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Un slalom sinon rien

Jérémie Renier et Noée Abita dans cet extraordinaire "Slalom" de Charlène Favier.

Jérémie Renier et Noée Abita dans cet extraordinaire « Slalom » de Charlène Favier.

Avoir été empêché d’aller au cinéma pendant au moins 6 longs mois permet de comprendre à quel point la projection d’un film en salle reste une expérience incomparable. Ainsi, nous étions nombreux ce mercredi 19 mai 2021 à nous rendre dans notre cinéma préféré (pour ce qui me concerne Ciné 32, à Auch dans le Gers), pour y voir un des nombreux films que les distributeurs et les programmatrices de salles avaient en réserve.

À partir de cette date du 19 mai, et jusqu’à l’été, à peu près 200 nouveaux films, dont la plupart ont été tournés en pleine pandémie ou juste avant, attendent de débarquer ; malheureusement leur temps de présence à l’écran risque d’être drastiquement réduit, tant l’embouteillage des films est important.

Pour ce retour en salle tant attendu j’ai eu le bonheur de voir un premier film français, réalisé par Charlène Favier : il s’agit de Slalom (France, Mille et Une Productions, 2021), qui a pour interprètes principaux une toute jeune comédienne répondant au nom de Noée Abita, et le grand acteur de cinéma Jérémie Renier. Ce drame naturaliste met face-à-face une adolescente de 15 ans, en ski-étude dans un lycée situé dans les Alpes françaises, et son coach, un quadragénaire qui vampirise littéralement ses élèves-recrues.

Le film, intense, nous montre de l’intérieur ce que ça fait d’être happé, d’être hypnotisé, par un mentor charismatique qui se sert de sa position pédagogique pour abuser de l’innocence d’une personnalité en construction, pas encore tout à fait autonome. En même temps, ce premier long-métrage n’élude aucune des chausse-trappes que ce genre de récit génère automatiquement : comme par exemple la question de savoir si le sport de haut niveau, dans ses infrastructures mêmes, lesquelles sont pensées dans un moment d’effervescence jubilatoire – pour ce qui est du ski alpin français, disons depuis l’époque des Jeux Olympiques d’Hiver d’Albertville en 1992 -, n’induit pas ce comportement prédateur outrancier au sein des fédérations sportives et des comités de pilotage. La question, cruciale, reste posée, mais fort heureusement cette réalisation extrêmement maîtrisée et soignée n’est en aucun cas un film-dossier de plus qui illustrerait un thème sociologique contemporain.

À qui appartient le corps d’une jeune femme en devenir ? À elle-même ou bien à celles et à ceux qui le fétichisent et qui, peu à peu, par leurs paroles et par leurs gestes, se mettent à le démolir ?

Slalom de Charlène Favier est un film admirable, lucide, courageux, délicat et suprêmement intelligent. La beauté sidérante des Alpes sous la neige, alliée au caractère volontaire de sa jeune héroïne, blessée mais résiliente, qui gravit les sommets l’un après l’autre (d’abord elle devient championne de France de slalom, ensuite championne d’Europe de la même discipline de ski alpin), tout cela ensemble nous hante de manière entêtante après la projection.

Slalom est une œuvre cinématographique d’aujourd’hui parfaitement aboutie, et qui accompagne l’éclosion d’une magnifique réalisatrice de films de cinéma, et d’une très belle jeune comédienne, que nous suivrons toutes deux passionnément au long des années.

Ajoutons qu’avant le démarrage de la séance, dans la Salle 5 de Ciné 32, une programmatrice nous a remerciés d’être présentes et présents au cinéma pour accompagner cette nécessaire et salutaire reprise d’activité culturelle. Qu’elle en soit ici chaleureusement remerciée à son tour.

 

 

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Les films d’horreur contemporains : [#3] « Eden Lake »

 

Jenny, incarnée par l'épatante actrice britannique Kelly Reilly, tente d'échapper à des garnements diaboliques.

Jenny, incarnée par l’épatante actrice britannique Kelly Reilly, tente d’échapper à des garnements diaboliques.

Eden Lake (Royaume-Uni, Color DeLuxe, 2008) est un thriller horrifique du réalisateur britannique James Watkins.

Dans cet excellent thriller sous haute tension (interdit aux moins de 16 ans lors de sa sortie en salles) un jeune couple, Jenny et Steve, part faire du camping au beau milieu d’une grande forêt, sur les berges d’un lac qui doit bientôt disparaître. Une fois arrivé sur les lieux, le couple doit cohabiter, dès son premier jour de villégiature, avec une bande de gamins grossiers, bruyants et énervés, du village voisin. La petite bande de hooligans se compose de 4 garçons, d’une fille et d’une femelle Rottweiler redoutable, Bonnie. Bien entendu, l’agacement de Steve, qui espérait profiter de la tranquillité apaisante de cette nature pittoresque pour offrir une bague de mariage à sa dulcinée, va l’amener à vouloir affronter les gamins. 

Mal lui en prend, car le chef de meute, un adolescent coriace qui a tous les attributs du lad anglais, va bien vite se révéler être un redoutable adversaire. Le cauchemar ne va alors faire que commencer pour ce couple urbain paisible.

Kelly Reilly et Michael Fassbender apportent beaucoup d’authenticité à la composition de ce couple attachant qu’on aimerait avoir comme amis proches. On est d’autant plus choqué que ce qui va leur arriver au cœur de cette forêt ténébreuse et démoniaque à souhait – celle des contes de fées des maîtres de la narration qu’étaient Perrault, les frères Grimm et Andersen – aurait pu être évité si Steve avait écouté les conseils avisés de Jenny, une attachante institutrice parfaitement lucide.

Ainsi cette dernière va être brutalement projeté dans la vie sauvage, et devenir une proie de choix pour cet adolescent psychopathe qui a de qui tenir (et la composition du jeune acteur Jack O’Connell est proprement extraordinaire, si bien que ce rôle lui donnera un ticket pour Hollywood). Les règles de la survie la plus élémentaire vont jaillir du cerveau reptilien de la bête traquée pour en faire une véritable machine d’empoigne ; en cela la transformation de la délicieuse et inoffensive Jenny en une espèce de Lara Croft aguerrie est particulièrement invraisemblable, mais l’identification joue à plein, et rend d’autant plus choquant le dernier quart d’heure de ce thriller horrifique dynamique et parfaitement maîtrisé.

Au moment de sa sortie en salles en 2008 Eden Lake redonnait un bel élan au film de genre britannique.

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