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Ciné 90 : (#3) « Le Parrain, 3e partie » de Francis Ford Coppola

La passation des pouvoirs ténébreux se déroule dans les jardins du Vatican.

La passation des pouvoirs ténébreux se déroule dans les jardins du Vatican.

« Le vrai pouvoir ne se donne pas, il se prend. »

Cette phrase ornait toutes les affiches françaises du Parrain, 3e partie (The Godfather Part III) sur les façades de nos salles fétiches en 1990. Et cette phrase disait vrai. Michael Corleone, avait repris le flambeau de son père, le Don venu de Sicile, et avait fait prospérer son empire du crime. Mais en 1979, à New-York, où débute cette troisième et dernière partie de cet opéra baroque, complexe, avec des niveaux de lecture différents, des entrelacs d’arcs narratifs complexes et passionnants à suivre et à interpréter, les temps ont changé, et les mafiosi d’autrefois cherchent maintenant la respectabilité. C’est cette reconnaissance d’entrepreneur dans des affaires licites qui vont mener Michael jusqu’aux terres originelles, en Italie, dans le village de Bagheria, ensuite dans les jardins de l’évêché de Palerme, puis ceux du Vatican.

Mais il faut voir ce film puissant, sombre et beau, tourné en 70 mm, l’objectif préféré du maestro Francis Ford Coppola, en saisir tous les raffinements, voir évoluer sur l’écran les couleurs chatoyantes du Sud de l’Italie, apprécier à sa juste mesure les performances éblouissantes d’Al Pacino, de Diane Keaton, d’Andy Garcia, et de tous les autres… Il faut mesurer le génie mis à l’oeuvre par les équipes artistiques et techniques pour parfaire cette beauté cinématographique là, quand filmer une confession à travers un treillis de roses vaut mille films contemporains d’aujourd’hui.

En 1990 le film fut mal reçu par la critique mais plébiscité pars le public, et aujourd’hui il est un écrin superbe, résistant aux outrages du temps, qui nous parle de la fuite du temps et de l’inanité de toute ambition politique, criminelle ou religieuse. Puis qu’à la fin on meurt seul, sur sa chaise, à côté de ses plants de tomates pendant que les jeunes chiens continuent de batifoler autour de nous.

Ce film est un viatique qui nous fait comprendre pourquoi aujourd’hui on continue d’aller au cinéma, en attendant qu’un nouveau miracle cinématographique se produise.

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Ciné Seventies : (#3) « Voyage au bout de l’enfer » de Michael Cimino

The Deer Hunter Voir Voyage au bout de l’enfer (1978) de Michael Cimino au cinéma, dans une copie restaurée, est une expérience incroyable ; car toute la beauté du film, ses paysages incroyables, ses gros plans d’acteurs, sa musique mélancolique (les notes de guitare en arpège qui ponctuent l’état d’esprit de l’ouvrier métallurgiste Michael Vronsky, joué à la perfection par Robert de Niro), explosent sur l’écran large, dans une farandole d’émotions qui nous submergent pendant les 3 heures de projection. Voir ce film là au cinéma c’est faire un voyage dans le passé, quand les films tournés à cette époque témoignaient d’une réelle ambition artistique, et luttaient à armes égales avec la littérature et la musique. Dans les années 70 de jeunes réalisateurs inventaient un nouveau langage cinématographique en interrogeant l’état du monde dans lequel ils vivaient, mais aussi dans lequel ils avaient grandi ; Michael Cimino en faisait partie. Italo-américain comme Martin Scorsese, Francis Ford Coppola, et Brian de Palma, il s’ouvrit une voie royale à Hollywood en mettant en scène Clint Eastwood et le jeune Jeff Bridges dans Le Canardeur (1974).Et 4 ans plus tard il mit le monde à ses pieds en lui offrant ce Voyage au bout de l’enfer, qui fut sa Chapelle Sixtine, alors que ce n’était que son 2eme long métrage.

En nous racontant la vie quotidienne d’une bande d’amis, des ouvriers métallos d’une petite ville de Pennsylvanie, juste avant le départ de trois d’entre eux pour la guerre du Viêt Nam, Michael Cimino met en images une saga aussi flamboyante que celle du Parrain de Coppola (1972 et 1974 pour les 2 premiers épisodes). En structurant son film en plusieurs parties comme on découpe en chapitres un roman (la sortie d’usine ; le mariage de Steven ; la partie de chasse ; au coeur de l’enfer viêtnamien ; la capture des 3 amis ; à Hanoi ; retour de Michael décoré en Pennsylvanie ; retour de Michael à Hanoi, pendant sa chute, pour sauver Nick ; les funérailles de Nick ; et enfin, dernier repas partagé ensemble) le réalisateur prouve que le cinéma est un art d’une amplitude sans commune mesure avec les autres arts, car la maîtrise formelle conjuguée à l’audace de la narration stricto sensu délimite un film-monde, totalisant, qui ouvre sur une nouvelles façon d’envisager la lumière et le son, le souffle romanesque avec l’intimité la plus stricte. Chacun des acteurs incarnant cette bande d’amis, et bien sûr la divine Meryl Streep, auraient chacun et chacune mérité un prix d’interprétation ou un Oscar ; Et pour moi, dans la peau de l’ouvrier Michael Vronsky, Robert de Niro y trouve le rôle de sa vie.

Un chef d’oeuvre absolu, à voir nécessairement sur un grand écran de cinéma !

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Ciné Seventies : (#2) « Star Wars » de George Lucas

Star Wars 1977 Avant d’attaquer la rentrée ciné, séquence nostalgie, pour se motiver à bloc : que reste-t-il de l’émerveillement de l’enfance face au tout premier Star Wars (1977) de George Lucas, 40 ans après sa sortie sur les écrans ?

En 1997, vingt ans après sa réalisation et son exploitation triomphale dans le monde, le réalisateur George Lucas propose une version augmentée du premier épisode de sa trilogie La Guerre des étoiles. Avant de mettre en chantier quelques années plus tard une nouvelle trilogie (en 1999 précisément). Profitant de la révolution numérique qui innerve tout le cinéma de divertissement hollywoodien (à partir de Jurassic Park de Steven Spielberg en 1993), George Lucas, avant de se jeter dans la bataille, et après un silence filmique qui dura 20 ans, revisite son film inaugural, qu’il retitre Un nouvel espoir. Cette nouvelle version propose des scènes augmentées et des incrustations numériques dans l’image, par rapport au film original de 1977. Mais dans l’ensemble, il reste le même film, et la magie opère toujours aussi efficacement. Car à la vision de cet Episode IV on redevient illico un enfant émerveillé ; et la vision du patrouilleur de l’Empire voguant dans l’espace intersidéral en entrant lentement dans le champ dès les premières secondes du film, reste aussi saisissante 39 ans ans plus tard.

En posant les jalons de son Space opéra George Lucas est entré à jamais dans les annales de l’Histoire du Cinéma. En compilant, puis en synthétisant plusieurs récits initiatiques et archétypiques de la tradition littéraire occidentale (le jeune Luke Skywalker en David Copperfield de l’espace par exemple) le réalisateur donne à voir, et à mesurer, les étapes structurelles de tout accomplissement : l’enfant orphelin, perdu, puis sauvé par son maître et soumis à une rude initiation, doit accomplir la mission rédemptrice qui lui est dévolue depuis sa naissance, à savoir… tuer le père (bonjour Sophocle, bonjour Sigmund Freud). Ainsi le jeune George Lucas s’affirme comme un solide conteur, mais aussi comme un créateur de formes : cf. la saisissante et mortifère beauté de l’Etoile de la Mort, symbole absolu du Profanateur, du Destructeur des mondes ; les épées lasers d’Obi Wan Kenobi, le dernier chevalier Jedi, et de son ancien disciple voué au Mal et à la destruction, le très charismatique Dark Vador, devenu au fil du temps une icône absolue de la pop culture ; la bataille finale dans l’espace entre les pilotes aguerris de la Rébellion et les sbires de l’Empire ; la beauté et le charisme de tous les personnages du film, les créatures (Chewbacca), les droïdes (C3PO et R2D2), et le trio majeur adopté par toute une génération : le candide Luke, le mâle alpha Han Solo, et l’Amazone Princesse Leïa.

Je crois qu’en matière de space opéra  et de pur divertissement familial intelligent ce film de George Lucas ne fut jamais égalé. Et ne le sera sans doute jamais.

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Ciné Seventies : (#1) « Sorcerer : Le convoi de la peur » de William Friedkin

Le_Convoi_de_la_peur Pas moins de 38 ans auront été nécessaires pour découvrir enfin la beauté stupéfiante du master piece de William Friedkin : Sorcerer (titre français à sa sortie : Le Convoi de la peur) sorti en 1977 dans l’indifférence générale. Il resta seulement 2 semaines à l’affiche aux Etats-Unis, et Paramount et Universal, coproducteurs du film, le remisèrent au placard. Et Friedkin perdit du jour au lendemain son statut de super cinéaste cinglé à la manière d’un autre grand allumé notoire : ce vieux brigand de Sam Peckinpah. Car, pas de chance, ou ironie du sort, Sorcerer sortit sur les écrans en même temps qu’un petit film de S.-F. dont on n’attendait pas grand chose : Star Wars, d’un dénommé Georges Lucas…

Le reste appartient à l’histoire du cinéma.

Cependant, découvrir ce fameux Convoi de la peur aujourd’hui, grâce au très beau travail de l’éditeur La Rabbia, est une expérience dont il ne faut pas se priver, car le résultat est stupéfiant : car dans le film, tout est vrai, la moiteur étouffante dans ce coin déglingué d’Amérique du Sud, les trognes des habitants, l’intensité des regards et la prestation hallucinée des 4 comédiens principaux, magistraux, la puissante armature métallique des camions, roulant à toute berzingue dans la jungle hostile. On sait que Friedkin avait proposé les rôles à Steve McQueen, à Lino Ventura et à Marcello Mastroianni au début, et qu’il se résolut (à contre coeur) à prendre Roy Scheider, Bruno Crémer (impérial !) et Francisco Rabal à la place. Et c’est sans doute ce qui est arrivé de mieux tant le magnétisme et le charisme qui se dégagent de ces acteurs (n’oublions pas Amidou, cet acteur franco-marocain qui réalise la prouesse de nous rendre sympathique et attachant un terroriste palestinien) fait entrer le film dans une nouvelle dimension : celle d’un opéra plein de bruit et de fureur, exaltant l’engagement dérisoire, voire stupide, de l’homme face aux forces surnaturelles de la nature en furie. A cet égard la séquence de la traversée du pont suspendu par les 2 camions, réalisée sans aucun trucage, est tout bonnement stupéfiante. C’est sans aucun doute une des scènes les plus puissantes de tout le cinéma contemporain (disons de ces 40 dernières années), et les deux camions choisis pour le film, sont aussi de véritables personnages, bien plus vivants et attachants que nombre de comédiens insipides que nous devons nous farcir à longueur d’années dans des navets de première bourre qui font des millions d’entrée.

Mais Sorcerer a marqué, à sa manière, le cinéma américain des seventies, et au fil des décennies est devenu le porte-drapeau de ces films inclassables dont la dangerosité des tournages en extérieurs devait sonner l’hallali. Le revoir aujourd’hui dans des conditions optimales, dans une superbe copie restaurée, reste un plaisir à nul autre pareil. A découvrir toutes affaires cessantes !

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Portrait d’un homme seul : « All is lost » de J. C. Chandor

all-is-lost-poster2 Pour son deuxième long métrage le réalisateur américain J. C. Chandor a complètement bouleversé son approche du cinéma, après le film choral Margin Call (2011), dans lequel s’entre-dévorait les requins de Wall Street : dans All is lost (2013), élégie des tempêtes maritimes, il n’y a qu’un seul personnage, et nous n’en verrons pas d’autres durant tout le film. Il n’a même pas de nom, il est crédité au générique du pronom personnel him ; rien de plus, si ce n’est, dès les premières images du film, la certitude de vivre un grand moment de cinéma. Car l’acteur vedette du film c’est Robert Redford himself. Et bien évidemment le cinéphile ne peut s’empêcher de penser aux multiples personnages incarnés par cet immense comédien, une des dernières vraies stars d’Hollywood. Sur tous les plans, dans chaque émotion qui affleure sous la surface du cuir tannée par le sel et le vent, toute une gamme d’interprétations draine avec elle soixante années de cinéma américain, et du meilleur.

Ici, on ne se pose jamais la question de savoir si l’acteur choisi par le réalisateur arrivera à porter le film, tout seul, sur ses épaules. Redford dans ce rôle-là, à ce moment de sa carrière, relève juste de l’évidence dans ce récit des périls que doit affronter un navigateur solitaire, perdu au milieu de l’océan indien. Sans quasiment aucune ligne de dialogue Robert Redford incarne magistralement la figure de l’être en proie à la furie des éléments déchaînés, et montre que l’ingéniosité humaine, parfois, quand elle s’allie avec le courage et la détermination, peut  faire basculer le destin en sa faveur.

Une fois de plus un jeune cinéaste américain redonnait en 2013 ses lettres de noblesse à une certaine forme de cinéma, alliant avec maestria le sens du récit à une étude approfondie du courage, quand tout semble joué d’avance. Et offre au Redford dernière manière un rôle à la hauteur de sa légende.

All is lost de J. C. Chandor est un film hautement recommandable.

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