Inscription Aller à: [ recherche ] [ menus ] [ contenu ] [ montrer/cacher plus de contenu ]



« Les Estivants » de Valeria Bruni Tedeschi ou la mise en perspective de l’abandon

les estivantsCe 4eme film de fiction pour le cinéma de Valeria Bruni Tedeschi en tant que réalisatrice mêle avec brio des séquences qui paraissent autobiographiques et d’autres totalement imaginées, voire fantasmées. Tournant avec beaucoup de délicatesse et de désir autour des notions de perte, de séparation et d’abandon, la cinéaste met en scène des personnages haut en couleurs, auxquels on s’attache vraiment, ce qui n’est pas une mince affaire aujourd’hui tellement nous sommes submergés par les narrations sérielles multiples qui ne se terminent jamais.

Il s’agit ici d’un vrai bel objet de cinéma, conçu avec soin, et la présence dans la salle de Valeria et de sa complice Noémie Lvovsky fut particulièrement agréable. Mêlant soigneusement, sans jamais avoir peur du ridicule, comme l’a précisée l’actrice et coscénariste du film Noémie, scènes de franche comédie chorale avec des contrepoints tragiques comme l’évocation sensible du frère disparu dont on nous fait comprendre qu’il était un tampon entre le caractère diamétralement opposés des deux sœurs italiennes, Les Estivants est une superbe composition collective ressuscitant avec beaucoup d’émotion les fantômes passés et apaisants du cinéma d’auteur, mais aussi populaire, d’autrefois.

La séance a été présentée par Alain Bouffartigue, accompagné par Noemie Lvovsky, qui est à la fois une comédienne sensible, tout en retenue, ainsi qu’une réalisatrice de grand talent. Elle a évoqué son amitié avec Valeria, qu’elle connaît depuis plus de 30 ans. Les deux femmes ont l’habitude de travailler chacune sur le film de l’autre, du coup on sent une complicité qui n’est aucunement usurpée. Le reste du cast est à l’unisson, avec une mention spéciale à la pétillante Valeria Golino qui livre une prestation pleine de fantaisie nuancée par le désarroi de ce personnage qui noie son chagrin de n’avoir pas eu d’enfant dans une pitrerie de bon aloi. Il y a tant et tant de choses remarquables à dire sur ce film qui évoque aussi les rapports de classe et de domination entre gens aisés et personnel de maison empêtré dans des situations aussi enlevées que celles de leurs patrons. Mais tout cela est orchestré avec beaucoup de soin, dans un décor de rêve, sur la Côte d’azur, qui n’est pas sans rappeler le lieu de villégiature de Meurtre au soleil (Guy Hamilton, 1982), avec son ponton qui donne directement sur la mer et sa terrasse étourdissante qui surplombe icelle. Cette réminiscence cinéphilique est-elle consciente ou non ?

Après la projection de ce très beau film d’automne Valeria Bruni Tedeschi a répondu aux questions du public qui avait rempli la salle 2 de notre magnifique Ciné 32 ; avec à ses côtés Noémie Lvovsky, et on pouvait sentir la belle complicité qui unit ces deux femmes créatrices d’univers singuliers au cinéma, depuis tant d’années. Et puis Jean Douchet, qui assistait à la représentation, n’a pas pu s’empêcher de donner un cours magistral en mettant en perspective Les Estivants avec tout un pan du cinéma français qui traite des rapports de domination à l’œuvre dans la société française entre nantis et domestiques, ou ouvriers et patrons, c’est selon ; et ce depuis La Règle du jeu de Jean Renoir, 80 ans auparavant, ce qui ne nous rajeunit pas. Mais bon, c’est ce qu’on attend d’un éminent critique de cinéma, de décortiquer à chaud un film magistral, pas vrai ? C’était marrant d’ailleurs de voir avec quelle attention touchante Valeria et Noémie écoutaient le docte monsieur faire sa leçon cinéphilique. C’est pour des moments comme celui-là qu’il est indispensable de se rendre dans les festivals de cinéma, qui permettent de faire vivre devant nous des personnages de cinéma bien réels et terriblement humains et touchants. si le reste du festival est à l’avenant, ça promet de belles, très belles rencontres de cinéma.

Prochain épisode avec le nouveau film d’Olivier Assayas.

 

Pas de Commentaires à “« Les Estivants » de Valeria Bruni Tedeschi ou la mise en perspective de l’abandon”

  ( Fil RSS pour ces commentaires)

Laisser un commentaire


Lespetitesgarces |
Seventh Art Lovers |
Juloselo |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Serietvaddict2015
| Whitekelly4o
| My own private movie