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À la recherche de l’éternelle jeunesse : « Youth » de Paolo Sorrentino (2015)

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Deux grands artistes contemplent la fin qui approche : Harvey Keitel & Sir Michael Caine dans « Youth » de Paolo Sorrentino.

Youth interroge la vieillesse quand elle se mesure à la jeunesse et à la beauté. Pour cela le réalisateur italien Paolo Sorrentino, âgé de 47 ans au moment de tourner, en 2015, ausculte les comportements de deux vieux artistes qui sont arrivés sur le dernier palier de leur carrière artistique. Le premier, Fred Ballinger, était un musicien, compositeur et chef d’orchestre anglais prestigieux, pendant que le second, Mick Boyle, était un réalisateur américain de films très connu. Tous les deux sont amis depuis près de 60 ans, si bien que la fille de l’un a épousé le fils de l’autre. Ils sont en villégiature dans un sauna pour riches, en Suisse, et l’un travaille car il y peaufine le tournage à venir, qui sera vraisemblablement le tout dernier, pendant que l’autre est considéré comme apathique et ne pense qu’à la vie passée, quand tout semblait neuf, flamboyant, facile à appréhender.

Deux prodigieux acteurs, l’un américain (Harvey Keitel), l’autre britannique (Sir Michael Caine), incarnent ces personnages stéréotypés et prêtent leur élégance naturelle pour mieux représenter les désarrois de l’âge.

Le film montre l’essence de la vacuité qui est à l’œuvre dans un centre de remise en forme pour ultrariches : par exemple, le soir on s’y délasse en assistant à un spectacle qui se déroule sur une scène circulaire. Et on semble s’ennuyer prodigieusement. Pourtant, l’air de rien, dans le déroulement tranquille de ces jours et des ces nuits alpines de la Confédération helvétique, des questions vont finir par trouver leurs réponses. Ainsi le chef d’orchestre qui n’a plus dirigé depuis près de dix ans va commencer à ressentir la nécessité de se mesurer à nouveau à l’orchestre, tandis que le cinéaste yankee croit intensément au chef-d’œuvre testamentaire à venir.

Le film de l’italien Paolo Sorrentino, autre fois le chouchou des festivals internationaux de cinéma (Cannes, Venise, Locarno), est profondément mélancolique. Ses images léchées, sa progression lente vers un dénouement qu’on redoute pourtant, mais qui nous frappe comme la foudre, la précision maniaque apportée à l’interprétation des 5 rôles principaux (Michael Caine, Harvey Keitel, Rachel Weisz, Paul Dano et la divine Jane Fonda), en font un film bouleversant. Car ce cinéaste incarne depuis quelques années la beauté du cinéma européen mélangée à l’efficacité narrative anglosaxonne.

Alors pourquoi bouderions-nous notre plaisir d’assister par exemple au filmage d’une naïade nue en train de pénétrer dans l’eau métallique d’une piscine sous le regard médusé de deux vieux bons hommes qui comprennent à ce moment là que leur jeunesse s’est définitivement enfuie dans les limbes du temps ?

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« Détective Dee, le mystère de la flamme fantôme » de Tsui Hark (2010)

 

Le réalisateur Tsui Hark en compagnie de son impératrice, l'extraordinaire  Carina Lau.

Le réalisateur Tsui Hark en compagnie de son impératrice, l’extraordinaire Carina Lau.

Dans les années 1990 on a découvert, en France, une cinématographie exceptionnelle qui venait d’Extrême-Orient. Les passeurs de HK Vidéo, qui prenaient le relais de la défunte et mythique revue de cinéma Starfix, faisaient découvrir un registre visuel stupéfiant, avec des personnages hauts en couleur qui volaient littéralement dans les airs quand ils se pourchassaient, ou qu’ils combattaient les uns contre les autres.

Alors, parmi cette ribambelle de réalisateurs (hélas, les femmes réalisatrices n’étaient pas mises en avant en ce temps-là) on faisait connaissance avec trois d’entre eux, qui représentaient la Sainte-trinité du cinéma d’action atmosphérique de Hong-Kong : Tsui Hark, John Woo et Johnnie To.

Aujourd’hui, en 2023, cela fait assez longtemps que Hong-Kong a été rétrocédée à la Chine par le Royaume-Uni (le 1er juillet 1997 plus exactement) ; et en 26 ans, l’industrie du cinéma hongkongaise a dû rentrer dans le rang, sinon… Pourtant, en mettant en scène les aventures du célèbre détective Dee, extrêmement populaire dans toute l’Asie, dans tous les pays de l’Extrême-Orient, ce personnage qui officiait sous les ordres de l’Impératrice Wu Ze Tian sous la Dynastie Tang, à la fin du VIIe siècle apr. J.-C., Tsui Hark offre une nouvelle épopée à son public chinois, après les différents épisodes de sa saga Il était une fois en Chine (de 1991 à 1997).

C’est en 2010 que sort sur les écrans cette toute première aventure au cinéma du fameux détective, popularisé en littérature par les romans du Juge Ti de Robert van Gulik. Dans le film de Tsui Hark on va suivre les pérégrinations de Dee, qui est au début du film un ancien proscrit, et qui pendant huit ans arpenta les profondeurs de la Cité impériale car il était un virulent opposant à la Régente. Mais ces huit années ont passé et la Régente, qui s’apprête à revêtir la couronne, le fait appeler à son service sur la demande du Grand-prêtre (à travers un cerf qui parle – malin, tiens !). Car Dee est le seul, quand bien même il fût un opposant politique coriace, qui pourrait résoudre l’énigme des combustions spontanées qui endeuillent le palais de la Régente Wu.

En se reportant 1400 ans en arrière le malin Tsui Hark dresse le portrait de deux personnages charismatiques, le détective et la future impératrice, qui apprennent à composer l’un avec l’autre. Oui, d’accord, mais dans l’intérêt de qui ? 

Sous la luxuriance du spectacle, sous les couleurs chatoyantes des costumes et la laque des décors, on voit se dessiner sous nos yeux ravis une histoire cornélienne en diable, qui pose la question suivante : au bout de combien de morts violentes, par torture ou au terme d’un combat farouche, un dignitaire peut-il espérer laver sa conscience, au nom de la Raison d’État ? La Reine-mère observe ses pantins s’agiter dans tous les sens, le Grand-prêtre pontifie mais révèle bien des secrets sans le vouloir, l’opposant politique s’entête à rester sain d’esprit, tandis que l’opposant militaire n’est pas le félon que l’on croit. Le traître, lui, est tapi dans l’ombre, mais qui prend la mesure de quoi ? et pour quoi faire ?

Laissez-vous porter par la magie opératique du cinéma High-quality de Hong-Kong et des autres pays qui le bordent, car il s’agit des seules cinématographies qui comptent aujourd’hui.

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Quand la tour prend garde : « High-Rise » de Ben Wheatley (2015)

High-Rise High-Rise est un film anglais de Ben Wheatley, produit par Jeremy Thomas, et adapté d’un roman de J.G. Ballard. S’il existe un romancier dont les livres sont particulièrement difficiles à adapter, c’est bien l’écrivain de science-fiction anglais J.G. Ballard. Cependant, après David Cronenberg qui avait brillamment réalisé Crash en 1996, Ben Wheatley s’en sort très bien. Il faut dire qu’il a été aidé par un cast trois étoiles, qui comprend la crème de l’acting anglais d’aujourd’hui : avec le génial Tom Hiddleston, le grand Jeremy Irons, la merveilleuse Elisabeth Moss, le bouillant Luke Evans, l’impressionnante Sienna Miller ou encore le malicieux James Purefoy.

Oui, c’est une certitude, Ruben Östlund s’est inspiré de ce film, passé inaperçu sur nos écrans en 2015, quand il a entamé son projet Triangle of Sadness (Sans filtre pour l’exploitation française) qui voulait marier film parodique à la Mel Brooks avec lutte des classes comme dans Parasite (2019) du génie coréen Bong Joon-ho.

High-Rise relate l’installation d’un sémillant neurochirurgien, le docteur Laing, dans son appartement du 25e étage flambant neuf, à l’intérieur d’une tour résidentielle de 40 étages conçue par le mythique architecte Royal. Mais la tour, qui est en soi une anomalie architecturale (on peut y faire du cheval au 40e étage par exemple), agit sur ses habitants à la façon d’un vivarium empoisonné. Elle agit subrepticement sur la psyché – déjà ébranlée – de chacun, chacune de ses résidents et résidentes.

Le docteur Laing, sapé à la manière de James Bond dans la première partie du film (tiens une idée : pourquoi ne pas confier le rôle de Bond à Tom Hiddleston au final ? Lançons les paris !), en bon scientifique, étudie les ravages que cause cette tour opaque sur tout un chacun, puis, peu à peu, le toubib va finir par se laisser submerger lui aussi.

Mais comme il s’agit d’un film anglais, produit quand même par le légendaire producteur de Furyo, réalisé par Nagisa Oshima en 1982 pour la National Film Trustee Company - dans lequel le beau David Bowie ensorcelait à son corps défendant le non moins magnifique musicien Ryūichi Sakamoto – l’univers visuel de ce High-Rise est d’une richesse proprement hallucinante. Très inspiré par les cinéastes britanniques luxuriants qui l’ont précédé, tels Ridley et Tony Scott, David Lean, Alan Parker, mais aussi Terry Jones et surtout l’américain Terry Gilliam, Ben Wheatley propose à son tour une œuvre matricielle : on scrute avec jubilation le moindre détail de la mise en scène spectaculaire qui nous fait entrer de plein pied dans cette fosse aux serpents délirante. Le film illustre le combat farouche et ininterrompu qui oppose les classes sociales entre elles, disons depuis octobre 1917 à Petrograd.

High-Rise est-il un meilleur film que la Palme d’Or 2022, signée Ruben Östlund ? Disons qu’il joue beaucoup moins sur les effets de manche propres au style – néanmoins efficace, il va sans dire – du réalisateur suédois.

High-Rise, toutes proportions gardées, est, osons le mot : un chef d’œuvre total !

 

 

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Le deuxième siècle du cinéma commence maintenant [#5]

Une belle actrice de talent sur la trace de ses prestigieuses consœurs.

Une belle actrice de talent sur la trace de ses prestigieuses consœurs.

Aimer le cinéma, c’est aimer celles et ceux qui l’incarnent.

Les actrices et les acteurs de cinéma sont la matérialisation concrète du désir puissant de vouloir raconter une histoire en images et en sons.

Ce désir puissant existe partout, en tous lieux, en différents endroits de la planète, parfois aux antipodes les uns des autres. L’envie sensationnelle de vouloir donner à voir ce qu’on a en tête passe toujours, depuis 1895, par le corps de l’actrice et de l’acteur. Les réalisat.eur.rice.s ne dirigent pas tellement leurs comédien.ne.s mais ils et elles les incitent à incarner un personnage en modelant avec d’infinies précautions une attitude, un geste et une intonation. Nous sommes toutes et tous les propres acteurs de nos vies ; chacun de nos sentiments, chacune de nos attitudes peuvent donner lieu à une multitude de récits. Alors le génie de la mise en scène de cinéma réside dans cette qualité essentielle : celle de traduire en scène, en séquence dialoguée, à travers une valeur de plan, par le truchement de la caméra et du micro, la variété et la complexité de nos comportements humains, en essence et en acte.

C’est pour cette raison que nous aimons tellement nous voir dans le miroir de l’écran blanc de la salle de cinéma. Nos orientations sensorielles, nos compréhensions, parfois justes, parfois erronées, du sens des choses se trouvent traduites en 24 images/seconde sur une bande de celluloïd de 16 ou de 35 mm, en couleurs ou en noir & blanc, en Mono ou en Stéréo.

En 2020, les corps, les visages de cinéma incarnent de nouveaux modèles de figuration et de représentation ; et certaines carrières sont émouvantes à scruter, en ce qu’elles nous éblouissent : une actrice comme Kristen Stewart, révélée par la saga de teen-movies Twilight (de 2008 à 2012), occupe crânement l’affiche depuis tout ce temps-là. Et ce n’est pourtant pas si facile, et pas donné à tout le monde, de garder année après année cette stature d’icône chic et glamour dans un monde globalisé qui a fait de l’oubli son principal principe d’occupation des jeunes esprits. En incarnant dans un biopic l’actrice américaine Jean Seberg (Seberg, Benedict Andrews, Royaume-Uni/États-Unis, Dolby Atmos, 2019) Kristen Stewart montre qu’elle se place dans une continuité artistique choisie, et âprement négociée.

À suivre…

 

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Les thrillers : [#1] Le Silence des agneaux (suite)

Jodie Foster Under my thumb chantaient The Rolling Stones pendant les années 1960, ces années mirifiques durant lesquelles les formes artistiques semblaient inventer chaque jour de nouvelles manières d’appréhender l’existence. On changeait aussi de peau comme de couleur, on changeait sa chemise ou son pantalon mille fois par jour ; car l’aventure était au coin de la rue, et le cinéma américain des années 1960 reflétait cet état d’esprit aventureux. Ainsi les méthodes classiques de production des films semblaient être À bout de souffle (Breathless en américain, France, Mono, N&B, 1960). C’est ce qu’avait compris Jean-Luc Godard, de l’autre côté de l’Atlantique au même moment.

Pourtant, 30 ans plus tard et des brouettes, deux personnages de complets cinglés allaient empoisonner l’âme irradiée (après la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, après la Chute du Mur de Berlin et l’effondrement pathétique de l’Union Soviétique, après l’épidémie de S.I.D.A, après la cohorte d’esprits malfaisants qui coursaient les gamin.e.s dans les rues et dans les camps de vacances… Remember Crystal Lake et Elm Street !) de spectatrices et de spectateurs qui n’avaient jamais eu autant peur au cinéma depuis cet autre grand film malade, The Exorcist de William Friedkin (États-Unis, Mono, Metrocolor, Warner Bros., 1973).

Durant toutes les années 1970, à Hollywood, les réalisateurs égo-maniaques se tiraient la bourre pour savoir qui lèverait le plus de chair fraîche à outrager. Les années 1960, quant à elles, se sont terminées, non pas dans l’épandage d’un aphrodisiaque universel, mais dans de sanglantes orgies païennes totalement dépravées, monstrueuses. C’est sur ce terreau d’immondices et de turpitudes morales que sont nés les personnages d’Hannibal Lecter, de Buffalo Bill, et de l’autre cinglé de binoclard complètement tordu qui aime mater les jeunes aveugles nu.e.s dans le très sombre Jennifer 8 de Bruce Robinson (Jennifer Eight, Canada/États-Unis/Royaume-Uni, Dolby, Paramount Pictures, 1992).

Les êtres maléfiques s’incarnent dans la figure du tueur en série. Il faudra attendre les années 2010 pour enfin se permettre d’en rire dans le très coloré et pourtant perturbant The Voices de Marjane Satrapi (États-Unis/Allemagne, Dolby, 2014).

Pourtant, une jolie fleur est éclose au milieu du charnier…

À suivre…

 

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For the lovers, for the beginners, for the pranksters : « Vinyl » (2016)

Vinyl En 2016 Martin Scorsese s’associait à Mick Jagger et à Rich Cohen pour créer une série sur le rock’n’roll circus et sur New-York. En inscrivant les protagonistes durant l’année 1973, et en les faisant évoluer au sommet de la hype qui agite la grosse pomme (la toile de fond de l’époque est orchestrée par la musique du Velvet Underground, de David Bowie, de Grand Funk Railroad et des New-York Dolls), les créateurs de cette série grand luxe avaient pour ambition de retranscrire le son, la couleur et les affects de cette époque créative hors du commun.

En inventant des musiciens (Hannibal) et des groupes de punk-rock (The Nasty Bits) et en les mélangeant aux légendes de la scène des seventies, Martin Scorsese et Mick Jagger revenaient sur les traces de leur passé fulgurant. De plus, en réalisant le pilote de la série, Marty prouvait qu’il était resté ce génial réalisateur, dont on pensait qu’il avait fini par dételer après les échecs cuisants de ces derniers films pour le cinéma (Silence en 2016 et The Irish Man en 2019, ce dernier n’étant même pas distribué au cinéma – la faute à Netflix, évidemment).

Mais dans Vinyl (États-Unis, 2016, 1 saison de 10 épisodes), accompagné pour les 9 épisodes qui suivent le pilote par la crème de la crème américaine en matière de réalisation de vrais long-métrages de cinéma qui vous tiennent en haleine de la première minute à la dernière (Carl Franklin aka Le Diable en robe bleue, 1995 ; Mark Romanek aka Photo Obsession, 2002 ; ou encore Allen Coulter aka Hollywoodland, 2006) on associe l’univers de la pègre new-yorkaise à celui de la scène musicale rock, et le résultat est totalement décoiffant.

N’en déplaise aux âmes chagrines qui n’ont vu dans cette série, dont n’existe pour l’heure qu’une unique saison comprenant 10 épisodes, lesquels se répondent de bout en bout à un rythme ininterrompu pendant plus de 10 heures d’anicroches narratives, visuelles, sonores et musicales, Vinyl nous plonge au plein cœur de la marmite bouillonnante dans laquelle se fabrique la bande-son des vies tumultueuses. En suivant ces aventures hautes en couleurs d’un patron de label (génialement interprété par l’immense Bobby Cannavale) et de ses associés et de quelques employé.e.s, on revisite toute l’histoire du rock et de la pop de la décennie seventies. Ça fait un bien fou aux yeux et surtout aux oreilles.

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Les films d’horreur contemporains : [#1] « Rabid »

 Rabid Je n’ai encore jamais vu Rage (Rabid, Canada/États-Unis, 1977), le film de David Cronenberg qui est sorti chez nous le 3 août 1977, je ne peux donc pas le comparer avec Rabid (Canada, 2019) des Sœurs Soska, une nouvelle mouture qui se propose de le revisiter.

 Par contre, ce que je tiens pour évident, c’est que j’ai été enthousiasmé par cette relecture. Elle a donc été réalisée par 2 sœurs cinéastes, Jen Soska et Sylvia Soska (qui se font appeler The Soska Sisters, à la manière des Sisters Wachowski) et a été tournée au Canada, à Toronto dans l’Ontario. Et ça compte, car la ville canadienne est partie prenante de l’histoire qu’on nous raconte ; à savoir : 

  »Après un accident de scooter qui l’a défigurée, Rose,l’assistante du couturier Gunter, est soignée par le professeur William Burroughs (clin d’œil évident au poète maudit de la Beat Generation), qui possède une clinique expérimentale. En greffant sur le visage de Rose une souche aux propriétés inconnues, cette dernière va voir ses capacités sensorielles décuplées, jusqu’à ce que, très vite, les ennuis commencent… Le revers de la médaille, en somme. »

La délicieuse actrice Laura Vandervoort incarne Rose, une aide-couturière timide.

La délicieuse actrice Laura Vandervoort incarne Rose, une aide-couturière timide.

 Dans un film comme celui-là tout repose sur le protagoniste principal ; il a plutôt intérêt à être bon car le film tout entier repose sue ses épaules. Et nous avons de la chance car l’actrice qui interprète Rose, la délicieuse Laura Vandervoort, à qui tant de malheurs arrive, est à la hauteur des enjeux dramatiques et horrifiques. Et c’est parce qu’elle joue bien que nous avons envie de savoir de quelle manière va se dénouer toute cette affaire. Il s’agit bien dans le cas présent de corps étranger qui se greffe sur un être humain, de début d’épidémie  en lien avec une subite apparition de cas de rage au cœur même de Toronto (où vont-ils chercher tout cela, on se le demande !), de médecin déviant et de personnalités pas très reluisantes appartenant au monde de la mode. Sous la caricature à peine voilée du couturier Karl Lagerfeld, qui aimait se mettre en scène avec cet accent génial aux intonations allemandes qui le caractérisait, Rabid propose une radiographie des comportements humains en des lieux naturellement dénués de chaleur humaine : une maison de haute couture et une clinique privée expérimentale , en ce qui concerne le manque d’empathie, c’est sensiblement la même chose. Pour l’immersion dans ces endroits par essence confinés Rabid est une totale réussite.

 Même si la fin du film est un peu convenue (nous en avons déjà vues tellement des fins de ce genre dans tout film horrifique qui se respecte) l’ensemble tient bien la route et file parfois quelques frissons bien sentis.

 Le renouvellement générationnel opéré dans le registre fantastique et horrifique depuis plus d’une dizaine d’années maintenant, arrive à maturité et nous vaut des films solidement charpentés qui ne cessent de nous surprendre, et de nous ravir. Comme le cinéma mainstream est en train de s’écrouler à force de niaiserie et de recettes caduques, c’est vers le cinéma mid-tempo, fait de petits budgets et par des artistes discrets mais sûrs de leur fait, qu’il faut se tourner dorénavant.

 C’est à ces artisans-là qu’il faut faire confiance. Les grosses machineries vont s’éteindre d’elles-mêmes.

 Les petit.e.s auront leur revanche.

 

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Le deuxième siècle du cinéma commence maintenant [#2]

L'intérieur du Dolby Theater sur Hollywood Boulevard, à Los Angeles

L’intérieur du Dolby Theater sur Hollywood Boulevard, à Los Angeles.

Pendant le confinement, les professionnels des métiers du cinéma ont évoqué l’idée selon laquelle l’expérience de la salle finira par disparaître.

En effet, les plateformes de VOD et de SVOD, ainsi que toutes les offres numériques proposées par une quantité considérable d’opérateurs, ont amorcé la révolution des modes de diffusion des œuvres depuis un moment déjà. La crise du cinéma (vieux serpent de mer qu’on ne cesse de mettre à toutes les sauces depuis au moins les années 1930 avec l’arrivée du parlant) est surtout la crise de la diffusion traditionnelle des films. Les canaux de diffusion des films ont changé ces vingt dernières années. L’expérience unique du visionnage d’un film en salle deviendra un geste du passé, si rien n’est fait par les pouvoirs publics pour sauvegarder cet usage culturel à mon avis primordial.

Avant l’épidémie, déjà, de nombreuses personnes avaient totalement abandonné le rite culturel d’aller voir un film dans un cinéma près de chez elles. La sortie hebdomadaire (surtout du week-end) qui cimentait la transmission cinéphile parents/enfants n’existait plus que sporadiquement. Elle ne concernait plus que les blockbusters monumentaux, programmés plusieurs années à l’avance : comme le dernier Star Wars, le dernier Avengers, le Disney de saison ou la dernière comédie française à la mode ; et c’est à peu près tout.

Le monde a changé. Et nos idées sur le cinéma ont changé elles aussi. Maintenant chacun trouve sa place dans une chapelle et n’en sort plus.

L’amour du cinéma a été compartimenté, de telle sorte qu’il devient difficile, pour tout un chacun, de sortir de sa zone de confort. Aimer la Blaxploitation des années 70 et 80, est-ce compatible avec la défense du Bis italien de la même période ?

Pourtant des pensées éparses, hétéroclites, variées, hérétiques même, sur le cinéma, il en existe en pagaille. Les bibliographies sont nombreuses, un savoir culturel et spécifique s’est structuré ; un champ intellectuel audacieux a accompagné l’expansion phénoménale du cinéma depuis sa création en 1895 par nos amis Lumière.

À suivre…

 

 

 

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Le deuxième siècle du cinéma commence maintenant

S’il veut survivre à ce qui se passe partout dans le monde depuis 4 mois, le cinéma doit se réinventer. Et pas qu’un peu, mais de fond en comble.

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La pandémie de Sars-Cov-2 qui nous touche sur l’ensemble de la planète a redistribué les cartes. Tous les secteurs de l’activité humaine ont été impactés, durement abîmés. Le monde de l’art, de la culture, n’échappera pas à une complète remise en question de ses modèles à la fois esthétiques et économiques ; ni non plus à une refonte de son fonctionnement, qui depuis trop longtemps ostracise, met de côté, corrompt et infantilise. Aujourd’hui, dans le monde vicié de l’art et de la culture, quelque chose s’est fracassé contre le réel : les baronnies, les chasse gardées, les prébendes aristocratiques, tous les fiefs autrefois avantageusement partagés entre gens de bien (les dynastes autoproclamés), sont en passe de fondre comme neige au soleil.

Ce qui est paradoxal c’est que quelques mois avant le déclenchement de l’épidémie, qui a débuté à Wuhan, en Chine, un film de cinéma asiatique, venant de Corée du Sud, connaissait un succès mondial, à la fois populaire et critique. Ce film, Parasite (Corée du Sud, 2019), réalisé par Bong Joon Ho, avait obtenu la Palme d’or au Festival de Cannes 2019 ainsi que les très courus Oscars du meilleur film, du meilleur réalisateur et du meilleur film étranger (lors de la 92° cérémonie des Oscars du cinéma du 9 février 2020, qui se tenait au Dolby Theatre à Los Angeles).

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Parasite avait suscité un émoi considérable car son réalisateur avait réussi le tour de force de marier une mise en scène virtuose à un remarquable sens du récit ; il s’agissait d’un stratagème filmique qui vous happait et ne vous lâchait plus. Cela voulait dire qu’il y avait encore de la place dans nos salles de cinéma adorées pour des films exigeants qui aidaient à penser le monde. Qui nous aidaient à mieux appréhender cet univers quotidien parfois cruel, parfois sinistre, qui faisait désespérer la plupart d’entre nous. Parasite est une œuvre cinématographique tellement belle, tellement touchante, qu’elle a ouvert la voie au deuxième siècle du cinéma. En mettant ses pas dans ceux d’un illustre prédécesseur, qui à mon sens, est le tout premier chef d’œuvre, plein et entier, de ce deuxième siècle d’existence du cinéma, que nous appelions de nos vœux : il s’agit du sublime The Assassin (Taïwan/Chine/Hong-Kong/France, 2016) de Hou Hsiao-hsien.

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à suivre…

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« Cœurs ennemis » de James Kent (2019)

TA_03510.NEF À Hambourg, six mois après la signature de l’armistice à Berlin qui a mis fin à la guerre opposant les forces alliées au régime nazi, un colonel de l’armée du Royaume-Uni, Lewis, prend ses fonctions dans une très belle demeure réquisitionnée. Sa femme, Rachel, vient le rejoindre pour vivre avec lui dans la zone d’occupation anglaise de la ville. Très vite, Lewis propose que le propriétaire allemand de la demeure, un séduisant architecte du nom de Stefan Lubert, continue à vivre au grenier aménagé avec sa fille Freda. Rachel, la femme du colonel, est réticente au début à l’idée de cette cohabitation avec « l’ennemi ». Mais, peu à peu, son animosité originelle à l’encontre de Stefan et de sa fille mutique va se fissurer, puis laisser place à un désir ardent.

Pendant que son mari gère une situation conflictuelle, qui oppose les autochtones, détruits physiquement et moralement par la guerre d’extermination opérée par leurs dignitaires quelques mois auparavant, et une armée d’occupation britannique totalement débordée, Rachel veut donner un nouveau départ à son existence, elle aussi brisée à cause de la guerre. Mais avec qui décidera-t-elle de donner un nouvel élan à sa vie ?

Cœurs ennemis (The Aftermath, Royaume-Uni/États-Unis/Allemagne, 2019), du réalisateur britannique James Kent, renoue avec les productions d’autrefois, de plus en plus rares au cinéma depuis quelques années ; il s’agit à la fois d’un film historique et d’un drame romantique (avec un soupçon de mélodrame) qui nous plonge avec délicatesse dans les tourments d’une jeune femme tiraillée entre deux amours.

Oui, il s’agit d’un film réalisé à l’ancienne manière, et pour que cela fonctionne auprès de spectatrices et de spectateurs davantage habitué.e.s aux formes actuelles de récit (naturalisme exacerbé et hystérie collective à tous les étages) il ne fallait pas se tromper dans le choix de casting. Et à cet endroit le film est carrément génial : car Keira Knightley, Jason Clarke, Alexander Skarsgård et Flora Thiemann jouent leurs partitions à merveille. Sans oublier la présence, considérable dans la marche dynamique du récit, d’un superbe piano du prestigieux facteur Steinway & Sons.

Une interprétation remarquable de l’ensemble des comédien.ne.s, une très belle cinématographie, chaude et enveloppante, et un final assez remarquable, cela est-il si courant au cinéma de nos jours ?

Précipitez-vous avec gourmandise sur ce film habilement construit à partir de vos plateformes de SVOD préférées ; vous m’en direz des nouvelles !

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