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Que reste-t-il de nos vingt ans ?

T2 Quand Trainspotting (Danny Boyle, 1997) est sorti sur les écrans en 1997 je me souviens que le film fut reçu comme une bouffée d’air frais venant du Royaume-Uni. Pourtant si on y réfléchit bien il n’y avait pas plus déprimant comme histoire : on suivait la vie au quotidien de 5 jeunes gens d’Édimbourg qui passait leur temps à se shooter à l’héroïne, à élaborer des plans foireux qui leur permettraient d’échapper à la grisaille et au morne ennui, avant que l’un d’eux, le plus malin, se sauve en les trahissant éhontément.

20 ans plus tard, en 2017, quelle ne fut pas notre surprise de voir la suite débouler dans les salles ? Malheureusement, nous aussi, nous avions grandi, de jeunes personnes d’une vingtaine d’années sensibles aux chansons pop des nineties, et aux BO de films qui incarnaient un univers culturel en soi, nous sommes devenus, en passant d’un siècle à un autre, des grandes personnes que plus grand chose ne perturbe vraiment ; et surement pas un film de cinéma qui reprend les grosses ficelles d’antan pour séduire qui en fait ? Les spectateurs qui ont vieilli en même temps que les personnages du film ou bien les nouvelles générations qui se contrefichent des élucubrations des 4 lascars qui restent, tant elles restent rivées à leurs tablettes à suivre les pérégrinations de Daenerys Targaryen et de Jon Snow dans l’ultime saison du show télévisuel le plus spectaculaire du moment (Game of Thrones, David Benioff et D. B. Weiss, 2011-2019) ?

Car on passe son temps devant T2 (joli pied de nez soit dit en passant au T2 de James Cameron, 1991) à se demander pourquoi cet énervé de Francis passe les 3/4 du film à essayer de dessouder ce bien brave Mark qui n’en demande pas tant. Alors c’est triste à dire mais pour nous autres quadras aujourd’hui, la mayonnaise ne prend plus, et ce ne sont pas les effets de caméra, de filtres orangés ou bleutés, de scènes inoffensives (qui peut vraiment s’offusquer aujourd’hui de voir un cadre se faire drôlement chahuté par une bulgare appétissante dans une chambre d’hôtel quelconque à l’heure de la série télévisée britannique Black Mirror, 2011-en cours ?) qui y changent grand chose.

D’ailleurs le film n’a pas attiré les foules lors de son exploitation par chez nous en 2017 et on pouvait penser que le réalisateur Danny Boyle allait se consoler en mettant en images la 25e aventure de James Bond. Mais un différend d’ordre créatif (selon la source officielle) l’a éjecté de la mise en scène du nouvel opus très attendu par nous autres, victoriens, de l’agent Double Zéro.

Alors on finit par constater qu’en l’espace de vingt ans nos goûts parfois changent du tout au tout. Ce qui nous paraissait d’une acidité dans le propos et d’un inconfort total dans la mise en images nous paraît bien téléphoné deux décennies plus tard. Néanmoins c’est avec un réel plaisir que nous retrouvons les acteurs Ewan McGregor, Ewen Bremner, Jonny Lee Miller et Robert Carlyle.

Ne serait-ce que pour ces 4 garçons dans le vent ça vaut quand même le coup de visionner Trainspotting 2.

Et puis vingt ans c’est le bel âge pour envisager de toutes nouvelles possibilités, non ?

 

 

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Quand Norbert Dragonneau devient un homme

LES ANIMAUX FANTASTIQUES - LES CRIMES DE GRINDELWALD - FANTASTIC BEASTS: THE CRIMES OF GRINDELWALD Ce que je trouvais le plus passionnant quand je lisais les différents volumes de la saga britannique Harry Potter, c’était les passages qui mettaient en scène les mages et les sorciers d’antan, toutes celles et tous ceux qu’évoquaient à voix basse Albus Dumbledore, la professeure McGonaghall et divers membres assermentés du Ministère de la Magie.

J’étais déjà trop vieux pour m’intéresser aux enfantillages du petit Harry et de ses comparses du même âge tendre. Par contre on se laissait aller à imaginer par quels secrets ressorts le monde des moldus pourrait se retrouver à feu et à sang si les sorciers montaient une coalition pour mettre au pas nos ancêtres. Et puis, quelle est l’Histoire secrète du XXe siècle qui n’est écrite nulle part ?

Et c’est de ça, justement, que parle Les Animaux fantastiques, 2e du nom, magnifiquement sous-titré : Les Crimes de Grindelwald. Qui n’est absolument pas un film pour les enfants. C’est pourquoi il faut d’urgence les emmener au cinéma voir ce film-là, et pas un autre, parmi la jungle des Christmas Movies. Car ils comprendront, par le biais de ce long métrage séduisant, les mécanismes d’érosion de la pensée critique qu’un idéologue cruel met en exergue pour mettre tout le monde à sa botte. Mieux qu’un cours d’Histoire du siècle dernier en accéléré, le réalisateur David Yates a réussi à mettre en images l’indicible dans une production familiale destinée à toute la famille.

Oui, ce film apprend véritablement aux enfants de 9, 10, 11 et 12 ans, à penser par eux-mêmes. Pourquoi le personnage, démoniaque et onctueux à la fois, de Gellert Grindelwald (interprété à la perfection par un Johnny Depp ressuscité) est-il si fascinant ? Pourquoi la séduction du mal continue à exercer sur les esprits fragiles le même pouvoir d’attraction-répulsion ? La pétillante Queenie se laisse envoûter par le Führer des Sorciers, tandis que son antagoniste Leta Lestrange, davantage mélancolique et ombrageuse, lui résistera jusqu’au bout.

Ces images fortes, symboliques, impriment la rétine des enfants et font passer en un clin d’œil mille leçons de civisme et de citoyenneté. En mettant en scène des personnages adultes, moralement déjà solidement constitués, la saga prend un nouveau cap et devrait fédérer de nouveaux publics ; notamment celui qui est naturellement hostile aux fantastiqueries en tous genres : les petits et grands fonctionnaires de la culture dogmatique, subventionnée, étriquée et niaiseuse, méprisante et paresseuse… Pourquoi Jean-Luc Godard ne fait-il plus de film digne de ce nom depuis au moins 40 ans ? La réponse est aussi dans Les Crimes de Grindelwald de David Yates (2018), le meilleur film nouvelle vague depuis L’Enfer de Claude Chabrol (1994). Ironique, n’est-il pas ?

La réponse au précédent post est :L’Abomination de Dunwich de H. P. Lovecraft.

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Allez, viens prendre le train, quoi ?! 2e partie

Image-1024-1024-3696932 Dans un train couchette on fait aussi parfois l’amour, et peu nous chaut alors les frimas de l’hiver, les dévaluations monétaires et les contestations, ou même l’encombrement des voies. La CGT/Cheminots peut bien faire grève à longueur d’intersaison, pour défendre une profession dont nous avons besoin, dormir dans une couchette de la Société des wagons-lits, et y faire des galipettes, reste une expérience inoubliable qu’il faut s’offrir au moins une fois. Ce ne sont pas les différents interprètes de James bond qui diront le contraire. D’ailleurs un film de l’agent double zéro est totalement réussi quand sa scène de train l’est tout autant.

Mais l’autre versant, beaucoup moins attractif, est celui de la manière noire de l’embarquement : quand prendre le train s’apparente à une descente aux enfers. On peut faire des rencontres déplaisantes dans un compartiment, être coincé sur la banquette entre des individus patibulaires qui fomentent un mauvais coup. Si, du reste, un wagon postal est attaché au vôtre, il y a de quoi vous faire du mauvais sang, car les attaques de train qui convoient de l’argent sont monnaie courante au cinéma (oh le vilain jeu de mots !). Par contre, il suffit de regarder La Grande Attaque du train d’or (The First Great Train Robbery, 1978) pour mesurer ce qu’a de terriblement ciné-génique un train qui roule à vive allure dans la campagne, surtout quand on marche sur le toit des wagons, en équilibre instable, en même temps.

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Dans ce film génial qui se déroule à Londres en 1855, un train est affrété tous les mois pour acheminer la solde des soldats britanniques qui se battent sur le front de Crimée. Il s’agit de 25 000 livres sterlings en lingots d’or. Un escroc, Pierce, s’associe à sa maîtresse Miriam et à un autre malfrat nommé Agar, pour tenter l’impossible, qui n’a encore jamais été réalisé : voler le magot à bord du train en marche. Mais bon, pour Sean, quand on lui demande « Jamais plus ? » il rétorque « Jamais plus jamais » (Never Say Never Again, Irvin Kershner, 1983) et revient par conséquent aux affaires courantes 5 ans plus tard dans ce remake rutilant et bondissant d’Opération Tonnerre (Thunderball, Terence Young, 1965), qui en soi était déjà un chef d’œuvre absolu. Mais bon, là je m’égare un peu, non ?

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Bref, à la fin du film de Michael Crichton, pendant le procès de Peirce, qui a été arrêté auparavant à la gare de Folkstone, quand le juge lui demande pourquoi il a décidé de voler les 25 000 livres sterlings, ce dernier répond : « Je voulais l’argent. » Et cette réplique sibylline fait éclater de rire les spectateurs du tribunal ; et font sur le champ de Peirce, le malfrat uniquement motivé par l’appât du gain, avec ses complices Miriam et Agar, les héros du peuple révolté contre l’oppression (celle de le société victorienne corsetée de 1855) et la bienséance de classe.

à suivre…

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