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Quand tu souris : « Smile » (2022) de Parker Finn

Inquiétant ce joli sourire, non ?

Inquiétant ce joli sourire, non ?

Une psychiatre, Rose Cotter, travaille dans un service d’urgences à l’hôpital, dans le New Jersey.  Elle y reçoit une jeune patiente en état de choc. Pendant qu’elle lui parle et qu’elle commence à établir un diagnostic, la jeune femme, de plus en plus instable, finit par se suicider devant elle. En mourant, elle affiche sur son visage un sourire à jamais figé, même jusqu’à la morgue de l’hôpital. À partir de cette situation traumatique, notre jeune psy va être confrontée à de plus en plus de situations anxiogènes. Lesquelles vont avoir un impact néfaste sur son existence : délitement de son couple, suspicion de ses confrères, incompréhension de ses proches. Seul son ex petit ami, un policier bienveillant, semble lui prêter une oreille attentive.

Sur cette trame archi-rebattue de film d’horreur (la malédiction qui fait de votre vie quotidienne un enfer), cette production Paramount Pictures de 2022 propose une relecture passionnante du genre, car elle possède deux éléments de poids : d’abord une actrice géniale, Sosie Bacon, qui porte entièrement Smile sur ses épaules. Son interprétation d’une psychiatre brillante dépassée par les événements est absolument convaincante. Ensuite une mise en images innovante, avec une caméra fluide qui colle au plus près du sentiment de déliquescence qui envahit notre héroïne : on fait siens les tourments qui l’assaillent, et on compatit. D’ailleurs, les adolescent.es ont fait un triomphe au film en salles (environ 1 200 000 spectateurs et spectatrices se sont reendu.es au cinéma lors de son exploitation au cinéma en France entre octobre 2022 et début janvier 2023).

Quand on filme son histoire avec gourmandise et intelligence, généralement le public suit et le bouche-à-oreille fonctionne, même à l’ère des plateformes. Depuis quelques années le genre horrifique se porte bien , car il est tenu à bout de bras par des équipes talentueuses, au professionnalisme indéniable. Quand on respecte le matériau premier ça finit bien souvent par payer. 

Smile, à travers son portrait d’une psy en prise avec une entité maléfique d’origine inconnue, redore le blason de l’horreur et du fantastique au cinéma, là où Evil Dead Rise (2023 – Lee Cronin) a en partie échoué par exemple. On ne peut pas réussir à chaque fois. Et puis se confronter à une franchise à succès est le plus casse-gueule des exercices, c’est bien connu. En partant d’une histoire originale l’équipe du film a évité des potentiels désagréments, et des désillusions difficiles à effacer, quand il s’agit de proposer aux studios un nouveau projet de long-métrage.

Smile est une belle réussite. Mais faites attention aux sourires enjôleurs et insistants. Trop insistants pour êtres honnêtes.

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Bienvenue dans la ronde des « Hypnotics »

L'impeccable acteur américain William Fichtner offre dans "Hypnotic" une prestation de haute volée.

L’impeccable acteur américain William Fichtner offre dans « Hypnotic » une prestation de haute volée.

Un inspecteur de la police d’Austin, au Texas, est reçu par une psychologue du travail pour savoir s’il est apte à exercer ses fonctions. Depuis l’enlèvement de sa fille dans un parc de la ville, le policier, incarné par Ben Affleck (qui hérite une fois de plus d’un rôle sur mesure), est un peu à côté de ses pompes. Seul le travail lui permet de tenir encore le coup. Comme une information anonyme les prévient, lui et son coéquipier, d’un braquage à venir, ils décident de se rendre sur les lieux où se trouve la banque visée, et d’y monter une planque.

Sur cette trame scénaristique archi-rebattue, le réalisateur hollywoodien Robert Rodriguez, autrefois complice de Quentin Tarantino, nous emmène à la rencontre de personnages étonnants, les « Hypnotics », qui maîtrisent l’hypnose et la manipulation mentale au-delà même de ce qu’il est possible d’imaginer. Par certains côtés, le film fait penser au génial Scanners (1981) de David Cronenberg. On a droit aussi, chez Rodriguez, à des duels psychiques entre êtres humains qui manipulent à loisir la conscience de chacun.

En inventant « La Cellule », cette mystérieuse organisation secrète, boîte privée qui travaille pour la Défense des États-Unis, le cinéaste joue avec les thèses complotistes qui illustrent de nombreuses fictions ciné et télé en Amérique du Nord. Alice Braga (divine), William Fichtner (toujours aussi classe) et Ben Affleck, s’amusent eux et elle aussi énormément en interprétant des personnages rois et reine de l’illusion, mais qui arrivent aussi à se faire berner.

Hypnotic (2023, sur MyCanal) est aussi une œuvre de cinéma ultra référentielle, qui cite au long de ses 1h33 de métrage Le Prestige (2006) et Inception (2010) de Christopher Nolan (récompensé en février 2024 en France d’un César d’honneur pour l’ensemble de sa filmographie), la photographie dorée des films nineties de David Fincher, ou encore Paycheck (2003) de John Woo, avec déjà Ben Affleck dans le rôle masculin principal (accompagné par l’extraordinaire Uma Thurman).

Hypnotic a été présenté en séance de minuit au Festival de Cannes 2023. On comprend pourquoi, tant ce pur objet de divertissement, d’une facture irréprochable, nous emmène en terrain familier, au cœur de ce cinéma américain que nous aimons tant.

Oui, à Hollywood, les films du milieu, même s’ils sont moins nombreux qu’avant, existent toujours. Pour notre plus grand plaisir !

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Le 1er film événement de 2024 : « Pauvres Créatures » (2024) de Yórgos Lánthimos

Willem Dafoe et Emma Stone, un savant allumé et sa création.

Willem Dafoe et Emma Stone, un savant allumé et sa création.

La saison cinématographique 2024 démarre avec un chef-d’œuvre : il s’agit du nouveau film du réalisateur grec Yórgos Lánthimos, intitulé Pauvres Créatures, et récompensé cet été (2023) par le Lion d’Or du meilleur film à la Mostra de Venise (gage de qualité pour tout.e cinéphile qui se respecte).

Dans ce 8e long-métrage du réalisateur grec, il est question de créatures à la recherche de leur humanité profonde. Bella Baxter, incarnée à la perfection par Emma Stone (avec peut-être un second oscar à la clé dans un leading role), veut découvrir le monde ; et en s’émancipant, en s’affranchissant du rôle démesuré joué par les hommes, à Londres comme à Lisbonne, ou à Alexandrie, elle va acquérir une part d’humanité qui lui faisait défaut, croyait-elle. Cette nouvelle œuvre cinématographique du cinéaste grec est une dystopie steampunk :  Yórgos Lánthimos invente sous nos yeux un monde singulier, excessivement coloré, et y plonge ses personnages (fort attachants) comme on place des insectes, des batraciens et des serpents (certains venimeux, d’autres non) dans un vivarium.

Le film est un festin pour les sens, tant sa richesse chromatique et sonore n’a d’égale que la perfection de l’interprétation. Emma Stone (qu’on avait profondément aimée dans La La Land de Damien Chazelle) s’y transforme en Reine de la Comédie dramatique. Et l’utilisation de la nouvelle pellicule très haute sensibilité Kodak pour le cinéma (au rendu particulièrement chatoyant) magnifie chaque plan du film.

Il faudra visionner ce film plusieurs fois  pour en absorber toutes les audaces, tous les indices si riches qui le parsèment de bout en bout, pour en décrypter toutes les références cinématographiques : Fellini, Lars Von Trier, le Jeunet & Caro de La Cité des enfants perdus, Tarkovski, Lynch… et tant d’autres.

L’année cinéma 2024 ne pouvait pas mieux commencer !

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Quoi de neuf dans le Genre ? : [#1] « Bienvenue à Raccoon City » (2021)

L'affiche officielle du film pour l'exploitation en salles en France.

L’affiche officielle du film pour l’exploitation en salles en France.

Claire Redfield se rend dans la petite ville de Raccoon City, fondée en 1939. Elle y rejoint son frère Chris, qui est policier, et qu’elle n’a pas vu depuis 5 ans. Mais elle a des choses importantes à lui dire. Quand elle arrive en ville, devant la maison de son frère, il fait déjà nuit, et il pleut sans discontinuer. Raccoon City est une cité délaissée, abandonnée par la compagnie pharmaceutique Umbrella Corporation, et les rares habitants donneraient cher pour la quitter définitivement. Pendant ce temps des événements anormaux se produisent.

En confiant cette franchise fantastico-horrifique, Resident Evil, au réalisateur anglais Johannes Roberts (né en 1976 à Cambridge, en Angleterre) les producteurs de Constantin Film ont eu le nez creux ; car Roberts insuffle une vraie dynamique de genre à son petit traité de l’horreur pandémique qui nous frappe toutes et tous à l’heure actuelle. En imaginant les ressorts dramatiques suivants, des scientifiques à la masse font des expériences sur des êtres humains qui, bientôt transformés, leur échappent et deviennent hors de contrôle, le réalisateur anglais commente l’actualité brûlante du moment sans pour cela se départir d’une totale maîtrise de sa mise en scène.

Il n’y a qu’à voir la parfaite lisibilité de ses scènes d’action, quand par exemple on suit la petite troupe des 4 flics de Raccoon City investir les bois et pénétrer dans le manoir Spencer plongé dans une sinistre obscurité. On ne peut pas s’empêcher d’y voir un clin d’œil appuyé au débarquement des Marines coloniaux de l’espace, quand ils investissent la colonie abandonnée de la planète LV-426 dans le somptueux Aliens : Le Retour (1986) de James Cameron. D’autant plus que la séquence de mitraillage des zombi.e.s dans le noir, à l’aveugle, par Chris Redfield, est particulièrement angoissante. Son filmage fait bien ressentir tout ce que le personnage a à craindre pour sa vie. Et elle répond, comme un écho, à une scène précédente, quand le chef de la police, acculé contre un mur, avec le chargeur de son pistolet de fonction vide, s’apprête à être dévoré tout cru par un solide rottweiler zombifié.

Vous l’aurez sans doute compris, Resident Evil : Bienvenue à Raccoon City (Welcome to Raccoon City, Allamagne/Canada/États-Unis, Constantin Film/Davis Films, 2021) est néanmoins à réserver aux amateurs de films du genre fantastique et de l’horreur mêlés. Lesquel.le.s ne devraient pas être déçu.e.s tant ce nouvel opus redynamise de la plus belle des manières une franchise en perte de vitesse depuis quelques années. Évidemment, la toute dernière scène du film, comme dans les Marvel Movies, nous promet une suite à venir.

Alors, à quand une réinitialisation de la franchise bien aimée Underworld ?

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La plus jolie créature de la nuit : « Innocent Blood » (1992)

Anne Parillaud, dans la splendeur de ses 32 printemps, est merveilleuse dans cet amour de film fantastque américain de haute tenue.

Anne Parillaud, dans la splendeur de ses 32 printemps, est merveilleuse dans cet amour de film fantastique américain de haute tenue.

Il était une fois une jeune actrice de cinéma, française, qui, au début de la décennie 90, avait fracassé le box-office. C’était dans une production Gaumont pilotée par Luc Besson, un jeune metteur en scène de cinéma au succès foudroyant. Le film s’intitulait Nikita (France/Italie, Gaumont/Les Films du Loup, 1990) et son actrice principale s’appelait Anne Parillaud. Elle s’y prenait à merveille pour exécuter des contrats (dessouder des mectons au fusil à lunettes), pour le compte d’une Agence gouvernementale française (non, il ne s’agit pas d’EDF ni de la SNCF). Avec ce rôle incandescent, la jeune actrice de 30 ans enflamma le cœur ardent de toute une génération de cinéphiles. Si bien que de l’autre côté de l’Atlantique, l’immense John Landis s’éprit d’elle à son tour.

Et il lui offrit 2 ans plus tard le leader character dans un film fantastique qu’il désirait mettre en scène. Il s’agissait d’Innocent Blood, une comédie horrifique dans laquelle une jeune et sensuelle vampire donnait du fil à retordre aux mafiosi de Boston.

Curieusement, John Landis ne s’était pas encore attaqué au registre du film de vampires. Pourtant il avait offert un chef d’œuvre indémodable au film de loup-garou avec Le Loup-garou de Londres (An American Werewolf in London, Royaume-Uni/États-Unis, Polygram Pictures, 1981) dix ans plus tôt. Mais le début des années 1990 était au revival chez les suceurs de sang : pendant que son confrère Francis Ford Coppola mettait en chantier son Bram Stoker’s Dracula (Royaume-Uni/États-Unis, American Zoetrope/Columbia Pictures/Osiris Films, 1992) John Landis usinait son Innocent Blood (États-Unis, Warner Bros., 1992).

C’était en réalité un prétexte pour filmer le plus amoureusement du monde sa divine actrice Anne Parillaud, dans la beauté éclatante de ses 32 printemps. Anne Parillaud n’a jamais été aussi belle, aussi sensuelle, aussi magnifiquement filmée que dans cette comédie d’horreur irrésistible. On tombe instantanément sous le charme de la belle Anne dès les premières secondes du générique de début, quand en voix off elle nous susurre à l’oreille combien il est difficile de se faire une place la nuit, au milieu du monde interlope des crapules et des jouisseurs.

On peut voir ce film comme s’il était une version alternative de Nikita, les tics de mise en scène en moins ; car John Landis n’a pas besoin d’imiter le cinéma américain de divertissement, il est, à lui seul, ce cinéma-là (et sa filmographie toute entière parle pour lui : Les Blues Brothers en 1980, Un fauteuil pour deux en 1983, Série noire pour une nuit blanche et Drôles d’espions en 1985, Trois Amigos en 1986, et Un prince à New York en 1988). Lui seul peut-être a su dépoussiérer avec élégance et un sens effréné du rythme les canevas de la comédie américaine soignée. Alors en 1992 John Landis filme sa princesse française avec le même amour qui ruisselait lorsque Jean Grémillon emprisonnait Michèle Morgan et Madeleine Renaud dans sa boîte à images, dans Remorques (France, 1941), le plus beau film du monde.

Qu’est-ce qui fait la beauté ensorcelante d’un film ? La rencontre esthétique entre celle ou celui qui tient la caméra et son alter-égo qui y fait face et consent.

2 ans après le succès phénoménal de "Nikita" Anne Parillaud incendiait le cinéma américain.

2 ans après le succès phénoménal de « Nikita » Anne Parillaud incendiait le cinéma américain.

En cela Innocent Blood est le témoignage magique de la rencontre entre une cinématographie du surréel anglo-saxon et l’incarnation du naturalisme français à son meilleur. Il s’agit d’un amour de film, qui est un écrin parfait pour une merveilleuse actrice de cinéma : Anne Parillaud l’incandescente.

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Enjoy « Phantom of the Paradise » de Brian De Palma (1974)

Phantom of the Paradise Commençons cette nouvelle année en nous plongeant dans les circonvolutions esthétiques d’un grand film de Brian de Palma, tout à fait unique dans sa filmographie. Il s’agit de Phantom of The Paradise (États-Unis, Harbor Productions), un film haut en couleurs sorti sur les écrans en 1974.

C’est effectivement un film unique dans l’œuvre de ce réalisateur, qui aimait, durant les années 1970, mettre en boîte des histoires policières tordues, ou bien des univers fantastiques extrêmement dérangeants. Les années 1970 furent pour De Palma l’apothéose de son travail filmique, de créateur de formes cinématographiques, audiovisuelles, qui continuent de faire sens aujourd’hui.

Mettre en scène en 1974, à travers la caméra 35 mm, l’histoire de Faust tenait du pari. Car il fallait s’entourer à la fois d’une équipe artistique et d’une équipe technique de haut vol. Et c’est ce qui arriva à De Palma, il bénéficia en outre de l’appui financier du producteur indépendant Edward R. Pressmann et le film, une fois tourné, reçut un budget de 2 millions de dollars pour être distribué par la 20th Century Fox. Ce qui n’empêcha malheureusement pas le film de faire un flop à sa sortie. 

Dérouter l’histoire du pacte de Faust avec le diable pour l’ancrer au beau milieu des seventies triomphantes aux États-Unis, dans le milieu du glam-rock et des groupes vocaux de doo-wop et de R&B, c’était chercher la bagarre. Surtout que le film fourmille d’innovations technologiques : ici, le split-screen (l’écran est partagé en 2 ou en 4 images, qui montrent simultanément ce qui se déroule dans la scène) est utilisé avec beaucoup d’à-propos ;  le travail sur le son est stupéfiant, et la musique et les chansons composées par l’auteur-compositeur de rock Paul Williams, qui interprète avec beaucoup de jubilation le rôle difficile de Swan, ce producteur machiavélique qui signera sa damnation en croyant entourlouper ce pauvre musicien Winslow Leach, sont à tomber.

L’histoire est toute simple : un producteur de musique à succès, Swan, qui va bientôt inaugurer son Paradise, qui fait office de salle de concert, de studios d’enregistrements dernier cri et d’usine à musique et à son, vole un opéra-rock, la cantate Faust, à un génie de la musique totalement inconnu, Winslow Leach.

Mortellement blessé et détruit dans son orgueil d’artiste maudit, ce dernier va tout faire pour se venger, et se faire aimer de la jeune chanteuse Phénix.

Ce film est devenu au fil des décennies un objet de fascination absolue, surtout auprès des musicien.ne.s qui s’y entendent quand même un peu en matière de musique (ça va sans dire) et d’émotions esthétiques, non ?

À noter que Phantom of the Paradise a reçu le Grand Prix du mythique Festival du film fantastique d’Avoriaz en 1975.

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Dompter la peur, apprendre à écouter

Vampire, vous avez dit vampire (Fright Night, États-Unis, 1985) est un film de Tom Holland, qui hanta les nuits des adolescent.e.s à l’été 1985 ; bien que chez nous il sortit au cœur de l’hiver, le 29 janvier 1986. Il n’en demeure pas moins que ce film Columbia Pictures en Metrocolor fit en France un score total de 1 084 255 entrées, ce qui n’est pas mal du tout pour un film d’exploitation pensé pour les pré-ados et ados des années 1980.

Fright Night_1985

Ce qui a fédéré le public jeune dans les salles pour ce film-là, c’était le regain d’intérêt qu’on éprouvait pour la figure du vampire. Mais en 1985 on envisageait le vampire d’une façon très premier degré, Francis Ford Coppola n’avait pas encore jeté son dévolu sur le Dracula de Bram Stoker (Bram Stoker’s Dracula, États-Unis, 1992) et nous n’étions pas encore dans l’exercice de style un peu vain, il faut le dire, des cinéastes des années 2000, qui pour nous parler de nos vieilles et vieux ami.e.s les vampires, sont tous dans la posture.

Ici les vampires redoutent les crucifix, ont les incisives proéminentes, et les femmes de la confrérie incarnent le mal d’une manière particulièrement séduisante. D’ailleurs, l’acteur américain Chris Sarandon incarne cette figure maléfique avec toute la classe qui sied à un dandy qui tourneboule les jeunes filles en fleur. À noter que la séquence de ce vampire mâle sexy en diable, qui danse en boîte de nuit avec la petite amie adolescente de notre jeune héros traqueur de vampires improvisé, fut imaginée et tournée avant celle, mythique, de Michael douglas et de Sharon Stone se faisant des mamours langoureux sur le dance-floor (dans le superbe Basic Instinct, États-Unis/France, 1992). Alors je pose la question : à Hollywood, celui ou celle qui influence l’autre est-il toujours celui que l’on croit ? Il n’y a pas même jusqu’au sweet-shirt qui différencie Chris Sarandon de Michael douglas !

Le boy next door qui est le héros du film a donc maille à partir avec un mâle plus âgé que lui qui séduit les filles alors que lui-même ne répond pas aux avances de sa petite amie. Il préfère espionner la maison voisine, alors ce qu’il attend de ses vœux finit par se produire : le mal s’infiltre quand on l’appelle avec ardeur ou avec désespoir ; il s’insinue là où il n’y a plus de place pour la commisération. Et ce n’est pas le vieux chasseur de vampires d’opérette qui va le contredire : quand on est un bon garçon de 17 ans on ne passe pas son temps à espionner son voisin et ses jolies voisines plus âgées, non, on ferait mieux de se préoccuper du bien-être de sa ravissante girl friend et de la santé mentale de son meilleur ami, énervant comme tout. Mais il sera puni par Jerry Dandrige.

Au final ce film écrit et réalisé par le cinéaste américain Tom Holland racontait lui aussi la rencontre entre un adolescent un peu bêta et une personne adulte beaucoup plus âgée que lui avec laquelle il allait combattre : un vampire dans ce cas de figure. Un an plus tôt un autre jeune garçon affrontait des lycéens idiots des plages motorisés dans le film sucre d’orge Le Moment de vérité (The Karate Kid, États-Unis, 1984) de John Guilbert Avildsen, lui aussi un cinéaste américain très intéressant et redoutablement efficace. Ralph Macchio s’y initiait au karaté Shotokan en compagnie du vieux maître Pat Morita. Ces 2 films-là parlaient de transmission et d’entraide afin de combattre ses peurs les plus profondes.

Karaté Kid

Aujourd’hui, à partir de 7 ou 8 ans les garçons apprennent à se tirer dessus dans un jeu profondément pervers comme FortniteQuand une société démissionne à ce point, comment peut-on encore s’étonner que les valeurs qui autrefois faisaient le liant de n’importe quelle communauté nationale à travers le monde soient foulées aux pieds sans que les élites ne s’en émeuvent outre-mesure ?

Dans les années 1980 les films qui étaient fabriqués pour les enfants étaient peut-être sirupeux et rose-bonbons mais ils n’apprenaient pas à nous défier les uns des autres ; et surtout ils ne montraient pas à travers des images violentes et putassières comment s’éliminer les uns les autres pour atteindre les soi-disant meilleures places de la société, des postes à responsabilité dans des endroits où il fait froid, où les sans-cœur dominent, où il ne fait pas bon vivre.

Nous étions naïfs, et certains d’entre nous étaient plus peureux que d’autres, et sans doute aussi plus émotifs ; mais n’en déplaise aux décideurs d’aujourd’hui, le mal était contenu, il était circonscrit dans des machines narratives qui tentaient de nous donner les clefs pour arriver à nous aimer un petit peu, dans un monde tout aussi hostile et dangereux que celui de 2020. Mais ces films-doudous étaient rassurants dans la mesure où ils nous enseignaient seulement ceci : l’important n’est pas de savoir que les dragons existent, l’important est de savoir qu’ils peuvent être vaincus (Gilbert Keith Chesterton).

 

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Le très beau « Tenet » de Christopher Nolan relance notre passion pour le cinéma

 

John David Washington dans un rôle à la mesure de son immense talent.

John David Washington dans un rôle à la mesure de son immense talent.

Pour relancer l’envie d’aller au cinéma, pour relancer le plaisir d’aller en salles voir sur un grand écran un film étourdissant, qui ferait oublier à bon nombre d’entre nous les mois éprouvants passés en confinement, les exploitants attendaient beaucoup de Tenet (Royaume-Uni/États-Unis, 2020), le nouveau film de Christopher Nolan, en provenance d’Hollywood.

À vrai dire nous attendions tous beaucoup de la part de ce réalisateur qui peut fédérer un public varié sur son seul nom. Aujourd’hui, dans l’industrie du divertissement, c’est devenu extrêmement rare ; car les nouvelles générations ne sont plus attachées aux personnes humaines qui font les œuvres audiovisuelles, non, elles sont attachées en premier lieu à l’endroit d’où elles proviennent, un peu comme si pendant les seventies et les eighties on vénérait les exécutifs des studios plutôt que Billy Friedkin, Michael Cimino ou Brian de Palma (bien évidemment je ne minore en aucune façon le rôle indispensable joué par les executives des majors, j’aurai l’occasion de revenir plus en détail sur ce point essentiel dans les mois à venir.)

Désormais les plateformes sont devenus le doudou de centaines de millions de jeunes gens à travers la planète ; ils vénèrent Netflix, Hulu ou Amazon Prime ; s’intéressent-ils seulement à celles et à ceux qui écrivent les scénarios et qui réalisent les épisodes de leurs programmes télévisuels préférés ? Savent-ils que certaines et certains de leurs show-runn.er.euse.s préféré.e.s ont appris, pendant quatre ou cinq ans dans les départements de lettres des universités, à écrire un texte, à bâtir une intrigue, à concevoir l’analyse détaillée d’un enchaînement de péripéties afin de tenir en haleine n’importe quel spectat.eur.rice potentiel.le ?

Le sens de la narration n’est inné chez personne, il s’enseigne aussi à l’école.

Christopher Nolan adresse donc Tenet aux salles de cinéma, et à travers son titre palindrome le film dévoile une histoire qu’on pourrait croire incompréhensible, alambiquée à souhait, si bien qu’il serait impossible de prendre le moindre plaisir à suivre les agissements de deux super espions technos pour contrecarrer les projets délirants d’un fou puissance au carré, eh bien non, au contraire Tenet est une pure merveille, un bonheur de film d’espionnage et d’action, et d’aventures échevelées qui nous propulse aux quatre coins de la planète, en des endroits magnifiquement photographiés par le chef opérateur Hoyte Van Hoytema, qui officiait déjà sur Interstellar (2014) et Dunkerque (2017).

Bien sûr l’intrigue est filandreuse à souhait, et les questions de déplacements temporels sont un véritable casse-tête quand on veut rendre lisible une intrigue. Mais les films de Christopher Nolan demandent de toute façon plusieurs visions tant ce cinéaste en particulier, a besoin d’interroger le matériau cinématographique, a besoin aussi d’en exploiter toutes ses ressources, en enjoignant chacun et chacune d’entre nous à trouver des réponses aux multiples énigmes qu’il sème dans chaque séquence du métrage.

Tenet a démarré en trombe en France depuis ses toutes premières semaines d’exploitation et toute la filière du cinéma français ne peut que s’en réjouir, car lorsqu’un blockbuster marche fort en salles (et Tenet est bien parti pour être un carton) c’est autant d’argent frais, non négligeable, qui est injecté dans le circuit de financement des films d’art et d’essai, n’en déplaise à certains snobs de la profession.

 

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HBO reprend la main : bienvenue dans le « Lovecraft Country » [#1]

 

La très graphique affiche promotionnelle de la nouvelle pépite de HBO.

La très graphique affiche promotionnelle de la nouvelle pépite de HBO.

Nous disions dernièrement que depuis la fin (définitive ?) de la série phénomène Le Trône de fer, la chaîne payante américaine HBO, qui pendant des années donnait le ton en matière de production et de diffusion de séries de grande qualité, cherchait un second souffle. Je crois qu’elle l’a trouvé avec la nouvelle série qu’elle est en train de diffuser sur ses antennes (ici en France c’est la chaîne OCS qui s’en occupe depuis le lundi 17 août 2020). Il s’agit de Lovecraft Country (2020, saison 1).

Je ne sais pas encore si l’ensemble de cette première saison sera à l’unisson du premier épisode, mais si ça devait être le cas alors nous serions en présence d’une nouvelle création télévisuelle tout bonnement phénoménale.

Cette toute nouvelle série est produite, comme il se doit depuis quelques années, par le génial entertainer Jordan Peele. Ce dernier, non content de réaliser des long-métrages à succès (Get Out et Us, successivement en 2017 et 2019), en profite pour être producteur de séries fantastiques incontournables : il a par exemple ressuscité la mythique Quatrième dimension [The Twilight Zone, 2 saisons pour le moment : 2019 et 2020].

Maintenant il nous livre ce Lovecraft Country sensationnel.

 De quoi ça parle ?

Atticus, dit « Tic », qui a été soldat pendant la Guerre de Corée, est tout juste démobilisé. Une fois rentré chez son père à Chicago, qui vit à South Central, il apprend que ce dernier a disparu depuis 15 jours dans le Comté d’Ardham, sis dans le Massachusetts (mais attention les yeux, ici on n’est pas chez les Bee Gees !). Comme son oncle paternel, George, doit entreprendre un voyage dans le secteur afin d’actualiser son Guide à destination de la communauté afro-américaine, pour éviter les endroits où sévissent les troupeaux racistes [il s’agit du tristement emblématique Green Book, qui est aussi l’enjeu du film récompensé aux Oscars de Peter Farrelly, Green Book : Sur les routes du Sud, États-Unis/Chine, 2018], « Tic » s’embarque avec lui sur les routes de campagne en emmenant avec eux la jolie et espiègle jeune sœur de sa tante, Leticia. 

[à suivre...]

 

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Les films d’horreur contemporains : [#1] « Rabid »

 Rabid Je n’ai encore jamais vu Rage (Rabid, Canada/États-Unis, 1977), le film de David Cronenberg qui est sorti chez nous le 3 août 1977, je ne peux donc pas le comparer avec Rabid (Canada, 2019) des Sœurs Soska, une nouvelle mouture qui se propose de le revisiter.

 Par contre, ce que je tiens pour évident, c’est que j’ai été enthousiasmé par cette relecture. Elle a donc été réalisée par 2 sœurs cinéastes, Jen Soska et Sylvia Soska (qui se font appeler The Soska Sisters, à la manière des Sisters Wachowski) et a été tournée au Canada, à Toronto dans l’Ontario. Et ça compte, car la ville canadienne est partie prenante de l’histoire qu’on nous raconte ; à savoir : 

  »Après un accident de scooter qui l’a défigurée, Rose,l’assistante du couturier Gunter, est soignée par le professeur William Burroughs (clin d’œil évident au poète maudit de la Beat Generation), qui possède une clinique expérimentale. En greffant sur le visage de Rose une souche aux propriétés inconnues, cette dernière va voir ses capacités sensorielles décuplées, jusqu’à ce que, très vite, les ennuis commencent… Le revers de la médaille, en somme. »

La délicieuse actrice Laura Vandervoort incarne Rose, une aide-couturière timide.

La délicieuse actrice Laura Vandervoort incarne Rose, une aide-couturière timide.

 Dans un film comme celui-là tout repose sur le protagoniste principal ; il a plutôt intérêt à être bon car le film tout entier repose sue ses épaules. Et nous avons de la chance car l’actrice qui interprète Rose, la délicieuse Laura Vandervoort, à qui tant de malheurs arrive, est à la hauteur des enjeux dramatiques et horrifiques. Et c’est parce qu’elle joue bien que nous avons envie de savoir de quelle manière va se dénouer toute cette affaire. Il s’agit bien dans le cas présent de corps étranger qui se greffe sur un être humain, de début d’épidémie  en lien avec une subite apparition de cas de rage au cœur même de Toronto (où vont-ils chercher tout cela, on se le demande !), de médecin déviant et de personnalités pas très reluisantes appartenant au monde de la mode. Sous la caricature à peine voilée du couturier Karl Lagerfeld, qui aimait se mettre en scène avec cet accent génial aux intonations allemandes qui le caractérisait, Rabid propose une radiographie des comportements humains en des lieux naturellement dénués de chaleur humaine : une maison de haute couture et une clinique privée expérimentale , en ce qui concerne le manque d’empathie, c’est sensiblement la même chose. Pour l’immersion dans ces endroits par essence confinés Rabid est une totale réussite.

 Même si la fin du film est un peu convenue (nous en avons déjà vues tellement des fins de ce genre dans tout film horrifique qui se respecte) l’ensemble tient bien la route et file parfois quelques frissons bien sentis.

 Le renouvellement générationnel opéré dans le registre fantastique et horrifique depuis plus d’une dizaine d’années maintenant, arrive à maturité et nous vaut des films solidement charpentés qui ne cessent de nous surprendre, et de nous ravir. Comme le cinéma mainstream est en train de s’écrouler à force de niaiserie et de recettes caduques, c’est vers le cinéma mid-tempo, fait de petits budgets et par des artistes discrets mais sûrs de leur fait, qu’il faut se tourner dorénavant.

 C’est à ces artisans-là qu’il faut faire confiance. Les grosses machineries vont s’éteindre d’elles-mêmes.

 Les petit.e.s auront leur revanche.

 

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