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Le journal d’une femme de chambre, de Luis Buñuel

gettyimages-166696811-612x612 Le grand écrivain de cinéma André Bazin aimait beaucoup les films de Luis Buñuel. Il fut aussi un de ceux qui en parlèrent le mieux, au moment où ce dernier revenait de son exil au Mexique, un pays dans lequel il tourna beaucoup de films, oublié de pas mal de gens importants en Europe continentale. Il est difficile d’imaginer aujourd’hui que ce cinéaste, prenant place parmi les ténors du cinéma mondial d’alors, de ceux qui sculptèrent avec la lumière des images inoubliables, au même titre que Chaplin, qu’Hitchcock, que Welles, disparut des radars après ses premiers essais filmiques surréalistes, Un Chien andalou (1929) et L’Âge d’or (1930). C’est à l’initiative du festival de Venise notamment qu’il fut redécouvert après-guerre. C’est à ce moment là qu’André Bazin fit sa connaissance, et que par son entremise Luis Buñuel devint un réalisateur français. En témoigne pour toujours ce chef-d’oeuvre de maîtrise et d’équilibre qui a pour titre Le journal d’une femme de chambre, et qui date de 1964.

J’ai le sentiment (ou l’intime conviction, au choix) qu’à partir de 1960 (ou même avant) Luis Buñuel devient, comme Alfred Hitchcock, cet inventeur de formes cinématographiques, lesquelles nécessitent une maturité et un usage de l’appareillage technique proprement hallucinants. Car sans L’Âge d’or, sans les oeuvres de jeunesse et celles de l’âge intermédiaire, il ne pourrait y avoir les films inouïs de l’âge mûr. Au même titre qu’Hitchcock, Luis Buñuel maîtrisait à la perfection tous les rouages de la machinerie filmique. Il était un visionnaire doublé d’un technicien hors pair ; dont l’agilité technique n’a d’égale que l’apparente simplicité avec laquelle il nous donne à voir, et à interpréter : pour s’en convaincre il n’y a qu’à mesurer la fluidité avec laquelle il enchâsse le corps en mouvement de Jeanne Moreau dans des mouvements d’appareil d’une exquise délicatesse, pourtant nerveuse et enjouée. Cela a l’air simple, évident, et pourtant très peu de réalisateurs réussirent à marier le cadre (celui de la composition du plan) avec le naturel gracile de leurs comédiennes : on pense aux muses de Buñuel, Jeanne Moreau et Catherine Deneuve, mais aussi à celles du grand Hitch, Grace Kelly et Tippi Hedren.

La photographie en noir & blanc, somptueuse, apporte la délicatesse du velours, alors qu’il se passe des choses très dures à l’écran (comme le meurtre d’une enfant en hors-champ dans une forêt). La caméra semble caresser chaque protagoniste, lesquels ne sont pourtant pas avares en turpitudes de toutes sortes : cela va du fétichisme touchant du vieux châtelain, à l’envie pernicieuse de forniquer avec tout ce qui porte un jupon, de son beau-fils interprété avec brio (jusqu’au malaise) par un Michel Piccoli hors-norme.

Et puis il y a Jeanne Moreau, qui porte ce rôle emblématique sur ses épaules d’immense comédienne, au charisme naturel, avec ce ton de voix gouailleur qui fait penser à Arlettty dans les années 30 et 40.

à suivre

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