images inoubliables, au même titre que Chaplin, qu’Hitchcock, que Welles, disparut des radars après ses premiers essais filmiques surréalistes, Un Chien andalou (1929) et L’Âge d’or (1930). C’est à l’initiative du festival de Venise notamment qu’il fut redécouvert après-guerre. C’est à ce moment là qu’André Bazin fit sa connaissance, et que par son entremise Luis Buñuel devint un réalisateur français. En témoigne pour toujours ce chef-d’oeuvre de maîtrise et d’équilibre qui a pour titre Le journal d’une femme de chambre, et qui date de 1964.

J’ai le sentiment (ou l’intime conviction, au choix) qu’à partir de 1960 (ou même avant) Luis Buñuel devient, comme Alfred Hitchcock, cet inventeur de formes cinématographiques, lesquelles nécessitent une maturité et un usage de l’appareillage technique proprement hallucinants. Car sans L’Âge d’or, sans les oeuvres de jeunesse et celles de l’âge intermédiaire, il ne pourrait y avoir les films inouïs de l’âge mûr. Au même titre qu’Hitchcock, Luis Buñuel maîtrisait à la perfection tous les rouages de la machinerie filmique. Il était un visionnaire doublé d’un technicien hors pair ; dont l’agilité technique n’a d’égale que l’apparente simplicité avec laquelle il nous donne à voir, et à interpréter : pour s’en convaincre il n’y a qu’à mesurer la fluidité avec laquelle il enchâsse le corps en mouvement de Jeanne Moreau dans des mouvements d’appareil d’une exquise délicatesse, pourtant nerveuse et enjouée. Cela a l’air simple, évident, et pourtant très peu de réalisateurs réussirent à marier le cadre (celui de la composition du plan) avec le naturel gracile de leurs comédiennes : on pense aux muses de Buñuel, Jeanne Moreau et Catherine Deneuve, mais aussi à celles du grand Hitch, Grace Kelly et Tippi Hedren.

La photographie en noir & blanc, somptueuse, apporte la délicatesse du velours, alors qu’il se passe des choses très dures à l’écran (comme le meurtre d’une enfant en hors-champ dans une forêt). La caméra semble caresser chaque protagoniste, lesquels ne sont pourtant pas avares en turpitudes de toutes sortes : cela va du fétichisme touchant du vieux châtelain, à l’envie pernicieuse de forniquer avec tout ce qui porte un jupon, de son beau-fils interprété avec brio (jusqu’au malaise) par un Michel Piccoli hors-norme.

Et puis il y a Jeanne Moreau, qui porte ce rôle emblématique sur ses épaules d’immense comédienne, au charisme naturel, avec ce ton de voix gouailleur qui fait penser à Arlettty dans les années 30 et 40.

à suivre

.
 

10 ans de science-fiction au cinéma (2008-2018)

metropolis-1 En regard des nouvelles découvertes de la science ces 10 dernières années, on peut remarquer que le cinéma de science-fiction anticipe avec vraisemblance le devenir de l’espèce humaine ; et surtout les modalités de coexistence et de cohabitation entre différentes espèces, dont il faut commencer à prendre au sérieux l’apparition : car les cyborgs, les androïdes, les robots, les êtres humains augmentés, les machines autonomes – en gros tout ce qui a trait à l’Intelligence Artificielle – sont bel et bien parmi nous. A défaut d’avoir pu rencontrer une autre forme de vie, de préférence extraterrestre, en juillet 1969, l’être humain, par le biais combiné des sciences de la biologie et celles de l’ingénierie, s’est évertué à améliorer l’humaine condition à travers la réalisation d’un autre corps, cette fois inaltérable, indestructible, et qui échappe à la corruption du temps. C’est d’ailleurs le programme qu’avait proposé Fritz Lang dès 1927 dans son sublime et indépassable Metropolis.

alien-covenant-59bc0325d7f1a En donnant naissance aux Ingénieurs dans Prometheus (2012), Ridley Scott relance la saga Alien et tente de donner une explication plausible à l’apparition de la vie sur notre bonne vieille Terre. De plus on se rend bien compte qu’il essaye de relier ses 2 films cultes, Alien le 8eme passager (1979) et Blade Runner (1982), matrices originelles de la S.-F. au début des années 80, en reprenant la main : il est
à la réalisation en ce qui concerne la nouvelle trilogie Alien, qui comprend Prometheus, Alien Covenant (2017) et Alien Awakening (à venir), et reste producteur de Blade Runner 2049 (2017), confiant sa réalisation à Denis Villeneuve qui marche sur les traces de son aîné. On a appris depuis que cette nouvelle trilogie devait boucler la boucle en expliquant le comment du pourquoi de l’appel de détresse reçu par le Nostromo au retour de sa mission de récolte de minerais, dans le premier épisode de la saga. Et on croit déceler dans les thématiques mises en œuvre dans Prometheus et Alien Covenant, ce qui hante profondément Ridley Scott, et à sa suite, une cohorte de réalisateurs de S.-F. : la question ultime du sens de la vie, créée ex-nihilo par un ou plusieurs démiurges qui programment un code génétique, et améliorent ensuite les modèles cognitifs propres à l’humanité, puis insufflent la vie à la matière organique modifiée ; ainsi le clone surpasse son modèle humain, et dépasse, dans son développement accéléré, les catégories usuelles de la morale et de la religion.

à suivre

.
 

Upgrade (suite)

upgrade 2 Ce qui est passionnant dans ce film de Leigh Whannell, au delà des péripéties haletantes qui en font un excellent film d’action sans temps mort, c’est la façon dont notre réalisateur orchestre la montée en puissance, progressive et irrémédiable, d’une IA baptisée STEM. Qui au départ parait être une avancée considérable nous permettant de continuer à vivre comme avant.

On ne peut pas s’empêcher de penser au fait que chaque grand tyran de l’Histoire promettait un monde meilleur, et amadouait sa population à travers la réalisation de grands travaux structurels qui faisaient croire à la possibilité effective du programme envisagé : comme la construction des autoroutes et la fabrication en série de la Wolkswagen (la voiture du peuple) en Allemagne après 1933, la NEP en Russie et la constitution des différents comités de collectivisation après la seconde Révolution bolchevique de 1917, la rééducation massive des campagnes pendant la longue marche de Mao et de ses troupes rouges, … la liste est immense et, hélas, pas définitive.

A l’aune de ces réflexions le film n’est plus un simple divertissement qu’on oublie aussitôt après son visionnage. Non, il interroge de manière pertinente le monde actuel, et les défis à venir. Et lance un constat alarmant : n’en déplaise aux bobos qui travaillent dans les open space hyper-connectés des labos de recherche sous tutelle du Ministère de la culture et de celui de l’Industrie ; et qui réfléchissent au monde de demain en prônant le véganisme pour tous et sa ration de graines de chia quotidienne concomitante, le proche avenir va davantage coïncider avec les visions déliquescentes d’un Blade Runner (Ridley Scott, 1982) et d’un Strange Days (Kathryn Bigelow, 1995). Et non, chacun d’entre nous ne trouvera pas du sens dans un environnement entièrement régenté par des IA, des nanoparticules et une poignée de milliardaires insensibles et cruels, qui décideront du sort de millions d’individus en un algorithme ou un clic de souris.

Upgrade nous adresse ce message puissant : bienvenue dans le monde, épouvantable, de demain.

Très prochainement nous interrogerons les films de science-fiction de ces 10 dernières années à l’aune des toutes récentes découvertes scientifiques.

 

.
 

« Upgrade » de Leigh Whannell (2018)

UpgradeNotre proche avenir va certainement ressembler, à s’y méprendre, à ce que nous proposent certains films d’anticipation depuis de nombreuses années. Et il y a de quoi s’interroger et être inquiet. Car nous ne sommes plus dans la projection idyllique d’un futur émancipateur et connecté, celui que veulent nous vendre les GAFA. Ces géants du Net ne respectent aucune norme juridique ou morale, celles qui avaient cours avant et qui permettaient d’envisager sereinement un avenir pas trop destructeur. Mais c’est terminé. Car au moment où j’écris ces lignes la première androïde (ou cyborg, ou IA biomécanique ou que sais-je encore) totalement autonome va bientôt être en poste dans une compagnie d’assurances en Asie du sud-Est.

Ce que les fans hardcore de S.-F. sauvage et décomplexée (dont je suis) redoutaient, a eu lieu : c’est-à-dire que Skynet, ce programme d’Intelligence Artificielle bichonné par des scientifiques malins mais irresponsables, prenne son envol et s’émancipe de sa tutelle humaine encombrante. Et c’est en train d’arriver dans notre vrai monde, dans notre réalité, et pas seulement sur un écran de cinéma. Souvenez-vous comment cela se terminait : l’IA était tellement intelligente, complexe et structurée qu’elle avait tôt fait de mettre en exergue ce qui fait la primauté de l’espèce humaine sur toutes les autres, depuis maintenant 30 000 ans : éliminer ce qui gêne la prolifération des meilleurs, bien mieux adaptés au nouveau biotope. Les machines nous dégommaient et c’était jouissif à regarder sur un écran de ciné. T2 de James Cameron (1991) fit son entrée avec fracas dans l’histoire du cinéma fantastique et de S.-F.

Et on se disait, devant l’écran, en mâchant nos pop-corn, « non, quand même, ils vont trop loin à Hollywood, on n’est pas si débiles ; on ne va pas créer l’instrument de notre propre destruction, faut pas déconner ! » Et pourtant. Etait-elle si loin de nous la prolifération des armes atomiques partout sur le Globe, ainsi que notre extermination programmée depuis la crise des missiles à Cuba en octobre 1962 ? L’écrivain et réalisateur Michael Crichton ne parlait que de ça pendant les années 70 et 80, quand il orientait son travail de créateur sur la dualité homme/machine ; en imaginant la révolte des robots qui ne veulent plus être les laquais de qui que ce soit dans Mondwest (1973) et Runaway – L’évadé du futur (1984).

Upgrade est un film australien de science-fiction (ou plutôt d’anticipation cyberpunk) qui envisage ce que nous allons devenir quand nous serons assujettis au bon vouloir d’une Intelligence Artificielle qui au départ fut conçu pour réparer ce qui a été cassé ou irrémédiablement abimé. Grey est un mécanicien à l’ancienne, qui bichonne de superbes automobiles. Il leur confère une âme à travers le temps qu’il passe à réparer, à ajuster, à gonfler des moteurs. Grey est un homme concret, solide, car il travaille encore avec ses deux mains, plongés jusqu’au bout des doigts dans le cambouis et dans la graisse de moteur. Il est marié à une femme, Asha, cadre dans une boîte de nouvelles technologies, Cobalt. Et l’essentiel de leurs discussions dès l’entame du film porte sur la dichotomie qui pourtant cimente leur couple : Grey est un pragmatique qui ne trouve plus sa place dans ce monde où les voitures connectées vous ramènent chez vous sans que vous ayez besoin de conduire ; tandis que sa femme, Asha, ne comprend pas qu’on puisse encore éprouver l’envie de mettre la main à la pâte. Bien entendu, le drame surviendra.

à suivre

.
 

« Une affaire de famille » a clôturé en beauté le festival

Une affaire de famille Effectivement, le film du japonais Hirokazu Kore-eda, Une affaire de famille (2018), est un bijou, lui aussi, de l’art cinématographique des années 2000. Sa manière tranquille nous familiarise avec la folie douce de ses personnages, tant cette famille s’éloigne des schémas traditionnels de cohabitation et de vivre ensemble. Et envisage une très grande complicité des spectateurs à l’égard de ces individus loufoques et diablement attachants. Les deux enfants du film, quant à eux, sont totalement bouleversants : la relation entre Shôta, le garçon pré-adolescent totalement autodidacte, et la toute petite (5 ans au compteur) Jinji/Rin, est une merveille de poésie, magnifiée par la délicatesse de la mise en scène. De plus, l’épilogue du film en demi-teinte laisse en nous un sentiment profond et bienveillant : celui de l’absolution d’actes pourtant répréhensibles commis par des adultes qui veulent réparer une injustice. Et le film pose la question cruciale de savoir si ce n’est pas au fond le lien qui nous attache à celles et à ceux qu’on s’est choisis qui importe plus que tout, et que toute autre considération biologique ou génétique.

Qu’est-ce qu’une famille aujourd’hui ? Que veut dire aimer quelqu’un ? Que viennent faire les normes sociales là-dedans ?

En composant des plans-séquences soigneux Hirokazu Kore-eda nous parle de notre rapport aux êtres qui nous sont chers et ne cède en rien à la conformité sociale qui emprisonne plus qu’elle n’émancipe : par exemple soustraire un enfant maltraité à ses parents biologiques relève de l’enlèvement et de la séquestration ou bien d’une forme d’humanitarisme primitif dénué d’à priori encombrant ?

Quel est le prix à payer aujourd’hui pour s’être éloigné des normes juridiques de protection de l’enfance ?

Oh oui, c’est à un bien beau festival que nous avons assisté cette année ; dans lequel même Olivier Assayas s’intéresse au monde réel, celui qui nous enveloppe toutes et tous, dans le très jubilatoire Doubles vies.

Prochainement nous allons nous intéresser au jouissif film de s.-f. cyber-punk Upgrade (2018) du très talentueux réalisateur australien Leigh Whannell.

à suivre

 

.
 

Hip, hip, hip, hourrah pour le festival !!! Une totale réussite

The house that jack built Ce 21eme festival de cinéma Indépendance(s) & création fut une totale réussite.

Comme l’a souligné son président Alain Bouffartigue lors de la cérémonie de clôture dimanche soir 7 octobre, il y eut 3 temps forts :

- en premier lieu la projection dimanche en fin de matinée du film de Lars Von Trier, The House That Jack Built (2018), qui a estomaqué les festivaliers. La projection fut suivie d’un décryptage de l’œuvre, en compagnie d’Alain Bouffartigue et de Jean Douchet, pendant 1h30 ; cela eut lieu en salle 5 quelques heures après nous être remis de nos émotions.

- le second temps fort fut la projection, 21 ans plus tard, du tout premier film écrit et réalisé par Jacques Nolot en 1997, L’Arrière pays ; c’était pour rendre hommage à la 1ere édition du festival : dans ce magnifique long métrage Jacques Nolot se met en scène dans un bouleversant récit autobiographique qui l’imagine accompagner les derniers instants de sa mère dans son village gersois d’où il est originaire et qu’il a quitté il y a bien longtemps sans le moindre regret. Ce fut à nouveau un grand et beau moment d’émotion pour l’enfant du pays Jacques, qui était présent dans la salle, et pour le public qui lui est fidèle depuis pas mal de temps déjà. En outre le film fut projeté en 35 mm dans l’unique copie qui existe, propriété exclusive de la Cinémathèque française, qui l’a prêtée gracieusement. Beau moment de nostalgie, heureuse et salvatrice. Comme l’a dit Alain il serait heureux qu’un éditeur de dvd en tire une copie numérisée HD, car le film tient joliment le coup et est devenu un classique patrimonial, rien de moins. Amis éditeurs, si vous entendez le message !!

- le troisième temps fort fut la soirée de clôture, avec la projection en avant-première, la seule organisée par le distributeur, de la dernière palme d’or cannoise, Une affaire de famille de Kore-Eda Hirokazu, avec en préambule une vidéo de remerciement du cinéaste japonais lui même, alors en tournage à Paris avec Catherine Deneuve et Juliette Binoche.

Le festival fut, une fois de plus, au diapason, de ce qu’on attend de lui : faire découvrir des films novateurs qui interrogent non seulement l’état du monde actuel, mais aussi notre propre sensibilité face aux images qui nous sont proposées.

En cela le film de Lars Von Trier, The House That Jack Built, est parfait car il permet de situer le niveau d’excellence de son auteur, loin au-dessus de la mêlée, construisant avec un matériau visuel d’une inventivité inouïe, un temple narratif, formel et cérébral d’une audace sans commune mesure. Qui appelle de multiples niveaux de lecture, jouant à l’infini avec la curiosité, mais aussi notre insatiabilité à regarder des images puissantes, inoubliables, à essayer de les décrypter au mieux.

Créateur de formes visuelles et sonores unique en son genre aujourd’hui, Lars Von Trier ne s’écarte jamais du chemin pourtant malaisée qu’il arpente depuis près de 40 ans de carrière. Sa Maison que Jack construit devient par les seules forces de son imaginaire et de sa grammaire visuelle un classique instantané, qui marque dès à présent de son empreinte charnelle l’histoire du cinéma au XXIème siècle.

Depuis l’an 2000 et les milliers de films sortis depuis, je ne vois que le sublime The Assassin (dont nous allons parler très prochainement) de Hou Hsiao Hsien pour rivaliser avec le maître danois.

à suivre

.
 

Doubles vies d’Olivier Assayas

Doubles vies Assayas Dans ce nouveau film d’Olivier Assayas, Doubles vies (2018), on suit les pérégrinations de quatre personnages principaux, liés les uns aux autres par des rapports à la fois professionnels et amicaux. Par exemple Alain, éditeur dans une vénérable maison d’édition parisienne, a une relation compliquée avec un des auteurs de son catalogue de littérature générale : Léonard Spiegel, un écrivain exigeant et par cela assez confidentiel, incarné avec beaucoup de générosité comique par le décidément très bon Vincent Macaigne. Lequel espère voir son nouveau manuscrit publié par son ami joué par Guillaume Canet, plus sobre que d’habitude, réalisateur pointilleux oblige !

Ce chassé-croisé classieux et hyper contemporain entre Guillaume Canet, Juliette Binoche, Vincent Macaigne, Nora Hamzawi et Christa Théret débouche sur une radiographie des sentiments ; ceux qui agitent les parisiens branchés aujourd’hui : éditeurs germanopratins, analystes des nouvelles technologies connectées, écrivains élitistes, pétillantes assistantes parlementaires, savoureuses comédiennes, tout ce petit monde tellement séduisant et intelligent en prend gentiment pour son grade. Même si leurs préoccupations peuvent paraître stériles à première vue, c’est quand même de la difficulté à envisager un avenir commun, à l’heure du règne omnipotent des nouvelles technologies, dont parle le film. En nous montrant les dilemmes auxquels sont confronté tous ces personnages têtes à claque.

Mais les comédiens, rigoureusement choisis, rendent ces tranches de vies, prises sur le vif, particulièrement attachantes. Et à la justesse avec laquelle jouent les très estimables Juliette Binoche et Guillaume Canet, il faut ajouter la drôlerie qui n’appartient qu’à lui de Vincent Macaigne, ainsi que la fantaisie qui se dégage de l’extraordinaire composition de Nora Hamzawi.

Décidément le cinéma français a de bien belles choses à offrir cet automne et cet hiver aux spectateurs alanguis que nous sommes.

.
 

« Les Estivants » de Valeria Bruni Tedeschi ou la mise en perspective de l’abandon

les estivantsCe 4eme film de fiction pour le cinéma de Valeria Bruni Tedeschi en tant que réalisatrice mêle avec brio des séquences qui paraissent autobiographiques et d’autres totalement imaginées, voire fantasmées. Tournant avec beaucoup de délicatesse et de désir autour des notions de perte, de séparation et d’abandon, la cinéaste met en scène des personnages haut en couleurs, auxquels on s’attache vraiment, ce qui n’est pas une mince affaire aujourd’hui tellement nous sommes submergés par les narrations sérielles multiples qui ne se terminent jamais.

Il s’agit ici d’un vrai bel objet de cinéma, conçu avec soin, et la présence dans la salle de Valeria et de sa complice Noémie Lvovsky fut particulièrement agréable. Mêlant soigneusement, sans jamais avoir peur du ridicule, comme l’a précisée l’actrice et coscénariste du film Noémie, scènes de franche comédie chorale avec des contrepoints tragiques comme l’évocation sensible du frère disparu dont on nous fait comprendre qu’il était un tampon entre le caractère diamétralement opposés des deux sœurs italiennes, Les Estivants est une superbe composition collective ressuscitant avec beaucoup d’émotion les fantômes passés et apaisants du cinéma d’auteur, mais aussi populaire, d’autrefois.

La séance a été présentée par Alain Bouffartigue, accompagné par Noemie Lvovsky, qui est à la fois une comédienne sensible, tout en retenue, ainsi qu’une réalisatrice de grand talent. Elle a évoqué son amitié avec Valeria, qu’elle connaît depuis plus de 30 ans. Les deux femmes ont l’habitude de travailler chacune sur le film de l’autre, du coup on sent une complicité qui n’est aucunement usurpée. Le reste du cast est à l’unisson, avec une mention spéciale à la pétillante Valeria Golino qui livre une prestation pleine de fantaisie nuancée par le désarroi de ce personnage qui noie son chagrin de n’avoir pas eu d’enfant dans une pitrerie de bon aloi. Il y a tant et tant de choses remarquables à dire sur ce film qui évoque aussi les rapports de classe et de domination entre gens aisés et personnel de maison empêtré dans des situations aussi enlevées que celles de leurs patrons. Mais tout cela est orchestré avec beaucoup de soin, dans un décor de rêve, sur la Côte d’azur, qui n’est pas sans rappeler le lieu de villégiature de Meurtre au soleil (Guy Hamilton, 1982), avec son ponton qui donne directement sur la mer et sa terrasse étourdissante qui surplombe icelle. Cette réminiscence cinéphilique est-elle consciente ou non ?

Après la projection de ce très beau film d’automne Valeria Bruni Tedeschi a répondu aux questions du public qui avait rempli la salle 2 de notre magnifique Ciné 32 ; avec à ses côtés Noémie Lvovsky, et on pouvait sentir la belle complicité qui unit ces deux femmes créatrices d’univers singuliers au cinéma, depuis tant d’années. Et puis Jean Douchet, qui assistait à la représentation, n’a pas pu s’empêcher de donner un cours magistral en mettant en perspective Les Estivants avec tout un pan du cinéma français qui traite des rapports de domination à l’œuvre dans la société française entre nantis et domestiques, ou ouvriers et patrons, c’est selon ; et ce depuis La Règle du jeu de Jean Renoir, 80 ans auparavant, ce qui ne nous rajeunit pas. Mais bon, c’est ce qu’on attend d’un éminent critique de cinéma, de décortiquer à chaud un film magistral, pas vrai ? C’était marrant d’ailleurs de voir avec quelle attention touchante Valeria et Noémie écoutaient le docte monsieur faire sa leçon cinéphilique. C’est pour des moments comme celui-là qu’il est indispensable de se rendre dans les festivals de cinéma, qui permettent de faire vivre devant nous des personnages de cinéma bien réels et terriblement humains et touchants. si le reste du festival est à l’avenant, ça promet de belles, très belles rencontres de cinéma.

Prochain épisode avec le nouveau film d’Olivier Assayas.

 

.
 

21eme festival de cinéma « Indépendance(s) & création », à Auch

IMG_00000540En ce moment a lieu le 21eme festival de cinéma indépendance(s) & création à Auch, dans le Gers, et à cette occasion je me propose de chroniquer les films de mon parcours cinéphilique, espérant susciter chez vous l’envie de découvrir ces films une fois en salles. Je commence avec le film de Valeria Bruni Tedeschi, qui est pour moi une belle entrée en matière pour prendre le pouls du cinéma d’auteur français actuel ; et qui pose la question suivante : à l’heure des images fabriquées à la chaîne par nous tous à partir de nos objets connectés, comment se raconter sans tomber ni dans la complaisance, ni dans le narcissisme béat ? Réponse dans le post suivant.

.
 

Night Tide ou la figure rêvée de l’innocence bafouée

dennis-hopper-1Être ou ne pas être amoureux d’une sirène ?

C’est la question que se pose le personnage incarné par Dennis Hopper dans Night Tide, tout au long de ce film délicieux  de Curtis Harrington (1961). L’acteur y joue le rôle de Johnny et c’est son tout premier film en tant que leading character. En 1961 Dennis Hopper est le jeune comédien hot du moment ; après la mort accidentelle de l’icône James Dean, son copain de plateau, c’est à lui d’être lancé sous les feux des projecteurs. Et c’est stupéfiant de voir à quel point il est bon, si jeune, beau comme un dieu, embrasant l’écran, modelant à la perfection les différentes attitudes d’un jeune américain qui se veut le miroir éclaté de tous les autres. Dans Night Tide il est Johnny, un jeune matelot de l’US Navy, débarqué de son Colorado natal jusqu’à Venice, sur la côte Pacifique, traînant sa coolitude dans les bars le soir, le long du Mall éclairé aux néons.

Sur un air de jazz, une cigarette à la main, Johnny, dans son costume de marin blanc immaculé (et Rainer Werner Fassbinder s’en souviendra quand il le fera porter à Brad Davis dans Querelle (1982) vingt-et-un ans après), véhicule un érotisme latent, chafouin, éparpillé ; il est terriblement séduisant, il va par conséquent ne pas laisser indifférente une merveilleuse créature, une jolie brune à cheveux longs, répondant au doux prénom tahitien ou maori de Mora. Laquelle a l’air un tantinet esseulée au tout début du film, avant de croiser le regard de Johnny, seule à une table de café, écoutant l’orchestre de jazz qui joue merveilleusement bien, et dont la musique irradie tout le film.

Les deux tourtereaux vont s’hypnotiser, se cajoler, se plaire, s’apprivoiser mutuellement. Tout est filmé dans un noir & blanc somptueux. Et petit à petit on nous fait comprendre que Mora pourrait être une véritable sirène, cette créature mythologique dangereuse pour les humains. Ou pas.

Mais on s’en moque car on a plaisir à déambuler avec ces deux-là, qui se plaisent et nous plaisent.

Night Tide  est une manière de film rêvé, restauré grâce aux bons soins du génial Nicolas Winding Refn, le méticuleux réalisateur de Drive  (2011), qui est aussi un collectionneur de films fétichiste. Merci Monsieur Refn pour cette belle initiative.Précipitez-vous sur ce film merveilleux sur la plateforme gratuite de streaming de notre ami Nicolas Winding Refn à cette adresse : www.bynwr.com

Quand l’amour du cinéma transparait à ce point, il est bon et précieux de le partager.Car la véritable culture, la plus bienfaisante, est celle qui s’adresse à tout le monde.Monsieur Refn l’a bien compris, et en a fait son mantra.

Et puis, n’est-elle pas ravissante Linda Lawson, notre sirène ?

.
 
12345...8

Lespetitesgarces |
Seventh Art Lovers |
Juloselo |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Serietvaddict2015
| Whitekelly4o
| My own private movie