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Mission : Impossible. Fallout (2018) ou Les visages de Tom

Mission impossible 2 Ce qui est fascinant avec cette franchise, c’est qu’elle traverse les décennies (le premier épisode réalisé par Brian de Palma date de 1996, comme le temps passe vite !) et qu’on y voit Tom Cruise vieillir ; comme s’il donnait seulement à cette série de films qui lui tiennent particulièrement à cœur le soin d’enregistrer les effets du temps sur son visage. Dans tous les autres films de sa filmographie (et ils sont nombreux) l’acteur Tom Cruise est le véhicule d’un corps en mouvement que les aléas de la vie quotidienne n’altèrent pas. Car cet acteur-là a survécu à tout : il est la seule, l’unique star de cinéma, à l’ancienne, encore en activité. Quand toutes les autres stars ont renoncé, ont quitté l’écran de cinéma pour autre chose : George Clooney est le Vip de luxe pour les capsules Nespresso et s’apprête à devenir président des Etats-Unis, les filles font des publicités glamour pour des parfums de luxe (Julia Roberts, Charlize Theron et consorts), et tous les autres ont cédé le trône car trop de mauvais choix de carrière les ont définitivement grillés. Il reste Tom et il reste les films de cette saga à nulle autre pareille qui s’appelle Mission : Impossible et qui se paye le luxe de concurrencer directement et de marcher sur les plates-bandes des films de James Bond.

Le super agent américain fait aussi bien au box-office que le vénérable et puissant agent britannique. Car ils sont tous les deux des survivants d’un monde désormais disparu, quand des films faisaient saliver les spectateurs du monde entier sur la seule foi de l’affiche ou de la bande-annonce projetée au cinéma à la séance du samedi soir, juste avant de visionner le film dont on pensait des jours à l’avance, avant de le voir dans notre cinéma adoré.

C’était un monde où Netflix n’existait pas, ni Amazon, ni le streaming, encore moins le téléchargement illégal. Un monde où le spectateur n’était pas passif mais patientait de longues semaines avant de découvrir l’objet de son désir. Un monde dans lequel on n’avait pas encore inventé le spoil, ni le pitch, ni toutes ces conneries numériques qui ont finalement détruit l’amour irraisonnable, irraisonné que nous avions pour les films de cinéma, les films de pur divertissement qui contenaient autant de belle philosophie et de manière de penser que n’importe quel livre.

Tom Cruise est le seul vestige qu’il nous reste de cette époque-là, et pour la première fois il accepte de vieillir, et ça se voit à l’écran : dans Fallout il accuse son âge comme on dit poliment. Bien sûr il continue de courir, de se battre, de voler, de sauver le monde libre comme il l’a toujours fait, depuis plus de 30 ans maintenant, mais dans les images de Fallout on voit le visage d’un homme enfin fatigué, qui n’en peut mais… Dans les toutes premières images du film, dès le premier plan, il est bouleversant, car en un regard, en un seul ajustement, une seule attitude, il exprime toute la fatigue, toutes les épreuves qu’une personne doit traverser dans son existence. Et il est totalement bouleversant. Cet acteur-là est la seule star de cinéma mondiale qui nous reste, et ce qu’il fait au cinéma, il le fait mieux que personne. Je pourrai voir des milliers de films avec lui, je ne me lasserai jamais de le voir jouer, lui : Tom Mapother III Cruise.

Du tout premier Mission : Impossible, sorti au cinéma il y a 22 ans, à ce sixième volet, sorti cet été (le 1er août 2018 en France), on assiste au défilement des images d’emprunt : se joue à cet endroit seulement, celui de l’action cinématographique en continu (déjouer des complots, démasquer les traîtres, occire les super méchants et démembrer les organisations terroristes les plus cruelles que notre monde porte en son sein), la multiplicité des visages de Tom Cruise, alias Ethan Hunt, le chef charismatique, mais continuellement contesté par ses chefs de service, de la Mission : Impossible Force, cette unité d’élite du contre-espionnage et du renseignement qui n’existe pas officiellement et qui dépend directement des services du Secrétaire d’état des Etats-Unis d’Amérique, l’équivalent de notre ministre des affaires étrangères. Les attributions plénipotentiaires dévolues à cette unité de combat ne parviennent pourtant pas à masquer le malaise : les agents de cette force d’intervention sont des outlaws dont les cols blancs de Washington se méfient plus que tout. Ethan Hunt, au fil des épisodes, n’est qu’un artefact, celui d’un survivant (souvenez-vous de ce qui s’est passé à Prague dans le tout premier film) qui erre parmi les ombres et ne cesse de se demander : pourquoi a t’il été épargné quand sa première équipe a été décimée ?

Ethan Hunt peut se confronter aux plus dangereuses organisations criminelles de la planète, car, comme James Bond, il est seulement un avatar, un orphelin dématérialisé dans un monde grotesque sans foi ni loi ; ça fait trop longtemps qu’il ne sait plus qui il est vraiment, ni d’où il vient, alors on retrouve ce corps en mouvement dans tous les autres rôles de Tom Cruise au cinéma : Jack Reacher est une variation d’Ethan Hunt, et à bien des égards, le jeune médecin marié à Nicole Kidman dans le chef d’oeuvre testamentaire du grand Stanley Kubrick (Eyes Wide Shut, 1999) c’est encore et toujours Ethan Hunt, qui cherche à résoudre les mystères de la nuit fantasmatique new-yorkaise. Nul doute que l’ermite génial avait apprécié l’exercice de style complexe de Brian de Palma, alors, sous couvert d’un film d’auteur, Kubrick avait réalisé, à l’insu de tous, son Mission : Impossible à lui : votre mission, si vous l’acceptez, est de décortiquer les arcanes du couple le plus célèbre de la planète à la fin du vingtième siècle : Cruise/Kidman. Puis de le faire voler en éclats ? C’est la question qu’il est quand même légitime de se poser devant la beauté effarante de l’objet.

à suivre

 

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