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« Vivre et laisser mourir » de Guy Hamilton [suite]

jb-11 En 1973 on continue d’adapter les romans de Ian Fleming – cet anglais qui créa le personnage de Bond dans ses livres – au cinéma. La source originelle n’était pas encore tarie. Mais les intrigues des livres, particulièrement bien charpentées, recevaient de sérieux coups de rabot quand il fallait en faire des intrigues de films. Car la narration qui est contenue dans un roman (la typologie des personnages, leurs manières de s’exprimer et de dialoguer entre eux, les péripéties qui émaillent une histoire d’espionnage ou d’aventures policières, le crédit qu’on porte à la vraisemblance des situations hautes en couleurs) ne sera jamais identique à ce qui sera gardé dans le scénario, encore moins dans les séquences filmées. Dans le livre de Ian Fleming dont est tiré Vivre et laisser mourir, le personnage de James Bond ressemble à la fois à l’image carnassière qu’en a donné Sean Connery, mais aussi à celle, en fin de compte plus humaine, moins cruelle, développée par Roger Moore à partir de 1973.

De plus, dans les livres de Ian Fleming beaucoup de personnages secondaires sont tués dans d’affreuses circonstances, ou bien mutilés sévèrement ; comme par exemple l’ami de Bond, l’agent américain de la CIA Felix Leiter, qui lui prête main forte à New York pour mettre hors d’état de nuire le sinistre chef politique et contrebandier Dr Kananga, qui sera donné en pâture à des requins qui lui dévoreront un bras et la moitié d’une jambe.

Mais les films estampillés 007 doivent rester grand public (au moins jusqu’à la fin de l’enrôlement de Pierce Brosnan dans le maître rôle) ; on y montre la conséquence de la violence, on n’y filme jamais les exactions violentes les plus outrancières. Et on retrouve aussi certaines scènes des livres de Ian Fleming, un peu transformées, en de certains endroits des films tout au long de la saga : comme par exemple celle des requins qui dévorent intégralement Felix Leiter, un peu après le début de Permis de tuer (Licence to Kill, Royaume-Uni/Mexique/États-Unis, 1989) de John Glen, dans lequel l’acteur gallois Timothy Dalton endosse le costume de 007 pour la deuxième et dernière fois.

timothy dalton as James Bond à suivre…

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« Cœurs ennemis » de James Kent (2019)

TA_03510.NEF À Hambourg, six mois après la signature de l’armistice à Berlin qui a mis fin à la guerre opposant les forces alliées au régime nazi, un colonel de l’armée du Royaume-Uni, Lewis, prend ses fonctions dans une très belle demeure réquisitionnée. Sa femme, Rachel, vient le rejoindre pour vivre avec lui dans la zone d’occupation anglaise de la ville. Très vite, Lewis propose que le propriétaire allemand de la demeure, un séduisant architecte du nom de Stefan Lubert, continue à vivre au grenier aménagé avec sa fille Freda. Rachel, la femme du colonel, est réticente au début à l’idée de cette cohabitation avec « l’ennemi ». Mais, peu à peu, son animosité originelle à l’encontre de Stefan et de sa fille mutique va se fissurer, puis laisser place à un désir ardent.

Pendant que son mari gère une situation conflictuelle, qui oppose les autochtones, détruits physiquement et moralement par la guerre d’extermination opérée par leurs dignitaires quelques mois auparavant, et une armée d’occupation britannique totalement débordée, Rachel veut donner un nouveau départ à son existence, elle aussi brisée à cause de la guerre. Mais avec qui décidera-t-elle de donner un nouvel élan à sa vie ?

Cœurs ennemis (The Aftermath, Royaume-Uni/États-Unis/Allemagne, 2019), du réalisateur britannique James Kent, renoue avec les productions d’autrefois, de plus en plus rares au cinéma depuis quelques années ; il s’agit à la fois d’un film historique et d’un drame romantique (avec un soupçon de mélodrame) qui nous plonge avec délicatesse dans les tourments d’une jeune femme tiraillée entre deux amours.

Oui, il s’agit d’un film réalisé à l’ancienne manière, et pour que cela fonctionne auprès de spectatrices et de spectateurs davantage habitué.e.s aux formes actuelles de récit (naturalisme exacerbé et hystérie collective à tous les étages) il ne fallait pas se tromper dans le choix de casting. Et à cet endroit le film est carrément génial : car Keira Knightley, Jason Clarke, Alexander Skarsgård et Flora Thiemann jouent leurs partitions à merveille. Sans oublier la présence, considérable dans la marche dynamique du récit, d’un superbe piano du prestigieux facteur Steinway & Sons.

Une interprétation remarquable de l’ensemble des comédien.ne.s, une très belle cinématographie, chaude et enveloppante, et un final assez remarquable, cela est-il si courant au cinéma de nos jours ?

Précipitez-vous avec gourmandise sur ce film habilement construit à partir de vos plateformes de SVOD préférées ; vous m’en direz des nouvelles !

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La saga « Star Wars », 2e partie

Nous sommes en 2020, nous entamons une nouvelle décennie de cinéma, et l’Épisode 9 de Star Wars, intitulé L’Ascension de Skywalker (J. J. Abrams, États-Unis, 2019) est sorti sur les grands écrans du monde entier depuis plusieurs semaines déjà.

épisode IX

Alors, que faut-il en penser ? Si on fait une rétrospective de l’ensemble de la critique professionnelle on va vite s’apercevoir qu’il y a comme un malaise. C’est-à-dire que la majeure partie des personnes qui ont fait un compte-rendu du film dans la presse ont alterné entre soulagement d’assister au point final d’une saga qui dure depuis 1977 et qu’il ne fallait surtout pas voir s’enliser irrémédiablement dans le n’importe quoi comme la plupart des franchises ciné trop usées, et envie brûlante d’en relever toutes les insuffisances, tous les ratés.

Il y a vingt ans de cela on aurait vu une floraison d’articles dithyrambiques orner les pages des journaux et des magazines ; mais les temps ont changé et même Mad Movies reste sobre sur le sujet dans son numéro de janvier 2020 (#336). Cédric Delelée donne un moyen 3/6 à L’Ascension de Skywalker dans le tableau des étoiles du magazine, et le justifie ainsi dans le compte-rendu qu’il consacre au film à la page 21 : « Reste que malgré sa direction artistique à tomber par terre et la chorégraphie spectaculaire de ses (très) nombreuses scènes de combat, L’Ascension de Skywalker est un film sacrément mal branlé en termes de script. (…) Emprunts permanents au Retour du Jedi, ellipses maladroites à foison, mises à mort de personnages tuées dans l’œuf dès la scène suivante, récit mené à toute allure alors qu’il aurait fallu lui consacrer une heure de plus, éléments de surprise intéressants sur le papier mais bâclés à l’image, gestion épouvantable du retour de Palpatine…« 

Oui, c’est vrai, il est là le nœud du problème (attention SPOILER !!) : la filiation de Rey avec la maison Palpatine semble être née d’un brainstorming organisé par un pool de scénaristes qui voulaient à tout pris s’écarter du chemin tracé par Rian Johnson dans l’Épisode VIII : Les Derniers Jedi (Rian Johnson, États-unis, 2017); dans lequel le postulat nous apprenait que la Force se distribuait d’une manière tout à fait aléatoire à travers la galaxie ; il ne suffisait pas d’appartenir à une famille patricienne pour en être investi.

Non, les démocrates n’ont plus tellement la côte à Hollywood pour le moment.

à suivre…

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La saga « Star Wars » : entre innovations et continuité

Star Wars Le mercredi 18 décembre 2019 sortira sur les écrans l’épisode 9 de la saga Star Wars.

Cette saga a été initiée voilà 42 ans par un jeune réalisateur américain, George Lucas, fan de sérials d’aventures et de science-fiction des années 30, 40 et 50. Le succès surprise et inattendu de ce film intitulé Star Wars. Épisode 3 : un nouvel espoir (États-Unis, 1977) allait donner naissance à un engouement qui ne s’est jamais démenti depuis. C’est pourquoi cet ultime épisode, baptisé L’Ascension de Skywalker (J.J. Abrams, États-Unis, 2019) devra conclure en beauté, d’une manière à la fois épique mais aussi intimiste dans les scènes à 2 ou 3 personnages, un ensemble de 9 films qui racontent ceci : les aventures interstellaires débridées de personnages qui sont liées par la Force et qui tournent autour de la figure tutélaire de Skywalker (le marcheur du ciel). Ce qui n’est pas une mince affaire.

C’est pour cela que les rênes de ce dernier épisode majeur de la saga cinématographique ont été confiées à J. J. Abrams, le réalisateur qui débuta cette 3e et dernière trilogie Skywalker dans Le Réveil de la Force (États-Unis, 2015).

J. J. Abrams est l’homme de la situation dans la mesure où il a rempli le cahier des charges en tournant l’épisode 7 sus-cité, qui a permis de revitaliser une franchise dont on ne savait pas, en 2015, si elle résisterait aux nouvelles formes de narration qui redistribuaient les cartes de l’entertainment aux abords des années 2010. Les show-runners avaient pris le pouvoir à Hollywood et à New-York, au moment où George Lucas vendait ses droits à Disney pour 4, 05 milliards de dollars en octobre 2012 [source 20 Minutes avec agence, article publié le 07/11/2018, consulté le 06/12/2019].

Avec l’achat des droits de Lucasfilm et de ceux de Marvel Entertainment en 2009, pour la coquette somme de 4 milliards de dollars, sans oublier, pour couronner le tout, le rachat de la majorité des actifs de la 21st Century Fox en décembre 2017 (pour  une somme rondelette de 66 milliards de dollars, dette comprise) [source bfmbusiness.bfmtv.com du 14/12/2017, consulté le 06/12/2019], Disney devient la plus gigantesque machine à créer et à produire du contenu au 21e siècle.

à suivre…

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Les comédies policières : « 48 heures » de Walter Hill

??????????????? Avec 48 heures (États-Unis, 1982) le réalisateur américain Walter Hill, un solide artisan du film d’action hollywoodien sans concession, signe un des tous premiers buddy movie. Dans celui-ci le jeune comédien du Saturday Night Live, Eddie Murphy, donne la réplique au massif Nick Nolte, qui incarne le mâle alpha avec lequel on n’a pas trop envie d’être mêlé dans une rixe.

L’histoire de 48 heures est assez banale : un lascar, aidé d’un complice, est en cavale et sème des morts sur sa route, dont deux flics qui tentent de les appréhender ; ces deux psychopathes veulent récupérer un magot d’un demi-million de dollars, résultat du vol d’un dealer réalisé par la petite frappe Reginald Hammond qui croupit en prison et qui est libérable dans 6 mois. Le flic incarné par Nick Nolte va faire libérer Regie pendant 48 heures en escomptant qu’il l’aide à retrouver les 2 zozos du début qui ont kidnappé la petite amie d’un membre du posse originel. Regie, qui avait laissé son magot dans le coffre arrière de sa décapotable avant d’être cueilli, jugé puis envoyé en prison pour 3 ans, rêve aussi de se venger du chef de meute et de mettre la main sur l’argent qu’il avait volé.

L’association avec le flic bourru old school, incarné à la perfection par un Nick Nolte juvénile, permet à Eddie Murphy d’exprimer tout son talent. La scène d’anthologie du pub dixie dans lequel il se fait passer pour un policier, avant d’humilier les péquenauds racistes et ségrégationnistes qui peuplent l’endroit, est un vrai régal.

Le filmage serré, au plus près de nos 2 héros, agrémenté de nombreux plans au téléobjectif 135 et 200 mm, les panoramiques sur la nuit urbaine, la vélocité et le dynamisme des scène de fusillades et de courses-poursuites avec les coups de revolver qui claquent comme dans un western ou dans un film noir de l’âge d’or, mais aussi la typologie des personnages qui est assez nuancée pour ce genre de production, tout cela concourt à faire de cette merveilleuse série A le prototype parfait des comédies  policières qui jalonnèrent toutes les années 80.

Eddie Murphy commença son ascension vers les sommets avec ce film-là, qu’il compléta un an plus tard avec Un fauteuil pour deux (États-Unis, 1983) de John Landis, et encore l’année suivante avec Le Flic de Beverly Hills (États-Unis, 1984) de Martin Brest qui finalisa son sacre à Hollywood.

 à suivre…

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« Le Sixième sens » de Michael Mann

Sixième sens En 1986 le réalisateur américain Michael Mann est le premier à adapter un roman de l’écrivain Thomas Harris du cycle Hannibal Lecter. Il s’agit du film Le Sixième sens (Manhunter, États-Unis, 1986).D’ailleurs dans ce film le personnage du sémillant docteur en psychologie est rebaptisé Hannibal Lector et l’interprétation de Brian Cox ne dépareille pas, même si on la compare à celle qu’offrira quelques années plus tard Anthony Hopkins dans Le Silence des agneaux de Jonathan Demme (The Silence of the Lambs, États-Unis, 1991). Michael Mann est donc le premier cinéaste qui filme une aventure policière dans laquelle le docteur Lecter hante toute l’enquête d’un policier lancé aux trousses d’un psychopathe tueur de familles américaines modèles.

Au début du film un collègue de Will Graham vient voir ce dernier pour lui demander d’enquêter sur une affaire sordide : un tueur sévit qui a déjà assassiné deux familles avec leur animal de compagnie, en deux endroits différents des États-Unis. Will est revêche au départ car il sait ce qui lui en a coûté 3 ans auparavant de se lancer à la poursuite du Docteur Lector. Mais il finit par accepter car c’est un des meilleurs profileurs du FBI, ces supers-flics qui se mettent dans la peau des tueurs pour mieux comprendre leur psyché détraquée. Will commence sa quête en allant rendre visite à celui qu’il a réussi à neutraliser, ce psychologue fou qui pourrait l’aider à arrêter ce cinglé qui court les rues et que la presse a baptisé la « vis dérangée ». La filature va pouvoir commencer et la raison de notre flic vaciller derechef.

 Avec ce film produit par Dino de Laurentiis en 1986 Michael Mann se fait un nom, et non content de prouver qu’il sait mettre en boîte un film de studio, il ajuste sa mise en scène métallique, bleu nuit, à une progression narrative et rythmique enjouée ; ce qui donne un relief particulièrement sexy à une cinématographie qui combine à merveille effets de style, interprétation haut de gamme et musique planante sur un sound design du plus bel effet.

Michael Mann avait déjà signé 2 chefs-d’œuvre quelques années auparavant avec Le Solitaire (pas celui avec notre ami Jean-Paul Belmondo, nous y reviendrons, mais avec James Caan en lead character, Thief, États-Unis, 1981) et La Forteresse noire (dans lequel des nazis sont aux prises avec une entité démoniaque, The Keep, États-Unis, 1983). Mais avec Le Sixième sens, un film noir sublime (qui respecte les règles classiques du genre dans lequel tout policier se doit de mener une enquête pour arrêter et mettre hors d’état de nuire une crapule de la pire espèce) le réalisateur américain qui, au contraire de ses congénères, a étudié la mise en scène dans une école de cinéma en Angleterre (à Londres), est adoubé dans la confrérie prestigieuse des créateurs avec qui il faudra compter désormais. La suite de sa carrière, très originale et très riche, ne fera que renforcer cette première impression. Il faut noter aussi la très belle interprétation de William Petersen dans le rôle du profileur Graham, sobre et efficace, qui fait de son personnage de flic entêté et coriace, un modèle d’interprétation sur lequel sauront s’appuyer quelques très bons comédiens dans les années 90 ; je pense notamment à Andy Garcia dans Jennifer 8 de Bruce Robinson (Jennifer Eight, États-Unis, 1992) ou encore à Morgan Freeman dans Seven de David Fincher (Se7en, États-Unis, 1995).

Après Le Sixième sens les personnages d’Hannibal Lecter et du Dragon Rouge vont pénétrer dans une autre dimension, parfois pour le meilleur (Le Silence des agneaux, Hannibal de Ridley Scott, idem, États-Unis/Royaume-Uni/Italie, 2001) mais bien souvent pour le pire (Dragon Rouge de Brett Ratner, Red Dragon, Allemagne/États-Unis, 2002 , Hannibal Lecter - Les origines du malHannibal Rising, Royaume-Uni/République tchèque/France/Italie/États-Unis, et la série télé Hannibal de Bryan Fuller, États-Unis, 2013-2015).

Mais nous reviendrons plus en détail sur toute cette affaire en début d’année prochaine.

 

 

 

 

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« Joker » ou la naissance du Mal, 3e partie

New York seventies Dans Joker Todd Phillips offre à nos regards stupéfaits la cartographie, à la fois physique et mentale, d’une réalité alternative. Le personnage d’Arthur Fleck vit à Gotham, et de nombreux observateurs ont cru reconnaître New York City, la ville dangereuse des années 70 et 80 ; celle dans laquelle Travis Bickle, le personnage esseulé de Taxi Driver (Martin Scorsese, États-Unis, 1976), arpentait les rues, à pied ou au volant de son yellow cab. Mais dans Joker nous sommes bien à Gotham, qui est avant tout un territoire mental dans lequel on craint toujours que le pire advienne.

Joker (le film, bien entendu) est le fruit d’une synchronicité, d’un épais alignement des planètes qui fait coïncider une œuvre de la pop culture avec l’état actuel de notre monde. Dans notre monde réel des psychopathes en puissance sont au pouvoir et génèrent parmi les populations du monde entier un fort sentiment d’angoisse et d’insécurité. La prolifération nucléaire de ces 40 dernières années, le soubassement de plus en plus hermétique, inviolable et inébranlable, des régimes autoritaires et dictatoriaux à travers la planète, ainsi que la redistribution des cartes géopolitiques et le pillage intégral de toutes les ressources par les coalitions au pouvoir, tout cela nécessite d’appréhender avec circonspection les images continuelles avec lesquelles on nous bombarde.

Joker

Le personnage de Joker sert à alimenter toutes nos peurs, à générer un flux – incontrôlé, incontrôlable – de tensions disparates qui, par le biais d’une narration brillante, ordonne et met au net ce qui jusqu’à présent n’avait de sens pour personne. Il me semble que l’apparition de Joker au cinéma est en lien direct avec celle des Watchmen (Damon Lindelof, États-Unis, 2019-…) qui eux aussi interrogent les nouvelles formes de confrontation politique et sociale.

Dès lors le personnage du clown furieux et ceux des escadrons héroïques qui doivent contenir la guerre civile au cœur des sociétés capitalistiques poursuivent le même but : nous révéler ce qui cloche mieux qu’un cours de socio-politique à Sciences Po ou en cours de sciences politiques de licence 3.

Watchmen

Mais qu’apprend-on dans le film de Todd Phillips et dans la série de Damon Lindelof qu’on ne sache déjà ?

à suivre…

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« Joker » ou la naissance du Mal, 2e partie

Dans Joker de Todd Phillips on suit pas à pas les méandres de la vie, pas drôle pour un sou, d’un artiste qui essaye de percer. Mais le monde est cruel, surtout quand celui-ci se présente sous les traits de Gotham, une ville filmée comme New York City dans le très beau et très sombre Taxi Driver (États-Unis, 1976) de Martin Scorsese, une des nombreuses références de Todd Phillips.

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Cet artiste se nomme Arthur Fleck et se grime en clown pour gagner sa vie, en portant à bout de bras des bannières publicitaires de magasins au bord de la faillite. Il représente la masse des salarié.e.s qui ont du mal à joindre les deux bouts. Tandis qu’il s’enlise dans le ressentiment, qu’il fait l’expérience de portes entrouvertes qui se referment inexorablement dès qu’il s’en approche de trop près, la ville dans laquelle il vit en compagnie de sa mère, qui se morfond au fond de son appartement trop étroit, cette ville, trop grande, devient de plus en plus violente et incontrôlable.

Joker raconte la lente destruction d’un esprit, l’avilissement d’une conscience qui n’est pas assez armée, au départ, pour affronter les mutations du réel. Un réel dans lequel les enfants de Gotham ne vont plus à l’école depuis belle lurette ; à la place ils rouent de coups dans la rue les pauvres clowns fatigués que nous sommes toutes et tous devenus. On ne s’est même pas aperçu que les traders des quartiers d’affaires étaient des hommes abjects qui violentent les femmes dans le métro, sans que nous intervenions pour les empêcher de faire encore et toujours du mal. Et les vedettes éphémères du divertissement, les stars en papier qui présentent les late shows, ne se rendent même plus compte de l’humiliation qu’elles font subir à celles et à ceux qui n’ont pas eu l’opportunité de réussir leur vie. Nous avons appelé de nos vœux, dans nos cauchemars les plus grotesques, l’apparition du Joker ; pour qu’il fasse une bonne fois pour toutes le sale boulot à notre place.

Et de quelle manière ?

La société contemporaine a fabriqué ses propres sociopathes et ses propres tueurs de masse. Nul besoin d’une idéologie trop compliquée pour donner naissance aux orchestrateurs du chaos, qui fertilisent sur le ressentiment, la peur et la haine. Joker est l’enduit avec lequel on est en train de recouvrir les surfaces fanées de la civilisation. C’est pour cela que ce film pose actuellement un problème : car il nécessite de notre part un effort d’interprétation ; les grilles d’analyse pour bien appréhender cet objet filmique imparable sont pourtant nombreuses et bien appareillées. Encore faut-il trouver la volonté d’interroger ce qui nous pose à tou.te.s sans exception un problème d’analyse stylistique, aussi ancien que le cinéma lui-même à ses débuts : on peut aimer Naissance d’une nation (États-Unis, 1915) de David Wark Griffith ou Portier de nuit (Italie, 1974) de Liliana Cavani, mais éprouver un mal fou à passer du temps à les analyser tant le propos de ces films est malaisé et inexpugnable.

Le film Joker de Todd Phillips est, je crois, un tour de force de cette année cinématographique 2019 qui s’achève.

Oui, mais pourquoi ?

à suivre…

 

 

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« Joker » ou la naissance du Mal

Pour la première fois tout un film, dans sa durée, s’attache à la figure du principal antagoniste de l’histoire qui nous est racontée. Il s’agit d’un super-vilain pas comme les autres, le maléfique Joker, la face de Janus qui colle aux basques de celui ou de celle qui est censé.e rétablir l’équilibre après le chaos diligenté par les forces du mal.

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Et depuis 1939, avec la naissance de Batman dans Detective comics par le dessinateur Bob Kane et le scénariste Bill Finger, on s’est attaché à ces figures malfaisantes, démoniaques, qui font de la ville fictive de Gotham City l’enfer sur terre à proprement parler. Avec sa masse sans cesse renouvelée de déglingués, de psychopathes et de sociopathes atrocement violents, fous furieux et ingénieux dans l’orchestration de toutes sortes de crimes monstrueux, on s’est amusé depuis plus de 80 ans (passe-temps quand même un peu douteux quand on y réfléchit cinq minutes, non ?) à parfaire notre encyclopédie des figures culturelles de la folie : et il va sans dire que le Joker trône tout en haut du hit-parade, en compagnie de quelques autres joyeux azimutés (bonjour Dark Vador, hello Hannibal Lecter, etc).

Joker est un merveilleux objet de détestation et de fascination mêlées ; il incarne notre part maudite, notre inconscient, notre refoulé immuable. Et il est devenu au fil des comic-books, des dessins animés et des films de la franchise Batman de DC Comics le totem absolu de notre modernité folle, sauvage, intrépide, qui nous mène chaque jour au bord du précipice.

Le Joker est devenu au fil des épisodes cet être abject qui impressionne durablement.

Et dans Joker (États-Unis, 2019) de Todd Phillips, il devient l’emblème du monde occidental qui vacille. Car le film organise la chorégraphie magnifiée par les images, le son et la musique, de la décrépitude accélérée de ce qui faisait hier encore consensus : le liant politique et social qui permettait à nos sociétés post-industrialisées de tenir le coup. Mais le monde a changé, irrémédiablement, les cartes de la géopolitique et de la diplomatie ont été redistribuées, et devinez laquelle est sortie en premier du paquet ?

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à suivre…

 

 

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La quête du père dans « Ad Astra » de James Gray (2019)

Ad Astra (États-Unis, 2019), film de James Gray vu dans la salle 5 du Grand Rex à Paris le vendredi 27 septembre 2019.

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Un astronaute cherche son père, qu’il croyait disparu depuis 25 ans, à travers tout le système solaire afin de le désactiver dans sa mission de recherches d’une possible vie extraterrestre.

Donné pour mort 25 ans plus tôt par le SpaceCom, une entité gouvernementale puissante qui assure des liaisons et des voyages dans l’espace jusqu’à Mars, à des fins d’exploration et de recherches mais aussi pour des raisons bassement commerciales, le commandant McBrady semblerait être stationné avec son équipage aux abords de Neptune ; d’où provient une surtension cosmique qui risque d’annihiler tout le système solaire.

SpaceCom demande à son fils, astronaute lui aussi, de partir à sa recherche pour stopper cette surtension générée par le Projet Lima. À partir d’une base militaire secrète sur Mars Roy McBride part en direction de Neptune.

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Sur un postulat de départ usé jusqu’à la corde – la quête du père pour panser ses blessures, profondes – le réalisateur américain James Gray (qui est à mon sens un des meilleurs cinéastes en activité aujourd’hui) donne à voir un superbe spectacle de traversée solitaire de notre système solaire. Il réussit en plus à marier film d’action trépidant (surtout dans la première heure du métrage) et film de science-fiction métaphysique. Ce qui n’est pas rien.

Mis en images à l’ancienne, c’est-à-dire au 35 mm, Ad Astra (États-Unis, 2019) est un film important et nécessaire car il donne à penser un futur imminent qui se profile dangereusement et qui inquiète avec raison : si les astroports lunaires ou martiens existaient pour permettre des vols commerciaux dans l’espace, nul doute qu’ils ressembleraient aux galeries commerciales actuelles qui jalonnent notre existence.

James Gray nous montre que les puissances d’argent seules permettent la conquête du système solaire, avec son corollaire : les différentes factions qui veulent faire main-basse sur les nouveaux territoires planétaires en voie de colonisation massive. Dans une superbe séquence de course poursuites de rovers lunaires à travers le paysage sublime de la Lune on a droit à un cours magistral de géopolitique dans l’espace en accéléré. Et c’est proprement décoiffant.

Prenant le contre-pied de son film précédent (The Lost City of Z, États-Unis, 2017) qui mettait en scène l’histoire d’un aventurier à qui pas grand-chose n’arrivait finalement dans la luxuriance et la profondeur de la forêt amazonienne, James Gray nous offre cette fois-ci une réflexion extrêmement maîtrisée sur l’aventure humaine arrivée à son point de non retour. Et parvient à nous parler des étoiles sans jamais perdre de vue le facteur humain, et son amour inconsidéré pour les questions sans réponse.

Il s’agit bel et bien d’un merveilleux film, à la fois poétique et enjoué, qui fera certainement date dans une histoire du cinéma du XXIeme au long cours.

 

 

 

 

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