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The Birth of a Nation (2017)

The birth of a NationIl est heureux de se rendre compte que les deux meilleurs films américains de l’année 2017 ont été réalisés par deux comédiens-producteurs, Jordan Peele et Nate Parker, qui ont décidé de passer à la réalisation en interrogeant la question raciale, mais aussi les heurts provoqués par le déchaînement de violence politique et religieuse qui ensemence le monde du XXIe siècle. Qui ont également décidé de se demander où en était l’Amérique vis-à-vis de son Histoire, à la fois récente (Get Out et les deux mandats présidentiels de Barack Obama) et passée (The Birth of a Nation et l’esclavagisme dans le Sud des Etats-Unis au dix-neuvième siècle).

En relatant les faits et gestes de l’esclave noir Nat Turner au sein d’une plantation de coton en Virginie dans les années 1830, Nate Parker propose sa vision de ce moment crucial de l’Histoire américaine : celui de la période de l’esclavage sudiste qui a défini une identité américaine à ce jour pas entièrement assumée par la Nation – et c’est ce qu’interroge aussi Jordan Peele dans Get Out, cet effroi qui a permis à un peuple fracturé de refermer la parenthèse Obama en élisant à la tête du pays son exact opposé : c’est-à-dire un suprémaciste blanc raciste, misogyne et xénophobe.

Autant Jordan Peele tire un pur film d’horreur de cette situation cauchemardesque actuelle, autant Nate Parker plonge loin sa caméra dans les profondeurs du Sud, où le magnolia côtoie dans le même champ (de la caméra) la potence et les lanières en cuir monstrueuses du fouet qui lacèrent les chairs noires. A travers l’histoire de cet esclave noir digne et cultivé, à qui les maîtres permettent au début du film d’être un prêcheur évangélique pour ses frères en soumission, dans les plantations environnantes, on assiste à le lente maturation d’une émancipation, qui pourtant se passe in fine dans le sang, dans le regret et dans les larmes des femmes noires qui supportent le mal épais drapées dans leur dignité exemplaire.

Dieu sait-il reconnaître les bons et les méchants ? Entend-il seulement les complaintes des âmes bafouées, des corps brisés et des membres meurtris au plus profond de leur être ? La révolte suicidaire est-elle indispensable à l’émancipation future des masses opprimées ? Le dernier plan du film, sublime, qui se déroule trente ans plus tard, apporte en cela une réponse téméraire.

En tous les cas ce film de Nate Parker, superbement interprété et réalisé, mérite d’être découvert, à l’aune du questionnement politique primordial que seuls assurent aujourd’hui des réalisateurs nécessaires comme Barry Jenkins (dans Moonlight, 2016), Steve McQueen (dans 12 years a slave, 2013), Jordan Peele ou Spike Lee quand il est en forme.

Qu’est-ce que l’identité noire aujourd’hui, au XXIe siècle ? La réappropriation d’une Histoire juste, correcte, délestée de la mauvaise conscience. En mettant à nu les racines qui permirent la naissance de l’esclavage, et son maintien dans la collectivité, tous ces cinéastes nous invitent à réfléchir sur la meilleure façon de faire tenir, ensemble, ce monde debout, sur nos deux pieds.

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