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« Le Prix du danger » (1983) [#2]

Le prix du danger 2

En imaginant, en 1983, le monde d’aujourd’hui, dans lequel on demande aux candidats d’un jeu télévisé d’éliminer les autres participants pour avancer dans le jeu (c’est d’ailleurs le principe actuel sur lequel sont basées toutes les émissions de télé-réalité, en France et dans le monde), Yves Boisset imaginait ce qui pourrait advenir de pire. Le pire c’est ce qui arrive quand les derniers garde-fous d’une société ont irrémédiablement sauté : comme celui de la préservation de la vie humaine, en tant que droit sacré inaliénable. Nul n’a le droit d’attenter à la vie, pleine et entière, d’autrui. Sans ce principe fondateur de la démocratie moderne, la civilisation succombe sous les assauts de la barbarie totalitaire. Mais ce qui est pire que tout, ce qui est par dessus-tout indéfendable, c’est cette idée selon laquelle n’importe quel citoyen choisit librement, en son âme et conscience, d’être la victime volontaire, expiatoire, d’une émission télévisée que tout le monde regarde.

À l’époque où le film était tourné la télé-poubelle d’aujourd’hui n’existait pas encore. Bien entendu, en 1983 la télévision française était aux ordres du pouvoir politique et financier. Cependant il n’y avait pas encore eu les règnes des Étienne Mougeotte, des Patrick Le Lay, des Francis Bouygues, ces magnats de l’audiovisuel qui en l’espace de quelques années dessinèrent à coups de milliards le monde médiatique d’aujourd’hui. Le Prix du danger faisait alors prendre conscience de ce qu’il y aurait de mortifère à proposer à n’importe lequel d’entre nous des programmes débiles et avilissants via les canaux hertziens de distribution audiovisuelle à flux continus. De bout en bout le personnage incarné par Gérard Lanvin, qui était jeune, qui se révoltait contre cet état de fait, personnifiait avec justesse cette constatation : c’étaient les vieux arrivés qui envoyaient les jeunes individus pleins de sève au casse-pipe. Il s’agissait d’un principe historique inchangé depuis les années d’Ancien Régime. 

Ainsi le personnage, roublard à souhait, du présentateur vedette incarné avec classe par l’immense et regretté Michel Piccoli, envoie ce brave révolté Jacquemard, qui ne sait plus comment satisfaire sa jolie et fraîche fiancée (interprétée par Gabrielle Lazure), au pilori. Bruno Crémer, lui, (impeccable, comme d’habitude – il faudra un jour revenir en détail sur tout ce qu’a apporté au cinéma français cet acteur de cinéma de très haute stature) joue le rôle, tout en circonvolutions machiavéliques, du roué patron de la chaîne ITV, qui se défausse de tout jugement moral, pendant que son assistante incarnée par Marie-France Pisier joue à la merveille les faux-semblants.

Le Prix du danger pose la seule vraie question autour de laquelle tournent à l’envi tous les films de politique-fiction français des années 1970 et 1980 : peut-on un jour, raisonnablement, faire plier le système ? 

D’autres films de ces années-là tenteront d’apporter une réponse. Nous en parlerons très prochainement. J’en profite pour vous souhaiter, à toutes et à tous, un agréable déconfinement, et un retour à la normale dans vos vies quotidiennes.

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« Le Prix du danger » (1983)

Le regretté Michel Piccoli interprète avec gourmandise l'odieux présentateur télé Frédéric Mallaire.

Le regretté Michel Piccoli interprète avec gourmandise l’odieux présentateur télé Frédéric Mallaire.

Dans Le Prix du danger (France/Yougoslavie, 1983) d’Yves Boisset un homme esseulé socialement, car il est au chômage et qu’il ne peut pas offrir à sa fiancée une vie éloignée des contingences matérielles, décide de participer à un jeu télévisé ignoble, filmé en direct et retransmis par la chaîne CTV dans toute l’Europe pour 200 millions de téléspecta.teur.trice.s. Le but du jeu est le suivant : le candidat, volontaire, doit échapper à une chasse à l’homme. 5 tueurs, eux aussi des candidats, doivent donc occire le participant et l’empêcher de gagner le chèque pourvu de quelques milliers de dollars, dont la remise signerait sa victoire.

Ce film est bien sûr un film à message contestataire, ce qui était la spécialité du réalisateur Yves Boisset. Il avait pour habitude de signer des films coups de poing comme L’Attentat (France/Italie/RFA, 1972), Le juge Fayard dit Le Shériff (France, 1977) ou encore Dupont Lajoie (France, 1975). On était friand de ses films dans les années 1970, car ils représentaient une voie médiane entre les films ouvertement politiques de Costa-Gavras – je pense entre autres à L’Aveu (France/Italie, 1970), à État de siège (France/Italie/RFA, 1972) et à Section spéciale (France/Italie/RFA, 1975) – et les drames psychologiques policiers de Georges Lautner, comme Il était une fois un flic (France/Italie, 1972), Les Seins de glace (France, 1974) ou Mort d’un pourri (France, 1977).

Après l’euphorie consumériste des « Trente glorieuses » (en gros entre 1946 et 1975) le contexte économique et social avait changé, et les films français – entre autres – reflétaient le malaise contemporain. Une forme de violence sociale de la part des possédants à l’encontre des organisations ouvrières, puis le malaise économique dû en partie à la courbe du chômage qui ne cessait de monter après les chocs pétroliers successifs de 1973 et de 1979, enfin un sursaut des catégories sociales populaires qui n’acceptaient plus tellement que les autorités politiques leur ordonnent quoi faire, quoi penser, et comment, tout cela ensemble donna naissance à une ébullition de  laquelle certaines œuvres tirèrent profit. Ces films, ces livres, touchèrent de plein fouet le grand public populaire. Et les films du compère Boisset en faisaient partie.

 À suivre…

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Une odyssée pour les enfants : « Natty Gann », le beau film de Jeremy Kagan (1985)

image-natty-gann-02 Nous sommes en confinement depuis maintenant un mois et l’angoisse qui ceinture le monde entier (à cause d’un coronavirus particulièrement meurtrier) n’épargne personne.

Pour les plus chanceuses et chanceux d’entre nous, c’est-à-dire celles et ceux qui n’auront pas été contaminés et/ou n’auront pas développé les formes graves de la maladie (inflammations hors de contrôle et troubles respiratoires et cardiaques aigus) le visionnage de films est une aide précieuse, un secours qui adoucit les conditions drastiques de vie au quotidien ; je sais par expérience que dans les moments délicats de l’existence, pour lesquels nous ne sommes pas bien préparés – en soins intensifs ou en convalescence dans une complexe hospitalier spécialisé – s’abandonner un peu plus d’une heure au visionnage d’un beau film de cinéma permet d’oublier les tracasseries médicales et psychologiques induites par la maladie. L’angoisse se résorbe avec la vision des images de cinéma mises en boîte (dans la bobine de celluloïd) pour notre plus grand plaisir.

De nombreux parents doivent s’improviser professeur des écoles et des collèges, et ils se sont vite aperçus que ça ne s’improvise pas. Alors pour détendre un peu l’atmosphère – en ces temps de vacances pascales très particulières – je propose des idées de films pour leurs enfants : aujourd’hui j’ai envie de présenter le très beau Natty Gann (The Journey of Natty Gann, États-Unis, 1985) de Jeremy Kagan, une production de Walt Disney Pictures.

Natty Gann

Natty Gann débute à Chicago en 1935. Un père de famille, Sol Gann, qui vit seul (il est veuf) avec sa fille de 12 ans, Natty, a de plus en plus de mal à trouver du travail au jour le jour dans la mégapole. Il faut dire que les années qui suivent la Grande Dépression de 1929, même avec la mise en place du New Deal dès 1933 sur l’ensemble du territoire des États-Unis, sont difficiles pour les travailleurs pauvres, pour tous les ouvriers qui n’ont que leur force de travail à offrir. Encore faut-il être choisi au bureau d’embauche par les contremaîtres. Vivre dans ces conditions difficiles a rendu Natty précoce dans ses faits et gestes, elle écume les rues de son quartier en compagnie des autres gosses que cette existence indocile ont fait grandir trop vite. Mais voilà, le père de Natty a une proposition d’embauche de dernier recours pour aller couper des arbres dans l’état de Washington, cap à l’Ouest, pendant un an. Le car qui doit emmener les ouvriers part à 6 heures du soir et Sol ne va pas avoir le temps de prévenir sa fille qui passe son temps à courir les rues. La séparation va être brutale. Si bien que Natty va prendre la ferme résolution de rejoindre son père en sautant de train en train de marchandises. C’est ce périple, cette odyssée adolescente en terres nord-américaines, que le film raconte, et qui devrait ravir le jeune public.

La jeune interprète du nom de Meredith Salenger qui interprète Natty Gann est craquante à souhait et son compagnon d’aventures, Jed, est un superbe chien-loup dont les enfants feront bien vite leur mascotte. On y trouve aussi le tout jeune John Cusack dont le personnage de jeune travailleur qui va accompagner Natty en quelques endroits de son trajet s’écarte des stéréotypes. Et le génial comédien Ray Wise (vu autrement plus inquiétant chez David Lynch par exemple) incarne à merveille un père plein de compassion.

Il s’agit d’un bien joli film qui nous vient du milieu des années 80 et dont le catalogue de Walt Disney regorge ; en plus avec l’installation de Disney+ dans les foyers il y a fort à parier que beaucoup vont retrouver, avec nostalgie, leur âme d’enfant, afin d’oublier, pour quelques heures, le cours anxiogène d’une cruelle réalité épidémique.

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« Cœurs ennemis » de James Kent (2019)

TA_03510.NEF À Hambourg, six mois après la signature de l’armistice à Berlin qui a mis fin à la guerre opposant les forces alliées au régime nazi, un colonel de l’armée du Royaume-Uni, Lewis, prend ses fonctions dans une très belle demeure réquisitionnée. Sa femme, Rachel, vient le rejoindre pour vivre avec lui dans la zone d’occupation anglaise de la ville. Très vite, Lewis propose que le propriétaire allemand de la demeure, un séduisant architecte du nom de Stefan Lubert, continue à vivre au grenier aménagé avec sa fille Freda. Rachel, la femme du colonel, est réticente au début à l’idée de cette cohabitation avec « l’ennemi ». Mais, peu à peu, son animosité originelle à l’encontre de Stefan et de sa fille mutique va se fissurer, puis laisser place à un désir ardent.

Pendant que son mari gère une situation conflictuelle, qui oppose les autochtones, détruits physiquement et moralement par la guerre d’extermination opérée par leurs dignitaires quelques mois auparavant, et une armée d’occupation britannique totalement débordée, Rachel veut donner un nouveau départ à son existence, elle aussi brisée à cause de la guerre. Mais avec qui décidera-t-elle de donner un nouvel élan à sa vie ?

Cœurs ennemis (The Aftermath, Royaume-Uni/États-Unis/Allemagne, 2019), du réalisateur britannique James Kent, renoue avec les productions d’autrefois, de plus en plus rares au cinéma depuis quelques années ; il s’agit à la fois d’un film historique et d’un drame romantique (avec un soupçon de mélodrame) qui nous plonge avec délicatesse dans les tourments d’une jeune femme tiraillée entre deux amours.

Oui, il s’agit d’un film réalisé à l’ancienne manière, et pour que cela fonctionne auprès de spectatrices et de spectateurs davantage habitué.e.s aux formes actuelles de récit (naturalisme exacerbé et hystérie collective à tous les étages) il ne fallait pas se tromper dans le choix de casting. Et à cet endroit le film est carrément génial : car Keira Knightley, Jason Clarke, Alexander Skarsgård et Flora Thiemann jouent leurs partitions à merveille. Sans oublier la présence, considérable dans la marche dynamique du récit, d’un superbe piano du prestigieux facteur Steinway & Sons.

Une interprétation remarquable de l’ensemble des comédien.ne.s, une très belle cinématographie, chaude et enveloppante, et un final assez remarquable, cela est-il si courant au cinéma de nos jours ?

Précipitez-vous avec gourmandise sur ce film habilement construit à partir de vos plateformes de SVOD préférées ; vous m’en direz des nouvelles !

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Ciné 90 : (#3) « Le Parrain, 3e partie » de Francis Ford Coppola

La passation des pouvoirs ténébreux se déroule dans les jardins du Vatican.

La passation des pouvoirs ténébreux se déroule dans les jardins du Vatican.

« Le vrai pouvoir ne se donne pas, il se prend. »

Cette phrase ornait toutes les affiches françaises du Parrain, 3e partie (The Godfather Part III) sur les façades de nos salles fétiches en 1990. Et cette phrase disait vrai. Michael Corleone, avait repris le flambeau de son père, le Don venu de Sicile, et avait fait prospérer son empire du crime. Mais en 1979, à New-York, où débute cette troisième et dernière partie de cet opéra baroque, complexe, avec des niveaux de lecture différents, des entrelacs d’arcs narratifs complexes et passionnants à suivre et à interpréter, les temps ont changé, et les mafiosi d’autrefois cherchent maintenant la respectabilité. C’est cette reconnaissance d’entrepreneur dans des affaires licites qui vont mener Michael jusqu’aux terres originelles, en Italie, dans le village de Bagheria, ensuite dans les jardins de l’évêché de Palerme, puis ceux du Vatican.

Mais il faut voir ce film puissant, sombre et beau, tourné en 70 mm, l’objectif préféré du maestro Francis Ford Coppola, en saisir tous les raffinements, voir évoluer sur l’écran les couleurs chatoyantes du Sud de l’Italie, apprécier à sa juste mesure les performances éblouissantes d’Al Pacino, de Diane Keaton, d’Andy Garcia, et de tous les autres… Il faut mesurer le génie mis à l’oeuvre par les équipes artistiques et techniques pour parfaire cette beauté cinématographique là, quand filmer une confession à travers un treillis de roses vaut mille films contemporains d’aujourd’hui.

En 1990 le film fut mal reçu par la critique mais plébiscité pars le public, et aujourd’hui il est un écrin superbe, résistant aux outrages du temps, qui nous parle de la fuite du temps et de l’inanité de toute ambition politique, criminelle ou religieuse. Puis qu’à la fin on meurt seul, sur sa chaise, à côté de ses plants de tomates pendant que les jeunes chiens continuent de batifoler autour de nous.

Ce film est un viatique qui nous fait comprendre pourquoi aujourd’hui on continue d’aller au cinéma, en attendant qu’un nouveau miracle cinématographique se produise.

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Ciné 80 : (#1) « L’Effrontée » de Claude Miller

critique-l-effrontee-miller33 En 1985 Claude Miller sort au cinéma L’effrontée, qui est le portrait d’une jeune fille de 13 ans, Charlotte Castang, au début des grandes vacances d’été. L’ennui, la chaleur de l’été, les affres de l’adolescence qui commence, le sentiment de ne pas être compris, de perdre son temps, toutes les avanies de cet âge ingrat sont radiographiées avec tendresse et humour par un réalisateur au sommet de son art. Reprenant le flambeau de ces grands cinéastes qui filmèrent les enfants avec une maestria sidérante (Jean Vigo, François Truffaut, Robert Bresson, Maurice Pialat) Claude Miller réalise un grand film populaire (couronné par un succès mérité en salles lors de sa sortie) qui réconcilie les gens avec un cinéma de qualité, en apparence tout simple, sachant raconter sans jamais ennuyer, les petits tracas du quotidien.

Portrait d’une enfant de 13 ans au milieu des années 80, qui se pose des tas de questions et expérimente en moins d’un mois pas mal d’émotions contradictoires, le film est bouleversant car il fait éclore le talent naturel, sans artifice, de la très jeune Charlotte Gainsbourg. Quand on sait l’immense actrice qu’elle est devenue par la suite on ne peut que se féliciter du choix de Claude Miller de lui confier le rôle éponyme. Et puis retrouver Bernadette Laffont dans le rôle de Léone, à la fois confidente et maman de substitution pour Charlotte et sa petite voisine, est toujours un émerveillement, tant la grâce et le talent de cette comédienne extraordinaire ont imprimé la pellicule.

Visionner ce film c’est aussi se souvenir de qui on était, à 13 ans, au milieu des années 80, qu’on soit fille ou garçon, en Province.

En 1985 j’avais 12 ans, et à chaque fois que je regarde L’effrontée j’ai l’impression que Claude Miller a mis des images sur mes émotions et mes souvenirs de pré-adolescent. Je pense que nous sommes nombreux à considérer ce beau film sensible comme notre madeleine de Proust.

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Ciné 90 : (#2) « L’Enfer » de Claude Chabrol

L'Enfer Paul aime Nelly. Il l’épouse. Ils tiennent une auberge-hôtel dans le Sud de la France (entre Revel et Castelnaudary pour être plus précis), et peu à peu, sans qu’on comprenne pourquoi, Paul va devenir fou. Fou de jalousie. Sa femme, Nelly, va devenir le vecteur d’un problème existentiel, corrompu par la belle lumière, brûlante, du Midi.

Exercice de résolution psychanalytique de haute volée, L’Enfer (1994) de Claude Chabrol part du film inachevé d’Henri-Georges Clouzot et des essais lumière de Romy Schneider pour nous présenter sa vision du couple au milieu des années 90 en France. Et quel couple ! Campé avec classe par un jeune François Cluzet, qui ressemble à Sami Frey dans César et Rosalie (1972) de Claude Sautet, et une Emmanuelle Béart resplendissante de beauté solaire et de magnétisme animal foudroyant, ce couple ressuscite les grandes unions du cinéma français : on pense bien sûr à Yves Montand et Romy Schneider, à Gérard Depardieu et Catherine Deneuve, ou encore à Olivier Martinez et Juliette Binoche dans le trop sous-estimé Le Hussard sur le toit de Jean-Paul Rappeneau, sorti un an après L’Enfer, en 1995.

D’ailleurs on comprend finalement assez vite pourquoi Paul crève de jalousie : sa femme, Nelly, est érotiquement chargée par les électrons du plaisir et de la sensualité, inconsciente en même temps de son potentiel sexuel sur les autres mâles qui gravitent dans son giron. Alors le pauvre Paul, stressé à cause de la gérance de son hôtel, va s’imaginer des choses ; et les images mentales de Paul – des gros plans sur le visage sublime d’Emmanuelle Béart en train d’aguicher le quidam – vont précipiter ce dernier dans la folie la plus destructrice, la plus malséante.

Mais le roué Claude Chabrol nous fait douter jusqu’au bout : n’assistons-nous pas plutôt à la lente formation d’une psyché révoquée, encombrée, celle de Paul, qui s’imagine des choses qui n’existent pas, qui n’ont peut-être jamais existé ailleurs que dans son esprit tourmenté ? Le dernier plan du film, sur le visage de Paul qui se parle à lui-mêle, pose la question suivante : que font les hommes face à l’énigme du corps des femmes ? Sinon le briser, sinon le nier, sinon le rompre ?

Et le metteur en scène français n’oublie pas non plus la fulgurance qu’il y a à filmer un rasoir (attribut de la puissance masculine) non loin d’un beau visage de femme, et se souvient d’Angie Dickinson dans le troublant Pulsions (1980) de Brian de Palma.

L’Enfer est pour le coup un des meilleurs Chabrol de la décennie 90 avec Madame Bovary (1991), Betty (1992), et La Cérémonie (1995), à revoir toutes affaires cessantes juste avant l’été qui vient.

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Ciné Seventies : (#3) « Voyage au bout de l’enfer » de Michael Cimino

The Deer Hunter Voir Voyage au bout de l’enfer (1978) de Michael Cimino au cinéma, dans une copie restaurée, est une expérience incroyable ; car toute la beauté du film, ses paysages incroyables, ses gros plans d’acteurs, sa musique mélancolique (les notes de guitare en arpège qui ponctuent l’état d’esprit de l’ouvrier métallurgiste Michael Vronsky, joué à la perfection par Robert de Niro), explosent sur l’écran large, dans une farandole d’émotions qui nous submergent pendant les 3 heures de projection. Voir ce film là au cinéma c’est faire un voyage dans le passé, quand les films tournés à cette époque témoignaient d’une réelle ambition artistique, et luttaient à armes égales avec la littérature et la musique. Dans les années 70 de jeunes réalisateurs inventaient un nouveau langage cinématographique en interrogeant l’état du monde dans lequel ils vivaient, mais aussi dans lequel ils avaient grandi ; Michael Cimino en faisait partie. Italo-américain comme Martin Scorsese, Francis Ford Coppola, et Brian de Palma, il s’ouvrit une voie royale à Hollywood en mettant en scène Clint Eastwood et le jeune Jeff Bridges dans Le Canardeur (1974).Et 4 ans plus tard il mit le monde à ses pieds en lui offrant ce Voyage au bout de l’enfer, qui fut sa Chapelle Sixtine, alors que ce n’était que son 2eme long métrage.

En nous racontant la vie quotidienne d’une bande d’amis, des ouvriers métallos d’une petite ville de Pennsylvanie, juste avant le départ de trois d’entre eux pour la guerre du Viêt Nam, Michael Cimino met en images une saga aussi flamboyante que celle du Parrain de Coppola (1972 et 1974 pour les 2 premiers épisodes). En structurant son film en plusieurs parties comme on découpe en chapitres un roman (la sortie d’usine ; le mariage de Steven ; la partie de chasse ; au coeur de l’enfer viêtnamien ; la capture des 3 amis ; à Hanoi ; retour de Michael décoré en Pennsylvanie ; retour de Michael à Hanoi, pendant sa chute, pour sauver Nick ; les funérailles de Nick ; et enfin, dernier repas partagé ensemble) le réalisateur prouve que le cinéma est un art d’une amplitude sans commune mesure avec les autres arts, car la maîtrise formelle conjuguée à l’audace de la narration stricto sensu délimite un film-monde, totalisant, qui ouvre sur une nouvelles façon d’envisager la lumière et le son, le souffle romanesque avec l’intimité la plus stricte. Chacun des acteurs incarnant cette bande d’amis, et bien sûr la divine Meryl Streep, auraient chacun et chacune mérité un prix d’interprétation ou un Oscar ; Et pour moi, dans la peau de l’ouvrier Michael Vronsky, Robert de Niro y trouve le rôle de sa vie.

Un chef d’oeuvre absolu, à voir nécessairement sur un grand écran de cinéma !

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Ciné Seventies : (#1) « Sorcerer : Le convoi de la peur » de William Friedkin

Le_Convoi_de_la_peur Pas moins de 38 ans auront été nécessaires pour découvrir enfin la beauté stupéfiante du master piece de William Friedkin : Sorcerer (titre français à sa sortie : Le Convoi de la peur) sorti en 1977 dans l’indifférence générale. Il resta seulement 2 semaines à l’affiche aux Etats-Unis, et Paramount et Universal, coproducteurs du film, le remisèrent au placard. Et Friedkin perdit du jour au lendemain son statut de super cinéaste cinglé à la manière d’un autre grand allumé notoire : ce vieux brigand de Sam Peckinpah. Car, pas de chance, ou ironie du sort, Sorcerer sortit sur les écrans en même temps qu’un petit film de S.-F. dont on n’attendait pas grand chose : Star Wars, d’un dénommé Georges Lucas…

Le reste appartient à l’histoire du cinéma.

Cependant, découvrir ce fameux Convoi de la peur aujourd’hui, grâce au très beau travail de l’éditeur La Rabbia, est une expérience dont il ne faut pas se priver, car le résultat est stupéfiant : car dans le film, tout est vrai, la moiteur étouffante dans ce coin déglingué d’Amérique du Sud, les trognes des habitants, l’intensité des regards et la prestation hallucinée des 4 comédiens principaux, magistraux, la puissante armature métallique des camions, roulant à toute berzingue dans la jungle hostile. On sait que Friedkin avait proposé les rôles à Steve McQueen, à Lino Ventura et à Marcello Mastroianni au début, et qu’il se résolut (à contre coeur) à prendre Roy Scheider, Bruno Crémer (impérial !) et Francisco Rabal à la place. Et c’est sans doute ce qui est arrivé de mieux tant le magnétisme et le charisme qui se dégagent de ces acteurs (n’oublions pas Amidou, cet acteur franco-marocain qui réalise la prouesse de nous rendre sympathique et attachant un terroriste palestinien) fait entrer le film dans une nouvelle dimension : celle d’un opéra plein de bruit et de fureur, exaltant l’engagement dérisoire, voire stupide, de l’homme face aux forces surnaturelles de la nature en furie. A cet égard la séquence de la traversée du pont suspendu par les 2 camions, réalisée sans aucun trucage, est tout bonnement stupéfiante. C’est sans aucun doute une des scènes les plus puissantes de tout le cinéma contemporain (disons de ces 40 dernières années), et les deux camions choisis pour le film, sont aussi de véritables personnages, bien plus vivants et attachants que nombre de comédiens insipides que nous devons nous farcir à longueur d’années dans des navets de première bourre qui font des millions d’entrée.

Mais Sorcerer a marqué, à sa manière, le cinéma américain des seventies, et au fil des décennies est devenu le porte-drapeau de ces films inclassables dont la dangerosité des tournages en extérieurs devait sonner l’hallali. Le revoir aujourd’hui dans des conditions optimales, dans une superbe copie restaurée, reste un plaisir à nul autre pareil. A découvrir toutes affaires cessantes !

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Retour aux sixties : « The Two Faces Of January »

TWO FACES OF JANUARY Les paysages de la Grèce intemporelle, la beauté de la Mer Egée, les riches américaines et américains en goguette parmi les ruines antiques de Knossos et d’Heraklion, la chaleur qui endort, et les velléités de meurtre, tout cela passionne depuis longtemps beaucoup de cinéastes. Il n’y a qu’à songer au parfait Plein Soleil de René Clément (1960) ou à l’élégiaque Un thé au Sahara de Bernardo Bertolucci (1990) pour s’en convaincre.

Athènes, 1962, un jeune américain, guide de tourisme sur le site de l’Acropole, profite de ses pauses pour observer les allées et venues d’un couple d’américains à la coule. Irrésistiblement notre jeune ami, Rydal, un peu filou sur les bords, va faire connaissance avec le séduisant Chester MacFarlane et sa ravissante épouse Colette, bien plus jeune que lui. Rydal va vite se rendre indispensable auprès des américains, avec dans l’idée de surtout s’attacher aux basques de la charmante épouse. Evidemment rien ne va se passer comme prévu…

Sure cette trame classique de thriller haut de gamme (les lumières de la Grèce et de la Turquie sont somptueuses) le réalisateur Hossein Amini filme avec grâce les circonvolutions de nos trois charismatiques personnages (les sublimes Viggo Mortensen, Kirsten Dunst et Oscar Isaac) dans des paysages à couper le souffle, aussi bien en Grèce, en Crête, qu’à Istanbul, une des plus belles villes du monde.

Bien sûr on ne peut s’empêcher de penser à Alain Delon, à Maurice Ronet et à la délicieuse Marie Laforêt, croqués par la caméra enchanteresse de René Clément en 1960 ; cependant The Two Faces Of January (2014) tient en haleine jusqu’au bout et on aimerait continuer à suivre le face-à-face haletant de Rydal et de Chester une bonne heure de plus.

Un film de genre magnifiquement éclairé et mis en musique par le génial Alberto Iglesias, qui mérite d’être vu et d’avoir une place de choix dans nos vidéothèques.

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