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Ciné 90 : (#8) « U Turn – Ici commence l’enfer » d’Oliver Stone

L'affiche originale du film.

L’affiche originale du film.

Donnez à un réalisateur un scénario en béton, de préférence tiré d’un roman noir poisseux à souhait (de John Ridley par exemple, excusez du peu !), et il en fera nécessairement quelque chose de bien.

Si vous vous souvenez de quelques séquences de The Player (1992) de Robert Altman, vous savez que vivre et travailler à Hollywood dans les années 1990 c’est un peu comme faire de la politique à Berlin en 1936. Si un producteur, ou une productrice, a de l’entregent ça ne suffit pas pour qu’il ou elle veuille miser une roupie sur votre histoire dactylographiée à dormir debout : il faut déjà avoir un nom. Et le petit bonheur d’Oliver Stone, au milieu des années 1990 trash & money, c’était d’en avoir un. Et un Big One !

Non content d’avoir fait la nique au père Kubrick en 1987 avec Platoon (1986), car le maestro barbu reconnaissait que les pétoires dans Platoon sonnaient mieux que dans son pourtant phénoménal Full Metal Jacket (1987), deux autres de ses films allaient redessiner avec obstination les traumas de la psyché américaine.

Né un 4 juillet (Born on the Fourth of July, 1989) puis JFK (1991) martyrisaient le mythe glorieux de la bannière étoilée. Il filmait des personnages qui luttaient pied à pied pour redorer un blason sévèrement abîmé : un vétéran de la guerre du Viêt Nam revenu paraplégique du conflit et un procureur opiniâtre (comme un vainqueur des Internationaux de France à Roland Garros – ce qui n’inclut bien évidemment aucun mâle français dans cette liste depuis 1983, mon dieu comme le temps nous file entre les doigts !) qui veut savoir qui a vraiment organisé l’assassinat le plus médiatisé du XXe siècle). Cela amenait Oliver Stone à fignoler son système de valeurs.

Mais en 1997, changement de registre. Et dernier coup de génie, avant qu’il ne s’égare dans un cinéma pompier de première bourre ; d’ailleurs, n’en filmait-il pas, des pompiers, en collant sa caméra aux basques d’un Nicolas Cage pas encore totalement égaré dans le Multivers ?

Alors ici il ne faut pas bouder son plaisir : U Turn – Ici commence l’enfer (U Turn, 1997) est une désopilante parodie de film noir, teigneuse à souhait.

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Ciné 90 : (#7) « Usual Suspects » de Bryan Singer

Usual Suspects Au cours des années 1990 de nombreux films américains ont suscité l’enthousiasme du public. Ces films ont fédéré des cohortes d’admirateurs, ont révélé des noms de réalisateurs, ont mis le pied à l’étrier à de nombreuses actrices et à de nombreux acteurs. Même si parfois les erreurs d’aiguillage ont été sévères et sans appel pour nombre d’entre eux.

Ces films ont été des événements culturels assez intenses, quand aller voir un film en salle entre amis, en famille ou tout.e seul.e, représentait encore le summum du cool.

Les Nerfs à vif (1991) de Martin Scorsese, Reservoir Dogs (1992) de Quentin Tarantino, Basic Instinct (1992) de Paul Verhoeven, Last Seduction (1994) de John Dahl, Seven (1995) de David Fincher, Lone Star (1996) de John Sayles, Sleepers (1996) de Barry Levinson, ou encore Jugé coupable (1999) de Clint Eastwood, nous faisaient aimer les histoires qui mettaient en scène des personnages coriaces et alambiqués, sur lesquels il ne fallait pas parier outre mesure le moindre penny. Et Usual Suspects (The Usual Suspects, 1995) de Bryan Singer était dans le peloton de tête.

Toute l’exécution plastique du film – superbe – révélait merveilleusement l’élasticité d’un récit mouvementé, sans aucun temps mort, dont le principal personnage-fantôme (un parrain du crime extrêmement cruel, d’origine germano-turque) n’était finalement qu’une coquille vide, à laquelle chaque spectatrice, chaque spectateur allait peu à peu donner corps, puis finalement vie. Les indices disséminés tout au long du film par le brillant scénariste américain Christopher McQuarrie et son comparse le réalisateur américain Bryan Singer, parsemaient la pellicule 35 mm de questions abondantes qu’on ne pouvait pas s’empêcher de poser tout au long de la projection, en même temps que les 5 principaux protagonistes du film : pourquoi avaient-ils été arrêtés en même temps par les forces de l’ordre ? Qui avait eu l’idée du casse en premier ? etcetera, etcetera…

Ainsi, dans le duel qui oppose l’enquêteur des douanes de New York Dave Kujan au malfrat sans envergure Verbal Flint, on assiste à une joute feutrée entre deux immenses comédiens des nineties américaines : Chazz Palminteri et Kevin Spacey (aujourd’hui banni de Hollywood et des plateaux de cinéma à causes de sordides affaires de mœurs). Car pendant cette décennie 1990 le cinéma américain aimait confronter les caractères de personnages détonants.

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