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Ciné 90 : (#10) « Thelma & Louise »

Thelma et Louise 

Thelma Dickinson et Louise Sawyer sont deux copines inséparables qui vivent dans la même ville de l’Arkansas. Thelma est une jeune femme mariée au foyer. Elle n’a pas d’enfant et elle confie à Louise que son mari, Darryl, n’en veut pas à cause de son immaturité. Louise, elle, est serveuse dans un diner et a une relation amoureuse compliquée avec Jimmy Lennox, une sorte de voyou immature lui aussi. Elle n’a pas d’enfant non plus.

Bienvenus à toutes et à tous dans le monde cruel des Desperate Housewives treize ans avant la diffusion télé de la série du même nom (8 saisons, de 2004 à 2012).

En quelques scènes irrésistibles (Thelma chez elle au moment du petit déjeuner, pendant que son mari, veule à souhait, s’apprête à aller au boulot ; Louise en plein service, jonglant entre le téléphone et les clients à contenter en plein rush de service) le réalisateur britannique Ridley Scott, qui était alors en perte de vitesse au box-office à ce moment-là de sa carrière (en 1991), mais pas du point de vue artistique – nous y reviendrons, dresse le portrait de deux femmes que nous allons irrésistiblement aimer.

Avoir confié les rôles de Thelma et Louise à Geena Davis et à Susan Sarandon relève aujourd’hui de l’évidence. Elles sont toutes les deux magistrales dans leur capacité à incarner, le plus naturellement du monde, sans effort apparent, ces deux types de personnage : Thelma semble être une jeune femme écervelée vivant sous l’emprise de son mari, un pauvre type qui ne la mérite pas ; Louise semble avoir davantage les pieds sur terre, mais ne s’en sort pas mieux avec son mec. Elles ont décidé de passer un week-end ensemble loin de leurs hommes, et de s’éclater dans un bungalow, en pleine nature, avec de la picole comme seule compagnie. Oui, mais voilà, la route est dangereuse pour deux femmes seules en cet endroit du monde dit civilisé, aux confins de l’Arkansas, de l’Oklahoma et du Texas. On ne s’approche pas impunément de la frontière avec le Mexique sans y laisser des plumes (les indiens en savaient quelque chose).

Ridley Scott, génial réalisateur, est un entomologiste de l’espèce humaine. En utilisant le téléobjectif, qu’il braque sur les beaux visages de Geena et de Susan, il révèle les rêves enfouis sous la carapace de chaque jour : Thelma est une outlaw et ne le savait pas ; Louise est une femme de caractère mais cache des blessures secrètes qui la détruisent irrémédiablement.

Thelma & Louise (1991), ce très beau film de Ridley Scott, dont une des photos de tournage a illustré la magnifique affiche du Festival de Cannes 2026, a montré l’ampleur du talent inouï de ce cinéaste qui avait à son actif deux chefs-d’œuvre de la science-fiction : Alien. Le Huitième passager (1979) et Blade Runner (1982). Cependant, les critiques l’avaient un peu trop vite enterré, pensant avoir à faire à un fabricant d’images colorées et superficielles, pour ne pas dire inoffensives. Seulement, avec la patine des années, ses films suivants, Legend (1985), Traquée (1987), et Black Rain (1989) sont devenus des références cinéphiliques incontournables dans leur genre respectif : la fantasy, le polar et le thriller. C’est plutôt après la réussite totale de Thelma & Louise que la carrière de Ridley Scott s’enlise avec 1492 : Christophe Colomb (1992), Lame de fond (1996), et À armes égales (1997). C’est, coup pour coup, son spectaculaire péplum Gladiator en 2000 (que les deux grands spécialistes français de la Rome antique, Lucien Jerphagnon et Paul Veyne, aimaient à la folie) et Hannibal et La Chute du faucon noir en 2001 qui vont redorer son blason de réalisateur incontournable.

Alors, Thelma & Louise, ce film admirable, clôture t’il sa première période, incandescente, commencée en fanfare avec son drame napoléonien Les Duellistes en 1977 ? Ou bien ouvre t’il sa deuxième période, celle d’une complète réinvention de son cinéma ?

Le débat reste ouvert…

À suivre…

 

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Ciné 90 : (#9) « American History X »

© Neflix France

© Neflix France

Ce film du réalisateur anglais Tony Kaye, sorti sur les écrans en 1998, résonne d’une manière particulière aujourd’hui. Même si la société américaine était déjà terriblement fracturée (le film se déroule peu après le passage à tabac de Rodney King par des policiers du LAPD, sur le bord d’une autoroute interurbaine de Los Angeles, le 3 mars 1991), cela concernait en premier lieu des groupuscules et des communautés qui se vouaient une haine farouche. Le gouvernement US n’était pas encore piloté par des énergumènes qui allaient faire passer la concorde, la civilité et la rationalité humaine pour des reliques du passé, trente ans plus tard.

American History X met en opposition deux communautés pas franchement friendly qui ne se veulent pas du bien, à travers le parcours symétrique de deux frères, un qui est lycéen, et l’autre, l’aîné, qui est dans la vie active. Le plus âgé des deux, Derek, est l’activiste premium d’un groupuscule néo-nazi particulièrement violent. Les ennemis jurés de ce groupe unitaire de blancs décérébrés sont des jeunes afro-américains appartenant au gang des Crips, pas des tendres eux non plus. Ce petit monde ne cesse jamais de se provoquer dans les rues brûlantes du quartier angeleno de Pomona.

Le drame vient très vite percuter la narration. En alternant séquences en noir & blanc et en couleur, en truffant son film de ralentis significatifs sur les gros plans des visages, et sur les plans d’ensemble de toute beauté qui mettent en valeur tout le cast, le réalisateur britannique Tony Kaye signe le film coup de poing des années 1990. Toute sa mise en scène est d’une précision démoniaque, et chaque spectatrice, chaque spectateur de ce film singulier reste scotché à son siège ou à son canapé. Il ne nous laisse pas respirer tellement le déroulé narratif oriente toutes les actions décisives des personnages vers le nœud gordien. Il ne faut pas en dire plus, sous peine de déflorer l’intrigue.

Ce film, en compagnie de quelques autres comme La Haine (1995) de Mathieu Kassovitz, Tueurs nés (1994) d’Oliver Stone, American Psycho (2000) de Mary Harron et le remarquable Detroit (2017) de Kathryn Bigelow, a infusé dans la culture filmique de ces trois dernières décennies l’idée selon laquelle le cinéma pouvait nous aider à comprendre la déréliction de nos sociétés contemporaines.

Mention spéciale à l’immense acteur américain Elliott Gould (l’acteur fétiche de Robert Altman) qui incarne avec justesse et humanité un homme amoureux qui sera néanmoins anéanti par le fanatisme délirant du fils aîné de la femme qu’il aime. Il ne faut pas oublier non plus les partitions exceptionnelles d’Edward Norton (le rôle lui a valu une nomination à l’oscar du meilleur acteur cette année-là), de la légende Stacy Keach et de l’exceptionnel Avery Brooks dans le rôle du professeur humaniste Bob Sweeney, qui ne veut pas laisser la haine raciale gagner.

Aujourd’hui plus que jamais, American History X mérite d’être vu. Car il résonne étrangement avec notre actualité sociétale et encourage la discussion qui, seule, permettra de comprendre, puis d’endiguer ce qui ne va pas, afin d’annihiler les maux qui blessent et qui tuent.

Ce film est actuellement au catalogue de Netflix France.

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Les westerns mythiques : (#6) « Mort ou vif » de Sam Raimi

 Mort ou vif

Quand The Quick and the Dead (le titre original de Mort ou vif) sort sur les écrans en 1995, le réalisateur Sam Raimi est connu pour sa trilogie horrifique Evil Dead, qui avait enthousiasmé dans les Eighties tous les aficionados des cinémas de genre. Il n’était pas encore l’heure pour lui de s’attaquer au mythe de Spider-Man. De la même façon, Leonardo DiCaprio n’était pas encore le roi du monde à la proue du Titanic (James Cameron, 1997), enlaçant tendrement Kate Winslet. Et Russell Crowe ne tombait pas encore amoureux de Kim Basinger dans L.A. Confidential (Curtis Hanson, 1997) la même année, dans ce qui reste à ce jour la meilleure adaptation au cinéma d’un roman de James Ellroy.

Par contre, Sharon Stone, elle, avait gagné ses galons de star absolue au cinéma et de Girl Next Door depuis quelques années déjà. Les Nineties ont été pour elle sa Golden Decade (citons seulement Basic Instinct de Paul Verhœven en 1992, Sliver de Phillip Noyce en 1993, L’Expert de Luis Llosa en 1994, Casino de Martin Scorsese en 1995, Diabolique de Jeremiah S. Chechik en 1996, ou encore le remake de Gloria de Sidney Lumet en 1999). C’est pourquoi elle est le personnage principal de ce somptueux western. Elle est l’héroïne incontestable, et ceux qui voudront lui contester son leadership de pistolero vont bientôt mordre la poussière de la ville sans foi ni loi de Redemption. Sharon Stone irradie littéralement la pellicule, merveilleusement photographiée par le génie italien Dante Spinotti.

Elle incarne dans Mort ou vif une jeune femme qui arrive très remontée dans une ville poussiéreuse de l’Ouest, Redemption. Dans cette bourgade, un homme, Herod, y fait la loi au mépris de toute bienséance sociale et juridique. La jeune femme s’installe à l’hôtel et s’inscrit au concours de tir qui voit débouler tous les pistoleros, tous les outlaws et tous les maboules de la région. Pourquoi cette belle femme vient se mélanger à cette faune de tarés qui tire à tout-va ? Et pourquoi semble-t-elle faire une fixation sur ce Herod, qui à la fois l’inquiète et l’attire malgré elle ? Et puis cet homme très séduisant, Cort, enchaîné par les sbires de Herod, quel rôle va-t-il jouer dans la mascarade de cette ville sauvage ?

Disons le tout net : Mort ou vif reste aujourd’hui encore le chef-d’œuvre absolu de Sam Raimi, pourtant pas avare en œuvres cinématographiques hors du commun. Non seulement il donne ses lettres de noblesse à un genre en perte de vitesse au milieu des années 1990, mais il rend aussi hommage à ceux qui l’ont précédé dans l’exercice : Sergio Leone en premier lieu, Clint Eastwood ensuite. En conférant le rôle de Herod à Gene Hackman, qui trois ans auparavant officiait dans Impitoyable (Clint Eastwood, 1992), Sam Raimi s’inscrit dans une lignée : celle des orfèvres du genre.

D’ailleurs, Gene Hackman est prodigieux dans Mort ou vif. Chaque inflexion de sa voix, chaque réplique, chacun de ses gestes dessinent le portrait d’un homme sadique et cruel, mais qu’on ne peut s’empêcher de craindre et de scruter. Gene Hackman réussit le miracle de nous faire aimer déraisonnablement une figure maléfique de haute volée. Et face à lui, Sharon Stone, Russell Crowe, Lance Henricksen et Leo DiCaprio tiennent sacrément la route.

Ce western exceptionnel symbolise ce qu’une conjonction de talents inouïs arrive à réaliser quand le feu sacré brûle sur l’autel du travail bien fait. 

Depuis sa sortie sur nos écrans en 1995, ce western ne cesse de se bonifier. C’est pourquoi, aujourd’hui, il fait figure de film mythique dans ce genre, le western, que nous aimons par dessus tout.

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Mission: Impossible – The Final Reckoning

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Ces nouvelles aventures de l’agent Ethan Hunt et de sa Task Force de l’IMF démarrent sur les chapeaux de roue. Pendant les 2h49 qui suivent, le rythme ne faiblit jamais. Ethan, qui a mis la main dans l’épisode précédent sur une double clé d’une importance capitale pour arriver au code-source de l’Entité, une IA démiurge qui veut prendre le contrôle des mises à feu nucléaires mondiales (rien de moins !), va courir après un antagoniste, Gabriel, qui lui donne du fil à retordre. Mais voilà, Ethan Hunt est résilient, et même cabossé à l’extrême par les sbires de Gabriel dans des sous-sols cauchemardesques, le désormais sexagénaire envoie encore du lourd en matière de bagarres fractales. Mais là n’est plus l’essentiel.

Même la caméra refuse d’impressionner la pellicule avec de la violence gratuite. On laisse le superviseur du son nous faire comprendre de quoi il s’agit. Ce qui est important désormais, c’est cela : Tom Cruise court une fois de plus contre la montre. En allant en Autriche, en passant par Londres, en se rendant par sous-marin nucléaire (excusez du peu !) barboter dans les eaux glaciales de la Mer de Béring, et en s’envoyant littéralement en l’air au-dessus de l’Afrique du Sud, Tom/Ethan réunit deux héros cinématographiques en un seul : il est à la fois James Bond 007 (puisque Daniel Craig a délaissé le costume) et Indiana Jones (même si Harrison Ford ne daigne pas lâcher le flambeau). Il court, nage, vole, bastonne bien comme il faut, mais, contrairement à eux, il n’a aucun goût pour la gaudriole. Car il préfère l’amitié aux galipettes sous la couette. Ce qu’il partage avec James Bond, par contre, c’est la ville de Londres, dans laquelle il apparaît à deux reprises au cours du film. Il semble que Londres devienne l’endroit où l’agent de l’IMF et ses autres protagonistes préfèrent vivre. En cela cette nouvelle aventure de la bande de l’IMF est raccord avec le tout premier film de la saga cinématographique initiée par Tom Cruise et Brian de Palma en 1996, où les scènes londoniennes étaient le marqueur original de cette quête d’espionnage à l’échelle internationale. Et puis Tom Cruise a vécu à Londres, pendant le tournage de Eyes Wide Shut (1999) de Stanley Kubrick.

Techniquement irréprochable, truffé de séquences spectaculaires fabriquées à l’ancienne, Mission: Impossible – The Final Reckoning de Christopher McQuarrie, est une déclaration d’amour du beau Tom vieillissant à son public de fans de la première heure, celles et ceux qui ne l’ont jamais lâché depuis ses débuts tonitruants dans Legend (Ridley Scott, 1985), Top Gun (Tony Scott, 1986), La couleur de l’argent (Martin Scorsese, 1987) et Rain Man (Barry Levinson, 1988), et dont je fais partie.

Il s’agit d’un spectacle cinématographique réjouissant à aller voir en famille avec les kids.

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L’élasticité de nos souvenirs : Adieu et bon vent, Michel Blanc !

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Michel Blanc s’en est allé au creux de l’automne rejoindre son « pays merveilleux », lui qui se demandait dans la nuit enneigée, juché haut sur son télésiège, seul, totalement isolé, et en manque des autres de la bande du Splendid, quand est-ce qu’il reverrait son pays de Cocagne.

Avec la disparition de Michel Blanc disparaît aussi une certaine idée du cinéma français : à la fois populaire (dans la mesure où il s’agit de rassembler devant l’écran des spectatrices et des spectateurs de toute sorte, de toutes conditions sociales, en leur proposant un humour dialogué désopilant, et jamais lénifiant, ni moqueur), et suprêmement intelligent et bienveillant. À l’heure où des apprentis sorciers se servent des IA génératives pour livrer leur scénarios aux chaînes de TV, on ferait mieux d’étudier scrupuleusement la manière de jouer low-fi de ce petit blond dégarni à la moustache rigolote. Michel Blanc a livré, à travers la diversité de ses rôles au cinéma, un archétype du français moyen râleur, conscient de ses limites, mais qui n’en veut. Il était avant tout un comédien extraordinaire qui ne jouait jamais seul, c’est pourquoi ses duos à l’écran sont irrésistibles : avec Gérard Lanvin dans le premier film qu’il réalisa en 1984, Marche à l’ombre, avec Bernard Giraudeau dans Viens chez moi, j’habite chez une copine de Patrice Leconte en 1981, ou encore avec Anémone dans Ma femme s’appelle reviens du même Patrice Leconte en 1982, ou avec Miou-Miou et Gérard Depardieu dans le film sulfureux de Bertrand Blier, Tenue de soirée en 1986. Et c’est avec ce rôle qu’il va gagner la reconnaissance de la profession.

Ensuite Michel Blanc ne cessera jamais de tourner, et sa discrétion naturelle lui évita de tomber dans le piège des tournées promotionnelles éreintantes dans les médias TV. Il apparaissait seulement quand la production l’exigeait et savait choisir ses mots, avec un sens évident de la narration : par exemple ce moment hilarant où à la télévision belge il narre l’épisode suivant, véridique ; il tombe sous le charme d’une américaine dans une boulangerie, ils sortent dans la rue tous les deux pour continuer à flirter et pour griller une cigarette, ensemble, et au moment où il allume la cigarette de la belle, il met le feu à ses cheveux blonds. On retrouvait là cet exceptionnel acteur de comédie cinématographique qui avait l’étoffe des plus grands, de Charles Chaplin et surtout de Buster Keaton, qu’il aimait temps. Il avait aussi réalisé une poignée de films essentiels du cinéma français comme Grosse fatigue en 1994, Mauvaise passe en 1999, Embrassez qui vous voudrez en 2002, et Voyez comme on danse en 2018. Lui-même avait tourné dans 83 long-métrages de cinéma.

So long, Michel Blanc. Tu as accompagné nos vies à travers tes rôles au cinéma. Les cinéphiles et cinéphages que nous sommes ne t’oublieront jamais.

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Ciné 90 : (#8) « Impitoyable »

Impitoyable

En 1878 un homme, William Munny, qui élève seul son garçon et sa fillette depuis la disparition de son épouse, morte prématurément (à l’âge de 28 ans) de la variole, va se remettre en selle pour traquer et punir deux cowboys. L’intrigue de ce film produit et réalisé en 1992 par Clint Eastwood, est épurée comme une tragédie ; elle met face à face dans le dernier acte deux archétypes de la brutalité de l’Ouest nord-américain : d’un côté nous avons un ancien tueur impitoyable, racheté par l’amour d’une femme, et de l’autre lui fait face un sheriff aussi brutal que les soudards qu’il aime corriger avec violence. Deux mêmes faces d’une même pièce s’affrontent avant de quitter définitivement le décor, quand les Grandes Prairies sauvages laissent la place à l’ère industrielle et au mécanisme.

Les cowboys d’antan sont fatigués, ils ne savent plus vraiment monter à cheval ni construire une charpente qui tienne droit. Des historiographes à lunettes récoltent les anecdotes et sont en train d’écrire la légende de l’Ouest, celles chères à John Ford et à Sam Peckinpah. Clint Eastwood, lui, règle ses comptes avec un genre (le western) qu’il a magnifié pendant si longtemps. Il livre avec Impitoyable (Unforgiven, Malpaso Productions pour Warner Bros., 1992) à peu près le film parfait : la réalisation, sans chichi, extrêmement classique, bâtie sur le scénario de David Webb Peoples, enluminée par la belle cinématographie de Jack N. Green et mise en musique par la sublime partition du compositeur Lennie Niehaus, offre un dernier tour de piste à Clint en vieux cowboy fatigué, éreinté, mélancolique à souhait, mais que la brutalité et les comportements sordides de ses contemporains, va faire rempiler dans l’ordre de la violence sèche et de l’abjection.

On avait cru, en 1985, que Clint Eastwood avait livré son western définitif, le sublime Pale Rider (Malpaso Productions pour Warner Bros.), dans lequel il mettait de l’ordre chez les chercheurs d’or. Nous nous étions trompé.es. La messe n’était pas encore dite, Clint en avait encore sous les éperons.

En compagnie de son vieil ami Morgan Freeman (le plus grand acteur du monde selon la légendaire critique de cinéma Pauline Kael, pourtant avare en compliments), il allait faire rugir les carabines Spencer dans la prairie ; pourtant le cœur n’y était plus. Le temps avait fait son affaire, et les vieux tueurs fatigués ne prenaient plus plaisir à occire qui que ce soit. Même accompagnés d’un kid tête-à-claque, William Munny et Ned Logan savaient leur quête vaine, et cruelle.

Ce film de 1992 qui clôture en beauté une certaine idée du cinéma (qui n’a malheureusement plus cours aujourd’hui) résumait la situation à peu près comme ceci : si on ne croit plus aux quêtes, même inutiles, autant laisser en paix et paître tranquillement les chevaux et les poneys ; et aller vendre des étoffes à San Francisco.

À quoi sert d’être impitoyable si on n’a plus le choix ?

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Ciné 90 : (#7) « True Romance »

True Romance

Revoir True Romance, le film de Tony Scott, le frère de Ridley, trente-et-un ans après sa sortie en salles, c’est se replonger illico dans ce renouveau du cinéma hollywoodien, dont la figure de proue était Quentin Tarantino. Fort du succès de son Reservoir Dogs en 1992, et accompagné par les jumeaux maléfiques Weinstein, l’américain fort en gueule pouvait désormais placer n’importe lequel de ses scénarios, il était assuré de les voir se concrétiser en films de cinéma.

Ainsi, entre ses deux premiers films (Reservoir Dogs, donc, et Pulp Fiction, Palme d’Or au Festival de Cannes 1994), Tarantino avait confié la mise en images de son True Romance à celui qui avait donné un sacré coup de balai au Nouvel Hollywood des années 1970 : Tony Scott. Tony, son frère Ridley Scott, et quelques autres (Adrian Lyne, Joel Schumacher, Wolfgang Petersen, John McTiernan, …) avaient incarné la décennie 80 avec des films de pur divertissement gigantesques, comme Black RainLegendTraquéeLe Flic de Berverly Hills 2, Les PrédateursFlashdance9 semaines 1/2Génération PerdueL’Histoire sans finEnemyPredator, Piège de cristal.

Du coup, en concurrence directe avec ces mavericks de l’entertainment cinématographique, les vétérans de la décennie précédente (les Spielberg, De Palma, Scorsese, Eastwood, Friedkin et autres) montraient qu’ils en avaient encore sous le sabot. Ce qui nous valait une ribambelle de films extraordinaires pendant au moins deux décennies (les 80′s et les 90′s).

Oui, d’accord, mais True Romance dans tout ça ? De quoi ça parle ?

À Detroit, Clarence, un jeune homme passionné de cinéma et de pop culture, aimerait bien avoir une petite amie qui aurait les mêmes goûts que lui. Ça tombe bien, une jeune blonde très belle, Alabama, très désinvolte aussi, qui vient de débarquer de Floride, jette son dévolu sur lui. Ils forment très vite un couple très amoureux, mais il y a un hic : car Alabama est sous la férule de Drexl, mac et dealer de drogue de la pire espèce. Alors les ennuis vont arriver comme les B-52 dans le ciel allemand en 1942, c’est-à-dire en escadrille.

On retrouve dans True Romance tout ce qui a fait le succès des 3 premiers films de Tarantino (après, il se prend trop au sérieux à mon goût, la magie n’opère plus de la même façon) : des situations tordues couplée à des dialogues hilarants, un sens du cadre jamais mis en défaut, et une distribution aux petits oignons (Christian Slater, la sublime Patricia Arquette, Dennis Hopper, Gary Oldman, Tom Sizemore, Chris Penn, Christopher Walken, Val Kilmer en super-guest de luxe, la classe américaine, quoi !).

Bon, eh bien, cette litanie de films géniaux aura duré l’espace de deux décennies à peine (d’où le nom donné aux rubriques Ciné 80 et Ciné 90). Mais on peut les voir et les revoir à l’infini, et on ne sera jamais déçu.e, car la magie opère à chaque fois. Le soin apporté aux images, à la musique, au cadre, à l’interprétation, témoignait d’un profond amour et d’un très grand respect pour le cinéma de divertissement pour adultes et jeune public.

Très prochainement nous reviendrons en détail sur une merveille de film, dans notre rubrique Ciné 80 : il s’agit de l’indémodable Breakfast Club (1985) du regretté John Hughes.

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Ciné 90 : (#1) « Créatures féroces » de Robert Young et Fred Schepisi

Créatures féroces 

Créatures féroces (1997) de Robert Young et Fred Schepisi, met à nouveau en scène la fine équipe du carton planétaire Un poisson nommé Wanda (1988), heureux mélange entre humour Monthy Pythons et comédie américaine à la Mel Brooks. C’est pourquoi neuf ans plus tard le studio Universal a mis en chantier une fausse suite, car si quelques protagonistes, et pas des moindres, restent les mêmes, l’histoire change du tout au tout par rapport au premier opus. Ce qui fait à la fois la force du film (on plonge Jamie Lee Curtis, John Cleese, Michael Palin et Kevin Kline dans un nouvel environnement, un zoo) mais aussi sa faiblesse (pas facile d’imaginer une histoire terriblement drôle dans ce contexte). Si les tribulations de cambrioleurs qui cherchent à se doubler les uns les autres est une des figures narratives que les scénaristes et réalisateurs anglo-saxons affectionnent (les Ocean Eleven et consorts par exemple), raconter les tribulations d’une équipe de gardiens de zoos, de son directeur, et des dirigeants d’une boîte à qui appartient ce même zoo, jouant sur le clivage américains bourrins pleins aux as et gentils hurluberlus britanniques, cela ne donne pas assez de relief pour en faire une comédie vraiment drôle ; en plus les scènes avec les animaux ne fonctionnent pas la plupart du temps, sauf une fois : quand le nouveau directeur du zoo interprété par John Cleese, planque les cinq animaux adorables dans sa chambre et dans sa salle de bains. D’ailleurs, à mon avis, la vraie star du film, reste le lémurien Rollo.

Par ailleurs, même si la composition de John Cleese reste de bon aloi, et si Jamie Lee Curtis est tout aussi séduisante et sexy que dans Un poisson nommé Wanda de Charles Crichton, le double numéro de Kevin Kline (par ailleurs acteur absolument génial) ne fonctionne pas ici, car trop caricatural, le magnat qu’il interprète est trop vulgaire (n’empêche que Trump doit ressembler plus ou moins à ça), et son fils trop niais pour être vraisemblable. Finalement, le film est une demi-réussite, même s’il laisse un agréable souvenir : celui d’une comédie qui donne le dernier mot (mais de manière amorale) aux employés face aux tenants du libéralisme le plus dégueulasse et aux représentants de l’ordre qui pour le coup passent pour de gentils neuneus !

Mais en ces temps indéfinissables, noirs comme une nuit de Walpurgis, même une comédie pas follement drôle comme celle-ci, arrive quand même à faire un bien fou. Et c’est déjà beaucoup !

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