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Quand Norbert Dragonneau devient un homme

LES ANIMAUX FANTASTIQUES - LES CRIMES DE GRINDELWALD - FANTASTIC BEASTS: THE CRIMES OF GRINDELWALD Ce que je trouvais le plus passionnant quand je lisais les différents volumes de la saga britannique Harry Potter, c’était les passages qui mettaient en scène les mages et les sorciers d’antan, toutes celles et tous ceux qu’évoquaient à voix basse Albus Dumbledore, la professeure McGonaghall et divers membres assermentés du Ministère de la Magie.

J’étais déjà trop vieux pour m’intéresser aux enfantillages du petit Harry et de ses comparses du même âge tendre. Par contre on se laissait aller à imaginer par quels secrets ressorts le monde des moldus pourrait se retrouver à feu et à sang si les sorciers montaient une coalition pour mettre au pas nos ancêtres. Et puis, quelle est l’Histoire secrète du XXe siècle qui n’est écrite nulle part ?

Et c’est de ça, justement, que parle Les Animaux fantastiques, 2e du nom, magnifiquement sous-titré : Les Crimes de Grindelwald. Qui n’est absolument pas un film pour les enfants. C’est pourquoi il faut d’urgence les emmener au cinéma voir ce film-là, et pas un autre, parmi la jungle des Christmas Movies. Car ils comprendront, par le biais de ce long métrage séduisant, les mécanismes d’érosion de la pensée critique qu’un idéologue cruel met en exergue pour mettre tout le monde à sa botte. Mieux qu’un cours d’Histoire du siècle dernier en accéléré, le réalisateur David Yates a réussi à mettre en images l’indicible dans une production familiale destinée à toute la famille.

Oui, ce film apprend véritablement aux enfants de 9, 10, 11 et 12 ans, à penser par eux-mêmes. Pourquoi le personnage, démoniaque et onctueux à la fois, de Gellert Grindelwald (interprété à la perfection par un Johnny Depp ressuscité) est-il si fascinant ? Pourquoi la séduction du mal continue à exercer sur les esprits fragiles le même pouvoir d’attraction-répulsion ? La pétillante Queenie se laisse envoûter par le Führer des Sorciers, tandis que son antagoniste Leta Lestrange, davantage mélancolique et ombrageuse, lui résistera jusqu’au bout.

Ces images fortes, symboliques, impriment la rétine des enfants et font passer en un clin d’œil mille leçons de civisme et de citoyenneté. En mettant en scène des personnages adultes, moralement déjà solidement constitués, la saga prend un nouveau cap et devrait fédérer de nouveaux publics ; notamment celui qui est naturellement hostile aux fantastiqueries en tous genres : les petits et grands fonctionnaires de la culture dogmatique, subventionnée, étriquée et niaiseuse, méprisante et paresseuse… Pourquoi Jean-Luc Godard ne fait-il plus de film digne de ce nom depuis au moins 40 ans ? La réponse est aussi dans Les Crimes de Grindelwald de David Yates (2018), le meilleur film nouvelle vague depuis L’Enfer de Claude Chabrol (1994). Ironique, n’est-il pas ?

La réponse au précédent post est :L’Abomination de Dunwich de H. P. Lovecraft.

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Mon royaume pour un trident 2e partie

5491205_jpg-r_1280_720-f_jpg-q_x-xxyxx Dans ce type de film on sait d’avance, avant même que ça commence, qui deviendra le roi légitime, digne de confiance et respecté par son peuple. D’ailleurs le prénom choisi par le père pour le nourrisson issu des 2 mondes antagonistes n’est-il pas Arthur, en référence directe et assumée au preux chevalier et Maître de la Table Ronde ? On a pensé la même chose dès le début de Black Panther, et ça a plutôt bien marché pour son réalisateur Ryan Coogler, aux manettes quelque temps auparavant sur l’audacieux Creed (2015) qui ressuscite la saga Rocky de la plus belle des manières. Non, l’essentiel n’est pas là.

Ce qui  est intéressant à regarder en revanche, c’est l’enchainement des séquences, toutes plus étourdissantes les unes que les autres ; et extrêmement bien découpées. Et pour une fois au moins dans une production de cette envergure, les scènes d’action y sont lisibles de bout en bout. On arrive à bien situer chaque personnage dans l’espace du cadre. Ce qui a dû être coton à réaliser, dans la mesure où la plupart des personnages du film , mi humains, mi amphibiens, passent le plus clair de leur temps à plonger, à nager, à voler et à se cogner dessus avec un entrain considérable. Le film est par conséquent parsemé de scènes d’anthologie, qu’il faudra visionner plusieurs fois pour bien les comprendre, et mieux les apprécier. Notons par exemple la scène magistrale de baston entre Aquaman et Black Manta d’une part, et celle tout aussi remarquable entre Mira et les sbires du pirate voltigeant d’autre part. Tout cela se passant en majeure partie sur les toits rustiques d’un village de Sicile situé tout au bord de la belle bleue.

Autre séquence mémorable : celle du saut depuis un avion au-dessus du Sahara occidental, suivi de l’engloutissement de nos deux futurs tourtereaux dans les profondeurs du désert, en hommage appuyé à la séquence finale d’Indiana Jones et la Dernière Croisade de Steven Spielberg (1989).

Le film de James Wan est truffé de clins d’œil de ce genre. Qui aura remarqué par exemple le livre posé en haut de la pile sur la table basse du salon du gardien de phare, au début du film ? Quel est son titre et quel est le nom de son auteur ?

Réponse dans le prochain post, le dernier de cette année 2018 qui fut riche et belle en jolis moments de cinéma.

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Mon Royaume pour un trident : Aquaman (2018) de James Wan

edfiszkb2q1nsa5jve7q Aquaman est le film idéal pour les fêtes de fin d’année. Car il peut plaire aussi bien aux fanas de films de super-héros qu’à celles et à ceux qui ont besoin d’un pur divertissement, aux multiples scènes d’action savamment orchestrées. On ne demande pas beaucoup plus à un film de ce genre. Alors, quand le travail collectif est bien fait, eh bien en général le public est content, et ressort de la salle avec le sourire.

L’histoire d’Aquaman est archi rebattue, car quand il s’agit de raconter les origines d’un super-héros, il faut s’en référer aux modèles filmiques qui ont fait leurs preuves. El le modèle insurpassable en l’occurrence reste le Superman premier du nom, réalisé par Richard Donner en 1978. Ça tombe bien car c’est un personnage DC, déjà produit par la Warner à l’époque. Depuis, de nombreux films de super-héros ont été tournés, et les canons narratifs inhérents à ce genre ont évolué. Quitte à devenir de nos jours le seul modèle du blockbuster à plus de 100 millions de dollars en coûts de fabrication. Dès lors on ne compte plus les différentes familles qui cohabitent bon an mal an dans cet univers cinématographique complexe : il existe les films Marvel, les films DC, les films Fox, les films Disney, la galaxie Star Wars, les différentes épopées de fantasy,.. Bref, il est difficile de tout recenser depuis une dizaine d’années, lorsque l’on n’est pas un geek de la première heure, s’entend.

Pour ce que j’en comprends je dirai que cet Aquaman du réalisateur doué James Wan, ressort de la Techno Fantasy, une catégorie à la mode en ce moment ; dans laquelle je glisserai volontiers Black Panther (Ryan Coogler, 2018) du concurrent direct Marvel Studios, et bien sûr les spin off de Star Wars comme Rogue One (Gareth Edwards, 2016) et Solo (Ron Howard, 2018), sans oublier Les Animaux fantastiques Volume 1 (David Yates, 2016) et Volume 2 : Les Crimes de Grindelwald (David Yates, 2018), ou encore le Mortal Engines de Christian Rivers (2018). Et tant d’autres films, comme ceux adaptés des sagas romanesques pour ados et jeunes adultes par exemple, qui font aussi le succès de l’industrie du divertissement mondialisé.

L’histoire d’Aquaman reprend en gros celle de la saga Thor : il s’agit ni plus ni moins de la lutte pour le trône convoité de Roi de l’Atlantide ( ou des 7 mers si on est pointilleux), entre 2 demi-frères que tout oppose (Jason Momoa et Patrick Wilson), qui sont issus de la même mère (Nicole Kidman, toujours aussi charismatique) mais qui n’ont pas le même père. L’aîné est un sang mêlé qui a été élevé par un surfacien (c’est ainsi que nous nomment les atlantes), gardien de phare dans le Maine, USA ; et le cadet est un jeune homme fougueux dont le père fut roi des atlantes, et qui voudrait donner à son Royaume marin le lustre d’antan. Pour cela il est prêt à déclarer la guerre à ceux qui vivent à la surface. Deux rivaux pour un même trône, donc, comme dans tout film hollywoodien à caractère initiatique qui se respecte, calqué sur la dramaturgie shakespearienne du meilleur effet.

à suivre

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Joyeuses fêtes à tout le monde

bonnes-fêtes-534x334 Je vous adresse tous mes vœux de bonheur et de réussite dans ce que vous entreprendrez ; sans oublier non plus les nombreuses joies cinéphiliques à venir. Merci du fond du cœur à chacun d’entre vous pour avoir pris la peine de lire mes post.  Ça n ‘a l’air de rien, cependant vous ne pouvez pas savoir à quel point cela m’a réconforté de savoir que vous étiez nombreux au rendez-vous, spécialement durant cette année 2018 qui prend fin bientôt.

Nous allons encore partager bien des moments de vrai et beau cinéma ensemble, soyez-en sûrs !!!

A très vite.

Encore merci.

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Allez, viens prendre le train, quoi ?! 2e partie

Image-1024-1024-3696932 Dans un train couchette on fait aussi parfois l’amour, et peu nous chaut alors les frimas de l’hiver, les dévaluations monétaires et les contestations, ou même l’encombrement des voies. La CGT/Cheminots peut bien faire grève à longueur d’intersaison, pour défendre une profession dont nous avons besoin, dormir dans une couchette de la Société des wagons-lits, et y faire des galipettes, reste une expérience inoubliable qu’il faut s’offrir au moins une fois. Ce ne sont pas les différents interprètes de James bond qui diront le contraire. D’ailleurs un film de l’agent double zéro est totalement réussi quand sa scène de train l’est tout autant.

Mais l’autre versant, beaucoup moins attractif, est celui de la manière noire de l’embarquement : quand prendre le train s’apparente à une descente aux enfers. On peut faire des rencontres déplaisantes dans un compartiment, être coincé sur la banquette entre des individus patibulaires qui fomentent un mauvais coup. Si, du reste, un wagon postal est attaché au vôtre, il y a de quoi vous faire du mauvais sang, car les attaques de train qui convoient de l’argent sont monnaie courante au cinéma (oh le vilain jeu de mots !). Par contre, il suffit de regarder La Grande Attaque du train d’or (The First Great Train Robbery, 1978) pour mesurer ce qu’a de terriblement ciné-génique un train qui roule à vive allure dans la campagne, surtout quand on marche sur le toit des wagons, en équilibre instable, en même temps.

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Dans ce film génial qui se déroule à Londres en 1855, un train est affrété tous les mois pour acheminer la solde des soldats britanniques qui se battent sur le front de Crimée. Il s’agit de 25 000 livres sterlings en lingots d’or. Un escroc, Pierce, s’associe à sa maîtresse Miriam et à un autre malfrat nommé Agar, pour tenter l’impossible, qui n’a encore jamais été réalisé : voler le magot à bord du train en marche. Mais bon, pour Sean, quand on lui demande « Jamais plus ? » il rétorque « Jamais plus jamais » (Never Say Never Again, Irvin Kershner, 1983) et revient par conséquent aux affaires courantes 5 ans plus tard dans ce remake rutilant et bondissant d’Opération Tonnerre (Thunderball, Terence Young, 1965), qui en soi était déjà un chef d’œuvre absolu. Mais bon, là je m’égare un peu, non ?

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Bref, à la fin du film de Michael Crichton, pendant le procès de Peirce, qui a été arrêté auparavant à la gare de Folkstone, quand le juge lui demande pourquoi il a décidé de voler les 25 000 livres sterlings, ce dernier répond : « Je voulais l’argent. » Et cette réplique sibylline fait éclater de rire les spectateurs du tribunal ; et font sur le champ de Peirce, le malfrat uniquement motivé par l’appât du gain, avec ses complices Miriam et Agar, les héros du peuple révolté contre l’oppression (celle de le société victorienne corsetée de 1855) et la bienséance de classe.

à suivre…

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Allez, viens prendre le train, quoi ?!

Tu vas voir c’est sympa !

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En effet, il y a deux manières d’envisager la chose : soit prendre le train est synonyme de vacances et de détente, et de potentielles rencontres, soit il s’agit de l’expérience la plus anxiogène qui soit, une plongée aux enfers dont personne ne revient indemne ; souvenez-vous de Train d’enfer (1984) de Roger Hanin, de Dernier train pour Busan (2016) de Sang-ho Yeon, ou encore de Snowpiercer – Le Transperceneige (2013) de Bong Joon-ho.

Envisageons tout d’abord la première manière, quand prendre le train rime avec plaisirs partagés et aventures en bermuda. C’est à bord d’un train que l’impeccable Cary Grant fait la connaissance de la sublime Eva Marie Saint dans La Mort aux trousses (North by Northwest, 1959) de Sir Alfred Hitchcock ; le train est alors le vecteur de l’aventure et de la résolution des énigmes, car bon nombre de films policiers et de thrillers se déroulent dans des wagons lancés à folle allure sur les écrans de cinéma. Ce monde clos est fascinant car pendant que la locomotive fulmine, tout peut arriver : même les combats à mains nues les mieux chorégraphiés. Songeons à celui qui oppose James Bond/Sean Connery au féroce agent du KGB dans l’insubmersible Bons baisers de Russie (From Russia with Love, 1963) de Terence Young. Et dans 007 Spectre (2015) de Sam Mendes, c’est en train que le super agent britannique incarné par Daniel Craig va au devant de son destin et de la résolution de l’énigme des origines, accompagné du Docteur Madeleine Swann/Léa Seydoux : qui est réellement Ernst Stavro Blofeld/Christoph Waltz, et quel est son véritable rang dans la hiérarchie du SPECTRE ? Numéro 1, numéro 1 bis, numéro 2, numéro O ? Dans l’ultime face à face entre l’agent double zéro et son frère de lait d’adoption, qui est le pendant maléfique de l’autre ? Qui est le plus brutal ? Ce sont les questions captivantes qui sont posées par les James Bond Movies depuis que Daniel Craig a repris le flambeau (dans le flamboyant Casino Royale, 2006, de Martin Campbell). A bien des égards la scène surpuissante de bagarre entre James Bond et Mr Hinx, incarné par David Bautista, reprend au geste près la séquence mythique du 2e film de la série, citée plus haut. Comme un ultime hommage.

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à suivre…

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10 ans de science-fiction au cinéma 2

mondwest Que sont les robots devenus ?

Michael Crichton fut un des premiers à poser la question dans 2 films aujourd’hui cultes. Il s’agit de Mondwest (1973) et Runaway – L’évadé du futur (1984), qu’il réalisa lui-même. Dans Mondwest on assiste au dérèglement de robots censés animer un parc d’attractions en servant de gibier. Mais en tirant à vue sur les clients du parc, le bel ordonnancement imaginé par les responsables vole en éclats : le fait de laisser aux consommateurs le soin d’exorciser leur haine et leur brutalité à l’endroit de robots, fabriqués en série comme autant de cibles faciles, et surtout inoffensives. L’icône Yul Brynner, en reprenant les attributs qui le caractérisaient dans Les Sept mercenaires (1960) de John Sturges (pantalon, chemise, et chapeau noirs), préfigure le Terminator (1984) incarné par Arnold Schwarzenegger quelques années plus tard dans le 1er opus de James Cameron. Impassible, le robot tueur traque les humains et les abat froidement. L’humain a fabriqué le robot à son image : et sous le vernis de la civilisation l’être humain se console en cachant sous le tapis sa véritable nature, avec laquelle il crée une nouvelle enveloppe charnelle ; celui qui lui ressemblera le plus sera programmé pour exterminer à son tour ceux qui entraveront sa route. S’il est vrai que Notre besoin de consolation est impossible à rassasier (Stig Dagerman, 1952) alors les créatures numériques suprêmement intelligentes feront office d’avatars nous permettant d’exténuer notre besoin irrépressible de désolation. Mais nous continuons cependant de proliférer.

Matrix

C’est ce qu’exprime l’agent Smith, le programme informatique-traqueur de la Matrice (dont la mission est d’éradiquer l’espèce humaine), à l’endroit de Morpheus, lorsqu’il lui rappelle que l’humanité s’est répandue à la surface de la Terre de la même manière que les cellules cancéreuses. Lesquelles prolifèrent dans un organisme en éliminant les cellules saines jusqu’à épuisement irréversible des tissus. In The Matrix (1999) de Lana et Lilly Wachowski.

Non, décidément, les films de science-fiction ne sont pas drôles depuis quelque temps. Car ils sont le reflet des cataclysmes qui nous guettent.

A l’heure du dérèglement climatique, dont nous pouvons déjà mesurer les effets dévastateurs sur nos écosystèmes (avec force tsunamis meurtriers, ouragans tropicaux sans commune mesure avec ceux d’autrefois, sécheresse intense et pluies diluviennes aux quatre coins de la planète, disparition accélérée des espèces les plus fragiles ou les moins protégées,…), et de la fragmentation des manières de penser, de communiquer, et d’entrevoir le futur, les seuls qui posent les bonnes questions aujourd’hui sont les réalisateurs de films de S.-F. et d’anticipation. Car ils osent mettre en images, non pas le monde de demain (nous y sommes déjà, englués jusqu’au cou), mais la réalité alternative d’aujourd’hui, que beaucoup refusent de voir.

Mad Max 2

Notre monde ressemble de plus en plus à celui de Blade Runner (Ridley Scott, 1982) et de Mad Max 2 (George Miller, 1982) sans que personne ne réagisse. Parce qu’il n’y a plus de visions politiques, économiques et sociales à long terme. Des sociologues, des géographes et des philosophes alertaient autrefois sur les écueils que nous n’allions pas tarder à rencontrer en chemin. Je pense à Alfred Sauvy, à Yves Lacoste et à Michel Foucault par exemple. Bien sûr, ils pouvaient leur arriver de se tromper dans leurs pronostics, mais ils avaient cet avantage certain : il osaient prophétiser ce que nous deviendrions, et proposaient une autre manière de penser, et surtout de se penser, en étroite relation les uns avec les autres. Quand le monde contemporain ressemble de plus en plus à un champ de mines, les spectateurs de cinéma aiment se réfugier dans les univers bariolés proposés par les films de fantasy, qui sont le placebo, je le concède, dont nous avons besoin désormais, pour oublier, l’espace de 2 à 3 heures, l’angoisse chevillée au corps de nos vies post-modernes et bien ternes.

Pourquoi ?

à suivre

 

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Mission : Impossible. Fallout (2018) ou Les visages de Tom

Mission impossible 2 Ce qui est fascinant avec cette franchise, c’est qu’elle traverse les décennies (le premier épisode réalisé par Brian de Palma date de 1996, comme le temps passe vite !) et qu’on y voit Tom Cruise vieillir ; comme s’il donnait seulement à cette série de films qui lui tiennent particulièrement à cœur le soin d’enregistrer les effets du temps sur son visage. Dans tous les autres films de sa filmographie (et ils sont nombreux) l’acteur Tom Cruise est le véhicule d’un corps en mouvement que les aléas de la vie quotidienne n’altèrent pas. Car cet acteur-là a survécu à tout : il est la seule, l’unique star de cinéma, à l’ancienne, encore en activité. Quand toutes les autres stars ont renoncé, ont quitté l’écran de cinéma pour autre chose : George Clooney est le Vip de luxe pour les capsules Nespresso et s’apprête à devenir président des Etats-Unis, les filles font des publicités glamour pour des parfums de luxe (Julia Roberts, Charlize Theron et consorts), et tous les autres ont cédé le trône car trop de mauvais choix de carrière les ont définitivement grillés. Il reste Tom et il reste les films de cette saga à nulle autre pareille qui s’appelle Mission : Impossible et qui se paye le luxe de concurrencer directement et de marcher sur les plates-bandes des films de James Bond.

Le super agent américain fait aussi bien au box-office que le vénérable et puissant agent britannique. Car ils sont tous les deux des survivants d’un monde désormais disparu, quand des films faisaient saliver les spectateurs du monde entier sur la seule foi de l’affiche ou de la bande-annonce projetée au cinéma à la séance du samedi soir, juste avant de visionner le film dont on pensait des jours à l’avance, avant de le voir dans notre cinéma adoré.

C’était un monde où Netflix n’existait pas, ni Amazon, ni le streaming, encore moins le téléchargement illégal. Un monde où le spectateur n’était pas passif mais patientait de longues semaines avant de découvrir l’objet de son désir. Un monde dans lequel on n’avait pas encore inventé le spoil, ni le pitch, ni toutes ces conneries numériques qui ont finalement détruit l’amour irraisonnable, irraisonné que nous avions pour les films de cinéma, les films de pur divertissement qui contenaient autant de belle philosophie et de manière de penser que n’importe quel livre.

Tom Cruise est le seul vestige qu’il nous reste de cette époque-là, et pour la première fois il accepte de vieillir, et ça se voit à l’écran : dans Fallout il accuse son âge comme on dit poliment. Bien sûr il continue de courir, de se battre, de voler, de sauver le monde libre comme il l’a toujours fait, depuis plus de 30 ans maintenant, mais dans les images de Fallout on voit le visage d’un homme enfin fatigué, qui n’en peut mais… Dans les toutes premières images du film, dès le premier plan, il est bouleversant, car en un regard, en un seul ajustement, une seule attitude, il exprime toute la fatigue, toutes les épreuves qu’une personne doit traverser dans son existence. Et il est totalement bouleversant. Cet acteur-là est la seule star de cinéma mondiale qui nous reste, et ce qu’il fait au cinéma, il le fait mieux que personne. Je pourrai voir des milliers de films avec lui, je ne me lasserai jamais de le voir jouer, lui : Tom Mapother III Cruise.

Du tout premier Mission : Impossible, sorti au cinéma il y a 22 ans, à ce sixième volet, sorti cet été (le 1er août 2018 en France), on assiste au défilement des images d’emprunt : se joue à cet endroit seulement, celui de l’action cinématographique en continu (déjouer des complots, démasquer les traîtres, occire les super méchants et démembrer les organisations terroristes les plus cruelles que notre monde porte en son sein), la multiplicité des visages de Tom Cruise, alias Ethan Hunt, le chef charismatique, mais continuellement contesté par ses chefs de service, de la Mission : Impossible Force, cette unité d’élite du contre-espionnage et du renseignement qui n’existe pas officiellement et qui dépend directement des services du Secrétaire d’état des Etats-Unis d’Amérique, l’équivalent de notre ministre des affaires étrangères. Les attributions plénipotentiaires dévolues à cette unité de combat ne parviennent pourtant pas à masquer le malaise : les agents de cette force d’intervention sont des outlaws dont les cols blancs de Washington se méfient plus que tout. Ethan Hunt, au fil des épisodes, n’est qu’un artefact, celui d’un survivant (souvenez-vous de ce qui s’est passé à Prague dans le tout premier film) qui erre parmi les ombres et ne cesse de se demander : pourquoi a t’il été épargné quand sa première équipe a été décimée ?

Ethan Hunt peut se confronter aux plus dangereuses organisations criminelles de la planète, car, comme James Bond, il est seulement un avatar, un orphelin dématérialisé dans un monde grotesque sans foi ni loi ; ça fait trop longtemps qu’il ne sait plus qui il est vraiment, ni d’où il vient, alors on retrouve ce corps en mouvement dans tous les autres rôles de Tom Cruise au cinéma : Jack Reacher est une variation d’Ethan Hunt, et à bien des égards, le jeune médecin marié à Nicole Kidman dans le chef d’oeuvre testamentaire du grand Stanley Kubrick (Eyes Wide Shut, 1999) c’est encore et toujours Ethan Hunt, qui cherche à résoudre les mystères de la nuit fantasmatique new-yorkaise. Nul doute que l’ermite génial avait apprécié l’exercice de style complexe de Brian de Palma, alors, sous couvert d’un film d’auteur, Kubrick avait réalisé, à l’insu de tous, son Mission : Impossible à lui : votre mission, si vous l’acceptez, est de décortiquer les arcanes du couple le plus célèbre de la planète à la fin du vingtième siècle : Cruise/Kidman. Puis de le faire voler en éclats ? C’est la question qu’il est quand même légitime de se poser devant la beauté effarante de l’objet.

à suivre

 

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