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« Le Cours de la vie » de Frédéric Sojcher (2023)

Agnès Jaoui, une actrice en majesté dans le 5e long-métrage de Frédéric Sojcher.

Agnès Jaoui, une actrice en majesté dans le 5e long-métrage de Frédéric Sojcher.

Dans le cadre du 25e festival Indépendance(s) & Création [à Auch et dans le Gers, du 5 au 9 octobre 2022 - www.cine32.com] :

Projeté en avant-première publique et nationale le jeudi 6 octobre 2022 dans la Salle 3 de Ciné 32 à Auch, Le Cours de la vie, 5e long-métrage du réalisateur belge Frédéric Sojcher, a fait l’unanimité auprès d’un public cinéphile aguerri, et très enthousiaste.

Le film, qui est la mise en images, en musique (de Vladimir Cosma) et en sons d’un scénario d’Alain Layrac, nous amène dans le sillage d’une scénariste parisienne célèbre qui vient animer, l’espace d’une journée, une Master-classe sur son métier, devant des élèves en cinéma de l’ENSAV [École nationale supérieure de l'audiovisuel] à Toulouse. Autrefois, quand elle était beaucoup plus jeune, cette scénariste (jouée à la perfection par Agnès Jaoui) a vécu en couple avec le directeur de l’école, interprété tout en retenue par Jonathan Zaccaï. Et ce dernier l’a invitée à rencontrer ses étudiant.e.s.

D’ailleurs, dès l’incipit du film (ou son ouverture – comme à l’opéra), qui est une merveille d’inventivité séquentielle et rythmique, on suit Agnès Jaoui, forclose à l’intérieur de son taxi qui la mène vers le centre-ville toulousain, à côté de Saint-Sernin, rue du Taur, jusque dans les locaux de l’école, où l’attend l’assistante du directeur, jouée par Géraldine Nakache, toute en pétulance bienvenue. Et on ne la lâchera plus. Car ce film est aussi un portrait naturaliste et vibrant d’une actrice et scénariste au travail.

Ceci posé, et de manière magistrale, Frédéric Sojcher va nous amener, par petites touches enregistrées par la caméra de cinéma, à essayer d’évaluer quelle est la teneur du lien qui unissait autrefois la scénariste célébrée et son vieil ami perdu de vue depuis près de trente ans. Car ce directeur d’école de cinéma paraît bien esseulé, à cause des tracas que la vie lui inflige : il ne sait pas trop pourquoi il a envie de quitter sa femme, Céline, libraire, et puis il y a sa fille adolescente aussi, lycéenne à Saint-Sernin, à deux pas de son bureau à l’ENSAV, qui accuse le coup à cause des indécisions de son père.

En s’appuyant sur le solide scénario d’Alain Layrac, composé à partir de son propre manuel d’écriture adapté pour le cinéma, Frédéric Sojcher nous enjoint à nous remémorer, toutes et tous, les petits détails intimes, fédérateurs, discrets mais puissants, qui font le sel de la vie : la délicatesse du sentiment, l’émotion à fleur de visage, les regards bienveillants qui en disent long, la douleur toujours présente mais apaisée par la douceur des mots et des images qui enveloppent et soignent tout à la fois.

Avec la complicité de son vieux camarade de cinéma Alain Layrac, Frédéric Sojcher a réalisé, en toute discrétion, une merveille de film, délicat, fin, nuancé et sincère ; lequel résistera au temps et deviendra, sans nul doute, avec la patine des années, la pièce maîtresse de notre cinémathèque intérieure.

 

 

 

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Les films Netflix : [#2] « End of the Road » (2022)

End of the Road Une mère de famille, Brenda, se retrouve veuve, avec ses deux enfants à charge, une adolescente et un garçon d’une dizaine d’années très éveillé. Son mari est mort trois mois auparavant, emporté par un cancer. La chimiothérapie utilisée pour essayer de le guérir a englouti les économies du foyer, et ne l’a pas sauvé. Brenda est par conséquent contrainte de vendre leur maison de Los Angeles, et de venir se réfugier chez sa mère avec ses enfants et son frère immature. Le voyage de L.A. à Houston, au Texas, s’effectuera en 3 jours. C’est ce que dit Brenda à sa mère au téléphone dès les premières minutes du film. Cette dernière leur souhaite bon voyage et de ne surtout pas hésiter à l’appeler si quelque chose clochait. Et bien entendu, ça va clocher. Sévèrement.

Nous sommes en 2022, aux États-Unis, entre Los Angeles et Houston, quelque part sur les routes en Arizona, et une famille de la classe moyenne qui est en train de faire son deuil, va vivre en une poignée de jours et de nuits la désolation et la furie. Il s’agit d’un vigilante movie dans lequel sont retournés les arguments terrifiants qui étaient exposés dans les films de ce genre des années 1970. Les vigilante movies des années 1970 mettaient en scène des personnages WASP violentés par des individus peu recommandables, souvent ethnicisés.

Mais aujourd’hui une famille afro-américaine se fait violenter par ces mêmes personnages WASP qui ne sont plus les modèles sociaux qu’on érigeait en modèle 40 à 50 ans auparavant. Depuis la présidence Nixon, le monde, et les États-Unis en premier lieu, ont changé. Une classe moyenne afro-américaine s’est insérée dans les cadres civiques de l’Union, et c’est heureux. Mais celles et ceux qui ont refusé l’évolution de leur société (le shérif et son épouse, encore plus cinglée que lui) se sont réfugiés dans la violence la plus sourde et dans l’extrémisme sauvage le plus abject. Pour combattre cette gangrène sociale, une mère de famille aimante, paisible, va devoir se transformer en Foxy Brown (Jack Hill, American International Pictures, États-Unis, 1974) pour sauver ses enfants, son frère, et pour survivre au deuil qui l’étreint.

Foxy Brown

End of the Road (Millicent Shelton, 42/Edmonds Entertainment/Flavor Unit Entertainment, États-Unis, 2022) reprend les cadres thématiques posés il y a quelques années déjà par le génial cinéaste Jordan Peele. Et les renforce avec une image léchée, une composition du cadre aux petits oignons et ce sens de la répartie (les dialogues sont amusants et permettent de respirer au milieu d’une atmosphère anxiogène) qui nous fait suivre les péripéties de cette famille attachante jusqu’au bout.

Le vigilante movie, quand c’est bien pensé, bien posé et bien dosé, c’est quand même autre chose que nos sempiternelles comédies françaises de l’été, non ?

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Les films Disney+ : [#1] un prédateur chez les Comanches, « Prey » (2022)

Prey Prey (Dan Trachtenberg, États-Unis, 20th Century Studios, 2022) nous embarque dans les Grandes Plaines, pendant le XVIIe siècle, au cœur de la Nation Comanche. La caméra de Dan Trachtenberg, le réalisateur, suit pas à pas Naru, une jeune Comanche intrépide. Naru passe le plus clair de son temps à observer la nature et à chasser à l’extérieur du campement. Elle évolue, en compagnie de son fidèle chien de garde Saari, au sein d’une nature majestueuse mais non avare de dangers : on y rencontre inopinément des pumas, des ours, des trappeurs patibulaires, et même une sorte de prédateur fortissimo ; et pour certaines et certains, c’est justement lorsqu’arrive la confrontation entre notre Comanche et un Predator particulièrement bestial, que le bât blesse.

Effectivement, faire coïncider la 7e aventure des Predators au cinéma avec le récit chatoyant d’une aventure initiatique au sein de la Nation Comanche, est une gageure. Pour comprendre la démarche, il faut faire un pas de côté et se pencher sur l’histoire récente d’Hollywood et de l’entertainment aux États-Unis et au Canada.

La plupart des executives des studios et des plateformes de films & séries – celles et ceux qui sont en poste à l’heure actuelle – ont biberonné au cinéma des années 1980 et 1990. Pendant ces deux décennies fondamentales pour le cinéma de divertissement, les films de genre ont acquis une légitimité spectaculaire ; des films comme E.T. l’extra-terrestre de Steven Spielberg (États-Unis, Universal Pictures/Amblin Entertainment, 1982), The Thing de John Carpenter (États-Unis, Universal Pictures, 1982), Conan le barbare de John Milius (États-Unis/Mexique, Universal Pictures/Dino De Laurentiis Company/Pressman Film, 1982) ou encore Terminator de James Cameron (Royaume-Uni/États-Unis, Pacific Western Productions, 1984) ont renversé la table. Désormais le goût du public pour des œuvres magnifiquement mises en scène et en images allait changer pour toujours l’imaginaire collectif : la tête dans les étoiles et l’esprit en ébullition devant des visions cauchemardesques d’un futur terrifiant dans lequel ce qui restait d’humanité devait mener un combat à mort face à des machines terrifiantes, les spectatrices et spectateurs des golden eighties n’envisageraient plus d’aller au cinéma sans qu’on leur offre au quotidien des images monumentales aux effets spéciaux assourdissants, en serrant fort, jusqu’à la rupture, le pot de pop-corn de taille XXL.

Terminator

Une nouvelle culture populaire s’est faite jour à ce moment-là.

à suivre…

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Quand l’anarchie se matérialisait en musique : « Pistol » (2022)

Le quatuor à ses débuts, vers 1976, quand Sid n'avait pas encore rejoint la formation.

Le quatuor à ses débuts, vers 1976, quand Sid n’avait pas encore rejoint la formation.

Pour s’attaquer à un monument de la musique populaire anglaise de la fin des années 1970, il fallait avant tout réunir une brochette de comédiennes et de comédiens exceptionnels. Pour la production, diligentée par la chaîne FX Network, il ne fallait pas se louper : car pour interpréter Sid Vicious, John Lydon, Steve Jones, Paul Cook, Glen Matlock et Chrissie Hynde il fallait des jeunes gens à la hauteur. Et la première chose que l’on constate en visionnant les 6 épisodes de Pistol c’est que chacun d’entre eux incarne avec justesse – et un charisme fou – cette pléiade de jeunes voyous qui révolutionnèrent l’espace musical anglo-saxon en une poignée d’années seulement (de 1976 à 1979 environ, pour faire court).

Assister, bien que de manière fictive, à l’audition d’un John Lydon pour le poste de chanteur, qu’on croirait tout droit sorti d’un centre de redressement, alors qu’il n’y a pas plus fils à maman que ce charmant garçon, ou encore voir se nouer une relation d’estime réciproque entre le voyou au grand cœur Steve Jones et la future reine de la rock music Chrissie Hynde, qui n’a pas encore rencontré ses Pretenders, donne le tempo d’une série qui reprend le flambeau là où l’avait laissé choir Martin Scorsese à la fin du dernier épisode de la première et ultime saison de Vinyl (États-Unis, HBO, 2016).

Pistol (États-Unis, FX Productions, 2022) est une mini-série en 6 épisodes qui retrace le parcours fulgurant des Sex Pistols, le groupe de punk définitif diront certains. Mouais, diront certaines autres qui préfèrent assurément The Clash, The Damned ou The Stranglers.

Question de goût et d’éducation aussi, assurément. Car suivre tous ces groupes en concert, entre 1976 et 1980, à Londres puis dans le nord de l’Angleterre, quand ils partaient en tournée, relevait du sport de combat, tant les anti-punks et anti-punkettes étaient légion en Albion.

C’est de cela que parle Pistol, cette série réalisée par Danny Boyle basée sur les mémoires du guitariste Steve Jones (vous pensez qu’il est objectif le bougre, mouais, allons donc mes ladies !), qui règle quelques comptes quand même avec le milieu sordide de la musique qui vend beaucoup de disques à des kids qui n’ont tout simplement pas les moyens de se les acheter.

Mais ne boudez pas votre plaisir : one, two, three, four… Here’s the Sex Pistols !

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The Movie Hunter présente : « The Batman » (2022)

 

Robert Pattinson, stupéfiant de charisme et de noblesse, incarne à la perfection le justicier masqué.

Robert Pattinson, stupéfiant de charisme et de noblesse, incarne à la perfection le justicier masqué.

Pour commencer, il faut aller droit au but : oui, ce nouveau film qui relate les aventures de la Chauve-souris gothique est une totale réussite. Car il s’agit d’un tour de force, à savoir renouveler de fond en comble toute la mythologie filmique propre à ce personnage ambigu de super-héros, qui n’en est pas un, et cela à l’intérieur d’un long-métrage de 3 heures, de facture classique.

The Batman (États-Unis, Warner Bros./6th & Idaho Productions/DC Comics, 2022) de Matt Reeves, est en effet, et avant tout, un film d’enquêtes policières (qui tue qui, et pourquoi ?) qui synthétise magistralement 90 années de films noirs hollywoodiens (depuis les premières bobines produites par la Warner Bros. dans les années 1930 qui ont inventées le film noir américain).

Personnage typiquement nord-américain (déchirer le trauma originel de l’assassinat programmé de ses parents en devenant à son tour une menace bodybuildée, ivre de vengeance) The Batman, dans cette version du génial réalisateur américain Matt Reeves (né le 27 avril 1966 à Rockville Center, dans l’État de New-York, USA – sources = site internet IMDB), comprend que la voie du tabassage systématique de tout ce que compte Gotham City de fous furieux dégénérés ne résoudra jamais complètement le problème. Un problème dantesque qui repose sur cette question, primordiale : sur combien de cadavres repose une Cité, une Ville, un Territoire ?

La merveilleuse actrice américaine Zoë Kravitz incarne à la perfection l'iconique Selina Kyle, alias Catwoman.

La merveilleuse actrice américaine Zoë Kravitz incarne avec subtilité l’iconique Selina Kyle, alias Catwoman.

Rome se fonde sur le meurtre de Rémus par Romulus en 753 av. J.-C. (Tite-Live, Les Origines de Rome), Sparte se construit sur la mise en esclavage de ses périèques pour étendre sa domination sur le Péloponnèse à l’époque archaïque, et les Basileus de Constantinople, dès le Ve siècle de notre ère, en pourfendant leurs voisins orientaux par le glaive, poussent ces derniers à lui contester sa suprématie de Nouvelle Rome. Gotham est elle aussi le cœur en fusion de ce monde qui n’est pas tout à fait le nôtre, mais qui est en train de le devenir à grand pas. Un monde opaque, dangereux, dans lequel les institutions vacillent, sans qu’on puisse trouver un remède nulle part…

 … à suivre.

 

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Les films Netflix : [#1] « Massacre à la tronçonneuse (2022)

 

Elsie Fisher, Sarah Yarkin, Nell Hudson et Jacob Latimore, les brillants interprètes de ce nouveau "Texas Chainsaw Massacre", s'apprêtent à défier le Mal.

Elsie Fisher, Sarah Yarkin, Nell Hudson et Jacob Latimore, les brillants interprètes de ce nouveau « Texas Chainsaw Massacre », s’apprêtent à défier le Mal.

Un jeune couple ainsi qu’une jeune femme, accompagnée de sa sœur adolescente, se rendent à Harlow, au Texas, pour prendre possession d’un ancien orphelinat désaffecté, qu’ils ont acheté pour une poignée de pain. Pendant que le soleil du Texas tape dur et que la poussière de la bourgade soi-disant abandonnée tournoie tout autour de nos 4 protagonistes, on salive d’avance à l’idée que le boogeyman définitif risque de mettre un peu d’ordre à travers la cohorte des bobos new-yorkais ou angelenos qui vont s’enthousiasmer pour le pittoresque de l’endroit. Leatherface s’en était donné à cœur joie, il y a 48 ans de cela, quand une poignée d’hippies était venue fouler ses terres ancestrales du Texas. Il avait fait chanter sa tronçonneuse dans la lumière naissante du petit jour en narguant la seule rescapée du massacre, la gentille Sally Hardesty.

De nos jours, en 2022, une pandémie est passée par là, et la police n’a jamais été en mesure de retrouver, ni d’appréhender notre joyeux luron, qui masque son visage sous des peaux humaines (comme quoi, notre ami avait un temps d’avance sur tout le monde à l’époque). Sally Hardesty, elle, est restée sur les terres du Texas, pour y devenir une femme coriace, dure-à-cuire, une bad-ass comme on les aime ; c’est en tant que Texas Ranger qu’elle va devoir affronter sa plus grande obsession. Pour cela, il lui faudra prêter main forte à deux jeunes femmes généreuses et déterminées face à la folie furieuse du freak ultime : Leatherface, qui malgré son âge de patriarche est plutôt habile pour la baston sauvage et les arabesques à la tronçonneuse.

Disons-le d’emblée : ce nouveau Massacre à la tronçonneuse, neuvième du nom, est une totale réussite. Réalisé par le cinéaste texan (d’Austin) David Blue Garcia,  ce nouveau Texas Chainsaw Massacre (Netflix/Legendary Entertainment) reprend les choses où elles s’étaient arrêtées quarante-huit ans plus tôt. C’est devenu un peu le parti pris des cinéastes et des boîtes de production qui réhabilitent des franchises à succès. Il faut néanmoins reconnaître qu’aujourd’hui, seules les plateformes de SVOD qui sont aussi productrices de contenus (Netflix, Amazon prime et Disney+ par exemple) initient des projets aussi excitants que cette nouvelle vision de massacres en terre texane sacrément rutilants.

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Les comédies d’aventures : [#1] « OSS 117. Alerte rouge en Afrique noire » (2021)

OSS 117 Les clichés et les mauvaises manières ont la peau dure. En partant de ce constat, Nicolas Bedos s’empare d’un héros de cinéma français des sixties et le réactualise d’une manière désopilante. Et pourtant, le terrain était glissant. Car un certain Michel Hazanavicius était déjà passé par là à deux reprises. Et du coup, avec l’aide de son complice Jean Dujardin et de la bonne fée Bérénice Bejo, il avait donné au public et aux cinéphiles une comédie d’aventures franchement réussie, devenant instantanément culte : il s’agissait de OSS 117. Le Caire nid d’espions (France, Gaumont, 2006). Lequel était suivi 3 ans plus tard d’OSS 117. Rio ne répond plus (France, Gaumont, 2009) avec cette fois en guest féminin l’épatante Louise Monot.

Les 2 films allaient rejoindre dans la malle aux trésors des films d’aventures à la française des classiques absolus comme Le Sauvage (France/Italie, Lira Films, 1975) de Jean-Paul Rappeneau, L’Africain (France, Renn Productions, 1983) de Philippe de Broca, Boulevard du Rhum (France/Italie/Espagne, Gaumont International, 1971) de Robert Enrico, Les Aventuriers (France/Italie, SNC, 1967) toujours de Robert Enrico, L’Homme de Rio (France/Italie, les Films Ariane, 1964) de Philippe de Broca, ou encore Angélique et le Sultan (France/Italie/RFA, CICC, 1968) de Bernard Borderie.

OSS 117, sous les traits du prodigieux Jean Dujardin (qui est un rêve d’acteur de cinéma à l’ancienne manière, avec un côté tough guy ironique à souhait), devenait pour le coup un personnage éminemment populaire et aimé par toutes les classes sociales de l’Hexagone.

12 ans après l’exploitation en salles de Rio ne répond plus la Gaumont a confié la réalisation d’un 3ème épisode au sémillant Nicolas Bedos, lequel sortait du succès commercial non négligeable de sa comédie romantique La Belle époque (2019) avec la sublime Doria Tillier et Daniel Auteuil. Nicolas Bedos, quand il a accepté de relever le défi, savait ce qui l’attendait. Car les troisièmes épisodes sont un défi de taille pour n’importe quelle réalisatrice et réalisateur sur la planète. Il ne faut pas se planter, et il ne faut surtout pas planter la franchise ! Certaines et certains ne se sont jamais relevé.e.s du plantage d’un 3ème épisode attendu avec ferveur par les fans hardcore : ayons une pensée émue par exemple pour le pauvre Paul Feig qui a coulé en même temps que son S.O.S Fantômes (Ghostbusters, États-Unis/Australie, Columbia Pictures) en 2016, tant et si bien que son film n’apparaît même pas sur les listings officiels de la saga, remplacé vertement par le très attendu S.O.S Fantômes : L’Héritage (Ghostbusters : Afterlife, États-Unis/Canada, Columbia Pictures, 2021) de Jason Reitman, qui lui-même n’ose pas arborer le redouté numéro 3 ! C’est à y perdre son grec et son latin, vous dis-je !

La suite, très prochainement…

 

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Quoi de neuf dans le Genre ? : [#1] « Bienvenue à Raccoon City » (2021)

L'affiche officielle du film pour l'exploitation en salles en France.

L’affiche officielle du film pour l’exploitation en salles en France.

Claire Redfield se rend dans la petite ville de Raccoon City, fondée en 1939. Elle y rejoint son frère Chris, qui est policier, et qu’elle n’a pas vu depuis 5 ans. Mais elle a des choses importantes à lui dire. Quand elle arrive en ville, devant la maison de son frère, il fait déjà nuit, et il pleut sans discontinuer. Raccoon City est une cité délaissée, abandonnée par la compagnie pharmaceutique Umbrella Corporation, et les rares habitants donneraient cher pour la quitter définitivement. Pendant ce temps des événements anormaux se produisent.

En confiant cette franchise fantastico-horrifique, Resident Evil, au réalisateur anglais Johannes Roberts (né en 1976 à Cambridge, en Angleterre) les producteurs de Constantin Film ont eu le nez creux ; car Roberts insuffle une vraie dynamique de genre à son petit traité de l’horreur pandémique qui nous frappe toutes et tous à l’heure actuelle. En imaginant les ressorts dramatiques suivants, des scientifiques à la masse font des expériences sur des êtres humains qui, bientôt transformés, leur échappent et deviennent hors de contrôle, le réalisateur anglais commente l’actualité brûlante du moment sans pour cela se départir d’une totale maîtrise de sa mise en scène.

Il n’y a qu’à voir la parfaite lisibilité de ses scènes d’action, quand par exemple on suit la petite troupe des 4 flics de Raccoon City investir les bois et pénétrer dans le manoir Spencer plongé dans une sinistre obscurité. On ne peut pas s’empêcher d’y voir un clin d’œil appuyé au débarquement des Marines coloniaux de l’espace, quand ils investissent la colonie abandonnée de la planète LV-426 dans le somptueux Aliens : Le Retour (1986) de James Cameron. D’autant plus que la séquence de mitraillage des zombi.e.s dans le noir, à l’aveugle, par Chris Redfield, est particulièrement angoissante. Son filmage fait bien ressentir tout ce que le personnage a à craindre pour sa vie. Et elle répond, comme un écho, à une scène précédente, quand le chef de la police, acculé contre un mur, avec le chargeur de son pistolet de fonction vide, s’apprête à être dévoré tout cru par un solide rottweiler zombifié.

Vous l’aurez sans doute compris, Resident Evil : Bienvenue à Raccoon City (Welcome to Raccoon City, Allamagne/Canada/États-Unis, Constantin Film/Davis Films, 2021) est néanmoins à réserver aux amateurs de films du genre fantastique et de l’horreur mêlés. Lesquel.le.s ne devraient pas être déçu.e.s tant ce nouvel opus redynamise de la plus belle des manières une franchise en perte de vitesse depuis quelques années. Évidemment, la toute dernière scène du film, comme dans les Marvel Movies, nous promet une suite à venir.

Alors, à quand une réinitialisation de la franchise bien aimée Underworld ?

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The Movie Hunter présente : « American Rust » (2021)

Jeff Daniels interprète avec maestria le shérif Del Harris dans la sublime série "American Rust".

Jeff Daniels interprète avec maestria le shérif Del Harris dans la sublime série « American Rust ».

Jeff Daniels est un comédien exceptionnel. Et pour celles et ceux qui ne le savaient pas encore, il est temps de voir de quoi le garçon est capable dans la série en 9 épisodes American Rust (États-Unis, Showtime, 2021). 

Il y interprète le shérif Del Harris d’une petite bourgade de Pennsylvanie, baptisée Buell, dans laquelle tout le monde se connaît. Comme la mondialisation est passée par là, Buell est économiquement sinistrée, le taux de chômage y est de 25 % et tout le monde a du mal à joindre les deux bouts. Deux jeunes hommes, dont les années lycées sont derrière eux, Billy Poe et Isaac English, aimeraient s’échapper car leur condition sociale n’est pas reluisante ; mais ils n’ont nulle part où aller. Et quand il s’agit de prendre le train pour quitter la ville, c’est de train de marchandises qu’il s’agit.

À Buell chacune et chacun a mille raisons de s’enfuir, pour aller où exactement, dans l’Ouest ? Mais cet Ouest mythique possède-t-il les vertes prairies dont on parle dans les légendes américaines ? N’arrive-t-il pas parfois qu’on en revienne, encore plus cabossé qu’avant ? Souvenez-vous du Motorcycle Boy dans l’élégiaque Rusty James (Rumble Fish, États-Unis, Zoetrope Studios, 1983) du Maître Francis Ford Coppola, un film maudit dans lequel les âmes blessées s’affrontaient à coups de lames de rasoir. On se souvient aussi de Tom Cruise dans ses jeunes années d’Outsiders (Francis Ford Coppola, The Outsiders, États-Unis/France, Zoetrope Studios/AMLF, 1983) qui n’étaient pas encore abîmées par l’Église de Scientologie. Il fut un temps où l’Amérique respirait, bougeait, dansait sur les scores originaux de La Fièvre du samedi soir (Saturday Night Fever, États-Unis, Paramount Pictures, 1977) de John Badham, et de Flashdance (États-Unis, Paramount Pictures, 1983) d’Adrian Lyne.

Aujourd’hui, en Pennsylvanie, on se force un peu pour se rendre au mariage de Jimbo et de Katy, parce qu’on sait que la suite sera un long chemin semé d’embûches, et la mariée a beau être jolie, un meurtrier rôde dans la ville. Il a lâchement assassiné l’ex-adjoint du Shérif Harris, et même s’il s’agissait d’un salaud qui violentait sa femme… eh bien ces choses-là ne se font pas.

American Rust n’est en aucune manière une série misérabiliste. Car ses créateurs ont une véritable empathie pour chacun des personnages qu’on voit à l’écran. Il ne s’agit pas ici d’un trip télévisuel putassier orchestré par des merdeux qui se donneraient bonne conscience en proposant une vision déformée de l’Amérique au temps de Trump, de Bannon et de Qanon. Non. Au contraire, le show-runner Dan Futterman, fait preuve de beaucoup de délicatesse sur l’ensemble de la série (9 épisodes en tout). Né le 8 juin 1967 à Silver Spring, dans le Maryland, Daniel Paul Futterman n’est pas un néophyte qui découvrirait l’univers emphatique des créations télévisuelles sérielles en découvrant les scores d’audience de Squid Game (Ojing-eo geim, Corée du Sud, Netflix/Siren Pictures, 1 saison en 10 épisodes : 2021) dans la dernière édition en date du Wall Street Journal ou de Variety. Diplômé en 1989 de l’Université Columbia à New York, il a écrit le scénario du film Truman Capote (Capote, États-Unis/Canada, Sonny Classics, 2005) pour ses deux amis d’enfance le réalisateur Bennet Miller, et le comédien Philip Seymour Hoffman. 

American Rust nous plonge au cœur d’une enquête criminelle particulièrement perturbante, dans la mesure où tous les protagonistes du drame sont liés entre eux. En quelque sorte il s’agit d’un anti-Twin Peaks (États-Unis, Lynch/Frost Productions, 2 saisons : 1990-1991), car ici l’effet de naturalisme est immédiat, et nous ne sommes jamais emportés dans des tourbillons ni des spirales autoréférentielles qui entretiendraient le mystère. Dès les premières minutes nous savons, nous avons la certitude, qu’on nous amènera vers la résolution de l’énigme, pas à pas, en prenant son temps, et en ne cessant jamais de filmer le désarroi qui nous assaille tous, à hauteur de femmes et d’hommes qui cherchent désespérément à s’en sortir. Mais qui ne peuvent.

American Rust met en scène, avec sobriété, en 9 épisodes merveilleusement équilibrés, ce que nous sommes devenus, à notre corps défendant.

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Envolons-nous vers la « Dune » en 2021

Les Atréides : le Roi, la Reine et le Prince du Sang.

Les Atréides : le Roi, la Reine et le Prince du Sang.

On pouvait légitimement se demander si le brillant réalisateur québécois Denis Villeneuve réussirait son pari fou, risqué et démesuré, de proposer de nouvelles images et une nouvelle bande-son du Space-Opéra littéraire de Frank Herbert.

Après avoir vu le film, la réponse sonne comme une évidence : pari réussi et mission accomplie ! Dorénavant l’univers Dune se décline en 3 propositions, qui loin de s’affronter, se complètent les unes les autres : d’abord il y a le livre du génial écrivain nord-américain, né à Tacoma dans l’État de Washington, publié en 1965, ensuite il y a sa toute première adaptation cinématographique, réalisée en 1984 par David Lynch, pour le compte du truculent producteur italien Dino de Laurentiis, qui a coiffé au poteau le projet titanesque porté par Alejandro Jodorowsky pendant 20 ans, et maintenant voici venir le temps des Reines et des Rois, et des Princes du sang.

Car de quoi parle Dune ? Des multiples possibilités qui s’offrent à un Prince de sang royal, d’inventer sa propre légende à travers des péripéties qui font bouger toutes les lignes d’un Empire Galactique surpuissant.

Paul Atréides est un très beau garçon, comme l’ont été beaucoup de fils aînés de rois et de filles de reines à travers l’histoire de l’humanité (je pense précisément au tout jeune Louis XV, qui était d’une beauté renversante, d’ailleurs on l’appelait le « Bien-Aimé » aux tous débuts de son règne, après ça s’est gâté). Il s’agit d’un jeune homme très séduisant, qui est aimé par son père, le magnanime Duc Leto Atréides, respecté par ses sujets ; il est aussi chéri par sa mère, dont il est le fils unique, Dame Jessica, qui n’est pourtant pas mariée au Duc, ce qui fait grincer des dents dans l’Empire. Mais Dame Jessica est une puissante initiée du Bene Gesserit, un Ordre Mystique et Guerrier extrêmement puissant, exclusivement féminin, que même l’Empereur Padishah redoute.

Pour l’heure la famille Atréides (bien entendu la référence à l’époque archaïque de la Grèce ancienne n’est pas fortuite) vit en bonne harmonie avec ses sujets sur sa planète Caladan, qui est faite de hautes mers, de vastes océans et d’un climat doux et tempéré. Cependant l’Empereur va rompre cet équilibre en décidant que l’exploitation de l’épice sur la planète des sables Dune revienne à la famille Atréides. Ainsi la famille du Baron Harkonnen, qui depuis des années pille les ressources de Dune, doit laisser la  place. Les Harkonnens ne vont pas supporter d’être écartés, et les Atréides, en s’installant sur Dune doivent s’attendre à subir leur courroux. Pendant ce temps Paul Atréides doit commencer à prendre ses responsabilités, notamment en assistant son père, pendant le Conseil. Dame Jessica sait que le destin est en marche et que son ordre, qui régule méchamment les équilibres stellaires, ne sera pas forcément de son côté.

La puissante Dame Jessica (interprétée tout en finesse par la délicieuse Rebecca Ferguson) est une Bene Gesserit.

La puissante Dame Jessica (interprétée tout en finesse par la délicieuse Rebecca Ferguson) est une Bene Gesserit.

Le film de Denis Villeneuve parle donc de cela, dans cette première partie qui est une longue scène d’exposition (cette adaptation de Dune doit normalement être une trilogie), de la capacité réelle d’un tout jeune homme à endosser le costume terrifiant de Roi : on a beau avoir été choyé d’abord, entraîné durement au combat au corps à corps ensuite entre les murs du Palais, une fois que le cours tumultueux de l’histoire a pénétré avec fracas dans les coursives, il faut incarner jusqu’à la dernière goutte de sang le rôle pour lequel on a été préparé depuis le berceau.

Dune (États-Unis/Canada, Warner Bros/Legendary Pictures, 2021) nous parle de cela : de la difficile acceptation du défi à relever quand tout s’écroule autour de soi, que la nuit se fait plus noire, plus froide et plus envahissante que nos craintes les plus exagérées. Paul a été préparé, sans le savoir, au dur métier de régner, à la fois par son père et par sa mère, qui l’aimaient même sans tout cela, mieux encore, ils l’avaient préparé du mieux qu’ils pouvaient à cette tâche difficile qui nous concerne toutes et tous : le dur métier de vivre.

Dune est un film admirable.

 

 

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