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« Vivre et laisser mourir » de Guy Hamilton [suite]

jb-11 En 1973 on continue d’adapter les romans de Ian Fleming – cet anglais qui créa le personnage de Bond dans ses livres – au cinéma. La source originelle n’était pas encore tarie. Mais les intrigues des livres, particulièrement bien charpentées, recevaient de sérieux coups de rabot quand il fallait en faire des intrigues de films. Car la narration qui est contenue dans un roman (la typologie des personnages, leurs manières de s’exprimer et de dialoguer entre eux, les péripéties qui émaillent une histoire d’espionnage ou d’aventures policières, le crédit qu’on porte à la vraisemblance des situations hautes en couleurs) ne sera jamais identique à ce qui sera gardé dans le scénario, encore moins dans les séquences filmées. Dans le livre de Ian Fleming dont est tiré Vivre et laisser mourir, le personnage de James Bond ressemble à la fois à l’image carnassière qu’en a donné Sean Connery, mais aussi à celle, en fin de compte plus humaine, moins cruelle, développée par Roger Moore à partir de 1973.

De plus, dans les livres de Ian Fleming beaucoup de personnages secondaires sont tués dans d’affreuses circonstances, ou bien mutilés sévèrement ; comme par exemple l’ami de Bond, l’agent américain de la CIA Felix Leiter, qui lui prête main forte à New York pour mettre hors d’état de nuire le sinistre chef politique et contrebandier Dr Kananga, qui sera donné en pâture à des requins qui lui dévoreront un bras et la moitié d’une jambe.

Mais les films estampillés 007 doivent rester grand public (au moins jusqu’à la fin de l’enrôlement de Pierce Brosnan dans le maître rôle) ; on y montre la conséquence de la violence, on n’y filme jamais les exactions violentes les plus outrancières. Et on retrouve aussi certaines scènes des livres de Ian Fleming, un peu transformées, en de certains endroits des films tout au long de la saga : comme par exemple celle des requins qui dévorent intégralement Felix Leiter, un peu après le début de Permis de tuer (Licence to Kill, Royaume-Uni/Mexique/États-Unis, 1989) de John Glen, dans lequel l’acteur gallois Timothy Dalton endosse le costume de 007 pour la deuxième et dernière fois.

timothy dalton as James Bond à suivre…

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« Vivre et laisser mourir » de Guy Hamilton (1973)

201758 Dans Vivre et laisser mourir (Live and Let Die, Royaume-Uni, 1973) du cinéaste britannique Guy Hamilton (qui était né à Paris le 16 septembre 1922) on découvre l’acteur Roger Moore dans le rôle du super-agent des services de contre-espionnage britannique James Bond, pour la première fois. Il est âgé de 46 ans et s’est fait connaître du grand public dans les séries IvanhoéLe Saint et Amicalement vôtre. Il a la lourde tâche de succéder à Sean Connery, premier interprète du mythique agent secret qui possède le permis de tuer 007, et à George Lazenby, lequel n’aura pas convaincu les producteurs  de la franchise, Harry Saltzman et Albert R. Broccoli, de continuer l’aventure cinématographique en sa compagnie.

C’était une gageure de prendre au pied levé la relève de Sean Connery et de George Lazenby, car Roger  Moore n’avait pas vraiment fait ses preuves au cinéma et il devait maintenant endosser le costume de ce qu’il était convenu d’appeler un mythe cinématographique.

D’autant plus que ses prédécesseurs dans le rôle avaient indubitablement laissé leurs marques ; les sept premiers films de la saga étaient de haute tenue et comptaient au moins 4 chefs-d’œuvre absolus : Bons baisers de Russie (Terence Young, 1963), Goldfinger (Guy Hamilton, 1964), Opération Tonnerre (à nouveau Terence Young, 1965), et le mésestimé (pourtant proche de la perfection) Au service secret de sa majesté (Peter Roger Hunt, 1969).

Cependant, en ce qui me concerne, Roger Moore restera à jamais le meilleur des James Bond, dans la mesure où il est né au personnage en même temps que moi (je suis né en 1973, la même année que Vivre et laisser mourir). Et 12 ans plus tard je découvrais, à l’automne 1985, avec mes yeux d’enfant émerveillé, Roger Moore pour la dernière fois dans le costume de double zéro au cinéma, dans Dangereusement Vôtre (John Glen, 1985) qui n’était hélas pas un des meilleurs de la série ; mais un enfant de douze ans qui ne jure que par le cinéma américain à grand spectacle (alors que les films de la saga, depuis 1962, doivent obligatoirement être réalisés par des cinéastes britanniques, encore aujourd’hui, c’est pourquoi nous ne verrons jamais un Bond être mis en scène par un David Fincher par exemple) ne décèle pas encore très bien les vices de forme dans les productions cinématographiques dont il s’abreuve.

à suivre…

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« Cœurs ennemis » de James Kent (2019)

TA_03510.NEF À Hambourg, six mois après la signature de l’armistice à Berlin qui a mis fin à la guerre opposant les forces alliées au régime nazi, un colonel de l’armée du Royaume-Uni, Lewis, prend ses fonctions dans une très belle demeure réquisitionnée. Sa femme, Rachel, vient le rejoindre pour vivre avec lui dans la zone d’occupation anglaise de la ville. Très vite, Lewis propose que le propriétaire allemand de la demeure, un séduisant architecte du nom de Stefan Lubert, continue à vivre au grenier aménagé avec sa fille Freda. Rachel, la femme du colonel, est réticente au début à l’idée de cette cohabitation avec « l’ennemi ». Mais, peu à peu, son animosité originelle à l’encontre de Stefan et de sa fille mutique va se fissurer, puis laisser place à un désir ardent.

Pendant que son mari gère une situation conflictuelle, qui oppose les autochtones, détruits physiquement et moralement par la guerre d’extermination opérée par leurs dignitaires quelques mois auparavant, et une armée d’occupation britannique totalement débordée, Rachel veut donner un nouveau départ à son existence, elle aussi brisée à cause de la guerre. Mais avec qui décidera-t-elle de donner un nouvel élan à sa vie ?

Cœurs ennemis (The Aftermath, Royaume-Uni/États-Unis/Allemagne, 2019), du réalisateur britannique James Kent, renoue avec les productions d’autrefois, de plus en plus rares au cinéma depuis quelques années ; il s’agit à la fois d’un film historique et d’un drame romantique (avec un soupçon de mélodrame) qui nous plonge avec délicatesse dans les tourments d’une jeune femme tiraillée entre deux amours.

Oui, il s’agit d’un film réalisé à l’ancienne manière, et pour que cela fonctionne auprès de spectatrices et de spectateurs davantage habitué.e.s aux formes actuelles de récit (naturalisme exacerbé et hystérie collective à tous les étages) il ne fallait pas se tromper dans le choix de casting. Et à cet endroit le film est carrément génial : car Keira Knightley, Jason Clarke, Alexander Skarsgård et Flora Thiemann jouent leurs partitions à merveille. Sans oublier la présence, considérable dans la marche dynamique du récit, d’un superbe piano du prestigieux facteur Steinway & Sons.

Une interprétation remarquable de l’ensemble des comédien.ne.s, une très belle cinématographie, chaude et enveloppante, et un final assez remarquable, cela est-il si courant au cinéma de nos jours ?

Précipitez-vous avec gourmandise sur ce film habilement construit à partir de vos plateformes de SVOD préférées ; vous m’en direz des nouvelles !

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