
Sharon Stone s’apprête à faire siffler les balles, dans la poussière de Redemption. © Tri Star Pictures
Quand The Quick and the Dead (le titre original de Mort ou vif) sort sur les écrans en 1995, le réalisateur Sam Raimi est connu pour sa trilogie horrifique Evil Dead, qui avait enthousiasmé dans les Eighties tous les aficionados des cinémas de genre. Il n’était pas encore l’heure pour lui de s’attaquer au mythe de Spider-Man. De la même façon, Leonardo DiCaprio n’était pas encore le roi du monde à la proue du Titanic (James Cameron, 1997), enlaçant tendrement Kate Winslet. Et Russell Crowe ne tombait pas encore amoureux de Kim Basinger dans L.A. Confidential (Curtis Hanson, 1997) la même année, dans ce qui reste à ce jour la meilleure adaptation au cinéma d’un roman de James Ellroy.
Par contre, Sharon Stone, elle, avait gagné ses galons de star absolue au cinéma et de Girl Next Door depuis quelques années déjà. Les Nineties ont été pour elle sa Golden Decade (citons seulement Basic Instinct de Paul Verhœven en 1992, Sliver de Phillip Noyce en 1993, L’Expert de Luis Llosa en 1994, Casino de Martin Scorsese en 1995, Diabolique de Jeremiah S. Chechik en 1996, ou encore le remake de Gloria de Sidney Lumet en 1999). C’est pourquoi elle est le personnage principal de ce somptueux western. Elle est l’héroïne incontestable, et ceux qui voudront lui contester son leadership de pistolero vont bientôt mordre la poussière de la ville sans foi ni loi de Redemption. Sharon Stone irradie littéralement la pellicule, merveilleusement photographiée par le génie italien Dante Spinotti.
Elle incarne dans Mort ou vif une jeune femme qui arrive très remontée dans une ville poussiéreuse de l’Ouest, Redemption. Dans cette bourgade, un homme, Herod, y fait la loi au mépris de toute bienséance sociale et juridique. La jeune femme s’installe à l’hôtel et s’inscrit au concours de tir qui voit débouler tous les pistoleros, tous les outlaws et tous les maboules de la région. Pourquoi cette belle femme vient se mélanger à cette faune de tarés qui tire à tout-va ? Et pourquoi semble-t-elle faire une fixation sur ce Herod, qui à la fois l’inquiète et l’attire malgré elle ? Et puis cet homme très séduisant, Cort, enchaîné par les sbires de Herod, quel rôle va-t-il jouer dans la mascarade de cette ville sauvage ?
Disons le tout net : Mort ou vif reste aujourd’hui encore le chef-d’œuvre absolu de Sam Raimi, pourtant pas avare en œuvres cinématographiques hors du commun. Non seulement il donne ses lettres de noblesse à un genre en perte de vitesse au milieu des années 1990, mais il rend aussi hommage à ceux qui l’ont précédé dans l’exercice : Sergio Leone en premier lieu, Clint Eastwood ensuite. En conférant le rôle de Herod à Gene Hackman, qui trois ans auparavant officiait dans Impitoyable (Clint Eastwood, 1992), Sam Raimi s’inscrit dans une lignée : celle des orfèvres du genre.
D’ailleurs, Gene Hackman est prodigieux dans Mort ou vif. Chaque inflexion de sa voix, chaque réplique, chacun de ses gestes dessinent le portrait d’un homme sadique et cruel, mais qu’on ne peut s’empêcher de craindre et de scruter. Gene Hackman réussit le miracle de nous faire aimer déraisonnablement une figure maléfique de haute volée. Et face à lui, Sharon Stone, Russell Crowe, Lance Henricksen et Leo DiCaprio tiennent sacrément la route.
Ce western exceptionnel symbolise ce qu’une conjonction de talents inouïs arrive à réaliser quand le feu sacré brûle sur l’autel du travail bien fait.
Depuis sa sortie sur nos écrans en 1995, ce western ne cesse de se bonifier. C’est pourquoi, aujourd’hui, il fait figure de film mythique dans ce genre, le western, que nous aimons par dessus tout.









