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Ciné 80 : [#1] « Runaway Train »

Jon Voight aux prises avec la furie des éléments déchaînés contre lui.

Jon Voight aux prises avec la furie des éléments déchaînés contre lui.

Quand il accepte de mettre en scène Runaway Train (États-Unis, Northbrook Films, 1985) sur un script d’Akira Kurosawa pour le compte de la Cannon, fondée en 1979 à Hollywood par les producteurs israéliens Menahem Golan et Yoram Globus, le soviétique Andrei Konchalovsky, qui est diplômé de l’École de cinéma de Moscou en même temps que son ami Andreï Tarkovski, a déjà réalisé un film aux États-Unis. Il s’agit de Maria’s Lovers (États-Unis/Israël, The Cannon Group, 1984) qui met en vedette Nastassja Kinski, alors âgé de 23 ans, dans le rôle de Maria Bosic ; à cette époque la fille de Klaus Kinski est une actrice incandescente qui a transcendé le cinéma des années 1970 et 1980 à travers ses performances exceptionnelles dans ce film du réalisateur soviétique et dans Tess (Royaume-Uni/France, Renn Productions, 1979) de Roman Polanski, La Féline (Cat People, États-Unis, RKO & Universal Pictures, 1982) de Paul Schrader et Paris, Texas (République fédérale d’Allemagne/France/Royaume-Uni/États-Unis, Argos Films, 1984) de Wim Wenders.

Cette fois Andrei Konchalovsky s’attaque à un pur film d’action et d’aventures ferroviaires. Dans les décors glacés naturels de l’Alaska (il faisait – 35° au moment du tournage) on assiste à l’évasion de 2 détenus d’un pénitencier de Haute-Sécurité. Manny, un prisonnier-vedette qui a osé défier le directeur sadique de la prison, Ranken, et Buck, un jeune blanc-bec champion de boxe, ont mangé de la vache enragée. Ils réussissent, en provoquant des émeutes violentes au sein du pénitencier, et après quelques péripéties enneigées, à sauter dans un train de marchandises massif qui fend les étendues glacées comme d’autres frayent avec le mauvais œil.

Mais au moment où nos deux lascars se croient tirés d’affaire et en chemin (ou plutôt sur rails) vers la liberté, le conducteur du train meurt d’une crise cardiaque. Le train, incontrôlable, prend de plus en plus de vitesse, les freins lâchent, les aiguilleurs, désemparés, s’engueulent, et Manny et Buck assistent impuissants, de l’intérieur, à cette folle embardée (à plus de 136 km/h) dans ce paysage sublime et hostile de l’Alaska.

Nos 2 personnages sont pris au piège, et vont devoir recueillir, avec réticence au début, la mécanicienne du bord, jouée avec beaucoup d’entrain par cette excellente actrice que nous aimions énormément pendant les années 1980 et 1990 : Rebecca De Mornay [elle avait notamment joué Milady dans le remarquable Les trois mousquetaires (The Three Musketeers, Autriche/Royaume-Uni/États-Unis, Walt Disney Pictures, 1993) de Stephen Herek]. Ces trois alliés de circonstance vont devoir défier le piège à grande vitesse qui menace de les engloutir, pour notre plus grand plaisir…

À suivre…

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Courir à en perdre haleine : « Un enfant de Calabre » de Luigi Comencini (1987)

un enfant de calabre Un enfant de Calabre (Un ragazzo di Calabria, Italie/France, 1987) est un film important de Luigi Comencini. Il marque une apothéose dans la carrière, longue et prestigieuse, de ce cinéaste italien qui a fait partie de ces personnalités très importantes du cinéma transalpin d’après-guerre. Pendant longtemps Luigi Comencini a été considéré comme un petit maître du cinéma. Il n’y a rien de plus faux, car son cinéma, sans esbroufe, d’une simplicité désarmante, rend compte avec beaucoup de délicatesse de ce qu’est l’expérience de vivre, précieuse et fragile à la fois.

Dans ce film qui date de 1987 on se prend d’affection pour un garçon qui adore courir à travers les champs, en rase campagne. Il est le fils aîné d’une fratrie, son père et sa mère sont des gens modestes qui vivent dans un hameau de Calabre. Plutôt que prendre le bus de ramassage scolaire qui l’amène à l’école, Mimi préfère y aller en courant, pieds nus. Le chauffeur du bus le repère et, impressionné par l’endurance et la vivacité de Mimi, décide de l’entraîner afin d’en faire un futur champion de courses à pied. Mais devant la résistance farouche du père, il va falloir ruser pour aider Mimi dans sa quête de la foulée parfaite.

L’histoire est simple comme bonjour et pourtant elle réactive avec bonheur tous les mythes gréco-latins qui font le sel de notre culture. Les paysages de la campagne calabraise, que Comencini a filmés en été, participent de la narration ; on se croirait presque dans un film de Pagnol tant la délicatesse du propos se marie à merveille à l’interprétation haut de gamme donnée par le merveilleux acteur de cinéma italien Gian Maria Volontè.

En jouant le rôle de Felice, ce chauffeur de bus qui se fait passer pour un ancien champion de course à pied qu’un maudit accident à la jambe dans sa jeunesse aurait détourné de son destin tout tracé, Gian Maria Volontè ajoute un personnage attachant à une filmographie à l’époque déjà bien fournie.

Ce film sensible de Luigi Comencini est une pure merveille.

 

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Les films policiers français : [#2] « Le Marginal »

La scène mythique de la répétition d'un interrogatoire au commissariat de police, orchestrée par un Jean-Paul Belmondo en grande forme.

La scène mythique de la répétition d’un interrogatoire au commissariat de police, orchestrée par un Jean-Paul Belmondo en grande forme.

Le Marginal est un film de Jacques Deray (France, Kodak Eastmancolor, 1h38), datant de 1983, qui met en scène Jean-Paul Belmondo dans le rôle du commissaire divisionnaire Jordan, cherchant à mettre hors d’état de nuire un cador du Milieu.

Bien entendu, après moult courses poursuites et bastons bien sentis contre des voyous et des malfrats, le commissaire finira par occire le trafiquant d’héroïne qui a ordonné l’exécution de son meilleur ami.

Dans un Belmondo movie de sa période rose, celle des années 1970 et 1980, l’histoire qu’on raconte est archi rebattue, là n’est pas l’essentiel. Ce qui est important dans ces films d’action policière à la française, c’est le filmage des morceaux de bravoure : il faut trois ou quatre scènes d’action véhémente qui portent le comédien Belmondo au sommet de la hiérarchie. Dès le premier plan du film l’acteur est filmé assis sagement dans un TGV qui fait la liaison Paris-Marseille.

Le commissaire divisionnaire Jordan est envoyé par ses supérieurs de la capitale dans la cité phocéenne afin qu’il démantèle le trafic de l’héroïne organisé par Sauveur Mecacci (impeccable Henry Silva) et sa clique. Jordan va tenter d’intercepter un hors-bord rempli à fond de cale de 200 kg de brown sugar en sautant d’un hélicoptère : premier morceau de bravoure. Il y en aura d’autres. Devant l’énervement de ses supérieurs, qui se lassent de ses méthodes non conventionnelles, on rapatrie cet officier de police marginal (d’où le titre) à Paris, où on l’affecte dans un commissariat anonyme, mais il y retrouve un compère (on imagine que les deux lascars ont fait connaissance pendant leur formation initiale à l’école de Police) ; il s’agit de l’inspecteur Rojinski qui est incarné avec classe par l’acteur Pierre Vernier. À propos, savez vous qu’il a longtemps vécu, en toute discrétion, dans mon département du Gers ? Je l’ai rencontré à plusieurs reprises sur mon lieu de travail. Mais ceci est une autre histoire, que je raconterai plus en détail une autre fois.

En même temps qu’il continue d’enquêter sur les agissements du malfrat Mecacci, le commissaire Jordan s’entiche d’une prostituée (d’ailleurs pour la petite histoire l’acteur Belmondo s’enticha, pour de vrai, de la jolie comédienne Carlos Sotto Mayor qui incarnait cette dernière sur le plateau de tournage). Il fait aussi la leçon à son ami Francis Pierron (interprété par le jeune Tchéky Karyo) qui vient de s’acoquiner pour la gérance de machines à sou avec ce foutu Mecacci, le roi de l’héroïne qu’on refourgue aux collégiens à la sortie des classes (vous n’exagériez pas un peu, à l’époque, les scénaristes, non ?). Mais Francis a-t-il seulement eu le choix ?

Au milieu du film on appelle Jordan, pour lui indiquer que sa next girl door s’est méchamment fait tailladée le dos par deux frangins totalement psychopathes. Ce dernier mène sa petite enquête de terrain et retrouve les voyous dans un boui-boui, la nuit. Belmondo va faire son gymkhana en s’en donnant à cœur joie : deuxième morceau de bravoure.

Mais avec la mort brutale de son ami qui a mal tourné le commissaire n’a plus tellement envie de plaisanter. Il se lance sur la piste des tueurs, ce qui nous vaut une séquence admirable de poursuite automobile dans les rues de Paris entre une américaine rutilante bleu ciel et un genre d’Aston Martin gonflée qui se pilote comme sur le circuit du Mans : troisième morceau de bravoure.

Mais comme en toute chose il faut parfois considérer la fin, le commissaire se laisse pister par un tueur à gages afin de pouvoir approcher son gros gibier : Antonio Baldi (interprété avec gourmandise par l’excellent Claude Brosset) se fait alors pigeonner par Jordan et va se faire canarder à sa place au volant de sa voiture, dans un parking souterrain, après s’être fait au préalable subtilisé son flingue par Jordan : quatrième et avant-dernier morceau de bravoure.

Enfin, comme dans tout western qui se respecte, le protagoniste se retrouve face à l’antagoniste, qu’il a traqué pendant 98 minutes non-stop. Le commissaire taille une bavette avec le parrain de pacotille avant de le dessouder tranquillement : cinquième et dernier morceau de bravoure.

Pendant que Jordan joue tranquillement au flipper dans un bar, la nuit une fois encore, deux policiers en uniforme lui indiquent que son ami l’inspecteur Rojinski est au bout du fil. Il prend l’appel dans une voiture de patrouille pour s’entendre dire qu’on a retrouvé Mecacci raide mort.

En 1983 Jean-Paul Belmondo a une fois encore gravi les sommets du box-office hexagonal. Les esprits chagrins de l’époque, ceux-là même qui l’accusaient de détruire le cinéma français au moment de la sortie en salles de L’As des as (Gérard Oury, France/RFA, 1982), n’avaient rien compris : car, comme les peintres, des acteurs et des actrices aussi différents mais essentiels au cinéma français que Delon, Belmondo, Marlène Jobert, Miou-Miou, Gérard Lanvin, Isabelle Girardot, Claude Brasseur et Victor Lanoux avaient plusieurs périodes : bleues (celle des débuts prometteurs), rose ensuite (l’ascension miraculeuse des plus hauts sommets), grises (le vertige des premières incompréhensions de la critique et du public), noires (on tend à être effacé par la génération qui suit) et enfin de diamant (la reconnaissance est là, vous êtes muséifié de votre vivant). Quelle actrice, quel acteur de cinéma aujourd’hui pourra se targuer de voir défiler ces différentes périodes en l’espace de quatre, ou cinq, ou six décennies de travail artistique efficient ? Qui ?

 

 

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Les films policiers français : [#1] « Le Choc »

deneuve_delon Le Choc est un film policier français réalisé par Robin Davis, avec en têtes d’affiche Alain Delon et Catherine Deneuve, qui étaient en 1982 deux immenses stars de cinéma. Et qui pourtant n’avaient pas si souvent eu le loisir de se trouver réunis dans le même film (excepté dans le magnifique Un Flic de Jean-Pierre Melville dix ans auparavant), alors que ces 2 immenses comédiens avaient commencé leurs carrières cinématographiques quasiment au même moment. De plus, le même magnétisme, le même charisme en faisaient deux êtres, deux personnalités artistiques exceptionnelles qui drainaient avec eux un filet puissant de fantasmes de toutes sortes.

En 1982 l’espace numérique n’existait pas et un artiste pouvait aisément cadenasser les serrures de sa vie privée. La machine à fabriquer du storytelling n’avait pas encore envahi tout l’espace médiatique. C’était seulement en allant au cinéma qu’on prenait des nouvelles des vedettes du grand écran qu’on aimait bien. Sinon, c’était pour la petite lucarne dans des émissions en direct comme Champs-Élysées ou Le Grand Échiquier qu’on voyait et qu’on entendait s’exprimer en chair et en os celles et ceux que nous n’avions pas le loisir de côtoyer dans la rue. Encore moins quand on vivait en province, à la campagne de surcroît. De toute façon, dans les années 1980, chaque nouveau film avec Alain Delon ou avec Catherine Deneuve, était un événement culturel et artistique.

Je pense que nous n’avons pas encore tout à fait mesuré l’importance de l’aura que dégageait ces stars de cinéma-là en France. En effet Yves Montand, Romy Schneider, Jean-Paul Belmondo, Isabelle Adjani, Alain Delon, Catherine Deneuve, Gérard Depardieu, Isabelle Huppert, dans les années 1980, incarnaient une manière inédite de se mouvoir à l’écran, mais surtout de camper des personnages plus vrais que nature, oui, car ils ne jouaient pas un rôle, en tout cas pas au sens où on l’entend depuis les années 1990.

Dans Le Choc Alain Delon joue le rôle d’un tueur à gages qui après avoir dessoudé un occidental au Maroc, décide de raccrocher ; et qui pour cela en avise son commanditaire, son patron, quoi. Mal lui en prend car derechef on envoie un tueur à ses trousses, puis ensuite d’autres encore pour lui faire passer l’idée de s’en aller conter fleurette à la jolie fermière adultère dans les eaux turquoises de la Polynésie française ou des Bahamas.

Évidemment le ton du film est surprenant pour un Delon Movie, vous l’aurez compris, car il s’agit de l’adaptation pour le grand écran d’un roman noir célèbre du génial écrivain Jean-Patrick Manchette, lequel s’acoquinait avec la superstar Delon depuis quelques années, qui s’était entichée de sa prose postmoderniste.

S’entendant comme larrons en foire nous devons au duo de magnifiques films noirs et policiers, plutôt bien mis en scène, et dont le propos s’accommode assez bien avec le ton nihiliste de ces années 1980 du tout-à-l’image.

Voir Le Choc en 2020 c’est aussi se rendre compte à quel point Catherine Deneuve et Alain Delon enflamment la pellicule 35 mm des laboratoires Fujicolor à chacune de leurs nombreuses apparitions à l’écran. En parlant très peu tout du long,  Catherine et Alain nous signifient ce qu’être une immense actrice, un immense acteur de cinéma, veut dire : il y faut un zeste de métier et un naturel inégalé, inégalable encore aujourd’hui.

La messe est dite.

Contemplez le génie de l’acting à la française.

Et priez.

Car après ça rien ne compte davantage au cinéma désormais.

Il fut un temps où nous avions de gigantesques STARS en France, qui parfois, pour le plaisir – et pour le fric aussi, ne soyons pas naïfs – s’amusaient à jouer de concert dans le même film.

History, History…

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So long, Sean

L'immense Sean Connery en compagnie de la délicieuse Lois Maxwell pendant le tournage de "Dr. No" (1962)

L’immense Sean Connery en compagnie de la délicieuse Lois Maxwell pendant le tournage de « Dr. No » (1962)

La plupart du temps on pense qu’on a passé un cap, on pense que les années accumulées au compteur nous ont éloigné de l’enfant que nous étions. Notre vie d’adulte, qui se déroule néanmoins dans le décor d’un monde brisé, nous amène irrémédiablement vers des rivages incertains. Mais on croit dur comme fer être en possession de la boussole qui nous permet de garder ce cap. Nous n’aimons pas avoir peur, nous n’aimons pas être blessé, nous n’envisageons pas de disparaître sans que cela génère une immense souffrance chez celles et ceux qui nous aiment éperdument. Les solstices et les équinoxes peuvent bien nous enseigner le contraire, nous refusons de quitter cette scène inquiète sans en connaître le dénouement.

La disparition de Sean Connery m’a fait prendre conscience à quel point j’avais aimé ses films, à quel point ces films-là m’avaient accompagné sans que je m’en rende compte pendant mes années d’enfance et d’adolescence, vouées à découvrir l’immensité de l’univers cinématographique. Pendant mon enfance j’ai vu tous les films de James Bond interprétés par Sean, qui avaient tous été tournés durant la décennie qui précédait ma naissance. Mais pour ne pas me dédire je dois avouer que j’étais beaucoup plus attiré par les James Bond Movies incarnés par Roger Moore. Seulement, la patine du temps aidant, je me suis vite rendu compte que l’interprétation du personnage de 007 par Sean était – comment dire cela le plus précisément possible – habitée par une grâce naturelle, un charme félin qui, aux yeux d’un enfant d’une dizaine d’années à peine, recelait une mystérieuse aura de danger venimeux. Le personnage de Bond interprété par Sean n’était pas spécialement sympathique pour un kid de la campagne gersoise éperdu de cinéma – celui de Roger Moore l’était à contrario.

Mais avec les années notre cinéphilie s’étoffait, se précisait, s’allongeait, et alors nous découvrîmes, émerveillé.e.s, les très grands films dans lesquels Sean avait montré toute sa superbe : Pas de printemps pour Marnie d’Alfred Hitchcock, 1964 ; La Colline des hommes perdus de Sidney Lumet, 1965 ; Traître sur commande de Martin Ritt, 1970 ou encore Cuba de Richard Lester, 1979, etc… À ce moment-là je ne savais pas qu’il s’était efforcé de garder son accent écossais en toutes circonstances de tournage. Il est plaisant de savoir que Sean a tourné tous les dialogues du Nom de la rose (Der Name der Rose, Jean-Jacques Annaud, Allemagne de l’Ouest/Italie/France, 1986), par exemple, avec son accent inimitable.

Sean Connery était un dieu de cinéma, il n’y qu’à considérer la liste des metteurs en scène prestigieux avec lesquels il a tourné pour s’en convaincre : Terence Young, Alfred Hitchcock, Basil Dearden, Guy Hamilton, Sidney Lumet, Irvin Kershner, Lewis Gilbert, Edward Dmytryk, Martin Ritt, John Boorman, John Huston, John Milius, Richard Lester, Richard C. Sarafian, Richard Attenborough, Michael Crichton, Ronald Neame, Peter Hyams, Terry Gilliam, Richard Brooks, Fred Zinnemann, Jean-Jacques Annaud, Russell Mulcahy, Brian De Palma, Steven Spielberg, et Gus Van Sant.

Nous ne verrons pas de sitôt une telle stature au cinéma, car les codes de la représentation ont tellement changé depuis l’époque (1962) où il endossait pour la première fois le costume de cet agent des services secrets britanniques dont personne ne savait ce que cela donnerait de bon sur un écran de cinéma (James Bond 007 contre Dr. NoDr. No, Terence Young, Royaume-Uni, 1962).

Les films de cinéma sont fabriqués avec la matière même de nos rêves, de nos illusions, de nos atermoiements, de nos petites et grandes lâchetés, mais surtout avec nos grandes espérances. Les films de cinéma résistent au temps car ils fixent pour l’éternité l’image en sels d’aluminium de ce que nous aurions, toutes et tous, pu devenir si seulement on nous avait donné confiance en nous au moment de nos jeunes vies. Mais tous les cadres structurels, institutionnels, de la société humaine dans laquelle les éducateurs avaient pour mission de nous dresser n’avaient jamais envisagé que nous pourrions tomber fou amoureux de Marylin Monroe, de Montgomery Clift ou d’Elisabeth Taylor. Cet amour-là ne s’éteint qu’avec le dernier souffle de vie.

 

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Dompter la peur, apprendre à écouter

Vampire, vous avez dit vampire (Fright Night, États-Unis, 1985) est un film de Tom Holland, qui hanta les nuits des adolescent.e.s à l’été 1985 ; bien que chez nous il sortit au cœur de l’hiver, le 29 janvier 1986. Il n’en demeure pas moins que ce film Columbia Pictures en Metrocolor fit en France un score total de 1 084 255 entrées, ce qui n’est pas mal du tout pour un film d’exploitation pensé pour les pré-ados et ados des années 1980.

Fright Night_1985

Ce qui a fédéré le public jeune dans les salles pour ce film-là, c’était le regain d’intérêt qu’on éprouvait pour la figure du vampire. Mais en 1985 on envisageait le vampire d’une façon très premier degré, Francis Ford Coppola n’avait pas encore jeté son dévolu sur le Dracula de Bram Stoker (Bram Stoker’s Dracula, États-Unis, 1992) et nous n’étions pas encore dans l’exercice de style un peu vain, il faut le dire, des cinéastes des années 2000, qui pour nous parler de nos vieilles et vieux ami.e.s les vampires, sont tous dans la posture.

Ici les vampires redoutent les crucifix, ont les incisives proéminentes, et les femmes de la confrérie incarnent le mal d’une manière particulièrement séduisante. D’ailleurs, l’acteur américain Chris Sarandon incarne cette figure maléfique avec toute la classe qui sied à un dandy qui tourneboule les jeunes filles en fleur. À noter que la séquence de ce vampire mâle sexy en diable, qui danse en boîte de nuit avec la petite amie adolescente de notre jeune héros traqueur de vampires improvisé, fut imaginée et tournée avant celle, mythique, de Michael douglas et de Sharon Stone se faisant des mamours langoureux sur le dance-floor (dans le superbe Basic Instinct, États-Unis/France, 1992). Alors je pose la question : à Hollywood, celui ou celle qui influence l’autre est-il toujours celui que l’on croit ? Il n’y a pas même jusqu’au sweet-shirt qui différencie Chris Sarandon de Michael douglas !

Le boy next door qui est le héros du film a donc maille à partir avec un mâle plus âgé que lui qui séduit les filles alors que lui-même ne répond pas aux avances de sa petite amie. Il préfère espionner la maison voisine, alors ce qu’il attend de ses vœux finit par se produire : le mal s’infiltre quand on l’appelle avec ardeur ou avec désespoir ; il s’insinue là où il n’y a plus de place pour la commisération. Et ce n’est pas le vieux chasseur de vampires d’opérette qui va le contredire : quand on est un bon garçon de 17 ans on ne passe pas son temps à espionner son voisin et ses jolies voisines plus âgées, non, on ferait mieux de se préoccuper du bien-être de sa ravissante girl friend et de la santé mentale de son meilleur ami, énervant comme tout. Mais il sera puni par Jerry Dandrige.

Au final ce film écrit et réalisé par le cinéaste américain Tom Holland racontait lui aussi la rencontre entre un adolescent un peu bêta et une personne adulte beaucoup plus âgée que lui avec laquelle il allait combattre : un vampire dans ce cas de figure. Un an plus tôt un autre jeune garçon affrontait des lycéens idiots des plages motorisés dans le film sucre d’orge Le Moment de vérité (The Karate Kid, États-Unis, 1984) de John Guilbert Avildsen, lui aussi un cinéaste américain très intéressant et redoutablement efficace. Ralph Macchio s’y initiait au karaté Shotokan en compagnie du vieux maître Pat Morita. Ces 2 films-là parlaient de transmission et d’entraide afin de combattre ses peurs les plus profondes.

Karaté Kid

Aujourd’hui, à partir de 7 ou 8 ans les garçons apprennent à se tirer dessus dans un jeu profondément pervers comme FortniteQuand une société démissionne à ce point, comment peut-on encore s’étonner que les valeurs qui autrefois faisaient le liant de n’importe quelle communauté nationale à travers le monde soient foulées aux pieds sans que les élites ne s’en émeuvent outre-mesure ?

Dans les années 1980 les films qui étaient fabriqués pour les enfants étaient peut-être sirupeux et rose-bonbons mais ils n’apprenaient pas à nous défier les uns des autres ; et surtout ils ne montraient pas à travers des images violentes et putassières comment s’éliminer les uns les autres pour atteindre les soi-disant meilleures places de la société, des postes à responsabilité dans des endroits où il fait froid, où les sans-cœur dominent, où il ne fait pas bon vivre.

Nous étions naïfs, et certains d’entre nous étaient plus peureux que d’autres, et sans doute aussi plus émotifs ; mais n’en déplaise aux décideurs d’aujourd’hui, le mal était contenu, il était circonscrit dans des machines narratives qui tentaient de nous donner les clefs pour arriver à nous aimer un petit peu, dans un monde tout aussi hostile et dangereux que celui de 2020. Mais ces films-doudous étaient rassurants dans la mesure où ils nous enseignaient seulement ceci : l’important n’est pas de savoir que les dragons existent, l’important est de savoir qu’ils peuvent être vaincus (Gilbert Keith Chesterton).

 

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Les thrillers : [#1] « Cruising – La Chasse »

Cruising – La Chasse (Cruising, Allemagne de l’Ouest/États-Unis, 1980) de William Friedkin, le réalisateur énervé, est un film profondément antipathique. Au départ il s’agit d’un long-métrage de genre attrayant, dans la mesure où son metteur en scène se propose de radiographier à l’aide de ses caméras 35 mm et de son Scope, le monde hermétique des clubs gays new-yorkais à la fin des seventies et au tout début des années fric & violence décomplexée des eighties. Le public de l’époque pouvait espérer avoir affaire à une vision différente de celle d’un Paul Schrader par exemple (son Hardcore [idem, États-Unis], date de 1979), ou à celles d’autres cinéastes puritains qui avaient traité le sujet d’une manière toute outrancière. Il n’en sera rien.

Les thrillers : [#1]

William Friedkin, fort du succès international de L’Exorciste (The Exorcist, États-Unis, 1973) mais marri du bide retentissant de son pourtant phénoménal Le Convoi de la peur (Sorcerer, États-Unis/Mexique, 1977), remake déroutant et sous adrénaline du chef d’œuvre incendiaire Le Salaire de la peur (France/Italie, 1953) d’Henri-Georges Clouzot, se sert d’un roman de Gerard Walker pour ausculter le monde interlope et nocturne du New-York essentiellement gay ; nulle trace de personnages lesbiens ou trans ici, le père Friedkin jouant avec tous les codes qu’on prête aux homosexuels à l’aube des années 80 : ils sont essentiellement body-buildés, moustachus, en sueur et n’ont pas besoin de communiquer par la parole pour incendier les sens de n’importe qui. C’est aussi kitsch et sans envergure que quand on veut rendre compte de l’atmosphère sexuelle dégagée dans n’importe quelle discothèque d’Amérique du Nord dans des films comme Flashdance (Adrian Lyne, États-Unis, 1983) ou Dirty Dancing (Emile Ardolino, États-Unis, 1987). Pourtant, en eux-mêmes, ces 2 films pris en exemple sont loin d’être mauvais ; cependant la gageure qui consiste à synthétiser toute une culture jeune & urbaine en 3 plans séquences et quelques ralentis sur de la musique à la mode va bien 10 ou 15 minutes, pas plus. On ne résume pas une manière culturelle en 1 film ou 2, en faisant croire qu’on en a fait le tour.

Quelle est l’intrigue du film ? Le chef des inspecteurs de la Brigade Mondaine d’un borrough new-yorkais charge un de ses policiers d’infiltrer la communauté gay afin de mettre la main sur un tueur en série qui assassine des homosexuels en les lardant de coups de couteau dans le dos, et parfois en découpant leur corps. Steve Burns est le policier à qui le chef (interprété par Paul Sorvino) s’adresse pour mettre hors d’état de nuire le mystérieux tueur au couteau.

À partir de là nous suivons les pérégrinations de Steve, qui est « undercover », et qui sous la fausse identité de John Ford va essayer de se créer de toutes pièces un profil vraisemblable dans le monde très fermé des clubs « hardcore » de la ville qui ne dort jamais.

Ce qui est perceptible, à la vision des plans qui se déroulent dans les différents clubs où Al Pacino déambule à la recherche d’indices, c’est la façon méprisante avec laquelle William Friedkin filme cette « faune » de mâles qui se déhanchent sur la piste au son d’une musique techno-rock répétitive en diable. Si on étudie avec minutie les séquences on « sent » que le réalisateur adoube le comportement des inspecteurs de la Mondaine – notamment dans une scène d’interrogatoire traumatisante pour le jeune suspect qu’on soupçonne un temps d’être le tueur en série. La virilité agressive de ces policiers à moustache et en bras de chemise jure avec celle – mise à distance – de tous ces mecs qui passent la nuit à jouer sexuellement avec leurs corps entre adultes consentants. Et Friedkin appuie à coups de zooms et de décadrages l’idée selon laquelle ce n’est pas tellement de se mettre dans les pas d’un tueur en série qui est traumatisant, mais bien plutôt de se mêler à cette faune hédoniste, filmée à la manière d’un Ridley Scott quand il traque sa terrible bébête dans les coursives du Nostromo [Alien, le huitième passagerAlien, Ridley Scott, Royaume-Uni/États-Unis, 1979].

Cruising – La Chasse, qui est plastiquement superbe, et particulièrement bien interprété (Al Pacino y est somptueux dans son rôle de policier complètement dépassé), n’en reste pas moins, sous des atours séduisants au possible de thriller urbain moderniste, un film profondément réactionnaire.

 

 

 

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« Le Prix du danger » (1983) [#2]

Le prix du danger 2

En imaginant, en 1983, le monde d’aujourd’hui, dans lequel on demande aux candidats d’un jeu télévisé d’éliminer les autres participants pour avancer dans le jeu (c’est d’ailleurs le principe actuel sur lequel sont basées toutes les émissions de télé-réalité, en France et dans le monde), Yves Boisset imaginait ce qui pourrait advenir de pire. Le pire c’est ce qui arrive quand les derniers garde-fous d’une société ont irrémédiablement sauté : comme celui de la préservation de la vie humaine, en tant que droit sacré inaliénable. Nul n’a le droit d’attenter à la vie, pleine et entière, d’autrui. Sans ce principe fondateur de la démocratie moderne, la civilisation succombe sous les assauts de la barbarie totalitaire. Mais ce qui est pire que tout, ce qui est par dessus-tout indéfendable, c’est cette idée selon laquelle n’importe quel citoyen choisit librement, en son âme et conscience, d’être la victime volontaire, expiatoire, d’une émission télévisée que tout le monde regarde.

À l’époque où le film était tourné la télé-poubelle d’aujourd’hui n’existait pas encore. Bien entendu, en 1983 la télévision française était aux ordres du pouvoir politique et financier. Cependant il n’y avait pas encore eu les règnes des Étienne Mougeotte, des Patrick Le Lay, des Francis Bouygues, ces magnats de l’audiovisuel qui en l’espace de quelques années dessinèrent à coups de milliards le monde médiatique d’aujourd’hui. Le Prix du danger faisait alors prendre conscience de ce qu’il y aurait de mortifère à proposer à n’importe lequel d’entre nous des programmes débiles et avilissants via les canaux hertziens de distribution audiovisuelle à flux continus. De bout en bout le personnage incarné par Gérard Lanvin, qui était jeune, qui se révoltait contre cet état de fait, personnifiait avec justesse cette constatation : c’étaient les vieux arrivés qui envoyaient les jeunes individus pleins de sève au casse-pipe. Il s’agissait d’un principe historique inchangé depuis les années d’Ancien Régime. 

Ainsi le personnage, roublard à souhait, du présentateur vedette incarné avec classe par l’immense et regretté Michel Piccoli, envoie ce brave révolté Jacquemard, qui ne sait plus comment satisfaire sa jolie et fraîche fiancée (interprétée par Gabrielle Lazure), au pilori. Bruno Crémer, lui, (impeccable, comme d’habitude – il faudra un jour revenir en détail sur tout ce qu’a apporté au cinéma français cet acteur de cinéma de très haute stature) joue le rôle, tout en circonvolutions machiavéliques, du roué patron de la chaîne ITV, qui se défausse de tout jugement moral, pendant que son assistante incarnée par Marie-France Pisier joue à la merveille les faux-semblants.

Le Prix du danger pose la seule vraie question autour de laquelle tournent à l’envi tous les films de politique-fiction français des années 1970 et 1980 : peut-on un jour, raisonnablement, faire plier le système ? 

D’autres films de ces années-là tenteront d’apporter une réponse. Nous en parlerons très prochainement. J’en profite pour vous souhaiter, à toutes et à tous, un agréable déconfinement, et un retour à la normale dans vos vies quotidiennes.

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« Le Prix du danger » (1983)

Le regretté Michel Piccoli interprète avec gourmandise l'odieux présentateur télé Frédéric Mallaire.

Le regretté Michel Piccoli interprète avec gourmandise l’odieux présentateur télé Frédéric Mallaire.

Dans Le Prix du danger (France/Yougoslavie, 1983) d’Yves Boisset un homme esseulé socialement, car il est au chômage et qu’il ne peut pas offrir à sa fiancée une vie éloignée des contingences matérielles, décide de participer à un jeu télévisé ignoble, filmé en direct et retransmis par la chaîne CTV dans toute l’Europe pour 200 millions de téléspecta.teur.trice.s. Le but du jeu est le suivant : le candidat, volontaire, doit échapper à une chasse à l’homme. 5 tueurs, eux aussi des candidats, doivent donc occire le participant et l’empêcher de gagner le chèque pourvu de quelques milliers de dollars, dont la remise signerait sa victoire.

Ce film est bien sûr un film à message contestataire, ce qui était la spécialité du réalisateur Yves Boisset. Il avait pour habitude de signer des films coups de poing comme L’Attentat (France/Italie/RFA, 1972), Le juge Fayard dit Le Shériff (France, 1977) ou encore Dupont Lajoie (France, 1975). On était friand de ses films dans les années 1970, car ils représentaient une voie médiane entre les films ouvertement politiques de Costa-Gavras – je pense entre autres à L’Aveu (France/Italie, 1970), à État de siège (France/Italie/RFA, 1972) et à Section spéciale (France/Italie/RFA, 1975) – et les drames psychologiques policiers de Georges Lautner, comme Il était une fois un flic (France/Italie, 1972), Les Seins de glace (France, 1974) ou Mort d’un pourri (France, 1977).

Après l’euphorie consumériste des « Trente glorieuses » (en gros entre 1946 et 1975) le contexte économique et social avait changé, et les films français – entre autres – reflétaient le malaise contemporain. Une forme de violence sociale de la part des possédants à l’encontre des organisations ouvrières, puis le malaise économique dû en partie à la courbe du chômage qui ne cessait de monter après les chocs pétroliers successifs de 1973 et de 1979, enfin un sursaut des catégories sociales populaires qui n’acceptaient plus tellement que les autorités politiques leur ordonnent quoi faire, quoi penser, et comment, tout cela ensemble donna naissance à une ébullition de  laquelle certaines œuvres tirèrent profit. Ces films, ces livres, touchèrent de plein fouet le grand public populaire. Et les films du compère Boisset en faisaient partie.

 À suivre…

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Une odyssée pour les enfants : « Natty Gann », le beau film de Jeremy Kagan (1985)

image-natty-gann-02 Nous sommes en confinement depuis maintenant un mois et l’angoisse qui ceinture le monde entier (à cause d’un coronavirus particulièrement meurtrier) n’épargne personne.

Pour les plus chanceuses et chanceux d’entre nous, c’est-à-dire celles et ceux qui n’auront pas été contaminés et/ou n’auront pas développé les formes graves de la maladie (inflammations hors de contrôle et troubles respiratoires et cardiaques aigus) le visionnage de films est une aide précieuse, un secours qui adoucit les conditions drastiques de vie au quotidien ; je sais par expérience que dans les moments délicats de l’existence, pour lesquels nous ne sommes pas bien préparés – en soins intensifs ou en convalescence dans une complexe hospitalier spécialisé – s’abandonner un peu plus d’une heure au visionnage d’un beau film de cinéma permet d’oublier les tracasseries médicales et psychologiques induites par la maladie. L’angoisse se résorbe avec la vision des images de cinéma mises en boîte (dans la bobine de celluloïd) pour notre plus grand plaisir.

De nombreux parents doivent s’improviser professeur des écoles et des collèges, et ils se sont vite aperçus que ça ne s’improvise pas. Alors pour détendre un peu l’atmosphère – en ces temps de vacances pascales très particulières – je propose des idées de films pour leurs enfants : aujourd’hui j’ai envie de présenter le très beau Natty Gann (The Journey of Natty Gann, États-Unis, 1985) de Jeremy Kagan, une production de Walt Disney Pictures.

Natty Gann

Natty Gann débute à Chicago en 1935. Un père de famille, Sol Gann, qui vit seul (il est veuf) avec sa fille de 12 ans, Natty, a de plus en plus de mal à trouver du travail au jour le jour dans la mégapole. Il faut dire que les années qui suivent la Grande Dépression de 1929, même avec la mise en place du New Deal dès 1933 sur l’ensemble du territoire des États-Unis, sont difficiles pour les travailleurs pauvres, pour tous les ouvriers qui n’ont que leur force de travail à offrir. Encore faut-il être choisi au bureau d’embauche par les contremaîtres. Vivre dans ces conditions difficiles a rendu Natty précoce dans ses faits et gestes, elle écume les rues de son quartier en compagnie des autres gosses que cette existence indocile ont fait grandir trop vite. Mais voilà, le père de Natty a une proposition d’embauche de dernier recours pour aller couper des arbres dans l’état de Washington, cap à l’Ouest, pendant un an. Le car qui doit emmener les ouvriers part à 6 heures du soir et Sol ne va pas avoir le temps de prévenir sa fille qui passe son temps à courir les rues. La séparation va être brutale. Si bien que Natty va prendre la ferme résolution de rejoindre son père en sautant de train en train de marchandises. C’est ce périple, cette odyssée adolescente en terres nord-américaines, que le film raconte, et qui devrait ravir le jeune public.

La jeune interprète du nom de Meredith Salenger qui interprète Natty Gann est craquante à souhait et son compagnon d’aventures, Jed, est un superbe chien-loup dont les enfants feront bien vite leur mascotte. On y trouve aussi le tout jeune John Cusack dont le personnage de jeune travailleur qui va accompagner Natty en quelques endroits de son trajet s’écarte des stéréotypes. Et le génial comédien Ray Wise (vu autrement plus inquiétant chez David Lynch par exemple) incarne à merveille un père plein de compassion.

Il s’agit d’un bien joli film qui nous vient du milieu des années 80 et dont le catalogue de Walt Disney regorge ; en plus avec l’installation de Disney+ dans les foyers il y a fort à parier que beaucoup vont retrouver, avec nostalgie, leur âme d’enfant, afin d’oublier, pour quelques heures, le cours anxiogène d’une cruelle réalité épidémique.

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