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Les westerns mythiques : [#2] « La Colline des potences » (1959)

 

Gary Cooper et Maria Schell dans un des plus beaux films du monde.

Gary Cooper et Maria Schell dans un des plus beaux films du monde.

Beaucoup de films existent, mais peu de films en vérité sont aussi beaux que cette Colline des potences (The Hanging Tree, États-Unis, Warner Bros., 1959) de Delmer Daves.

Le film sort sur les écrans en 1959 et déjà, à ce moment-là de son existence, le genre western change du tout au tout. Les grandes années de l’âge d’or s’estompent et laissent la place à une révision des histoires qui vont mener, tout au long des années 1960, à une manière différente d’aborder la narration, ainsi que la typologie des personnages.

Mais Delmer Daves, le réalisateur, résiste et propose un récit dans lequel le personnage principal, dont la figure héroïque de l’immense Gary Cooper occupe en majesté le technicolor, laisse deviner des failles insondables, abyssales, destructrices. De cette manière d’habiter un personnage qui traîne avec lui des blocs d’obsidienne aussi épais que le marbre de Carrare, Clint Eastwood, quelques années plus tard, saura se souvenir, quand il passera à la réalisation. D’ailleurs on retrouve bien des éléments de cette histoire, qui se passe dans le monde clos des orpailleurs, les petits chercheurs d’or misérables qui bâtissent des campements de fortune au bord des fleuves fougueux et des rivières tempétueuses du Grand Ouest, dans le magistral Pale Rider par exemple.

Dans La colline des potences on assiste à l’arrivée d’un hobereau nomade, joué avec maestria par le plus grand acteur du monde, Gary Cooper, comme médecin itinérant parmi les chercheurs d’or. Pendant qu’il installe son cabinet médical dans une maison qu’il vient d’acheter à un orpailleur pour quelques piécettes d’or, un jeune homme, Rune, manque de se faire dessouder pendant qu’il cherche à voler quelques pépites d’or. Blessé par balle, il va être soigné par le docteur. Quelque temps plus tard, on apprend qu’une diligence a été attaquée par des bandits de grand chemin, et qu’il n’y aurait qu’une survivante, une jeune femme qui vient de la lointaine Suisse, et qu’on espère saine et sauve, et ravissante. Cette jeune femme, incarnée avec une grâce absolue par la sublime actrice de cinéma Maria Schell, va être retrouvée, puis soignée par le solide docteur.

Sur cette trame Delmer Daves construit une histoire parfaite, dans le Montana de 1873, au temps de la légendaire et pourtant vraie, ruée vers l’or : cette histoire c’est celle de la relation triangulaire, à la fois conflictuelle et bienveillante, qui se noue entre le docteur, qui se révèle être aussi un puissant pistolero (un peu comme quand Clint Eastwood incarne en 1985 un pasteur protestant plein de compassion qui n’hésite pas à exterminer tout un posse de mercenaires malfaisants dans Pale Rider), son jeune assistant qu’il a sauvé d’une mort certaine au tout début du film, et cette exquise Elisabeth qui va devenir le point de fixation de toute une communauté.

La colline des potences, à travers ses images fulgurantes, son score entêtant et son interprétation remarquable, est devenu un classique de l’histoire du cinéma ; et ce n’est que justice tant la beauté plastique de ce long métrage hante pendant longtemps la mémoire cinéphilique des spectatrices et des spectateurs qui ont la chance de le visionner.

Il existe de très nombreux films de cinéma depuis 1895, c’est vrai, mais, aujourd’hui, en un temps de tristesse insondable qui voit s’éteindre peu à peu les dernières flammes vacillantes de la beauté artistique, qui est capable de réaliser une telle ode à la tolérance, à l’amitié et à la bienveillance envers les membres de la tribu que nous nous sommes choisis ? Qui peut rivaliser avec les grands maîtres et les grandes maîtresses de l’image cinématographique d’autrefois, quand tourner un film n’était pas seulement un simple hobby professionnel commandité par les puissances de l’argent et de la mesquinerie esthétique ?

En 1959, quand on se rendait en tant que réalisateur ou réalisatrice sur un plateau de tournage, c’était non seulement pour offrir la beauté à des yeux avides de gaieté et de partage, c’était aussi avant toute chose pour déposer son cœur palpitant, plein de sève, sur le diaphragme mécanique de l’objectif de la caméra. Contrairement à notre époque diluée dans la médiocrité affligeante de la création télévisuelle, on ne mentait à personne sur un plateau de cinéma en 1959.

De cela pouvaient témoigner en toute sérénité François Truffaut et Jean-Luc Godard au moment d’enregistrer les premières images/son des Quatre cents coups et d’À bout de souffle. Mais il s’agit d’une autre histoire… À venir.

 

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Les films d’horreur contemporains : [#2] « The Hunt » (2020)

Betty Gilpin, impressionnante, dans "The Hunt" de Craig Zobel (2020)

Betty Gilpin, impressionnante, dans « The Hunt » de Craig Zobel (2020)

Depuis plus d’une dizaine d’années les Productions Jason Blum dominent en qualité le genre horrifique au cinéma. Même si les débuts furent laborieux (qui, parmi les amateurs de films d’horreur, aime vraiment, sans arrière pensée, la saga des Paranormal Activity – 5 films au total à ce jour), tout le monde s’accorde à dire que des franchises comme par exemple American Nightmare (4 films à ce jour) ou Happy Birthdead (2017) et Happy Birthdead 2 You (2019) ont renouvelé en profondeur les codes surannés du film d’horreur, basés sur les jump scares à répétition. Il faudra un jour prochain écrire un livre, qui se proposera d’analyser de quelles manières ce producteur américain a déjoué tous les pronostics, en remettant au goût du jour les formules qui firent le succès des Productions Roger Corman et Amblin Entertainment au siècle dernier.

En 2020 une production Blum remet les pendules à l’heure : il s’agit du film The Hunt, qui est réalisé par Craig Zobel, sur un scénario machiavélique de Nick Cuse et de Damon Lindelof, vous savez, le génial créateur de la série TV phénomène Lost.

Le film est une relecture ahurissante des Chasses du Comte Zaroff d’Irving Pichel & Ernest B. Schœdsack (The Most Dangerous Game, États-Unis, RKO Radio Pictures, 1932), porté de bout en bout par une actrice exceptionnelle, Betty Gilpin. Cette sublime actrice américaine de 34 ans nous scotche à notre canapé (faute de mieux car pour le moment, hélas, les salles ne sont toujours pas rouvertes, et c’est insupportable !), et ses mimiques qui ponctuent les purs moments d’adrénaline de la pellicule, nous font deviner une nature comique qu’une réalisatrice talentueuse devra vite exploiter. Pour moi, en 2021, le monde du cinéma de divertissement appartient à Betty Gilpin donc, et à Rebecca Ferguson ; d’ailleurs ces 2 actrices se ressemblent étrangement comme 2 gouttes d’eau… Mystères, mystères !

Ensuite je ne peux rien vous dire de plus car il faut absolument visionner The Hunt, vierge de tout préjugé. Cela vous permettra d’être réceptif aux péripéties et à l’enchainement des séquences, jusqu’au déroulé final, totalement inattendu et diablement bien mis en scène. Cela faisait longtemps qu’on ne m’avait pas offert un vrai morceau de bravoure dans un film de cinéma, disons depuis le beau duel entre Uma Thurman et Lucy Liu sous la neige dans Kill Bill, le 1 ou le 2, je ne sais plus.

Il va falloir compter désormais avec le cinéaste Craig Zobel dans les années à venir.

Jetez-vous avec gourmandise sur The Hunt, frissons de plaisir garantis !

 

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Enjoy « Phantom of the Paradise » de Brian De Palma (1974)

Phantom of the Paradise Commençons cette nouvelle année en nous plongeant dans les circonvolutions esthétiques d’un grand film de Brian de Palma, tout à fait unique dans sa filmographie. Il s’agit de Phantom of The Paradise (États-Unis, Harbor Productions), un film haut en couleurs sorti sur les écrans en 1974.

C’est effectivement un film unique dans l’œuvre de ce réalisateur, qui aimait, durant les années 1970, mettre en boîte des histoires policières tordues, ou bien des univers fantastiques extrêmement dérangeants. Les années 1970 furent pour De Palma l’apothéose de son travail filmique, de créateur de formes cinématographiques, audiovisuelles, qui continuent de faire sens aujourd’hui.

Mettre en scène en 1974, à travers la caméra 35 mm, l’histoire de Faust tenait du pari. Car il fallait s’entourer à la fois d’une équipe artistique et d’une équipe technique de haut vol. Et c’est ce qui arriva à De Palma, il bénéficia en outre de l’appui financier du producteur indépendant Edward R. Pressmann et le film, une fois tourné, reçut un budget de 2 millions de dollars pour être distribué par la 20th Century Fox. Ce qui n’empêcha malheureusement pas le film de faire un flop à sa sortie. 

Dérouter l’histoire du pacte de Faust avec le diable pour l’ancrer au beau milieu des seventies triomphantes aux États-Unis, dans le milieu du glam-rock et des groupes vocaux de doo-wop et de R&B, c’était chercher la bagarre. Surtout que le film fourmille d’innovations technologiques : ici, le split-screen (l’écran est partagé en 2 ou en 4 images, qui montrent simultanément ce qui se déroule dans la scène) est utilisé avec beaucoup d’à-propos ;  le travail sur le son est stupéfiant, et la musique et les chansons composées par l’auteur-compositeur de rock Paul Williams, qui interprète avec beaucoup de jubilation le rôle difficile de Swan, ce producteur machiavélique qui signera sa damnation en croyant entourlouper ce pauvre musicien Winslow Leach, sont à tomber.

L’histoire est toute simple : un producteur de musique à succès, Swan, qui va bientôt inaugurer son Paradise, qui fait office de salle de concert, de studios d’enregistrements dernier cri et d’usine à musique et à son, vole un opéra-rock, la cantate Faust, à un génie de la musique totalement inconnu, Winslow Leach.

Mortellement blessé et détruit dans son orgueil d’artiste maudit, ce dernier va tout faire pour se venger, et se faire aimer de la jeune chanteuse Phénix.

Ce film est devenu au fil des décennies un objet de fascination absolue, surtout auprès des musicien.ne.s qui s’y entendent quand même un peu en matière de musique (ça va sans dire) et d’émotions esthétiques, non ?

À noter que Phantom of the Paradise a reçu le Grand Prix du mythique Festival du film fantastique d’Avoriaz en 1975.

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Les colonies humaines dans l’espace sauveront-elles le genre humain ?

Raised by Wolves C’est, entre autres, de cela dont il est question dans la série de science-fiction du moment, Raised by Wolves (États-Unis, HBO Max/Warner TV/Scott Free Productions, 1 saison, 2020- ) d’Aaron Guzikowski.

Le voyage dans l’espace, afin de trouver une planète viable pour la coloniser, est la marotte principale des auteurs de S.-F. d’aujourd’hui. Depuis que le regretté astrophysicien Stephen Hawking a exprimé l’idée, selon laquelle la seule chance de salut de l’Humanité pour les siècles à venir, résidait dans la colonisation humaine d’une planète hors du système solaire, les créatifs de la S.-F. s’en donnent à cœur joie, et nous proposent à chaque fois leur vision de toute cette affaire.

Et Ridley Scott n’est pas en reste, dans la mesure où il n’est pas près de remettre en jeu sa ceinture de champion poids lourd des catégories des arts de l’imaginaire. Alors il hybride à tout va les différents univers qu’il filme depuis 1979 et la sortie mondiale d’Alien, le 8e passager (Ridley Scott, Royaume-Uni/États-Unis, Brandywine Productions, 1979) : des bestioles xénomorphes sacrément hostiles et agressives, des androïdes doué.e.s de sentiments  humains et de capacités cognitives hors du commun, des civilisations extra-terrestres extrêmement évoluées mais qui n’en peuvent…

Depuis quelques années le réalisateur anglais revisite les fondements de sa rêverie spatiale cinématographique. Non content d’avoir relancé la machinerie Alien sur grand écran avec le succès que l’on sait, le père Scott tente le tout pour le tout : la réunification dramaturgique des différents arcs narratifs qui constituent les 3 matrices, celle d’Alien, celle de Blade Runner (Ridley Scott, États-Unis, Warner Bros., 1982), et celle de Prometheus et de Covenant : où les androïdes doué.e.s de raison, celles et ceux qui les traquent (chasseurs de primes première manière à la Rick Deckard ou à la Gaff), et nouveaux chevaliers croisés de la Nouvelle Alliance de l’espace, les Mithraïques, ainsi que les méchantes bestioles baveuses qui en veulent à tout le monde, sans oublier les Ingénieurs, ces êtres païens cosmiques qui savent mesurer la vie là où pourtant tout est noir, et terriblement hostile, tout ce petit monde se rejoint pour signifier le but suprême de l’existence.

En matière de S.-F. existe-t-il des prophéties auto-réalisatrices ?

À suivre…

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Les westerns mythiques : [#1] « La Lance brisée »

Spencer Tracy Dans La Lance brisée (Broken Lance, États-Unis, 1954) d’Edward Dmytryk, un gros propriétaire terrien et éleveur, qui possède 50 000 têtes de bétail, Matthew Devereaux, vit sur les terres de son immense ranch avec ses 4 fils et sa seconde épouse, une princesse indienne comanche. Un différend va bientôt l’opposer à un homme qui exploite une mine de cuivre de l’état fédéral, sise sur les terres de Devereaux.

Au moment de l’explication entre les deux hommes, à la mine, pendant qu’on paye les ouvriers, la tension va monter d’un cran ; alors, prudent, Matt ordonne à ses fils de rebrousser chemin, mais les ouvriers du mineur se lancent à leurs trousses.  Heureusement le contremaître indien des Devereaux, Two Moons, surgit avec 30 hommes armés qui dispersent en bon ordre les ouvriers excités.

Quelque temps plus tard un procès a lieu en ville, car l’exploitant de la mine a porté plainte contre le rancher. La séquence du procès est savoureuse car elle permet d’admirer toute l’étendue et la finesse de jeu du grand, très grand acteur qu’était Spencer Tracy. Sa composition est incroyable, à la fois nuancée et hypnotique. Cette manière de jouer était inhérente au classicisme hollywoodien des années 1930, 1940 et 1950.

De plus la décennie 1950 est celle qui forge les canons esthétiques du western, en l’amenant vers une forme de perfection éblouissante. Les westerns des années 1950 sont les plus beaux, car ils sont véritablement incarnés, à la fois par le jeu des acteurs et des actrices, et par la beauté formelle des plans et des mouvements d’appareil. Le technicolor utilisé par Dmytryk dans cette sublime Lance brisée fait à proprement parler rugir les couleurs : il y a ce plan américain extraordinaire sur Katy Jurado, vers la fin du long-métrage, sertie dans une robe de velours violet, qui donne une émotion toute particulière à la scène.

Le score musical qui accompagne les mouvements du père Devereaux et de ses 4 fils tout au long du film, dont le plus jeune est incarné par Robert Wagner, et l’aîné par Richard Widmark, relie chaque geste à un ensemble plus vaste, qui s’inscrit dans la magnificence aride de ces territoires du Grand Ouest, où l’eau joue un rôle narratif considérable. C’est ce qu’explique Matt Devereaux au tribunal : quand il est arrivé sur ce territoire qui appartenait jadis aux indiens, l’eau était rare et n’était pas maîtrisée par l’ingénierie humaine. Il a passé les deux premières années de son installation à conjurer le sort, et à cause du manque d’eau sa première femme est morte. Il a creusé la terre et a construit des canalisations afin de faire parvenir l’eau jusqu’aux abreuvoirs, afin de rendre viable son élevage de vaches. Et 25 ans plus tard il nourrit grâce à la viande de ses bêtes plus de 250 000 personnes au bas mot.

À travers le récit nuancé d’une dispute d’héritage, qui tourne au drame entre l’aîné et le dernier de la fratrie, dont la mère, la seconde épouse, est indienne, le film ne traite pas seulement du racisme et du désir d’émancipation des fils sur des pères durs à la tâche et autoritaires.

Le film parle aussi de l’abnégation dont il faut faire preuve pour se construire un avenir digne de ce nom sur une terre qui a été spoliée, car le crime originel est indélébile et ne permet nulle rédemption. Ou alors beaucoup trop tard. C’est ce qui est souligné par le plan final du film, déchirant, où la mère indienne de Joe Devereaux, qu’on appelle señora pour faire croire aux gens qui médisent qu’elle est hispanique, se cache à couvert d’un arbre pendant que son fils chéri, qui est accompagné de Barbara Lawton, sa jolie fiancée (interprétée avec délicatesse par Jean Peters), amène des fleurs sur la tombe de son père sous une exquise lumière d’été apaisé.

Ce western du grand Edward Dmytryk pour la 20th Century Fox est un ravissement.

 

 

 

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Apprendre les rouages de l’économie de marché en 8 leçons !

Les actrices Marisa Abela et Myha'la Herrold, figures de proue de la première saison de la série "Industry".

Les actrices Marisa Abela et Myha’la Herrold, figures de proue de la première saison de la série « Industry ».

Industry (2020- , Royaume-Uni/États-Unis, 1 saison de 8 épisodes, BBC/HBO) est une série qui ausculte les rouages d’une entreprise de capitalisation boursière, Pierpoint & Co, située dans la City de Londres, à l’aune de ses nouvelles recrues.

Ces jeunes gens ont décroché le graal : ils viennent d’être embauchés pour la première fois de leur vie dans la haute finance, après avoir obtenu leur diplôme en économie. La série s’intéresse à une poignée d’entre eux, des jeunes filles et des jeunes garçons qui découvrent en même temps que nous, à l’intérieur de la machinerie capitalistique contemporaine, ce que faire du fric veut dire. Et ce que ça fait à l’intérieur de soi-même de vouer son existence aux mânes du dieu vert et de ses corollaires : la livre sterling, l’euro et le yen.

Dans ces 8 épisodes sobrement filmés, la caméra portraiture ces jeunes gens qui font connaissance avec l’aliénation, la vraie, celle qui ne laisse aucune place, ni aux sentiments, ni à la sensibilité, encore moins à l’empathie. Il n’y a qu’à voir de quelle manière on accueille la nouvelle du décès d’une de ces nouvelles recrues, Hari, retrouvé sans vie dans les toilettes du Desk.

Des jeunes gens, hommes et femmes d’une vingtaine d’années à peine, apprennent à pactiser avec le démon. Celles et ceux qui ont des soupçons seront brutalement écarté.e.s.

La finance internationale, le marché obligataire, les graphiques de variation des taux de change, les fluctuations des index et des indices, les méandres de variabilité des bons du Trésor ne font pas de sentiment.

Dès leur premier jour dans la boîte, on convoque les nouveaux arrivants dans un amphithéâtre pour leur annoncer qu’en l’espace de 6 mois la moitié d’entre eux se fera éjectée. Celles et ceux qui resteront n’auront même pas le temps de se poser la question de savoir si ça valait le coup. Car les super-datas d’analyses en surchauffe ne souffrent aucun retard, aucune négociation. 

Bienvenue dans un univers au-delà même de la cruauté la plus élémentaire !

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Le deuxième siècle du cinéma commence maintenant [#5]

Une belle actrice de talent sur la trace de ses prestigieuses consœurs.

Une belle actrice de talent sur la trace de ses prestigieuses consœurs.

Aimer le cinéma, c’est aimer celles et ceux qui l’incarnent.

Les actrices et les acteurs de cinéma sont la matérialisation concrète du désir puissant de vouloir raconter une histoire en images et en sons.

Ce désir puissant existe partout, en tous lieux, en différents endroits de la planète, parfois aux antipodes les uns des autres. L’envie sensationnelle de vouloir donner à voir ce qu’on a en tête passe toujours, depuis 1895, par le corps de l’actrice et de l’acteur. Les réalisat.eur.rice.s ne dirigent pas tellement leurs comédien.ne.s mais ils et elles les incitent à incarner un personnage en modelant avec d’infinies précautions une attitude, un geste et une intonation. Nous sommes toutes et tous les propres acteurs de nos vies ; chacun de nos sentiments, chacune de nos attitudes peuvent donner lieu à une multitude de récits. Alors le génie de la mise en scène de cinéma réside dans cette qualité essentielle : celle de traduire en scène, en séquence dialoguée, à travers une valeur de plan, par le truchement de la caméra et du micro, la variété et la complexité de nos comportements humains, en essence et en acte.

C’est pour cette raison que nous aimons tellement nous voir dans le miroir de l’écran blanc de la salle de cinéma. Nos orientations sensorielles, nos compréhensions, parfois justes, parfois erronées, du sens des choses se trouvent traduites en 24 images/seconde sur une bande de celluloïd de 16 ou de 35 mm, en couleurs ou en noir & blanc, en Mono ou en Stéréo.

En 2020, les corps, les visages de cinéma incarnent de nouveaux modèles de figuration et de représentation ; et certaines carrières sont émouvantes à scruter, en ce qu’elles nous éblouissent : une actrice comme Kristen Stewart, révélée par la saga de teen-movies Twilight (de 2008 à 2012), occupe crânement l’affiche depuis tout ce temps-là. Et ce n’est pourtant pas si facile, et pas donné à tout le monde, de garder année après année cette stature d’icône chic et glamour dans un monde globalisé qui a fait de l’oubli son principal principe d’occupation des jeunes esprits. En incarnant dans un biopic l’actrice américaine Jean Seberg (Seberg, Benedict Andrews, Royaume-Uni/États-Unis, Dolby Atmos, 2019) Kristen Stewart montre qu’elle se place dans une continuité artistique choisie, et âprement négociée.

À suivre…

 

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Ciné 90 : (#4) « Le Silence des agneaux » de Jonathan Demme [2/2]

Jodie Foster Under my thumb chantaient The Rolling Stones pendant les années 1960, ces années mirifiques durant lesquelles les formes artistiques semblaient inventer chaque jour de nouvelles manières d’appréhender l’existence. On changeait aussi de peau comme de couleur, on changeait sa chemise ou son pantalon mille fois par jour ; car l’aventure était au coin de la rue, et le cinéma américain des années 1960 reflétait cet état d’esprit aventureux. Ainsi les méthodes classiques de production des films semblaient être À bout de souffle (Breathless en américain, France, Mono, N&B, 1960). C’est ce qu’avait compris Jean-Luc Godard, de l’autre côté de l’Atlantique au même moment.

Pourtant, 30 ans plus tard et des brouettes, deux personnages de complets cinglés allaient empoisonner l’âme irradiée (après la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, après la Chute du Mur de Berlin et l’effondrement pathétique de l’Union Soviétique, après l’épidémie de S.I.D.A, après la cohorte d’esprits malfaisants qui coursaient les gamin.e.s dans les rues et dans les camps de vacances… Remember Crystal Lake et Elm Street !) de spectatrices et de spectateurs qui n’avaient jamais eu autant peur au cinéma depuis cet autre grand film malade, The Exorcist de William Friedkin (États-Unis, Mono, Metrocolor, Warner Bros., 1973).

Durant toutes les années 1970, à Hollywood, les réalisateurs égo-maniaques se tiraient la bourre pour savoir qui lèverait le plus de chair fraîche à outrager. Les années 1960, quant à elles, se sont terminées, non pas dans l’épandage d’un aphrodisiaque universel, mais dans de sanglantes orgies païennes totalement dépravées, monstrueuses. C’est sur ce terreau d’immondices et de turpitudes morales que sont nés les personnages d’Hannibal Lecter, de Buffalo Bill, et de l’autre cinglé de binoclard complètement tordu qui aime mater les jeunes aveugles nu.e.s dans le très sombre Jennifer 8 de Bruce Robinson (Jennifer Eight, Canada/États-Unis/Royaume-Uni, Dolby, Paramount Pictures, 1992).

Les êtres maléfiques s’incarnent dans la figure du tueur en série. Il faudra attendre les années 2010 pour enfin se permettre d’en rire dans le très coloré et pourtant perturbant The Voices de Marjane Satrapi (États-Unis/Allemagne, Dolby, 2014).

 

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Ciné 90 : (#4) « Le Silence des agneaux » de Jonathan Demme [1/2]

Jodie Foster, cette parfaite actrice de 29 ans au moment du tournage, a marqué à jamais notre imaginaire cinéphile.

Jodie Foster, cette parfaite actrice de 29 ans au moment du tournage, a marqué à jamais notre imaginaire cinéphile.

Le silence des agneaux (The Silence of The Lambs, 1991) de Jonathan Demme, est un film produit par Orion Pictures Corporation pour le compte de la M.G.M. Il sort sur les écrans français le 10 avril 1991 et il devient très vite la parfaite illustration de la rencontre miraculeuse entre une histoire sensationnelle  adaptée d’un roman de Thomas Harris, de 2 acteurs et 1 actrice exceptionnels, et d’un réalisateur surdoué (Jonathan Demme) qu’on n’attendait pas à un tel niveau d’excellence. Honnêtement, qui aurait misé, au tout début de la décennie 90, sur ce director new-yorkais âgé de 47 ans au moment du tournage, pour ouvrir en majesté le bal des films horrifiques et de suspense qui allaient faire exploser le box-office mondial ? Pas grand monde, pour tout dire.

Mais grâce à lui le grand public découvrait 2 acteurs exceptionnels, Anthony Hopkins et Scott Glenn, et surtout une ravissante comédienne de 29 ans, née à Los Angeles, Californie, le 19 novembre 1962 : Jodie Foster. Cette actrice était au cœur du métier et de la machinerie hollywoodienne depuis un certain temps déjà : elle n’avait que 14 ans quand elle interprétait le rôle polémique de la prostituée Iris Steensma dans la Palme d’Or du Festival de Cannes 1976 Taxi Driver (Taxi Driver, Martin Scorsese, États-Unis, 1976).

Pour Jodie Foster la consécration arrive avec son interprétation, tout simplement parfaite, de l’agent spécial du F.B.I. en devenir Clarice Starling. Ah, Clarice Starling ! Ce nom-là est indissociable à jamais de celui de sa solide interprète ; en jouant cette jeune élève de l’Académie qui forme les futurs agents spéciaux du Federal Bureau of Investigation, Jodie Foster invente un personnage jamais vu à l’écran auparavant : celui d’une jeune femme déterminée à vaincre coûte que coûte ses peurs les plus primordiales, les plus originelles.

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So long, Sean

L'immense Sean Connery en compagnie de la délicieuse Lois Maxwell pendant le tournage de "Dr. No" (1962)

L’immense Sean Connery en compagnie de la délicieuse Lois Maxwell pendant le tournage de « Dr. No » (1962)

La plupart du temps on pense qu’on a passé un cap, on pense que les années accumulées au compteur nous ont éloigné de l’enfant que nous étions. Notre vie d’adulte, qui se déroule néanmoins dans le décor d’un monde brisé, nous amène irrémédiablement vers des rivages incertains. Mais on croit dur comme fer être en possession de la boussole qui nous permet de garder ce cap. Nous n’aimons pas avoir peur, nous n’aimons pas être blessé, nous n’envisageons pas de disparaître sans que cela génère une immense souffrance chez celles et ceux qui nous aiment éperdument. Les solstices et les équinoxes peuvent bien nous enseigner le contraire, nous refusons de quitter cette scène inquiète sans en connaître le dénouement.

La disparition de Sean Connery m’a fait prendre conscience à quel point j’avais aimé ses films, à quel point ces films-là m’avaient accompagné sans que je m’en rende compte pendant mes années d’enfance et d’adolescence, vouées à découvrir l’immensité de l’univers cinématographique. Pendant mon enfance j’ai vu tous les films de James Bond interprétés par Sean, qui avaient tous été tournés durant la décennie qui précédait ma naissance. Mais pour ne pas me dédire je dois avouer que j’étais beaucoup plus attiré par les James Bond Movies incarnés par Roger Moore. Seulement, la patine du temps aidant, je me suis vite rendu compte que l’interprétation du personnage de 007 par Sean était – comment dire cela le plus précisément possible – habitée par une grâce naturelle, un charme félin qui, aux yeux d’un enfant d’une dizaine d’années à peine, recelait une mystérieuse aura de danger venimeux. Le personnage de Bond interprété par Sean n’était pas spécialement sympathique pour un kid de la campagne gersoise éperdu de cinéma – celui de Roger Moore l’était à contrario.

Mais avec les années notre cinéphilie s’étoffait, se précisait, s’allongeait, et alors nous découvrîmes, émerveillé.e.s, les très grands films dans lesquels Sean avait montré toute sa superbe : Pas de printemps pour Marnie d’Alfred Hitchcock, 1964 ; La Colline des hommes perdus de Sidney Lumet, 1965 ; Traître sur commande de Martin Ritt, 1970 ou encore Cuba de Richard Lester, 1979, etc… À ce moment-là je ne savais pas qu’il s’était efforcé de garder son accent écossais en toutes circonstances de tournage. Il est plaisant de savoir que Sean a tourné tous les dialogues du Nom de la rose (Der Name der Rose, Jean-Jacques Annaud, Allemagne de l’Ouest/Italie/France, 1986), par exemple, avec son accent inimitable.

Sean Connery était un dieu de cinéma, il n’y qu’à considérer la liste des metteurs en scène prestigieux avec lesquels il a tourné pour s’en convaincre : Terence Young, Alfred Hitchcock, Basil Dearden, Guy Hamilton, Sidney Lumet, Irvin Kershner, Lewis Gilbert, Edward Dmytryk, Martin Ritt, John Boorman, John Huston, John Milius, Richard Lester, Richard C. Sarafian, Richard Attenborough, Michael Crichton, Ronald Neame, Peter Hyams, Terry Gilliam, Richard Brooks, Fred Zinnemann, Jean-Jacques Annaud, Russell Mulcahy, Brian De Palma, Steven Spielberg, et Gus Van Sant.

Nous ne verrons pas de sitôt une telle stature au cinéma, car les codes de la représentation ont tellement changé depuis l’époque (1962) où il endossait pour la première fois le costume de cet agent des services secrets britanniques dont personne ne savait ce que cela donnerait de bon sur un écran de cinéma (James Bond 007 contre Dr. NoDr. No, Terence Young, Royaume-Uni, 1962).

Les films de cinéma sont fabriqués avec la matière même de nos rêves, de nos illusions, de nos atermoiements, de nos petites et grandes lâchetés, mais surtout avec nos grandes espérances. Les films de cinéma résistent au temps car ils fixent pour l’éternité l’image en sels d’aluminium de ce que nous aurions, toutes et tous, pu devenir si seulement on nous avait donné confiance en nous au moment de nos jeunes vies. Mais tous les cadres structurels, institutionnels, de la société humaine dans laquelle les éducateurs avaient pour mission de nous dresser n’avaient jamais envisagé que nous pourrions tomber fou amoureux de Marylin Monroe, de Montgomery Clift ou d’Elisabeth Taylor. Cet amour-là ne s’éteint qu’avec le dernier souffle de vie.

 

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