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« La Longue Nuit » marque une étape importante…

… dans l’histoire des séries télévisées.

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Car cet épisode (The Long Night, épisode 3 de la saison 8 de Game Of Thrones, 2019) peut être visionné par un néophyte comme un objet filmique à part, comme un film qui se suffit à lui-même. Bien qu’il recoupe et synthétise les enjeux narratifs de la série la plus populaire de son temps, et qui dure depuis 8 ans (2011-2019), cet épisode extrêmement bien réalisé contient tout un univers, tout un écheveau de narrations complexes et de particularités typologiques pour ses personnages qui en font une œuvre singulière de bout en bout. Et à ma connaissance il montre une bataille rangée entre différentes coalitions d’êtres humains appartenant à différentes factions, la plupart hostiles les unes aux autres, qui sont obligées de combattre ensemble les hordes de marcheurs blancs dont la destruction de l’espèce humaine est la seule motivation, parmi les plus belles jamais réalisées auparavant.

Avec à leur tête le Roi de la Nuit, créature symbolique qui incarne à lui seul les peurs les plus primales et originelles de l’être humain, les morts rendus à la vie qui forment les cohortes des marcheurs blancs figurent les grandes batailles pour la sauvegarde de la liberté qui jalonnèrent l’histoire de l’humanité.

Un tel degré de perfectionnement scénaristique (quand on tient compte de la complexité de l’intrigue depuis le lancement de la série sur HBO en 2011, avec sa multitude de personnages aux caractères bien trempés) dans une œuvre de divertissement prouve que Game Of Thrones a su accéder au rang d’œuvre d’art à part entière.

Et qu’un simple épisode soit suffisamment incarné pour se suffire à lui-même, dans le bonheur simple d’un visionnage sans parti pris ni arrières pensées, prouve à quel point une série a maintenant gagné sa légitimité culturelle.

Je persiste à croire que quelqu’un qui n’a jamais vu le moindre épisode de cette série-monde, qui n’a aucune idée de quoi ça parle, va quand même prendre un plaisir fou à visionner ces images nocturnes de combats sauvages entre vaillants guerriers humains contre créatures démoniaques et zombifiées à en faire des cauchemars épouvantables la nuit. La réalisation, superbe, le montage, net et précis, la musique, sublime, qui accompagne les enjeux sensualistes du récit, l’interprétation haut de gamme de l’ensemble du casting, tout cela constitue un objet visuel savoureux qui marque un tournant important.

Dorénavant les show-runners des autres franchises télévisuelles vont devoir se creuser les méninges pour se mettre au niveau. Ce qui laisse augurer de belles perspectives, car l’émulation entre créateurs audiovisuels profite en dernier ressort au public qui juge sur pièces.

On peut dorénavant piocher dans n’importe quelle série des épisodes en particulier qui deviennent dès lors des objets qu’on s’approprie et qui nous confortent dans notre amour des images de cinéma, un amour sans cesse réinventé, régénéré par la qualité substantielle contenue dans les nouvelles images, à flux continuel.

Mais cela n’enlève rien à l’amour immodéré qu’on continue de porter, de manière obsessionnelle parfois, aux films de cinéma projetés en salle. L’un – l’épisode de série télé – doit être envisagé comme le complément de l’autre – le film de cinéma.

La création audiovisuelle en son ensemble est tellement riche qu’elle peut satisfaire bien du monde.

Maintenant attendons de voir comment la série la plus importante de ces 10 dernières années va se conclure avant de conjecturer sur la réception définitive d’une telle œuvre. Nous reviendrons plus tard, à froid, sur ce que cette série-monde a permis de mettre en place dans l’imaginaire collectif contemporain.

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Que reste-t-il de nos vingt ans ?

T2 Quand Trainspotting (Danny Boyle, 1997) est sorti sur les écrans en 1997 je me souviens que le film fut reçu comme une bouffée d’air frais venant du Royaume-Uni. Pourtant si on y réfléchit bien il n’y avait pas plus déprimant comme histoire : on suivait la vie au quotidien de 5 jeunes gens d’Édimbourg qui passait leur temps à se shooter à l’héroïne, à élaborer des plans foireux qui leur permettraient d’échapper à la grisaille et au morne ennui, avant que l’un d’eux, le plus malin, se sauve en les trahissant éhontément.

20 ans plus tard, en 2017, quelle ne fut pas notre surprise de voir la suite débouler dans les salles ? Malheureusement, nous aussi, nous avions grandi, de jeunes personnes d’une vingtaine d’années sensibles aux chansons pop des nineties, et aux BO de films qui incarnaient un univers culturel en soi, nous sommes devenus, en passant d’un siècle à un autre, des grandes personnes que plus grand chose ne perturbe vraiment ; et surement pas un film de cinéma qui reprend les grosses ficelles d’antan pour séduire qui en fait ? Les spectateurs qui ont vieilli en même temps que les personnages du film ou bien les nouvelles générations qui se contrefichent des élucubrations des 4 lascars qui restent, tant elles restent rivées à leurs tablettes à suivre les pérégrinations de Daenerys Targaryen et de Jon Snow dans l’ultime saison du show télévisuel le plus spectaculaire du moment (Game of Thrones, David Benioff et D. B. Weiss, 2011-2019) ?

Car on passe son temps devant T2 (joli pied de nez soit dit en passant au T2 de James Cameron, 1991) à se demander pourquoi cet énervé de Francis passe les 3/4 du film à essayer de dessouder ce bien brave Mark qui n’en demande pas tant. Alors c’est triste à dire mais pour nous autres quadras aujourd’hui, la mayonnaise ne prend plus, et ce ne sont pas les effets de caméra, de filtres orangés ou bleutés, de scènes inoffensives (qui peut vraiment s’offusquer aujourd’hui de voir un cadre se faire drôlement chahuté par une bulgare appétissante dans une chambre d’hôtel quelconque à l’heure de la série télévisée britannique Black Mirror, 2011-en cours ?) qui y changent grand chose.

D’ailleurs le film n’a pas attiré les foules lors de son exploitation par chez nous en 2017 et on pouvait penser que le réalisateur Danny Boyle allait se consoler en mettant en images la 25e aventure de James Bond. Mais un différend d’ordre créatif (selon la source officielle) l’a éjecté de la mise en scène du nouvel opus très attendu par nous autres, victoriens, de l’agent Double Zéro.

Alors on finit par constater qu’en l’espace de vingt ans nos goûts parfois changent du tout au tout. Ce qui nous paraissait d’une acidité dans le propos et d’un inconfort total dans la mise en images nous paraît bien téléphoné deux décennies plus tard. Néanmoins c’est avec un réel plaisir que nous retrouvons les acteurs Ewan McGregor, Ewen Bremner, Jonny Lee Miller et Robert Carlyle.

Ne serait-ce que pour ces 4 garçons dans le vent ça vaut quand même le coup de visionner Trainspotting 2.

Et puis vingt ans c’est le bel âge pour envisager de toutes nouvelles possibilités, non ?

 

 

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Overlord (2018) : ce qui s’est vraiment passé le 6 juin 44

Overlord On nous aurait caché certaines choses ! Bon sang de bonsoir ! Oubliez vos vieux manuels d’Histoire de collège et de lycée, oubliez ce que vos profs vous ont raconté sur le sujet, l’essentiel n’était pas dit. Et même le très respectable historien militaire anglais Antony Beevor n’y consacre pas une ligne, sur les 638 pages que contient son admirable D-Day et la bataille de Normandie (Calmann-lévy, juin 2009) ; et qui se lit avec gourmandise avec autant d’entrain qu’un roman d’aventures.

Oui, il s’est passé bien des choses dans la campagne normande et sur le littoral les journées du 5 et du 6 juin 1944 (ou plutôt les nuits). Et on peut en avoir un aperçu dans Le Jour le plus long, la production de prestige de Darryl F. Zanuck pour la Fox (1962), dans Le Mur de l’Atlantique (1970) de Marcel Camus, ou encore dans Il faut sauver le soldat Ryan (1998) de Steven Spielberg.

Cependant, ça n’était rien de comparable à ce qui se passe à l’écran dans Overlord (2018) de Julius Avery : quand des éclaireurs de la 101e Aéroportée, parachutée la veille du Jour J derrière les lignes de défense côtières allemandes, doivent faire face au cœur de la nuit normande à une bien étrange affaire. Ainsi une poignée de héros ayant réchappé à l’apocalypse dans les airs (bombardiers alliés désintégrés en plein vol par la DCA allemande, vols en parachutes se terminant dans des mares ou dans des arbres, peaux déchiquetées et peur à tous les étages, …) va devoir se coltiner avec de l’inattendu, oh ça oui : il s’agirait d’un labo secret, bien planqué, ou tout autour ça grouille, ça s’agite…

Inutile d’aller plus avant, car je vous laisse le soin de découvrir ce qui se trame dans ce remake à peine déguisé du génial et mythique La Forteresse Noire (1984) de Michael Mann. Des nazis belliqueux, des GI’s tous droit droits sortis de Inglourious Basterds (2009) de Quentin Tarantino, un personnage principal attachant joué par Jovan Adepo, une française tout feu tout flamme interprétée par Mathilde Ollivier, une mise en scène spectaculaire sans temps mort… Bref, tous les ingrédients sont réunis pour vous faire passer un moment exaltant qui joue sur l’équilibre – certes fragile – entre gros film de studio qui se prend au sérieux (c’est une production JJ Abrams pour Paramount Pictures quand même) et grosse déconnade à la Iron Sky (2012) de Timo Vuorensola (souvenez-vous : des nazis en maraude sur la face cachée de la Lune depuis 1945 et la capitulation et reddition inconditionnelle du IIIe Reich).

Vous l’aurez compris, Overlord, qui est sorti au cinéma l’an dernier, est le film parfait pour les vacances de février. Il est bien sûr inutile de préciser ici que les péripéties qui y sont narrées ne vous seront d’aucune utilité pour vos prochains devoirs d’Histoire contemporaine !

Enjoy !!

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Derrière la Glass, 2e partie

Glass Quel est l’enjeu de ce nouveau film de Shyamalan, qui prolonge les 2 précédents opus, Incassable et Split ?

Tout simplement de mettre en images et en sons le devoir de croyance, à une époque où le bombardement continuel d’alertes, de fake news et de contre-vérités ne cesse d’alimenter la rumeur anxiogène du monde. Nous ne sommes plus sur la grande scène ouverte du théâtre du monde, si chère à nos dramaturges et à nos moralistes des XVIIe et XVIIIe siècles. Non, nous sommes aujourd’hui embourbés, tous ensemble, dans un continuel va-et-vient entre optimisme déraisonnable (les nouvelles technologies vont nous rendre heureux et coopératifs, vraiment ?) et sentiment d’abandon prononcé (que deviennent nos démocraties, à l’heure où plus d’un appelle de ses vœux le retour à ce bon vieil autocratisme ?).

En filmant 3 trajectoires, celle de David Dunn, qui tient une entreprise familiale de vente d’alarmes avec son fiston le jour, puis s’en va corriger le menu fretin de la délinquance la nuit dans les rues de Philadelphie ; puis celle de l’homme en verre (à cause de sa maladie orpheline) qui croit fermement à l’existence des super-héros et donc par conséquent à celle aussi des super-vilains ; et enfin celle de cet homme aux 21 personnalités différentes, formant ce qu’il appelle La Horde, et voulant laisser place à The Beast  (La Bête), le réalisateur ajourne en nous le sacro-saint principe de vraisemblance : car pour une fois au cinéma, on croit à ce qu’on nous montre.

Mais est-on bien sûr de comprendre ce qui se passe à l’écran, de saisir toutes les ramifications de ce qui se joue, d’une complexité de sens inouïe, entre les 3 protagonistes ? Il faudra revoir ce grand film un paquet de fois pour commencer à mesurer l’ampleur ce cette mise en scène, les pleins et les déliés de cette manière d’envisager icelle comme une machine à générer de la croyance. Ce retour aux fondamentaux originels du cinéma fait un bien fou. Car il nous dit en retour qu’on peut aimer, sans être ringard et dépassé par les événements, ces films qui ressemblent à ceux d’autrefois et que nous aimions profondément, que nous chérissions dans la mesure où nous avons grandi avec eux.

C’est en somme ce que nous disait le Professeur Thibaut de Mad Movies samedi dernier, à propos des films de John Carpenter et de George A. Romero, lors de la toute 1ère « Séance interdite » programmée à Ciné 32 à Auch. Mais nous en reparlerons plus en détail, promis.

à suivre, évidemment…

 

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Derrière la Glass

glass Jusqu’à il n’y a pas encore si longtemps, qui se souvenait de Night Shyamalan ? Qui avait encore en mémoire le précipité de films que ce garnement offrait en partage aux spectateurs émerveillés, il y a vingt ans de cela ? Qui gardait à l’esprit la manière déconcertante avec laquelle le maestro envoyait coup sur coup dans les salles Sixième Sens (1999), Incassable (2000), Signes (2001), et Le Village (2004), en laissant sur le carreau la concurrence pourtant féroce de l’époque ?

Il était le nouveau wonder boy d’Hollywood, celui auquel les studios faisaient crédit illimité. Jusqu’à la chute, vertigineuse, symptomatique de ces montagnes russes qui vous faisaient roi un jour, mastermind inaccessible et bouffi d’orgueil et de contentement de soi, puis qui vous précipitaient du haut de la roche tarpéienne le lendemain. Les choses se gâtèrent pour notre ami avec la sortie en salles de La Jeune fille de l’eau en 2006 : le film déçut et le réalisateur amorça son déclin, qui se matérialisa avec la catastrophe industrielle du Dernier Maître de l’air en 2010. La rupture avec les amoureux transis des débuts était consommé. C’était il y a 9 ans mais pour Hollywood c’est comme si mille ans étaient passés. Shyamalan n’existait tout bonnement plus pour l’industrie du divertissement audiovisuel globalisé. Mais en secret personne n’avait oublié la magnificence des débuts, ce tour alchimique opéré avec ces 5 chef-d’œuvres du début : un plus particulièrement avait retenu notre attention ! Il s’agissait d’Incassable, car, dans ce film-là en particulier, on sentait que la virtuosité de la mise en scène, sa structure à priori duelle (l’histoire d’un mec qui veut rester ordinaire pendant qu’un autre veut à tout prix en faire un super héros de comics), sa cinématographie luxuriante, et la justesse de son interprétation, eh bien que tout cela concourrait à en faire une oeuvre pour après, quand les années passent et qu’on prend un jour le temps de revenir sur cet objet profondément admiré, et qu’on se rend compte que même une centaine de visionnages n’en épuisera jamais les questionnements et les interprétations sans cesse renouvelées.

Alors quelle ne fut pas notre surprise – que dis-je ! – notre stupéfaction, quand dans le dernier plan de Split (2016) on comprit soudain qu’on allait avoir à faire à une trilogie, et que notre dieu oublié d’autrefois allait remettre bon ordre dans l’univers dispersé, éclaté, atomisé, des films de super héros, qui n’en sont, mais !

Mais comment donc le bougre allait terminer son grand œuvre : dans l’apothéose ou sous les cris et les larmes des fans éberlués, trahis, inconsolables ?

Qu’on se rassure dès avant :le maître nous a en définitive offert le film qu’on n’attendait plus !

Car Glass (2019), oui, osons le mot, est un chef-d’œuvre. Voici pourquoi.

à suivre

 

 

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Tout l’argent du monde rend heureux n’importe qui, vraiment ?

Tout l'argent du monde, Affiche Ce film de Ridley Scott, Tout l’argent du monde (2017), raconte l’enlèvement du petit-fils du magnat des affaires J. Paul Getty en juillet 1973 à Rome. Tirée de faits réels cette histoire est édifiante à plus d’un titre : déjà, dans la mesure où le grand-père milliardaire, qu’on considérait à l’époque comme étant l’homme le plus riche du monde, refuse tout de go de payer la rançon de 17 millions de dollars demandée par les ravisseurs. Ensuite, parce que c’est le négociateur et homme à tout faire du susdit milliardaire, un ancien agent de la CIA, qui va prendre les choses en main et tenter d’aider la mère du jeune Paul Getty enlevé, à résoudre cette affaire rocambolesque. Et enfin car durant toutes ces journées et ces nuits qui mirent à cran toute l’Italie, les services de Police et de Renseignement ne savaient pas vraiment à qui ils avaient affaire : aux Brigades Rouges, aux factions armées de l’extrême-droite, à la ‘Ndrangheta, à une autre formation mafieuse, ou bien à des kidnappeurs autonomes ?

Alors ce film de politique-fiction, tendu, nerveux, extrêmement précis dans sa reconstitution des événements, se révèle passionnant à regarder et à analyser. Car, au-delà du récit lui-même, tellement invraisemblable tant le refus borné du grand-père (génial Christopher Plummer, un des derniers Mohicans d’Hollywood) s’apparente à de la démence sénile, le réalisateur prouve une fois de plus qu’une bonne histoire contemporaine peut donner lieu à un film totalement décomplexé. En plus Ridley Scott ne renie rien des figures de style qui sont sa marque de fabrique, reconnaissables de film en film : pour s’en convaincre il n’y a qu’à admirer la lumière ocre des plans qui mettent en scène le négociateur (joué par Mark Wahlberg) avec les émirs arabes du Golfe persique, ou bien les bleus métalliques des scènes pluvieuses qui se passent dans le manoir anglais du vieux Getty, retranché du monde et de sa famille, qu’il n’aime pas. On retrouve le style chromatique qu’on avait tant admiré autrefois dans Les Duellistes (1977), Traquée (1987) et Black Rain (1989).

On attend désormais beaucoup de son adaptation pour le cinéma du superbe Cartel, le roman puissant de Don Winslow, qu’il est en train de réaliser. Et qui n’aura certainement rien à voir avec son film homonyme en français Cartel (The Counselor, 2013), qui fut pourtant scénarisé par l’écrivain Cormac McCarthy, et qui a été un cuisant échec commercial.

Mais de toute façon, si on se doutait un peu quand même que l’argent, et même « tout l’argent du monde » ne fait pas le bonheur, ce film de Ridley Scott devrait irrémédiablement nous consoler de n’être jamais devenus des magnats du pétrole cinglés, sans cœur, et terminant seul leur existence… ô combien !

Ce diable de Ridley Scott, qui pourtant a aligné un paquet de chef-d’œuvres dans sa longue carrière, ne cesse de nous surprendre. Et c’est tant mieux.

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Mon cœur bat pour une sorcière

ahs-news Dans la saison 8 de American Horror Story (2018), qui est intitulée Apocalypse, on assiste en 10 épisodes à l’éternelle lutte du bien contre le mal. Le bien est représenté par un groupe de sorcières qui vivent en sororité dans un lieu imperméable aux influences masculines : l’École Robicheaux. C’est la plus puissante de toutes ces sorcières, Cordelia (magnifique Sarah Paulson), qui les dirige, les guide, et leur enseigne qu’il ne faut jamais renoncer, même dans les situations les plus désespérées. Et c’est en vertu de cette capacité d’auto-régénération que les sorcières sont les garantes de l’humanité ; et qu’elles deviennent le dernier rempart face à deux menaces à venir qui semblent coïncider : la venue de la fin des temps à cause du cataclysme nucléaire proche, et l’apparition soudaine de l’Antéchrist, le fils de Satan, qui est bien décidé, maintenant qu’il est mûr, à mettre un terme au règne des sorcières.

Au cours des 10 épisodes les temporalités s’entrecroisent, s’entremêlent, avant de se rejoindre dans l’épisode 10, qui conclue cette histoire de lutte entre les forces féminines du bien et la volonté masculine farouche, inéluctable, de plonger le monde dans les ténèbres opaques, cruelles, irréversibles.

Michael Langdon, comme autrefois Damien, est donc le fils du Diable, et, comme tel, il se révèle sadique et effroyable dès sa plus tendre enfance : on ne compte plus les nourrices sauvagement assassinées (tiens, tiens, clin d’œil à Michael Myers d’Halloween) et les prêtres réduits à l’état de chair sanguinolente, le crucifix en miettes et le corps démantibulé (coucou L’Exorciste). Evidemment, les auteurs de la série s’amusent avec les figures imposées du genre film de possession/rites initiatiques démoniaques. On pense au plus célèbre d’entre eux, pourtant totalement sous-estimé aujourd’hui dans l’histoire du cinéma horrifique, le génial La Malédiction (1976) de l’exquis Richard Donner, mais aussi à ses suites La Malédiction II (1978) de Don Taylor, La Malédiction finale (1981) de Graham Baker et La Malédiction IV : l’éveil (1991) de Jorge Montesi et Dominique Othenin-Girard.

Après bien des péripéties le petit Michael va être recueilli par une adoratrice de Satan, et une fois devenu un jeune homme fort séduisant, au sex-appeal puissant, sous les traits d’un Amphitryon 2.0 aux boucles blondes savamment entretenues, il va pouvoir commencer à envisager la réalisation concrète de sa destinée ici-bas : accueillir le royaume de son paternel maléfique. Mais il y a un hic : les sorcières ! Il va devoir se débarrasser une fois pour toutes de ses satanées enquiquineuses de première. Car elles seules maintiennent les forces de l’Univers dans un subtil équilibre de différenciation entre les entités du bien et du mal. Les sorciers quant à eux, des mâles arrogants et fats, ont beau prétendre le contraire, leur incapacité à discerner ce qu’il faut protéger et faire grandir de ce qu’il faut bannir ou détruire, parfois au prix de douloureux sacrifices, prouve combien les sorcières sont indispensables à la survie de l’humanité. Mais pour cela, il faudra que la plus puissante d’entre elles, la sorcière Mère Cordelia, accepte de laisser son pouvoir à la petite nouvelle prometteuse Mallory, la seule selon la prophétie à pouvoir arrêter les sombres desseins de l’Antéchrist une fois l’Apocalypse survenue.

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Cette saison 8, qui prend place dans l’univers horrifique classieux de la série American Horror Story, est remarquable dans sa faculté à mélanger différents registres (comme la comédie, le teen-movie, le film d’horreur classique : d’ailleurs un des personnages de sorcières cite La Malédiction finale), tout en gardant une unité de ton du premier au dernier épisode. Ce qui en fait une totale réussite dans l’univers ô combien chamarré, bigarré, multiple, de plus en plus sophistiqué et sans cesse renouvelé, des séries US post-modernes. Univers que je connais très imparfaitement, j’en conviens.

Cette saison ressemble à un très long film qui serait fractionné en 10 morceaux d’inégale longueur (certains épisodes ne durent que 37 minutes, d’autres 52) et qui arrive à donner vie à un univers filmique très original, dont certains visages, beaux et expressifs, n’ont pas fini de nous hanter… jusqu’à la fin des temps.

Et c’est comme ça que mon cœur bat la chamade pour une bien jolie, mais parfois aussi cruelle, sorcière !

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Les facéties d’Axel Foley

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Dans Le Flic de Beverly Hills (1984) de Martin Brest, le célèbre comique américain mis en orbite dans le  Saturday Night Live, Eddy Murphy, incarne un policier décontracté de Detroit. Même s’il foire une mission rocambolesque d’interception de dealers, au début du film, il nous est dit qu’Axel Foley, son personnage, est un bon flic, mais peu respectueux de la hiérarchie, et n’en faisant qu’à sa tête. Si bien que son supérieur hiérarchique lui ordonne de prendre des congés, afin de ne pas faire d’une enquête à venir une vengeance personnelle. Puisque son ancien ami d’enfance vient de se faire tuer sur son palier, alors qu’il était en sa compagnie au retour d’une soirée arrosée. S’étant fait assommer par les tueurs pendant que son ami prend une balle dans la tête, Axel Foley n’a qu’une idée en tête, celle de retrouver le commanditaire de ce lâche assassinat, puis de lui faire payer au prix fort. Foley accepte de prendre ses congés et file à Los Angeles, dans le quartier huppé de Beverly Hills, pour mener son enquête. Son ami y travaillait comme gardien dans une galerie, propriété d’un magnat des affaires pas très net. Très vite, le policier de Detroit devine qu’on se sert des coffres en bois qui transportent les œuvres d’art, pour y dissimuler de la drogue ; qu’on stocke ensuite dans un entrepôt des douanes, en refilant des bakchichs aux agents pour qu’ils ne contrôlent pas les colis. Mais Axel Foley doit vite rendre compte aux policiers du coin…

Voici, à peu près, la manière dont on fit connaissance, dans les années 80, avec ce personnage génial de flic à la coule. Lequel allait accompagner nos années de collège. D’ailleurs, en 1987, sortait Le Flic de Beverly Hills II, un épisode encore meilleur, mis en scène par le regretté Tony Scott, dans lequel Axel Foley, cool à mourir, avait fort à faire pour mettre hors d’état de nuire la sculpturale Brigitte Nielsen.

Il fallut attendre 7 ans de plus pour voir un 3° épisode réalisé par notre ami John Landis, dont l’action se déroule entièrement dans un parc d’attractions, et qui ne démérite pas par rapport aux 2 autres.

Cette trilogie se revoit avec un égal plaisir, car le cabotinage d’Eddy Murphy était toujours au service du personnage, dans chacun des 3 films. Et son interprétation n’empiétait pas sur l’intrigue policière grand public, tout y était judicieusement dosé. Comme d’ailleurs les 3 premiers L’Arme fatale de Richard Donner (1987, 1989 et 1992) avec son duo de flics incorrigibles et attachants (Mel Gibson et Danny Glover) et les 3 premiers Die Hard avec le très charismatique Bruce Willis à l’époque dans la peau du flic new-yorkais John MacClane, lui aussi particulièrement cool. La série du Flic de Beverly Hills était avant toute chose un spectacle cinématographique fort distrayant, amusant et décontracté, véhicule idéal pour une vedette comique qui, à partir de là, aurait dû écraser la concurrence sur sa route. Mais le miracle n’a pas eu lieu. Parmi la cohorte des prétendants au titre de King of Comedy, en plein milieu des années 80, Eddy Murphy était en train d’asseoir sa réputation d’entertainer n°1 à Hollywood. Une série de films miraculeux en avait fait le chouchou du public : 48 heures (1983) et 48 heures de plus (1990) de Walter Hill (en duo avec Nick Nolte), Un fauteuil pour deux (1983) de John Landis, avec Dan Aykroyd, ou encore Un prince à New York (1988) de John Landis, toujours lui.

Mais ensuite, trop de mauvais choix, excepté Les Nuits de Harlem qu’il réalise en 1989, et Le Flic de San Francisco (1997) de Thomas Carter, qui est particulièrement sombre et désespéré, l’ont définitivement rayé de la carte des bons comédiens US encore au sommet au début du XXIe siècle. Et c’est dommage car Eddy Murphy aura incarné mieux que personne ce personnage de jeune mec attachant et terriblement marrant, que tous les hommes rêvaient d’avoir comme ami, et toutes les femmes (ou à peu près) comme amant.

L’ultra compétitivité du système hollywoodien ne permet guère que les carrières durent longtemps. Une dizaine d’années tout en haut de l’affiche, ce n’est déjà pas si mal, non ?

à suivre…

 

 

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Where are you hidden, old friend ? 2e partie

yul-brynner-official-pic-magnificent-seven Le western n’évoque pas, il ne réinvente rien, il ne signifie pas que la conquête continue, non. Mieux que les autres genres le western incarne, de manière pérenne, l’idée selon laquelle ce qui nous constitue en tant que nation, c’est l’adhésion de tous au même récit à atteindre. Différentes communautés se sont entrechoquées, violentées, massacrées, avant d’arriver à s’unifier dans la douleur et dans le sang de la Civil War de 1861-1865 : c’est ce que montre un beau film un peu oublié comme Glory (1989) de Edward Zwick.

Il en faut traverser des épreuves, des tueries et des noyades, pour vivre ensemble un jour dans la consolidation du pacte citoyen. Les gringos qui viennent en aide aux peones d’un petit village mexicain régulièrement attaqué et pillé dans Les Sept mercenaires (1960) de John Sturges, montrent que le rassemblement en vue d’une cause commune et juste cèdera bientôt la place au législateur. Dans bien des films le marshall ou le shériff et ses adjoints sont le seul rempart face à l’effervescence de la violence qui cimente le genre comme une trainée de poudre. Ces sentiments refoulés incarnés par des coups de feu sans motif valable, c’est ce que les riches américains viennent chercher comme sensation dans la série phénomène Westworld (HBO, 2016-en cours), où il peuvent laisser cours à leurs instincts barbares et primitifs en tuant des cyborgs. Le malaise, devant le spectacle de la violence standardisée par l’Entertainment, vient du fait que plus personne n’opère le moindre recul sémantique devant cette profusion d’images sans cesse renouvelées. Les médias culturels ont beau légitimer toutes ces séries, qui d’ailleurs ne s’adressent qu’à une élite qui a les moyens de se payer les frais inhérents à ces nouvelles chaînes payantes et services de SVOD, elles restent néanmoins le triste reflet de la déliquescence de nos sociétés que les images de destruction et d’annihilation subjuguent.

Rompre le cercle infernal de la violence, vaincre la peur et l’exclusion, témoigner pour les générations à venir de ce que nous fûmes, solidifier le socle sur lequel agissent les forces toujours opérantes de la concorde et de la tolérance, c’est à tout cela que sert le western. En visionner un c’est se résoudre à envisager enfin clôt le chapitre de la conquête, celle de la frontière et de l’organisation pacifiée des peuples qui la bordent. Des peuples bigarrés, mêlés, mais qui vivent sur les mêmes terres. Spike Lee a baptisé en 1983 sa maison de production 40 Acres & A Mule Filmworks, car c’est ce que le gouvernement fédéral donnait à un esclave affranchi pour s’installer en tant que fermier : 40 acres (l’équivalent de 16 hectares) cultivables et une mule pour traîner une charrue. Le western a longtemps été le sténographe du droit de s’établir et de posséder, valable pour qui que ce soit, sans pour cela être ni racketté, ni rançonné, ni abandonné à la vindicte des fous furieux.

Quel autre genre cinématographique aura su incarner en images et en sons l’édification progressive et parfois douloureuse de la Constitution garante du pacte de citoyenneté ? Pourquoi est-il un genre désuet aujourd’hui ?

à suivre

 

 

 

 

 

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Where are you hidden, old friend ?

b193ba4d1bbfaade4ed9690d90c51f86 Le western, au cinéma, est le genre primordial, originel. Il est à l’origine des choses, dès la naissance du cinéma.

Dans les premières bandes tournées par les opérateurs sur le sol américain, le western, muet, en noir & blanc, se constitue comme mètre étalon de l’acheminement du sens donné à l’image. Il n’y a qu’à jeter un œil sur la liste exhaustive de ce qui fut tourné à la Keystone, à la United Artists, ou à la Fox et dans les autres compagnies, pour s’en convaincre. On a coutume de dire que Le Vol du grand rapide (The Great Train Robbery), tourné par Edwin S. Porter en 1903, est le premier western connu. De toute façon le matériau brut, pas encore décati, offre les premiers attributs, ceux d’une mythologie à naître.

Bien sûr les écrivains ont devancé les réalisateurs dans le récit de la conquête de l’ouest et de l’établissement de l’état-nation en terre américaine. Mais enfin, les images vont témoigner de ce qui fut autrefois narré par les ingénieux prosateurs (mais il faudra attendre Michael Mann, en 1992, pour avoir une adaptation, digne de ce nom, du puissant roman de James Fenimore Cooper Le Dernier des Mohicans). Les premiers faiseurs d’images (ce terme que j’emploie ici n’est pas péjoratif, loin s’en faut) vont véhiculer le mythe émergent partout dans le monde.

On sait combien il fut difficile, dans les premières années du cinématographe, d’avoir une vision neutre, non politisée, de ce qui fait une nation. Et les premières bandes de celluloïd témoignent d’un racisme certain (c’est un euphémisme), et d’une vision tronquée et partiale des choses. Au tout début on construit les éléments de langage, même si la plupart sont faux et imparfaits (mais le western révisionniste existe aussi au XXIe siècle avec le Django Unchained (2012) de Quentin Tarantino par exemple – nous reviendrons dessus en détail un peu plus tard) : comment témoigner alors du massacre des nations indiennes orchestrée par le pouvoir usurpateur ? Comment filmer l’homicide originel, c’est-à-dire l’assassinat d’Abel par son frère Caïn ? De nombreux westerns ont opposé les céréaliers avides aux paisibles éleveurs de troupeaux. Les grands propriétaires terriens de l’Ouest et du Middle West s’accaparaient les terres fertiles, les verts pâturages, et repoussaient vers la frontière les tous petits éleveurs, et poussaient à la misère les garçons de vache moins bien lotis par la fortune. Alors certains volaient du bétail, et le convoyage des troupeaux devenait un périple semé d’embûches : c’est de cela dont parle le très beau La Rivière Rouge (1948) de Howard Hawks, une œuvre splendide inégalée à ce jour, qui chorégraphie dans un noir & blanc somptueux (la cinématographie est signée de Russell Harlan, un directeur de la photo génial) le ballet fidélité masculine/trahison qui oppose et relie tout à la fois John Wayne, le père putatif, et le fils maudit mais admiré Montgomery Clift dans l’un de ses nombreux rôles inoubliables.

On n’y oublie pas non plus les jeunes pousses solitaires qui ont à cœur de faire tonner les coups de pistolet dans la prairie : je pense à ce film de vengeance ultime d’Henry Hathaway qui met en scène Steve McQueen dans Nevada Smith en 1966.

à suivre

 

 

 

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