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Saisissante « Elle »

ElleDans Elle de Paul Verhoeven (2016) Isabelle Huppert incarne une femme à qui il arrive un nombre invraisemblable de choses, en très peu de temps. Et filme de manière clinique la montée en puissance d’un caractère. En adaptant pour l’écran un roman de Philippe Djian, le cinéaste hollandais se frotte pour la première fois avec la culture française, et surtout avec un genre bien défini : le film bourgeois français, qui possède ses figures imposées (la scène de repas entre amis, la scène à l’hôpital, les traditionnelles scènes de baise), mais ici on les redécouvre ; car la maîtrise impressionnante de l’outil cinématographique par Verhoeven irradie sa mise en scène de toutes parts, aidée par une Isabelle Huppert éblouissante, bien accompagnée par une distribution de premier ordre (Laurent Laffitte, inquiétant à souhait, Charles Berling, pour une fois émouvant dans un film, Virginie Efira, Anne Consigny, Vimala Pons et Judith Magre… toutes très émouvantes). Mais c’est surtout dans la montée insidieuse de l’inquiétude et de la peur, mêlée à l’assouvissement du désir et à la réalisation mortifère des fantasmes, que nous sommes conviés, dans un joyeux jeu de massacre orchestrée subtilement par ce très grand réalisateur. Son film français est un chef-d’oeuvre de maîtrise et d’ambiguïté, et pour le moment un des plus beaux films de cette année 2016.

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Le cinéma français a-t-il encore quelque chose à dire de pertinent 3 ?

amities-sinceres 2L’an dernier Les Cahiers du cinéma s’interrogeaient sur la pertinence politique du cinéma français, et proposaient par la même occasion quelques pistes à explorer. Cependant qu’apprend-on aux jeunes gens en école de cinéma (publique ou privée, qu’importe) ? Au-delà des cours d’analyse filmique, et d’histoire des formes au cinéma, comment donner l’envie farouche, déterminante, obsessionnelle, à une jeune femme ou à un jeune homme, de donner vie à ses ébauches de mise en scène ? Comment le guider sur les pas de ceux qui avant elle ou lui se confrontèrent à la dure réalité, au chemin de croix semé d’embûches, de la préparation d’un long-métrage ? Qui sont les professeurs d’art cinématographique aujourd’hui qui renseignent le désir des jeunes gens ? Dans son livre d’entretiens avec Chris Rodley (David Lynch : entretiens, Cahiers du cinéma, 1997) le réalisateur américain David Lynch n’oubliait pas de remercier son professeur de cinéma, qui l’éveilla au monde complexe des films quand il était étudiant en Arts ; de même, ce week-end, lorsqu’il reçut l’Oscar du meilleur acteur des mains de Julianne Moore pour son rôle dans The Revenant (Alejandro Gonzalez Iñarritu, 2016), Leonardo DiCaprio n’oublia pas de remercier le réalisateur Michael Caton-Jones qui fut le premier à lui donner un rôle important au tout début de sa carrière (dans Blessures secrètes, 1993). C’est simplement de la reconnaissance, et ça ne mange pas de pain ; cependant, en France, on est à mille lieux de tout ça, dans un pays où on apprend aux mômes qu’il suffit d’avoir une belle gueule et de la répartie pour réussir, pour le reste ce n’est pas grave, le talent viendra après, au bout de quelques années de métier pour les plus chanceux. Comment donner envie aux gens que nous sommes de donner un billet de 10 pour aller voir un film en salle ? Ce qui était autrefois le summum du plaisir est-il en train de devenir une contrainte ? Préférer rester enfoncé sur son canapé pour regarder un match à la con de La Ligue des Champions (dans la mesure où depuis dix ans les 5 clubs les plus friqués de la planète se partagent le trophée), plutôt qu’aller faire découvrir un Star Wars à son gosse de 8 ans, et retrouver devant ses yeux émerveillés l’enfant que nous étions nous aussi, dans une lointaine, très lointaine galaxie… Pourquoi la magie devrait-elle disparaître de notre monde, aujourd’hui où nous avons tellement besoin d’elle. Arrêtez de donner du fric à des ploucs qui ne méritent pas de toucher à une caméra de cinéma, et laissez leur chance à des jeunes gens passionnés, inconnus au bataillon, qui ne devront leurs futures récompenses, qu’à leur seul mérite,qu’à leur seul talent… ça c’est de la politique, mais est-ce trop demander ? A quoi peut bien servir l’argent public qui subventionne la culture alors ? A financer le prochain navet d’un réal qui a déjà 20 films à son actif et qui se permet d’adresser son scénario à l’Avances sur recettes ? De grâce, de qui se moque-t-on ? Et qui décide de quoi ?

Allez encore un effort pour nous faire croire que le cinéma français a encore un avenir…

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Heureusement, les « anciens » sont là pour redorer le blason !

Belles famillesUn cinéaste, qui n’avait pas tourné depuis 12 ans (Bon Voyage date de 2003), âgé de 83 ans, offre le film le plus rafraîchissant de la rentrée. Et c’est à se demander si notre cinéma ne serait pas en fin de compte sauvé par les « vieux » ; déjouant tous les pronostics, Jean-Paul Rappeneau, qu’on avait perdu de vue il faut bien le dire, depuis ses adaptations en costumes d’Edmond Rostand et de Jean Giono dans les années 90, revient à ses premières amours : la comédie sautillante, légère comme le vent que fait tourner autour d’elle la comédienne Marine Vacth, une révélation dans ce film, à des années lumières du film racoleur de François Ozon Jeune & Jolie qui la révéla. Parfois, pour une comédienne ou un comédien, aller faire un tour du côté des vieux singes de la profession procure, paradoxalement, comme un bain de jouvence : il n’y qu’à voir Joaquin Phoenix et Emma Stone qui se réinventent chez ce roublard de Woody Allen, dans L’Homme irrationnel (qui sera chroniqué ici-même très prochainement). Alors c’est avec une joie réelle qu’on accueille ces Belles Familles (2014) et qu’on s’amuse aux marivaudages d’acteurs aussi différents (et aux registres de jeu parfois opposés) que Mathieu Amalric et Gilles Lellouche, Guillaume de Tonquédec et André Dussolier, Nicole Garcia et Karin Viard… Réussir à faire une comédie de cette trempe, avec cette fraîcheur juvénile, bravo l’artiste ! Cela faisait très longtemps que ça n’était pas arrivé… depuis au moins La Petite Lili de Claude Miller en 2002.

Alors précipitez vous dans les salles, ce film est une aubaine !

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Le cinéma français a-t-il encore quelque chose à dire de pertinent ? 2

piccoli-lanvinDepuis de nombreuses années on a assigné au cinéma le rôle suivant : montrer, accompagner, donner à voir les soubresauts de la société ; ainsi, pour certains, l’art cinématographique n’est rien d’autre qu’une nouvelle discipline intellectuelle en sciences humaines. Je suis contre cette idée, et les mêmes qui voulaient se servir de la littérature au siècle passé pour assouvir leur passion triste de la politique (cf. toutes ces foutaises de littérature engagée, de réalisme socialiste, de nouveau roman, et j’en passe…) s’en donnent à coeur joie aujourd’hui avec le cinéma. Il faudra pourtant bien un jour se libérer de tous ces discours méta, post, supra, qui encombrent les articles et les pensées sur le cinéma. Reporter les névroses des uns et la dernière coucherie des autres mal négociée (eh oui, souvent dans la vie ça ne se passe pas comme dans les films) sur la structure narrative du dernier film à la mode n’aide pas toujours à garder ses sens en éveil. Ce qui nous manque aujourd’hui en France et dans les Dom-Tom pour savourer après coup les films qu’on a honte d’avoir aimés c’est quelqu’un comme Pauline Kaël, ou Roger Ebert, ou Peter Biskind, car depuis la disparition de Roger Tailleur et de Serge Daney on est orphelins d’analyses critiques fines, subtiles et humoristiques. Aujourd’hui tout est passé à la moulinette du relativisme, de la hype et de l’effet de sidération. On vous dit quels cinéastes aimer (Haneke, Werasethakul, Bilge Ceylan), quels cinéastes conchier (à peu près tous les réalisateurs de comédies et de policiers made in France), et si vous avez le malheur de sourire aux aventures des super-héros en collants bleus ou mauves, vous faites sans nul doute partie du clan des blaireaux qui aimaient les inepties made in USA dans les années 80. Alors pour garder bonne mesure, et donner le change, pour ne pas passer pour un imbécile ou un zozo, on se force à aimer : par exemple, les films des Monthy Pythons, c’est d’un chic (autant leur série pour la BBC me faisaient mourir de rire quand j’étais petit, autant leurs délires pour le grand écran m’ennuient, m’ennuient) ; autre exemple : se prosterner aujourd’hui devant les séries américaines qui font l’apologie de la violence, de la compétition acharnée et de la loi du plus fort, comme Game Of ThronesBreaking Bad ou House Of Cards

Enfin, quoi, on s’empêche de dire qu’on préfère Un moment d’égarement circa Claude Berri 1977 de son remake 2015 de Jean-François Richet, un cinéaste fort estimable par ailleurs ? On n’ose pas dire qu’on aime Une étrange affaire de Pierre Granier-Deferre 1981 parce que ça ressemble trop à Claude Sautet (lequel est soit dit en passant mon cinéaste français préféré avec Louis Malle) ? Pourtant, sur les relations malsaines, destructrices, délétères, manipulatrices et perverses entre le monde ouvrier et le patronat, il y a bien plus de finesse que dans le pensum moralisateur La loi du marché de Stéphane Brizé (2015) ; enfin, je trouve, et l’ensemble de ces propos n’engagent évidemment que moi.

Mais c’est bien parfois de faire la comparaison de certains films entre eux à trente ou quarante ans de distance, ça donne des points de vue circonstanciés sur le monde qui nous entoure… ça facilite une meilleure compréhension entre les uns et les autres… tiens, ça ressemble à du Lelouch, non ?

à suivre

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Dheepan réveille-t-il le cinéma français ?

DheepanA première vue la Palme d’or de Cannes 2015 est un coup de massue dans l’inertie du cinéma français. Un réalisateur côté, un sujet sensible, des acteurs inconnus, un filmage au plus près du sujet, caméra dans le dos dans certains plans à la manière de La Loi du marché pour immerger le spectateur dans un environnement hostile (au début du film la jungle sri-lankaise et un camp de réfugiés, ensuite une cité en France). Seules les dernières images dans un quartier cossu en Angleterre contiennent des couleurs chatoyantes, illustration du soi-disant nouvel eldorado pour les migrants du monde entier (quand l’actualité la plus brûlante rejoint le cinéma actuel). Et c’est là qu’on peut se poser de nombreuses questions sur le sens politique du film. Evidemment la plupart des jeunes cinéastes français occultent complètement la question, répondant la plupart du temps avec beaucoup d’arrogance qu’ils ne s’intéressent pas à la politique, que ce sont des artistes ! Tu parles Charles ! S’il y a bien une discipline artistique éminemment politique c’est bien le cinéma, dont l’histoire est parsemée de chefs-d’oeuvre incandescents, qui près de cent ans après leur apparition continuent de donner des complexes à nos faiseurs d’images nationaux (Le Cuirassé Potemkine d’Eiseinstein, Metropolis de Fritz Lang, L’Aurore de Murnau, L’Opinion publique de Chaplin, …).

Jacques Audiard est-il un cas à part ? Oui, je crois, car ce cinéaste brillant, dont je tiens Un héros très discret (1996) pour son véritable chef-d’oeuvre, plonge à chaque film en immersion dans un sujet de société complexe, loin des discours démagogiques des uns et des autres, comme par exemple la description naturaliste de l’univers carcéral dans Un Prophète (2009). Cependant le réalisateur est un pessimiste car si on considère la narration de Dheepan on se rend vite compte que pour lui la France n’est pas et ne sera jamais un havre de paix pour les réfugiés qui veulent se reconstruire loin de la violence et des conditions aléatoires d’existence. Dans le film Dheepan va devoir retrouver ses instincts guerriers afin de survivre au milieu de la cité où il occupe l’emploi de concierge et d’homme à tout faire, et en même temps sauvegarder l’intégrité de sa « fausse » femme et de sa « fausse » fille. Mais est-ce vraiment cela la France des cités aujourd’hui ? Des zones de non-droit aussi dangereuses et criminogènes que les fire zones du Sri-Lanka ? Alors Dheepan, dans la seconde moitié du film, se transforme en justicier, en vigilante, et à la manière de Charles Bronson dans Death Wish de Michael Winner (1974) va dessouder toute la racaille malfaisante de la cité. Alors c’est ça le pacte d’intégration républicaine dans notre pays ? C’est le seul avenir qu’on vend à tout le monde ? La guérilla urbaine, la dope et les fusillades en pleine rue à coté des écoles maternelles et primaires ?

On me rétorquera qu’il ne s’agit que d’un film, évidemment, et qu’il faut surtout s’arrêter sur la proposition de cinéma de Jacques Audiard, qui est la suivante : comment fait-on un film de genre en France, à l’intérieur du carcan essentialiste du cinéma français, celui de Claude Sautet et de Maurice Pialat ? En faisant péter les plombs à un ancien tigre tamoul qui ne rêve que de paix majestueuse symbolisée par un éléphant ? Mmmouais… de qui se moque-t-on ?

Sinon, en matière de solides images et d’interprétation puissante, précipitez-vous pour aller voir Dheepan qui est quand même au-dessus du lot de la production hexagonale. Pour le constat sociologique, chacun se fera son opinion…

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Le cinéma français a-t-il encore quelque chose à dire de pertinent ?

Des lendemains qui chantent de Nicolas Castro (2013)

Des lendemains qui chantent de Nicolas Castro (2013)

Petit exercice simple à réaliser : demandez à vos proches, à brûle-pourpoint, de vous citer un moment d’émotion lié à un film français. Ensuite comparez les dates de production des films évoqués. Combien faut-il d’années pour qu’un moment de cinéma se transforme en objet de rêverie, d’étude, de reconnaissance éternelle ? Honnêtement, depuis l’an 2000, qu’est-ce que le cinéma français a proposé de singulier, de neuf, d’original, aux spectateurs autrefois accrochés aux basques de Jean Gabin, de Gérard Philippe, de Lino Ventura ? A-t-on encore le droit de rêver quand on va au cinéma, ou bien doit-on reprendre le langage balisé, calibré, de la critique parisienne qui va se pâmer pour un navet mettant en scène des personnages antipathiques des beaux quartiers, oisifs et politiquement incorrects, se posant des questions sur le sens de l’existence dans un bel appartement de l’Avenue Montaigne ? Ou alors on va avoir droit à l’encensement de films se proposant d’ausculter le monde difficile des prolétaires et des laissés pour compte, avec une tête d’affiche pour mieux faire passer la pilule (Vincent Lindon dans La loi du marché de Stéphane Brizé, 2015). Comme cela on s’achète une bonne conscience à prix coûtant, d’autant plus que le financement de ces fameux films du milieu , qui auraient des choses importantes à nous raconter et à nous donner à voir, coûtent souvent la bagatelle de 3 à 5 millions d’euros, et dont les montages financiers complexes masquent en partie que leur seule raison d’être est de servir de véhicule à nos gloires cinématographiques  déclinantes.

En France 4 parcours se partagent l’offre cinématographique contemporaine :

- soit la mise en chantier du gros film patrimonial : Renoir de Gilles Bourdos (2012), Yves Saint-Laurent de Jalil Lespert (2014),…

- soit l’évocation du sujet de société qui tâche et qui fâche : La loi du marché de Stéphane Brizé (2015), Un français de Diastème (2015),…

- soit le flux continu de comédies débiles qui sont de formidables accélérateurs de carrière pour toutes les starlettes de la télévision française, à savoir : les comiques troupiers qui ne font rire personne (N’Gijol, Eboué, Warren Zavatta, Ramzy Bédia, Gaspard Proust, Guillon,…), les bimbos de la météo qu’on nous vend comme des actrices glamours, au secours ! (Frédérique Bel, Louise Bourgoin,… enfin il y en a tellement !), des animatrices d’émissions saugrenues (Virginie Efira, Anne-Sophie Lapix,…)

- soit le coup de poing dans la gueule à travers la promotion de films nullissimes censés choquer les bourgeois et les bien-pensants, dont le gourou reste et demeure l’antipathique réalisateur autrichien Haneke (Gaspard Noé, Catherine Breillat, dans une moindre mesure Jacques Audiard, Kervern et Delépine)

à suivre…

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