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Where are you hidden, old friend ?

b193ba4d1bbfaade4ed9690d90c51f86 Le western, au cinéma, est le genre primordial, originel. Il est à l’origine des choses, dès la naissance du cinéma.

Dans les premières bandes tournées par les opérateurs sur le sol américain, le western, muet, en noir & blanc, se constitue comme mètre étalon de l’acheminement du sens donné à l’image. Il n’y a qu’à jeter un œil sur la liste exhaustive de ce qui fut tourné à la Keystone, à la United Artists, ou à la Fox et dans les autres compagnies, pour s’en convaincre. On a coutume de dire que Le Vol du grand rapide (The Great Train Robbery), tourné par Edwin S. Porter en 1903, est le premier western connu. De toute façon le matériau brut, pas encore décati, offre les premiers attributs, ceux d’une mythologie à naître.

Bien sûr les écrivains ont devancé les réalisateurs dans le récit de la conquête de l’ouest et de l’établissement de l’état-nation en terre américaine. Mais enfin, les images vont témoigner de ce qui fut autrefois narré par les ingénieux prosateurs (mais il faudra attendre Michael Mann, en 1992, pour avoir une adaptation, digne de ce nom, du puissant roman de James Fenimore Cooper Le Dernier des Mohicans). Les premiers faiseurs d’images (ce terme que j’emploie ici n’est pas péjoratif, loin s’en faut) vont véhiculer le mythe émergent partout dans le monde.

On sait combien il fut difficile, dans les premières années du cinématographe, d’avoir une vision neutre, non politisée, de ce qui fait une nation. Et les premières bandes de celluloïd témoignent d’un racisme certain (c’est un euphémisme), et d’une vision tronquée et partiale des choses. Au tout début on construit les éléments de langage, même si la plupart sont faux et imparfaits (mais le western révisionniste existe aussi au XXIe siècle avec le Django Unchained (2012) de Quentin Tarantino par exemple – nous reviendrons dessus en détail un peu plus tard) : comment témoigner alors du massacre des nations indiennes orchestrée par le pouvoir usurpateur ? Comment filmer l’homicide originel, c’est-à-dire l’assassinat d’Abel par son frère Caïn ? De nombreux westerns ont opposé les céréaliers avides aux paisibles éleveurs de troupeaux. Les grands propriétaires terriens de l’Ouest et du Middle West s’accaparaient les terres fertiles, les verts pâturages, et repoussaient vers la frontière les tous petits éleveurs, et poussaient à la misère les garçons de vache moins bien lotis par la fortune. Alors certains volaient du bétail, et le convoyage des troupeaux devenait un périple semé d’embûches : c’est de cela dont parle le très beau La Rivière Rouge (1948) de Howard Hawks, une œuvre splendide inégalée à ce jour, qui chorégraphie dans un noir & blanc somptueux (la cinématographie est signée de Russell Harlan, un directeur de la photo génial) le ballet fidélité masculine/trahison qui oppose et relie tout à la fois John Wayne, le père putatif, et le fils maudit mais admiré Montgomery Clift dans l’un de ses nombreux rôles inoubliables.

On n’y oublie pas non plus les jeunes pousses solitaires qui ont à cœur de faire tonner les coups de pistolet dans la prairie : je pense à ce film de vengeance ultime d’Henry Hathaway qui met en scène Steve McQueen dans Nevada Smith en 1966.

à suivre

 

 

 

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Allez, viens prendre le train, quoi ?!

Tu vas voir c’est sympa !

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En effet, il y a deux manières d’envisager la chose : soit prendre le train est synonyme de vacances et de détente, et de potentielles rencontres, soit il s’agit de l’expérience la plus anxiogène qui soit, une plongée aux enfers dont personne ne revient indemne ; souvenez-vous de Train d’enfer (1984) de Roger Hanin, de Dernier train pour Busan (2016) de Sang-ho Yeon, ou encore de Snowpiercer – Le Transperceneige (2013) de Bong Joon-ho.

Envisageons tout d’abord la première manière, quand prendre le train rime avec plaisirs partagés et aventures en bermuda. C’est à bord d’un train que l’impeccable Cary Grant fait la connaissance de la sublime Eva Marie Saint dans La Mort aux trousses (North by Northwest, 1959) de Sir Alfred Hitchcock ; le train est alors le vecteur de l’aventure et de la résolution des énigmes, car bon nombre de films policiers et de thrillers se déroulent dans des wagons lancés à folle allure sur les écrans de cinéma. Ce monde clos est fascinant car pendant que la locomotive fulmine, tout peut arriver : même les combats à mains nues les mieux chorégraphiés. Songeons à celui qui oppose James Bond/Sean Connery au féroce agent du KGB dans l’insubmersible Bons baisers de Russie (From Russia with Love, 1963) de Terence Young. Et dans 007 Spectre (2015) de Sam Mendes, c’est en train que le super agent britannique incarné par Daniel Craig va au devant de son destin et de la résolution de l’énigme des origines, accompagné du Docteur Madeleine Swann/Léa Seydoux : qui est réellement Ernst Stavro Blofeld/Christoph Waltz, et quel est son véritable rang dans la hiérarchie du SPECTRE ? Numéro 1, numéro 1 bis, numéro 2, numéro O ? Dans l’ultime face à face entre l’agent double zéro et son frère de lait d’adoption, qui est le pendant maléfique de l’autre ? Qui est le plus brutal ? Ce sont les questions captivantes qui sont posées par les James Bond Movies depuis que Daniel Craig a repris le flambeau (dans le flamboyant Casino Royale, 2006, de Martin Campbell). A bien des égards la scène surpuissante de bagarre entre James Bond et Mr Hinx, incarné par David Bautista, reprend au geste près la séquence mythique du 2e film de la série, citée plus haut. Comme un ultime hommage.

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à suivre…

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« Une affaire de famille » a clôturé en beauté le festival

Une affaire de famille Effectivement, le film du japonais Hirokazu Kore-eda, Une affaire de famille (2018), est un bijou, lui aussi, de l’art cinématographique des années 2000. Sa manière tranquille nous familiarise avec la folie douce de ses personnages, tant cette famille s’éloigne des schémas traditionnels de cohabitation et de vivre ensemble. Et envisage une très grande complicité des spectateurs à l’égard de ces individus loufoques et diablement attachants. Les deux enfants du film, quant à eux, sont totalement bouleversants : la relation entre Shôta, le garçon pré-adolescent totalement autodidacte, et la toute petite (5 ans au compteur) Jinji/Rin, est une merveille de poésie, magnifiée par la délicatesse de la mise en scène. De plus, l’épilogue du film en demi-teinte laisse en nous un sentiment profond et bienveillant : celui de l’absolution d’actes pourtant répréhensibles commis par des adultes qui veulent réparer une injustice. Et le film pose la question cruciale de savoir si ce n’est pas au fond le lien qui nous attache à celles et à ceux qu’on s’est choisis qui importe plus que tout, et que toute autre considération biologique ou génétique.

Qu’est-ce qu’une famille aujourd’hui ? Que veut dire aimer quelqu’un ? Que viennent faire les normes sociales là-dedans ?

En composant des plans-séquences soigneux Hirokazu Kore-eda nous parle de notre rapport aux êtres qui nous sont chers et ne cède en rien à la conformité sociale qui emprisonne plus qu’elle n’émancipe : par exemple soustraire un enfant maltraité à ses parents biologiques relève de l’enlèvement et de la séquestration ou bien d’une forme d’humanitarisme primitif dénué d’à priori encombrant ?

Quel est le prix à payer aujourd’hui pour s’être éloigné des normes juridiques de protection de l’enfance ?

Oh oui, c’est à un bien beau festival que nous avons assisté cette année ; dans lequel même Olivier Assayas s’intéresse au monde réel, celui qui nous enveloppe toutes et tous, dans le très jubilatoire Doubles vies.

Prochainement nous allons nous intéresser au jouissif film de s.-f. cyber-punk Upgrade (2018) du très talentueux réalisateur australien Leigh Whannell.

à suivre

 

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Hip, hip, hip, hourrah pour le festival !!! Une totale réussite

The house that jack built Ce 21eme festival de cinéma Indépendance(s) & création fut une totale réussite.

Comme l’a souligné son président Alain Bouffartigue lors de la cérémonie de clôture dimanche soir 7 octobre, il y eut 3 temps forts :

- en premier lieu la projection dimanche en fin de matinée du film de Lars Von Trier, The House That Jack Built (2018), qui a estomaqué les festivaliers. La projection fut suivie d’un décryptage de l’œuvre, en compagnie d’Alain Bouffartigue et de Jean Douchet, pendant 1h30 ; cela eut lieu en salle 5 quelques heures après nous être remis de nos émotions.

- le second temps fort fut la projection, 21 ans plus tard, du tout premier film écrit et réalisé par Jacques Nolot en 1997, L’Arrière pays ; c’était pour rendre hommage à la 1ere édition du festival : dans ce magnifique long métrage Jacques Nolot se met en scène dans un bouleversant récit autobiographique qui l’imagine accompagner les derniers instants de sa mère dans son village gersois d’où il est originaire et qu’il a quitté il y a bien longtemps sans le moindre regret. Ce fut à nouveau un grand et beau moment d’émotion pour l’enfant du pays Jacques, qui était présent dans la salle, et pour le public qui lui est fidèle depuis pas mal de temps déjà. En outre le film fut projeté en 35 mm dans l’unique copie qui existe, propriété exclusive de la Cinémathèque française, qui l’a prêtée gracieusement. Beau moment de nostalgie, heureuse et salvatrice. Comme l’a dit Alain il serait heureux qu’un éditeur de dvd en tire une copie numérisée HD, car le film tient joliment le coup et est devenu un classique patrimonial, rien de moins. Amis éditeurs, si vous entendez le message !!

- le troisième temps fort fut la soirée de clôture, avec la projection en avant-première, la seule organisée par le distributeur, de la dernière palme d’or cannoise, Une affaire de famille de Kore-Eda Hirokazu, avec en préambule une vidéo de remerciement du cinéaste japonais lui même, alors en tournage à Paris avec Catherine Deneuve et Juliette Binoche.

Le festival fut, une fois de plus, au diapason, de ce qu’on attend de lui : faire découvrir des films novateurs qui interrogent non seulement l’état du monde actuel, mais aussi notre propre sensibilité face aux images qui nous sont proposées.

En cela le film de Lars Von Trier, The House That Jack Built, est parfait car il permet de situer le niveau d’excellence de son auteur, loin au-dessus de la mêlée, construisant avec un matériau visuel d’une inventivité inouïe, un temple narratif, formel et cérébral d’une audace sans commune mesure. Qui appelle de multiples niveaux de lecture, jouant à l’infini avec la curiosité, mais aussi notre insatiabilité à regarder des images puissantes, inoubliables, à essayer de les décrypter au mieux.

Créateur de formes visuelles et sonores unique en son genre aujourd’hui, Lars Von Trier ne s’écarte jamais du chemin pourtant malaisée qu’il arpente depuis près de 40 ans de carrière. Sa Maison que Jack construit devient par les seules forces de son imaginaire et de sa grammaire visuelle un classique instantané, qui marque dès à présent de son empreinte charnelle l’histoire du cinéma au XXIème siècle.

Depuis l’an 2000 et les milliers de films sortis depuis, je ne vois que le sublime The Assassin (dont nous allons parler très prochainement) de Hou Hsiao Hsien pour rivaliser avec le maître danois.

à suivre

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Qui peut se permettre d’aller au Festival de Cannes de nos jours ? Et, surtout, à quoi cela sert-il ?

Cannes 2018La physionomie du cinéma a profondément changé en quelques années seulement. Alors qu’il a entamé avec gourmandise son deuxième siècle d’existence depuis déjà près de vingt ans, qui continue à aller voir les films en salles, en première exclusivité, quand il est facile et confortable de se munir de n’importe quelle box avec son système de VOD intégré ? Les images de films imprègnent-elles la rétine de la même façon qu’autrefois ? Quand on s’attardait dans les halls des salles de cinéma pour décrypter longuement les photogrammes épinglées sur les murs qui promettaient des voyages fantastiques et des visionnages étincelants. Cette magie d’avant a disparu, personne n’en a plus rien à fiche de ces émotions là qui pourtant étaient constitutives de celle et de celui que nous ne tarderions pas à devenir. Qui n’a jamais vu une image de Gary Cooper dans Le train sifflera trois fois (1952) ou dans Pour qui sonne le glas (1943) projetée sur un écran géant ne sait pas de quoi je parle. A l’heure de la diffusion massive, au flux incessant, des films, tous interchangeables, sur internet et dans les machines numériques complexes, le temps de regarder un film dans une salle, s’apparente au recueillement dans un édifice religieux, il est le dernier lien sacré autonome qui nous reste pour explorer comment nous interagissons les uns avec les autres ; et c’est ce que doit normalement incarner un festival de cinéma.

Le festival de Cannes, lui, est devenu inaccessible, inatteignable  pour le commun des mortels, ceux qui ont la chance d’être sur place durant la Quinzaine sont parqués avec le plus grand mépris derrière des barrières de sécurité, pendant que la ronde des limousines déchargeant les vedettes périmées le lendemain, tourne en boucle sur le réseau câblé mondialisé. Le Festival a-t-il encore un intérêt pour les créateurs du cinéma contemporain, et comment réagissent-ils à ces fariboles de pognon, de glamour frelaté, et parfois de stupidité comportementale, et comment réagissent-ils quand on leur demande d’amuser les nantis qui pourraient, si l’envie leur prenait, financer à eux seuls les cinématographies entières de pas mal de pays dans le monde, avec leur argent de poche.

Bien entendu, on me rétorquera, avec raison j’en conviens, qu’il est heureux de pouvoir, loin des montées des marches insipides et des descentes de colombienne bleue (cf. le dernier roman de Jay McInerney qui a l’air d’en connaître un rayon sur la question de la mixité entre vedettes topless défraîchies – vieilles gloires conservées dans du formol – jeunes arrivistes stupides – nouvelles dopes transgéniques), de pouvoir voir, donc, en salles en même temps que les festivaliers au nez poudré, certains des films des différentes sélections cannoises qui ont l’air d’intéresser les journalistes du monde entier pendant la Quinzaine, avant d’être définitivement oubliés pour de bon, surtout s’ils ne sont récompensés d’aucun prix.  Et puis qui a vu Okja (2017) dans une salle de cinéma, s’il n’était pas au Festival l’an dernier ?

Et pourquoi The Assassin de Hou Hsiao-hsen (2015), le plus beau film pour l’instant de notre deuxième siècle du cinéma, n’a-t’il pas eu la Palme d’or ? Les gens de cinéma sont-ils si clairvoyants que ça ?

Et surtout, le festival de cinéma du XXIe siècle est-il à ce point devenu un traquenard qu’il faille filmer un véritable lépreux pour attirer l’attention sur soi, ou sur qui on prétend représenter dans un geste filmique d’une audace folle ? Quand avons-nous dépassé la ligne rouge du conformisme moral, de la sollicitude vaine, et de la dérégulation outrancière des émotions ?

Quel sera le prix à payer pour se repaître sur écran géant du malheur terrible de nos contemporains, sans remettre en question de fond en comble, la vacuité absolue de nos modes de vie contemporains, insignifiants et mercantiles ? Une oeuvre d’art, ou supposée telle, se conçoit généralement dans un va-et-vient continuel entre désir farouche d’exprimer et incapacité de le faire vraiment, sans travestir les usages communs de la représentation, non ?

Filmer une séquence, agencer des plans, construire la machine complexe de la fiction, accorder autant d’attention à ce que verra le spectateur qu’à ce qu’il devinera ou ne devinera pas, suffit-il aujourd’hui pour faire exister, en dehors de toute valeur marchande, un festival, lequel se veut le plus représentatif possible de la richesse du cinéma mondial ?

Plusieurs livres sans doute ne suffiraient pas pour répondre à cette question qui importe vraiment aux cinéphiles et cinéphages que nous sommes, déboussolés par la remise en question permanente des certitudes d’autrefois.

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Un cinéaste iranien dynamise le Festival de Cannes 2018 dès son ouverture

Everybody KnowsLe film qui fait l’ouverture du Festival de Cannes cette année (sa 71e édition), et qui est en compétition pour la Palme d’or, est une pure merveille ; il s’agit de Everybody Knows du cinéaste iranien Asghar Farhadi.

En réunissant à l’écran Javier Bardem et son épouse Penelope Cruz, et en situant son film dans un petit village espagnol d’aujourd’hui, le réalisateur concocte une histoire de famille bouleversante autour de l’enlèvement d’Irene, une adolescente pleine de vie, pendant le mariage d’une de ses tantes. Et l’angoisse liée à cet enlèvement, qui a lieu pendant que la fête bat son plein, l’horreur de cette situation qui va gagner peu à peu la communauté villageoise toute entière, va faire émerger un secret de famille vieux comme le monde.

Asghar Farhadi sait jouer d’une situation existentielle commune (combien y-a-il de manières d’exister vis-à-vis de celles et de ceux qu’on aime ?) pour en proposer une variation unique, mid-tempo, dans les couleurs chatoyantes d’une Espagne et d’une communauté humaine idéalisées. La sensualité toute orientale dans la manière de filmer avec volupté les corps qui bougent, qui dansent ou qui s’étreignent, dans l’aggiornamento d’une fête de mariage visant à réconcilier celles et ceux qui se sont perdus de vue depuis bien trop longtemps, épouse les situations dramatiques dans un mouvement de cinéma vérité d’une grande délicatesse émotionnelle.

On savait également que le jeu de Javier Bardem se mariait à merveille à celui de son épouse (dans la vraie vie) depuis leurs débuts de jeunesse dans le fracassant Jambon, jambon de Bigas Luna (1992) ou plus tard dans Vicky Cristina Barcelona de Woody Allen (2008).

Le film de Farhadi a aussi le mérite de faire honneur à une compétition dont nous ne retenions, ces dernières années, que l’étalage de luxe obscène à l’heure qu’il est, de vanités et de médiocrité comportementale. (Je vais revenir sur ce sujet dans le post suivant.)

Asghar Farhadi a réussi ce tour de force : celui de nous intéresser, profondément, aux modes de communication et d’interaction d’une communauté villageoise, d’une structure familiale, riches en couleurs et en tempéraments, en nous faisant participer au dénouement d’une tragédie particulière avec un sentiment d’inachevé dans la résolution des affects.

Le film s’interrompt avec l’idée qu’on n’en a jamais fini ni avec l’enfance, ni avec les compromissions de l’existence, ni avec la famille, ni avec les amours qui ne disent jamais leur nom véritable et secret.

Ce film est une splendeur. Précipitez-vous vite le découvrir en salles.

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Life on Mars ?

the_last_days_on_mars_2Dans The last days on Mars de Ruairi Robinson (2013), un équipage international d’astronautes (canadiens, britanniques, russes, …) est basé sur la planète Mars depuis plusieurs mois, et attend la relève. Dans 19 heures exactement la navette Aurora viendra les récupérer pour qu’ils rentrent sur Terre. Evidemment rien ne va se passer comme prévu. Un des astronautes, sans rien dire aux autres, a découvert des bactéries sur le sol martien, la catastrophe guette… A partir de là le film oscille entre contemplation mélancolique des paysages rouges orangés (ballet des véhicules comme les Rover qui marchent à l’énergie solaire  et qui permettent de se déplacer facilement d’un point à un autre, longs plans sur la navette Aurora en approche) et film de trouille survitaminé quand le personnel infecté, droit sorti de World War Z, se jette sur les survivants de la station avec une belle santé ! Ce décalage peut prêter à sourire, mais il est difficile de rendre intéressant l’atmosphère d’une planète comme Mars au cinéma, dans la mesure où aucun d’entre nous n’y a jamais mis les pieds, n’est-ce-pas ? Sujet casse-gueule par excellence pour de nombreux cinéastes (on se rappelle le plantage de De Palma avec Mission to Mars) la planète rouge peine à trouver une histoire qui lui conviendrait, qui la mériterait ; mais non, on a droit à une invraisemblable découverte, celle de bactéries transformant en zombies les personnes contaminées. Cela suffit-il pour en faire un thriller de science-fiction à la hauteur ? Hmmm, pas si évident. Même la présence d’Elias Koteas et de Liev Schreiber ne suffit pas à faire passer la pilule, et l’ensemble laisse un goût d’inachevé. Même si dans l’ensemble le spectacle est plaisant à regarder.

Alors, y-a-t’il de la vie sur Mars ?

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Un western enthousiasmant

The_Dark_Valley_posterSi vous aimez L’Homme des vallées perdues de George Stevens, avec Alan Ladd (1953), L’Homme des hautes plaines de Clint Eastwood (1973), ou encore les westerns mélancoliques d’Anthony Mann, ce film est pour vous ! Car The Dark Valley, réalisé en 2014 par le cinéaste autrichien Andreas Prochaska, réactive tous les ingrédients de la bonne vieille vengeance au fusil de chasse dans les westerns d’antan. Evidemment l’histoire n’est pas originale pour un sou (il s’agit de venger ses parents des exactions d’un clan familial, six frangins débiles et leur père, chef mafieux du village en altitude), et par moments rappelle étrangement L’Eté meurtrier de Jean Becker (1983), dans la façon de filmer le personnage principal avec un fusil de chasse (souvenez-vous des dernières images, choquantes pour un gamin à l’époque, du gentil Pin-Pon avec une arme à la main). Bien sûr dans le film d’Andreas Prochaska, le motif n’est pas traité de la même manière, et rappelle davantage un Eastwood des débuts, tant la manière de sublimer la nature (il me semble que les prises de vues furent effectuées dans les Alpes Autrichiennes, mais je n’en suis pas sûr) rappelle les cinéastes paysagistes d’autrefois, orfèvres en la matière. Il est toujours difficile de filmer les montagnes, surtout en hiver, les sommets en majesté ne se laissant pas facilement capturer par la caméra ; ce que disait Atom Egoyan il y a dix-huit ans à propos des conditions de tournage difficiles dans les Rocheuses pour De si beaux lendemains (1997).

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Mais que serait un film de cinéma sans un solide acteur ? Quelle serait la qualité de notre enthousiasme vis-à-vis de ce moderne western, sans la partition somptueuse de ce jeune comédien impressionnant : Sam Riley ? Ce comédien de 35 ans, né à Leeds en Angleterre, révélé au cinéma dans Control d’Anton Corbijn (2007), prête admirablement ses traits aux contours du personnage de nobody mû uniquement par la vengeance.

The Dark Valley est une totale réussite, qui s’inscrit de manière remarquable dans la lignée des beaux westerns exigeants de notre enfance.

Une totale réussite.

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Un thriller bien racé : 7th Floor (2013)

7th floor7th Floor nous vient d’Argentine ; il raconte les pérégrinations d’un père pour retrouver ses enfants qui ont mystérieusement disparu de l’immeuble résidentiel dans lequel ils habitent, à Buenos Aires. Le film commence sur un ton de comédie familiale, on y fait la connaissance d’un avocat prospère qui doit se rendre à une audience au tribunal extrêmement importante. En chemin il doit amener ses deux enfants à l’école, et leur mère, qui travaille dans une banque, en instance de divorce, donne les dernières recommandations avant que tout ce petit monde ne quitte l’immeuble. Mais voilà, tandis que leur père préfère prendre l’ascenseur, les enfants dévalent les escaliers et les 7 étages en s’amusant. Une fois au rez-de-chaussée, il ne les retrouve pas. Alors commence à sourdre l’angoisse, et on se met à la place de cet homme si sûr de lui, on éprouve peu à peu les mêmes angoisses, les mêmes sueurs qui coulent le long de la nuque. Comment est-ce possible ? Comment deux enfants adorables peuvent ils disparaître en à peine 5 minutes. Sur cette trame anxiogène le réalisateur espagnol Patxi Amezcua construit une histoire diabolique, qui se dénouera dans les ultimes minutes du film : c’est un coup de maître, et ça fait un bien fou de se retrouver avec des personnages extrêmement attachants dans les rues de Buenos Aires, et  même si on a très vite la certitude que rien de grave n’est arrivé aux enfants, on est quand même subjugué par la qualité de la mise en scène et par le charisme des deux interprètes principaux du film : l’élégant  Ricardo Darin et la très convaincante Belen Rueda. Ce thriller a un charme fou et nous éloigne de tous ces polars alambiqués qui copient sans talent le cinéma américain, et dont nous nous sommes faits une spécialité dans l’hexagone. Chaudement recommandé !

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Un film exemplaire : « Le procès de Viviane Amsalem » (2014)

VivianeDans Le procès de Viviane Amsallem (2014) de Ronit Elkabetz et Shlomi Elkabetz, une femme mariée depuis vingt ans demande le divorce, que son mari lui refuse. Débute alors un procès devant un tribunal rabbinique qui va durer près de cinq ans. Sur cette trame extrêmement ténue Ronit et Shlomi Elkabetz nous emmènent avec eux au coeur de la tourmente : sans aucune forfanterie on assiste, audience après audience, aux tourments d’une femme qui demande une choses simple, évidente, la reconnaissance de ses droits de femme les plus élémentaires ; puisqu’elle n’aime plus son époux, lequel ne lui adresse même pas la parole depuis plusieurs années, pourquoi les trois rabbins du tribunal refusent-ils de prononcer le divorce ? Parce que nous sommes quelque part (le lieu n’est jamais nommé) en Israël au vingt-et-unième siècle, et que les épreuves multiples que doit traverser cette femme pourraient se dérouler en des temps beaucoup plus obscurs et reculés. Quand religion et matière juridique s’entremêlent (en l’occurrence droit civil dans cette histoire) c’est toujours au détriment du bon sens et de la raison. Alors une farandole de situations, toutes plus surréalistes les unes que les autres (les trois juges menaçant de retirer le permis de conduire au mari qui refuse de se présenter aux audiences, alors qu’il ne l’a pas ; le frère du mari faisant office d’avocat accusant l’avocat de la plaignante d’être amoureux d’elle ; les témoins des deux époux tous plus hypocrites les uns que les autres, etc…), nous montre à quel point le sort des femmes est bafouée tous les jours, un peu partout dans le monde. Ce film courageux réalisé par la sublime Ronit Elkabetz (avec Shlomi Elkabetz) qui interprète elle -même avec beaucoup de dignité le rôle de cette femme malheureuse mais combative, devrait être montré dans beaucoup de facs de droit comme un témoignage de premier ordre sur la violence des hommes à l’encontre des femmes. Tous les interprètes du film sont merveilleux et Simon Abkarian, qui joue l’époux mutique Elisha Amsallem, trouve dans ce film son meilleur rôle avec celui de L’affiche rouge dans lequel il interprétait avec classe le résistant Manouchian.

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