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Mon Royaume pour un trident : « Aquaman » de James Wan (1/2)

edfiszkb2q1nsa5jve7q Aquaman (2018) est le film idéal pour les fêtes de fin d’année. Car il peut plaire aussi bien aux fanas de films de super-héros qu’à celles et à ceux qui ont besoin d’un pur divertissement, aux multiples scènes d’action savamment orchestrées. On ne demande pas beaucoup plus à un film de ce genre. Alors, quand le travail collectif est bien fait, eh bien en général le public est content, et ressort de la salle avec le sourire.

L’histoire d’Aquaman est archi rebattue, car quand il s’agit de raconter les origines d’un super-héros, il faut s’en référer aux modèles filmiques qui ont fait leurs preuves. El le modèle insurpassable en l’occurrence reste le Superman premier du nom, réalisé par Richard Donner en 1978. Ça tombe bien car c’est un personnage DC, déjà produit par la Warner à l’époque. Depuis, de nombreux films de super-héros ont été tournés, et les canons narratifs inhérents à ce genre ont évolué. Quitte à devenir de nos jours le seul modèle du blockbuster à plus de 100 millions de dollars en coûts de fabrication. Dès lors on ne compte plus les différentes familles qui cohabitent bon an mal an dans cet univers cinématographique complexe : il existe les films Marvel, les films DC, les films Fox, les films Disney, la galaxie Star Wars, les différentes épopées de fantasy,.. Bref, il est difficile de tout recenser depuis une dizaine d’années, lorsque l’on n’est pas un geek de la première heure, s’entend.

Pour ce que j’en comprends je dirai que cet Aquaman du réalisateur doué James Wan, ressort de la Techno Fantasy, une catégorie à la mode en ce moment ; dans laquelle je glisserai volontiers Black Panther (Ryan Coogler, 2018) du concurrent direct Marvel Studios, et bien sûr les spin off de Star Wars comme Rogue One (Gareth Edwards, 2016) et Solo (Ron Howard, 2018), sans oublier Les Animaux fantastiques Volume 1 (David Yates, 2016) et Volume 2 : Les Crimes de Grindelwald (David Yates, 2018), ou encore le Mortal Engines de Christian Rivers (2018). Et tant d’autres films, comme ceux adaptés des sagas romanesques pour ados et jeunes adultes par exemple, qui font aussi le succès de l’industrie du divertissement mondialisé.

L’histoire d’Aquaman reprend en gros celle de la saga Thor : il s’agit ni plus ni moins de la lutte pour le trône convoité de Roi de l’Atlantide ( ou des 7 mers si on est pointilleux), entre 2 demi-frères que tout oppose (Jason Momoa et Patrick Wilson), qui sont issus de la même mère (Nicole Kidman, toujours aussi charismatique) mais qui n’ont pas le même père. L’aîné est un sang mêlé qui a été élevé par un surfacien (c’est ainsi que nous nomment les atlantes), gardien de phare dans le Maine, USA ; et le cadet est un jeune homme fougueux dont le père fut roi des atlantes, et qui voudrait donner à son Royaume marin le lustre d’antan. Pour cela il est prêt à déclarer la guerre à ceux qui vivent à la surface. Deux rivaux pour un même trône, donc, comme dans tout film hollywoodien à caractère initiatique qui se respecte, calqué sur la dramaturgie shakespearienne du meilleur effet.

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10 ans de science-fiction au cinéma (2008-2018) [1/4]

metropolis-1 En regard des nouvelles découvertes de la science ces 10 dernières années, on peut remarquer que le cinéma de science-fiction anticipe avec vraisemblance le devenir de l’espèce humaine ; et surtout les modalités de coexistence et de cohabitation entre différentes espèces, dont il faut commencer à prendre au sérieux l’apparition : car les cyborgs, les androïdes, les robots, les êtres humains augmentés, les machines autonomes – en gros tout ce qui a trait à l’Intelligence Artificielle – sont bel et bien parmi nous. A défaut d’avoir pu rencontrer une autre forme de vie, de préférence extraterrestre, en juillet 1969, l’être humain, par le biais combiné des sciences de la biologie et celles de l’ingénierie, s’est évertué à améliorer l’humaine condition à travers la réalisation d’un autre corps, cette fois inaltérable, indestructible, et qui échappe à la corruption du temps. C’est d’ailleurs le programme qu’avait proposé Fritz Lang dès 1927 dans son sublime et indépassable Metropolis.

alien-covenant-59bc0325d7f1a En donnant naissance aux Ingénieurs dans Prometheus (2012), Ridley Scott relance la saga Alien et tente de donner une explication plausible à l’apparition de la vie sur notre bonne vieille Terre. De plus on se rend bien compte qu’il essaye de relier ses 2 films cultes, Alien le 8eme passager (1979) et Blade Runner (1982), matrices originelles de la S.-F. au début des années 80, en reprenant la main : il est
à la réalisation en ce qui concerne la nouvelle trilogie Alien, qui comprend Prometheus, Alien Covenant (2017) et Alien Awakening (à venir), et reste producteur de Blade Runner 2049 (2017), confiant sa réalisation à Denis Villeneuve qui marche sur les traces de son aîné. On a appris depuis que cette nouvelle trilogie devait boucler la boucle en expliquant le comment du pourquoi de l’appel de détresse reçu par le Nostromo au retour de sa mission de récolte de minerais, dans le premier épisode de la saga. Et on croit déceler dans les thématiques mises en œuvre dans Prometheus et Alien Covenant, ce qui hante profondément Ridley Scott, et à sa suite, une cohorte de réalisateurs de S.-F. : la question ultime du sens de la vie, créée ex-nihilo par un ou plusieurs démiurges qui programment un code génétique, et améliorent ensuite les modèles cognitifs propres à l’humanité, puis insufflent la vie à la matière organique modifiée ; ainsi le clone surpasse son modèle humain, et dépasse, dans son développement accéléré, les catégories usuelles de la morale et de la religion.

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« Upgrade » de Leigh Whannell (2/2)

Upgrade Ce qui est passionnant dans ce film de Leigh Whannell, au delà des péripéties haletantes qui en font un excellent film d’action sans temps mort, c’est la façon dont notre réalisateur orchestre la montée en puissance, progressive et irrémédiable, d’une IA baptisée STEM. Qui au départ parait être une avancée considérable nous permettant de continuer à vivre comme avant.

On ne peut pas s’empêcher de penser au fait que chaque grand tyran de l’Histoire promettait un monde meilleur, et amadouait sa population à travers la réalisation de grands travaux structurels qui faisaient croire à la possibilité effective du programme envisagé : comme la construction des autoroutes et la fabrication en série de la Wolkswagen (la voiture du peuple) en Allemagne après 1933, la NEP en Russie et la constitution des différents comités de collectivisation après la seconde Révolution bolchevique de 1917, la rééducation massive des campagnes pendant la longue marche de Mao et de ses troupes rouges, … la liste est immense et, hélas, pas définitive.

A l’aune de ces réflexions le film n’est plus un simple divertissement qu’on oublie aussitôt après son visionnage. Non, il interroge de manière pertinente le monde actuel, et les défis à venir. Et lance un constat alarmant : n’en déplaise aux bobos qui travaillent dans les open space hyper-connectés des labos de recherche sous tutelle du Ministère de la culture et de celui de l’Industrie ; et qui réfléchissent au monde de demain en prônant le véganisme pour tous et sa ration de graines de chia quotidienne concomitante, le proche avenir va davantage coïncider avec les visions déliquescentes d’un Blade Runner (Ridley Scott, 1982) et d’un Strange Days (Kathryn Bigelow, 1995). Et non, chacun d’entre nous ne trouvera pas du sens dans un environnement entièrement régenté par des IA, des nanoparticules et une poignée de milliardaires insensibles et cruels, qui décideront du sort de millions d’individus en un algorithme ou un clic de souris.

Upgrade nous adresse ce message puissant : bienvenue dans le monde, épouvantable, de demain.

 

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« Upgrade » de Leigh Whannell (1/2)

Upgrade Notre proche avenir va certainement ressembler, à s’y méprendre, à ce que nous proposent certains films d’anticipation depuis de nombreuses années. Et il y a de quoi s’interroger et être inquiet. Car nous ne sommes plus dans la projection idyllique d’un futur émancipateur et connecté, celui que veulent nous vendre les GAFA. Ces géants du Net ne respectent aucune norme juridique ou morale, celles qui avaient cours avant et qui permettaient d’envisager sereinement un avenir pas trop destructeur. Mais c’est terminé. Car au moment où j’écris ces lignes la première androïde (ou cyborg, ou IA biomécanique ou que sais-je encore) totalement autonome va bientôt être en poste dans une compagnie d’assurances en Asie du sud-Est.

Ce que les fans hardcore de S.-F. sauvage et décomplexée (dont je suis) redoutaient, a eu lieu : c’est-à-dire que Skynet, ce programme d’Intelligence Artificielle bichonné par des scientifiques malins mais irresponsables, prenne son envol et s’émancipe de sa tutelle humaine encombrante. Et c’est en train d’arriver dans notre vrai monde, dans notre réalité, et pas seulement sur un écran de cinéma. Souvenez-vous comment cela se terminait : l’IA était tellement intelligente, complexe et structurée qu’elle avait tôt fait de mettre en exergue ce qui fait la primauté de l’espèce humaine sur toutes les autres, depuis maintenant 30 000 ans : éliminer ce qui gêne la prolifération des meilleurs, bien mieux adaptés au nouveau biotope. Les machines nous dégommaient et c’était jouissif à regarder sur un écran de ciné. Terminator 2 de James Cameron (1991) fit son entrée avec fracas dans l’histoire du cinéma fantastique et de S.-F.

Et on se disait, devant l’écran, en mâchant nos pop-corn, « non, quand même, ils vont trop loin à Hollywood, on n’est pas si débiles ; on ne va pas créer l’instrument de notre propre destruction, faut pas déconner ! » Et pourtant. Etait-elle si loin de nous la prolifération des armes atomiques partout sur le Globe, ainsi que notre extermination programmée depuis la crise des missiles à Cuba en octobre 1962 ? L’écrivain et réalisateur Michael Crichton ne parlait que de ça pendant les années 70 et 80, quand il orientait son travail de créateur sur la dualité homme/machine ; en imaginant la révolte des robots qui ne veulent plus être les laquais de qui que ce soit dans Mondwest (1973) et Runaway : L’évadé du futur (1984).

Upgrade (2018) est un film australien de science-fiction (ou plutôt d’anticipation cyberpunk) qui envisage ce que nous allons devenir quand nous serons assujettis au bon vouloir d’une Intelligence Artificielle qui au départ fut conçu pour réparer ce qui a été cassé ou irrémédiablement abimé. Grey est un mécanicien à l’ancienne, qui bichonne de superbes automobiles. Il leur confère une âme à travers le temps qu’il passe à réparer, à ajuster, à gonfler des moteurs. Grey est un homme concret, solide, car il travaille encore avec ses deux mains, plongés jusqu’au bout des doigts dans le cambouis et dans la graisse de moteur. Il est marié à une femme, Asha, cadre dans une boîte de nouvelles technologies, Cobalt. Et l’essentiel de leurs discussions dès l’entame du film porte sur la dichotomie qui pourtant cimente leur couple : Grey est un pragmatique qui ne trouve plus sa place dans ce monde où les voitures connectées vous ramènent chez vous sans que vous ayez besoin de conduire ; tandis que sa femme, Asha, ne comprend pas qu’on puisse encore éprouver l’envie de mettre la main à la pâte. Bien entendu, le drame surviendra.

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Retour aux sixties : « The Two Faces Of January »

TWO FACES OF JANUARY Les paysages de la Grèce intemporelle, la beauté de la Mer Egée, les riches américaines et américains en goguette parmi les ruines antiques de Knossos et d’Heraklion, la chaleur qui endort, et les velléités de meurtre, tout cela passionne depuis longtemps beaucoup de cinéastes. Il n’y a qu’à songer au parfait Plein Soleil de René Clément (1960) ou à l’élégiaque Un thé au Sahara de Bernardo Bertolucci (1990) pour s’en convaincre.

Athènes, 1962, un jeune américain, guide de tourisme sur le site de l’Acropole, profite de ses pauses pour observer les allées et venues d’un couple d’américains à la coule. Irrésistiblement notre jeune ami, Rydal, un peu filou sur les bords, va faire connaissance avec le séduisant Chester MacFarlane et sa ravissante épouse Colette, bien plus jeune que lui. Rydal va vite se rendre indispensable auprès des américains, avec dans l’idée de surtout s’attacher aux basques de la charmante épouse. Evidemment rien ne va se passer comme prévu…

Sure cette trame classique de thriller haut de gamme (les lumières de la Grèce et de la Turquie sont somptueuses) le réalisateur Hossein Amini filme avec grâce les circonvolutions de nos trois charismatiques personnages (les sublimes Viggo Mortensen, Kirsten Dunst et Oscar Isaac) dans des paysages à couper le souffle, aussi bien en Grèce, en Crête, qu’à Istanbul, une des plus belles villes du monde.

Bien sûr on ne peut s’empêcher de penser à Alain Delon, à Maurice Ronet et à la délicieuse Marie Laforêt, croqués par la caméra enchanteresse de René Clément en 1960 ; cependant The Two Faces Of January (2014) tient en haleine jusqu’au bout et on aimerait continuer à suivre le face-à-face haletant de Rydal et de Chester une bonne heure de plus.

Un film de genre magnifiquement éclairé et mis en musique par le génial Alberto Iglesias, qui mérite d’être vu et d’avoir une place de choix dans nos vidéothèques.

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« Last Days of Summer » ou le charme des souvenirs fulgurants

last-days-of-summer-critique-film-kate-winslet-josh-brolin-paramount Last Days of Summer (États-Unis, 2013) de Jason Reitman se déroule à la fin de l’été, dans l’Amérique profonde, à la fin des années 1980. Henry, un préadolescent, vit seul avec sa mère Adèle, depuis que son père est parti refaire sa vie et fonder un nouveau foyer avec sa secrétaire. Adèle est mutique, reste enfermée dans sa maison, et le jeune garçon souffre de voir sa mère s’enfoncer de plus en plus dans la solitude et le dégoût de vivre. Pendant le week-end du Labor Day (titre original du film), pendant qu’il font les courses, un homme, blessé au flanc, se présente à eux. Il a besoin d’aide et demande à être hébergé chez Henry et sa mère le temps d’un week-end.

Sur cette trame somme toute ordinaire dans le cinéma hollywoodien (Clint Eastwood nous avait déjà fait le coup quand Meryl streep tombe éperdument amoureuse de lui dans l’élégiaque Sur La Route De Madison en 1995) le réalisateur Jason Reitman joue tout en subtilité et en finesse sur ce canevas des sentiments qui se dévoilent peu à peu : le désir naissant d’Adèle pour le fugitif, l’admiration du garçon pour ce père de substitution, la douceur de l’homme qui voit naître sous ses yeux le foyer qu’il aurait pu avoir autrefois…

L’interprétation solide de Kate Winslet qui incarne Adèle, et celle de Josh Brolin, interprétant le fugitif, n’y est bien sûr pas pour rien. Le tempo langoureux du film, photographié dans les teintes robustes de la fin de l’été américain, tons chauds, atmosphère chatoyante à souhait, nous emporte vers les rivages du souvenir enfui, de  la mélancolie qui ne s’éteint pas, et de la douceur de vivre quand rien d’autre ne compte que ceci : partager les moments en creux de l’existence avec ceux qu’on aime.

Un petit film américain admirable.

 

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Portrait d’un homme seul : « All is lost » de J. C. Chandor

all-is-lost-poster2 Pour son deuxième long métrage le réalisateur américain J. C. Chandor a complètement bouleversé son approche du cinéma, après le film choral Margin Call (2011), dans lequel s’entre-dévorait les requins de Wall Street : dans All is lost (2013), élégie des tempêtes maritimes, il n’y a qu’un seul personnage, et nous n’en verrons pas d’autres durant tout le film. Il n’a même pas de nom, il est crédité au générique du pronom personnel him ; rien de plus, si ce n’est, dès les premières images du film, la certitude de vivre un grand moment de cinéma. Car l’acteur vedette du film c’est Robert Redford himself. Et bien évidemment le cinéphile ne peut s’empêcher de penser aux multiples personnages incarnés par cet immense comédien, une des dernières vraies stars d’Hollywood. Sur tous les plans, dans chaque émotion qui affleure sous la surface du cuir tannée par le sel et le vent, toute une gamme d’interprétations draine avec elle soixante années de cinéma américain, et du meilleur.

Ici, on ne se pose jamais la question de savoir si l’acteur choisi par le réalisateur arrivera à porter le film, tout seul, sur ses épaules. Redford dans ce rôle-là, à ce moment de sa carrière, relève juste de l’évidence dans ce récit des périls que doit affronter un navigateur solitaire, perdu au milieu de l’océan indien. Sans quasiment aucune ligne de dialogue Robert Redford incarne magistralement la figure de l’être en proie à la furie des éléments déchaînés, et montre que l’ingéniosité humaine, parfois, quand elle s’allie avec le courage et la détermination, peut  faire basculer le destin en sa faveur.

Une fois de plus un jeune cinéaste américain redonnait en 2013 ses lettres de noblesse à une certaine forme de cinéma, alliant avec maestria le sens du récit à une étude approfondie du courage, quand tout semble joué d’avance. Et offre au Redford dernière manière un rôle à la hauteur de sa légende.

All is lost de J. C. Chandor est un film hautement recommandable.

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« Inherent Vice » et le retour aux seventies

 INHERENT VICE

Qu’est-ce qui donne envie de filmer à Paul Thomas Anderson ? Les longues chevauchées à moto dans le désert sur une bécane rutilante ? Oui, dans The Master (2012) par exemple. Les visages trempées par le pétrole qui colle aux basques et qui noircit l’âme, loin des images élégiaques de Géant (1956) de George Stevens ? Oui, dans l’épique There Will Be Blood (2007). Des hippies défoncés et hédonistes qui mettent en place l’industrie du sexe à la fin des années 70 ? Oui, dans le dorénavant culte Boogie Nights (1997).

Mais alors qu’est-ce qui a pu lui donner envie, une fois de plus, de mettre en images la Californie des années 70 ? L’intrigue du roman de Thomas Pynchon ? Hum, on peut douter devant la complexité de l’intrigue, qui associe plusieurs niveaux de paranoïa et de bouffées délirantes, le tout mixé avec l’idée d’un décadrage continu de la réalité : par exemple les morts ne sont pas vraiment morts, les disparus pas vraiment disparus, les goélettes sont des bastions du mal et le chanvre peut aider à supporter un monde de plus en plus… désopilant.

L’intention de traiter une telle matière romanesque est louable, cependant une fois nos yeux habitués au design seventies du film, au tempo lent de la narration, et à l’invraisemblance de l’histoire (importation massive d’héroïne indochinoise sur le sol américain via la Californie, sous couvert de clinique privée mettant en condition les futurs clients) on s’ennuie peu à peu, on plonge dans la léthargie qui semble être la pièce maîtresse du film, et on se demande si tout cela a finalement quelque importance. Et on ne sait plus où se situe l’enjeu du film ? Dans ses images pastels qui veulent rivaliser avec celles de Terrence Malick, surlignées par la voix off, ou bien dans sa bande son et dans son accoutumance à la culture pop légitimée (j’ai reconnu plusieurs chansons du Loner, l’actrice qui incarne Shasta arbore un maillot de corps Country Joe and the fish) ?

Le film n’est pas mal tout compte fait, mais il ne subjugue pas et il est trop long : ses 2h20 ne pourront pas rivaliser avec l’indémodable The Big Lebowski (1998) des frères Coen, avec lequel je ne peux m’empêcher de le comparer. Mais était-ce voulu ou souhaité par le réalisateur ? Pas sûr.

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« American sniper » ou le point de mire du dernier géant

american-sniper-poster-clint-eastwood Que penser du dernier Eastwood en fin de compte ? Le film est-il une hagiographie d’un tueur assermenté par l’armée des Etats-Unis ou bien plutôt une interrogation scrupuleuse sur l’ambivalence du mal et des affects contrariés ?

Le cinéaste choisit la forme classique, chronologique, pour qu’on puisse comprendre les motivations de Kyle. Entre ses deux premières cibles bien en vue dans la lunette de son fusil lors de sa première opération en Irak et la pression sur la détente, on nous déroule la vie de Kyle, condensée en une vingtaine de minutes depuis l’enfance jusqu’à son engagement dans les Seals.

Ensuite on a affaire au classique film de guerre, avec les sorties de la base en humvee, puis les opérations de sécurisation, puis les pertes, immanquablement.

En tout Kyle aura participé à 4 opérations en Irak, ce qui représente quand même à peu près mille jours sur le terrain, de quoi perdre la vie plusieurs fois, de quoi cramer une fois pour toutes les notions d’empathie et de réconciliation. Ce qu’Eastwood nous montre si bien c’est qu’on ne revient pas des flammes et du feu explosif impunément. Quand Kyle rentre il a laissé une partie de lui-même sous le soleil acide de l’Irak ; pour quoi au juste ? Personne n’est vraiment en mesure de lui donner une réponse digne de ce nom, sauf peut-être sa femme, interprétée avec maestria par Sienna Miller.

Au bout du compte Eastwood aime les diptyques. Alors, après avoir proposé Mémoires de nos pères/Lettres d’Iwo Jima (2006), il complète aujourd’hui avec American sniper (2014) le travail commencé avec Le Maître de guerre (1986) dans les années 1980. Mais maintenant il pose un regard courroucé sur toute cette affaire : la guerre et ses désastres, qui n’épargnent personne.

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Un dur combat : « Whiplash » de Damien Chazelle

Whiplash

Comment fait-on pour devenir le meilleur dans une discipline ? Jusqu’à quel point ? Et à quel prix ?

Le film de Damien Chazelle répond à toutes ces questions et nous plonge au cœur du processus de la fabrique de l’excellence. A travers la relation entre le professeur tyrannique, sûr de lui, et son jeune élève à peine sorti de l’enfance, on comprend vite quelles sont les stratégies de séduction et de manipulation qui sont en jeu dans le film. Car en fin de compte on peut bien se demander : qui manipule qui vraiment ?

A première vue on est tous d’accord pour trouver les méthodes musclées d’enseignement du professeur complètement rétrogrades, cependant, à la fin du film, reste cette question, en sourdine, mais qui va nous hanter très longtemps :

oui mais pour devenir le meilleur dans sa discipline, et pour marquer au fer rouge l’histoire de son art, ne doit-on pas très certainement se heurter aux limites de la folie la plus furieuse ? Si vous voulez devenir le meilleur batteur de jazz de votre génération vous avez plutôt intérêt à pratiquer l’instrument jusqu’au sang. Car dans le monde schizophrénique de l’art majeur il n’y a jamais eu de place pour les demi-portions.

Mais on peut aussi préférer être un artiste raté et un être humain accompli, sans pour cela avoir l’impression d’avoir gâché sa vie, non ?

En tout cas ce film restera comme une symphonie visuelle et sonore unique, rendant avec maestria la beauté absolue de la performance des musiciens de jazz.

Sans oublier la performance magistrale de ses deux interprètes masculins principaux.

Un grand cru !

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