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« La Longue Nuit » marque une étape importante…

… dans l’histoire des séries télévisées.

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Car cet épisode (The Long Night, épisode 3 de la saison 8 de Game Of Thrones, 2019) peut être visionné par un néophyte comme un objet filmique à part, comme un film qui se suffit à lui-même. Bien qu’il recoupe et synthétise les enjeux narratifs de la série la plus populaire de son temps, et qui dure depuis 8 ans (2011-2019), cet épisode extrêmement bien réalisé contient tout un univers, tout un écheveau de narrations complexes et de particularités typologiques pour ses personnages qui en font une œuvre singulière de bout en bout. Et à ma connaissance il montre une bataille rangée entre différentes coalitions d’êtres humains appartenant à différentes factions, la plupart hostiles les unes aux autres, qui sont obligées de combattre ensemble les hordes de marcheurs blancs dont la destruction de l’espèce humaine est la seule motivation, parmi les plus belles jamais réalisées auparavant.

Avec à leur tête le Roi de la Nuit, créature symbolique qui incarne à lui seul les peurs les plus primales et originelles de l’être humain, les morts rendus à la vie qui forment les cohortes des marcheurs blancs figurent les grandes batailles pour la sauvegarde de la liberté qui jalonnèrent l’histoire de l’humanité.

Un tel degré de perfectionnement scénaristique (quand on tient compte de la complexité de l’intrigue depuis le lancement de la série sur HBO en 2011, avec sa multitude de personnages aux caractères bien trempés) dans une œuvre de divertissement prouve que Game Of Thrones a su accéder au rang d’œuvre d’art à part entière.

Et qu’un simple épisode soit suffisamment incarné pour se suffire à lui-même, dans le bonheur simple d’un visionnage sans parti pris ni arrières pensées, prouve à quel point une série a maintenant gagné sa légitimité culturelle.

Je persiste à croire que quelqu’un qui n’a jamais vu le moindre épisode de cette série-monde, qui n’a aucune idée de quoi ça parle, va quand même prendre un plaisir fou à visionner ces images nocturnes de combats sauvages entre vaillants guerriers humains contre créatures démoniaques et zombifiées à en faire des cauchemars épouvantables la nuit. La réalisation, superbe, le montage, net et précis, la musique, sublime, qui accompagne les enjeux sensualistes du récit, l’interprétation haut de gamme de l’ensemble du casting, tout cela constitue un objet visuel savoureux qui marque un tournant important.

Dorénavant les show-runners des autres franchises télévisuelles vont devoir se creuser les méninges pour se mettre au niveau. Ce qui laisse augurer de belles perspectives, car l’émulation entre créateurs audiovisuels profite en dernier ressort au public qui juge sur pièces.

On peut dorénavant piocher dans n’importe quelle série des épisodes en particulier qui deviennent dès lors des objets qu’on s’approprie et qui nous confortent dans notre amour des images de cinéma, un amour sans cesse réinventé, régénéré par la qualité substantielle contenue dans les nouvelles images, à flux continuel.

Mais cela n’enlève rien à l’amour immodéré qu’on continue de porter, de manière obsessionnelle parfois, aux films de cinéma projetés en salle. L’un – l’épisode de série télé – doit être envisagé comme le complément de l’autre – le film de cinéma.

La création audiovisuelle en son ensemble est tellement riche qu’elle peut satisfaire bien du monde.

Maintenant attendons de voir comment la série la plus importante de ces 10 dernières années va se conclure avant de conjecturer sur la réception définitive d’une telle œuvre. Nous reviendrons plus tard, à froid, sur ce que cette série-monde a permis de mettre en place dans l’imaginaire collectif contemporain.

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Que reste-t-il de nos vingt ans ?

T2 Quand Trainspotting (Danny Boyle, 1997) est sorti sur les écrans en 1997 je me souviens que le film fut reçu comme une bouffée d’air frais venant du Royaume-Uni. Pourtant si on y réfléchit bien il n’y avait pas plus déprimant comme histoire : on suivait la vie au quotidien de 5 jeunes gens d’Édimbourg qui passait leur temps à se shooter à l’héroïne, à élaborer des plans foireux qui leur permettraient d’échapper à la grisaille et au morne ennui, avant que l’un d’eux, le plus malin, se sauve en les trahissant éhontément.

20 ans plus tard, en 2017, quelle ne fut pas notre surprise de voir la suite débouler dans les salles ? Malheureusement, nous aussi, nous avions grandi, de jeunes personnes d’une vingtaine d’années sensibles aux chansons pop des nineties, et aux BO de films qui incarnaient un univers culturel en soi, nous sommes devenus, en passant d’un siècle à un autre, des grandes personnes que plus grand chose ne perturbe vraiment ; et surement pas un film de cinéma qui reprend les grosses ficelles d’antan pour séduire qui en fait ? Les spectateurs qui ont vieilli en même temps que les personnages du film ou bien les nouvelles générations qui se contrefichent des élucubrations des 4 lascars qui restent, tant elles restent rivées à leurs tablettes à suivre les pérégrinations de Daenerys Targaryen et de Jon Snow dans l’ultime saison du show télévisuel le plus spectaculaire du moment (Game of Thrones, David Benioff et D. B. Weiss, 2011-2019) ?

Car on passe son temps devant T2 (joli pied de nez soit dit en passant au T2 de James Cameron, 1991) à se demander pourquoi cet énervé de Francis passe les 3/4 du film à essayer de dessouder ce bien brave Mark qui n’en demande pas tant. Alors c’est triste à dire mais pour nous autres quadras aujourd’hui, la mayonnaise ne prend plus, et ce ne sont pas les effets de caméra, de filtres orangés ou bleutés, de scènes inoffensives (qui peut vraiment s’offusquer aujourd’hui de voir un cadre se faire drôlement chahuté par une bulgare appétissante dans une chambre d’hôtel quelconque à l’heure de la série télévisée britannique Black Mirror, 2011-en cours ?) qui y changent grand chose.

D’ailleurs le film n’a pas attiré les foules lors de son exploitation par chez nous en 2017 et on pouvait penser que le réalisateur Danny Boyle allait se consoler en mettant en images la 25e aventure de James Bond. Mais un différend d’ordre créatif (selon la source officielle) l’a éjecté de la mise en scène du nouvel opus très attendu par nous autres, victoriens, de l’agent Double Zéro.

Alors on finit par constater qu’en l’espace de vingt ans nos goûts parfois changent du tout au tout. Ce qui nous paraissait d’une acidité dans le propos et d’un inconfort total dans la mise en images nous paraît bien téléphoné deux décennies plus tard. Néanmoins c’est avec un réel plaisir que nous retrouvons les acteurs Ewan McGregor, Ewen Bremner, Jonny Lee Miller et Robert Carlyle.

Ne serait-ce que pour ces 4 garçons dans le vent ça vaut quand même le coup de visionner Trainspotting 2.

Et puis vingt ans c’est le bel âge pour envisager de toutes nouvelles possibilités, non ?

 

 

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