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Ciné 90 : [#1] « True Romance » (1993) de Tony Scott

Patricia Arquette et Christian Slater illuminent cette ode aux comédies policières d'antan.

Patricia Arquette et Christian Slater illuminent cette ode aux comédies policières d’antan.

Revoir True Romance, le film de Tony Scott, le frère de Ridley, trente-et-un ans après sa sortie en salles, c’est se replonger illico dans ce renouveau du cinéma hollywoodien, dont la figure de proue était Quentin Tarantino. Fort du succès de son Reservoir Dogs en 1992, et accompagné par les jumeaux maléfiques Weinstein, l’américain fort en gueule pouvait désormais placer n’importe lequel de ses scénarios, il était assuré de les voir se concrétiser en films de cinéma.

Ainsi, entre ses deux premiers films (Reservoir Dogs, donc, et Pulp Fiction, Palme d’Or au Festival de Cannes 1994), Tarantino avait confié la mise en images de son True Romance à celui qui avait donné un sacré coup de balai au Nouvel Hollywood des années 1970 : Tony Scott. Tony, son frère Ridley Scott, et quelques autres (Adrian Lyne, Joel Schumacher, Wolfgang Petersen, John McTiernan, …) avaient incarné la décennie 80 avec des films de pur divertissement gigantesques, comme Black RainLegendTraquéeLe Flic de Berverly Hills 2, Les PrédateursFlashdance9 semaines 1/2Génération PerdueL’Histoire sans finEnemyPredator, Piège de cristal.

Du coup, en concurrence directe avec ces mavericks de l’entertainment cinématographique, les vétérans de la décennie précédente (les Spielberg, De Palma, Scorsese, Eastwood, Friedkin et autres) montraient qu’ils en avaient encore sous le sabot. Ce qui nous valait une ribambelle de films extraordinaires pendant au moins deux décennies (les 80′s et les 90′s).

Oui, d’accord, mais True Romance dans tout ça ? De quoi ça parle ?

À Detroit, Clarence, un jeune homme passionné de cinéma et de pop culture, aimerait bien avoir une petite amie qui aurait les mêmes goûts que lui. Ça tombe bien, une jeune blonde très belle, Alabama, très désinvolte aussi, qui vient de débarquer de Floride, jette son dévolu sur lui. Ils forment très vite un couple très amoureux, mais il y a un hic : car Alabama est sous la férule de Drexl, mac et dealer de drogue de la pire espèce. Alors les ennuis vont arriver comme les B-52 dans le ciel allemand en 1942, c’est-à-dire en escadrille.

On retrouve dans True Romance tout ce qui a fait le succès des 3 premiers films de Tarantino (après, il se prend trop au sérieux à mon goût, la magie n’opère plus de la même façon) : des situations tordues couplée à des dialogues hilarants, un sens du cadre jamais mis en défaut, et une distribution aux petits oignons (Christian Slater, la sublime Patricia Arquette, Dennis Hopper, Gary Oldman, Tom Sizemore, Chris Penn, Christopher Walken, Val Kilmer en super-guest de luxe, la classe américaine, quoi !).

Bon, en bien, cette litanie de films géniaux aura duré l’espace de deux décennies à peine (d’où le nom donné aux rubriques Ciné 80 et Ciné 90). Mais on peut les voir et les revoir à l’infini, et on ne sera jamais déçu.e, car la magie opère à chaque fois. Le soin apporté aux images, à la musique, au cadre, à l’interprétation, témoignait d’un profond amour et d’un très grand respect pour le cinéma de divertissement pour adultes et jeune public.

Très prochainement nous reviendrons en détail sur une merveille de film, dans notre rubrique Ciné 80 : il s’agit de l’indémodable Breakfast Club (1985) du regretté John Hughes.

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Les films policiers français : [#4] « Canicule » (1984)

Lee Marvin, la classe américaine.

Lee Marvin, la classe américaine.

Dans Canicule (TF1 Films Production, 1984) d’Yves Boisset, un malfrat américain de la pire espèce (il n’hésite pas à tirer sur un gosse dans sa fuite échevelée), interprété par la star masculine américaine Lee Marvin, commet un braquage sanglant en plein jour.

Après cette scène inaugurale de fusillade, qui se déroule entre la Banque agricole de la Beauce et un collège au moment de la sortie des élèves (pendant laquelle les équipes de cascadeurs de Rémy Julienne font des merveilles), Yves Boisset plonge Lee Marvin au cœur d’une autre fournaise, encore plus redoutable : celle d’une famille torpillée d’agriculteurs beaucerons. Le mari y est un soudard, mal marié à sa femme qui rêve d’étreintes brutales, et le frère du marié tient un garage-pompes à essence à la lisière de la ferme, là où aucune automobile ne passe jamais, pendant que Bernadette Laffont rêve de saillies débridées dans la paille. Seul le gamin, un solitaire qui se croit être descendant d’un marin timbré, apporte un lot de consolation au milieu de toute cette foire ; fatalement il deviendra le héros de cette descente aux enfers.

À mi-chemin entre la satire à la Bertrand Blier et un nouvel épisode – mais qui serait charnel celui-là – de la série des Gendarmes (rendons ici grâce au formidable comédien Henri Guybet, particulièrement génial en gendarme du GIGN à demeure chez les fous), cette farce croquignole reprend les thématiques chères au contestataire Yves Boisset : celles des hommes bas du front qui ne savent rien faire d’autre que violenter les femmes, mais aussi les thématiques qui traitent de l’éternel conflit entre les forces de l’ordre réactionnaires et les lascars violents qui ne valent pas mieux.

On croyait voir un film policier efficace, et finalement on regarde, terriblement amusé, un épisode pop de Benny Hill sous amphétamines, avec en son milieu un acteur américain totalement largué qui se demande à tout bout de champ ce qu’il peut bien faire dans cette galère.

Non, Quentin Dupieux n’a pas été le premier en France à trouver des financements pour des projets invraisemblables ; et c’est tant mieux, car trente-huit ans après on en rigole encore à gorge déployée.

Mentions spéciales à Victor Lanoux, Miou-Miou (délicieuse une fois encore), Jean Carmet (génial, comme à son habitude – il faudra écrire un long texte d’hommage le concernant, un de ces prochains jours), la pétulante Bernadette Laffont, l’extraordinaire David Bennent (qui joue le rôle de l’enfant), Grace de Capitani, Jean-Pierre Kalfon, Jean-Roger Milo, Pierre Clémenti, Henri Guybet, Myriam Pisacane, Muni, Joseph Momo et Jean-Claude Dreyfus (impayable en Chef du GIGN). Ils et elles tirent tous leur épingle du jeu.

Mais à la fin, on comprend d’autant mieux pourquoi le grand Lee Marvin (alias Jimmy Cobb, le gangster majuscule) préfère se faire sauter le caisson au fusil de chasse sous la grange.

Impayable, vous dis-je !

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The Movie Hunter présente : « U Turn – Ici commence l’enfer » (1997)

L'affiche originale du film.

L’affiche originale du film.

Donnez à un réalisateur un scénario en béton, de préférence tiré d’un roman noir poisseux à souhait (de John Ridley par exemple, excusez du peu !), et il en fera nécessairement quelque chose de bien.

Si vous vous souvenez de quelques séquences de The Player (États-Unis, Spelling Films International, 1992) de Robert Altman, vous savez que vivre et travailler à Hollywood dans les années 1990 c’est un peu comme faire de la politique à Berlin en 1936. Si un producteur, ou une productrice, a de l’entregent ça ne suffit pas pour qu’il ou elle veuille miser une roupie sur votre histoire dactylographiée à dormir debout : il faut déjà avoir un nom. Et le petit bonheur d’Oliver Stone, au milieu des années 1990 trash & money, c’était d’en avoir un. Et un Big One !

Non content d’avoir fait la nique au père Kubrick en 1987 avec Platoon (États-Unis/Royaume-Uni, Hemdale, 1986), car le maestro barbu reconnaissait que les pétoires dans Platoon sonnaient mieux que dans son pourtant phénoménal Full Metal Jacket (Royaume-Uni/États-Unis, Warner Bros., 1987), deux autres de ses films allaient redessiner avec obstination les traumas de la psyché américaine.

Né un 4 juillet (Born on the Fourth of July, États-Unis, Ixtlan, 1989) puis JFK (États-Unis/France, Warner Bros./Canal +, 1991) martyrisaient le mythe glorieux de la bannière étoilée. Il filmait des personnages qui luttaient pied à pied pour redorer un blason sévèrement abîmé : un vétéran de la guerre du Viêt Nam revenu paraplégique du conflit et un procureur opiniâtre (comme un vainqueur des Internationaux de France à Roland Garros – ce qui n’inclut bien évidemment aucun mâle français dans cette liste depuis 1983, mon dieu comme le temps nous file entre les doigts !) qui veut savoir qui a vraiment organisé l’assassinat le plus médiatisé du XXe siècle). Cela amenait Oliver Stone à fignoler son système de valeurs.

Mais en 1997, changement de registre. Et dernier coup de génie, avant qu’il ne s’égare dans un cinéma pompier de première bourre ; d’ailleurs, n’en filmait-il pas, des pompiers, en collant sa caméra aux basques d’un Nicolas Cage pas encore totalement égaré dans le Multivers ?

Alors ici il ne faut pas bouder son plaisir : U Turn – Ici commence l’enfer (U Turn, États-Unis/France, Phoenix Pictures, 1997) est une désopilante parodie de film noir, teigneuse à souhait.

Voyons maintenant pourquoi.

À suivre…

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The Movie Hunter présente : « Usual Suspects » (1995)

Usual Suspects Au cours des années 1990 de nombreux films américains ont suscité l’enthousiasme du public. Ces films ont fédéré des cohortes d’admirateurs, ont révélé des noms de réalisateurs, ont mis le pied à l’étrier à de nombreuses actrices et à de nombreux acteurs. Même si parfois les erreurs d’aiguillage ont été sévères et sans appel pour nombre d’entre eux.

Ces films ont été des événements culturels assez intenses, quand aller voir un film en salle entre amis, en famille ou tout.e seul.e, représentait encore le summum du cool.

Les Nerfs à vif (1991) de Martin Scorsese, Reservoir Dogs (1992) de Quentin Tarantino, Basic Instinct (1992) de Paul Verhoeven, Last Seduction (1994) de John Dahl, Seven (1995) de David Fincher, Lone Star (1996) de John Sayles, Sleepers (1996) de Barry Levinson, ou encore Jugé coupable (1999) de Clint Eastwood, nous faisaient aimer les histoires qui mettaient en scène des personnages coriaces et alambiqués, sur lesquels il ne fallait pas parier outre mesure le moindre penny. Et Usual Suspects (The Usual Suspects, États-Unis/Allemagne, PolyGram/Columbia TriStar, 1995) de Bryan Singer était dans le peloton de tête.

Toute l’exécution plastique du film – superbe – révélait merveilleusement l’élasticité d’un récit mouvementé, sans aucun temps mort, dont le principal personnage-fantôme (un parrain du crime extrêmement cruel, d’origine germano-turque) n’était finalement qu’une coquille vide, à laquelle chaque spectatrice, chaque spectateur allait peu à peu donner corps, puis finalement vie. Les indices disséminés tout au long du film par le brillant scénariste américain Christopher McQuarrie et son comparse le réalisateur américain Bryan Singer, parsemaient la pellicule 35 mm de questions abondantes qu’on ne pouvait pas s’empêcher de poser tout au long de la projection, en même temps que les 5 principaux protagonistes du film : pourquoi avaient-ils été arrêtés en même temps par les forces de l’ordre ? Qui avait eu l’idée du casse en premier ? etcetera, etcetera…

Ainsi, dans le duel qui oppose l’enquêteur des douanes de New York Dave Kujan au malfrat sans envergure Verbal Flint, on assiste à une joute feutrée entre deux immenses comédiens des nineties américaines : Chazz Palminteri et Kevin Spacey (aujourd’hui banni de Hollywood et des plateaux de cinéma à causes de sordides affaires de mœurs). Car pendant cette décennie 1990 le cinéma américain aimait confronter les caractères de personnages détonants.

À suivre…

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The Movie Hunter présente : « The Batman » (2022)

 

Robert Pattinson, stupéfiant de charisme et de noblesse, incarne à la perfection le justicier masqué.

Robert Pattinson, stupéfiant de charisme et de noblesse, incarne à la perfection le justicier masqué.

Pour commencer, il faut aller droit au but : oui, ce nouveau film qui relate les aventures de la Chauve-souris gothique est une totale réussite. Car il s’agit d’un tour de force, à savoir renouveler de fond en comble toute la mythologie filmique propre à ce personnage ambigu de super-héros, qui n’en est pas un, et cela à l’intérieur d’un long-métrage de 3 heures, de facture classique.

The Batman (États-Unis, Warner Bros./6th & Idaho Productions/DC Comics, 2022) de Matt Reeves, est en effet, et avant tout, un film d’enquêtes policières (qui tue qui, et pourquoi ?) qui synthétise magistralement 90 années de films noirs hollywoodiens (depuis les premières bobines produites par la Warner Bros. dans les années 1930 qui ont inventées le film noir américain).

Personnage typiquement nord-américain (déchirer le trauma originel de l’assassinat programmé de ses parents en devenant à son tour une menace bodybuildée, ivre de vengeance) The Batman, dans cette version du génial réalisateur américain Matt Reeves (né le 27 avril 1966 à Rockville Center, dans l’État de New-York, USA – sources = site internet IMDB), comprend que la voie du tabassage systématique de tout ce que compte Gotham City de fous furieux dégénérés ne résoudra jamais complètement le problème. Un problème dantesque qui repose sur cette question, primordiale : sur combien de cadavres repose une Cité, une Ville, un Territoire ?

La merveilleuse actrice américaine Zoë Kravitz incarne à la perfection l'iconique Selina Kyle, alias Catwoman.

La merveilleuse actrice américaine Zoë Kravitz incarne avec subtilité l’iconique Selina Kyle, alias Catwoman.

Rome se fonde sur le meurtre de Rémus par Romulus en 753 av. J.-C. (Tite-Live, Les Origines de Rome), Sparte se construit sur la mise en esclavage de ses périèques pour étendre sa domination sur le Péloponnèse à l’époque archaïque, et les Basileus de Constantinople, dès le Ve siècle de notre ère, en pourfendant leurs voisins orientaux par le glaive, poussent ces derniers à lui contester sa suprématie de Nouvelle Rome. Gotham est elle aussi le cœur en fusion de ce monde qui n’est pas tout à fait le nôtre, mais qui est en train de le devenir à grand pas. Un monde opaque, dangereux, dans lequel les institutions vacillent, sans qu’on puisse trouver un remède nulle part…

 … à suivre.

 

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Les films policiers français : [#3] « Trois hommes à abattre » (1980)

Alain Delon, dans le rôle de Michel Gerfaut, est fort amoureux de la sublime Dalila Di Lazzaro, qui interprète Béa : à sa place, qui ne le serait pas ?

Alain Delon, dans le rôle de Michel Gerfaut, est fort amoureux de la sublime Dalila Di Lazzaro, qui interprète Béa : à sa place, qui ne le serait pas ?

En 1980, Alain Delon, qui est un acteur accompli, veut donner au public ce qu’il aime le plus : des films dans lesquels son personnage de dur à cuire cogne, se déchaîne, et lutte contre des machinations politico-financières, sans cesser de flirter avec des jeunes et jolies femmes. En 1980, le public de cinéma ne remet pas en cause les stéréotypes de genre. Évidemment, depuis, le cinéma a changé et c’est tant mieux. Dorénavant un corps de cinéma n’est plus assignable à son genre, et des comportements outranciers n’ont plus leur place dans la typologie des caractères et des situations. La façon de raconter des histoires évolue avec son temps. Rien n’est jamais figé, et les jeunes générations décryptent les images avec leurs propres outils conceptuels.

Pourtant, au début de la décennie 80, cela faisait quelques années qu’Alain Delon n’avait pas rencontré le succès. Il avait joué dans des films aussi variés qu’ Attention, les enfants regardent (Serge Leroy, 1978), Le Toubib (Pierre Granier-Deferre, 1979) et la production américaine Airport 80 Concorde (David Lowell Rich, 1980). Il avait changé de registre à chaque fois dans chacun de ces trois films, mais son public ne l’avait pas suivi dans sa quête de diversité.

Alors en 1980 Alain Delon revient aux fondamentaux. Et c’est avec son vieux complice, le réalisateur efficace Jacques Deray, que les 2 larrons se mettent d’accord pour adapter au cinéma le roman qui a donné naissance au Néo-polar : Le Petit bleu de la Côte Ouest, du génial Jean-Patrick Manchette.

L’histoire est simple comme bonjour : un homme, Michel Gerfaut, qui roule de nuit sur une départementale, croise une voiture accidentée sur le bas-côté. Il s’arrête et porte assistance au conducteur, qui est salement amoché. Il l’emmène à l’hôpital et, impatient de gagner sa table de poker (c’est en jouant qu’il gagne sa vie et qu’il prend du bon temps avec une exquise jeune italienne), n’attend pas de savoir qu’elle était l’origine de l’accident. Gerfaut ne sait pas que l’homme blessé est décédé à cause de deux balles tirées dans le ventre. À partir de ce moment-là, rien ne sera plus comme avant, ni pour lui, ni pour son entourage.

Ce film, qui a pour titre Trois hommes à abattre, est le 7ème que Deray et Delon ont tourné ensemble. C’est un modèle de thriller sec, nerveux et sans fioritures. Les dialogues sont à l’os, on ne s’embarrasse pas de phrases verbeuses qui tournent en rond. Dans l’efficacité des scènes d’action on sent poindre le pur désir de jouer, enfantin, d’un immense acteur de cinéma ; et qui sait par avance que les femmes, les hommes et les enfants seront conquis par ce qu’il propose, qui n’est pas neuf, d’accord, mais qui ne fait jamais défaut.

Avec Trois hommes à abattre Alain Delon la légende remettait les pendules à l’heure (et les géniaux Pierre Dux et Jean-Pierre Darras l’accompagnaient dans cette aventure cinématographique haute en couleurs). Seul l’autre Titan du cinéma français, Jean-Paul Belmondo, pouvait à ce moment-là rivaliser avec lui. Ce qu’il fera 2 ans plus tard, en 1982, en sortant sur les écrans L’As des As de Gérard Oury, qui était une réponse parfaitement circonstanciée. Ainsi, par films interposés, Alain Delon et Jean-Paul Belmondo allaient proposer, chacun à leur public, qui en définitive était exactement le même ou peu s’en faut, un état des lieux du cinéma français d’action et d’aventures qui ne se démode pas.

Ceci est une autre histoire, que nous allons vous raconter tout au long de cette nouvelle année 2022 : bonne année à vous toutes et à vous tous !

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The Movie Hunter présente : « Danger immédiat » (1994)

Danger immédiat Au début de Danger immédiat (Clear and Present Danger, États-Unis/Mexique, Paramount Pictures/Mace Neufeld Productions, 1994) de Phillip Noyce, un brillant analyste de la CIA, Jack Ryan, qui travaille sur le site de Langley, en Virginie, est mandaté à Washington par son supérieur hiérarchique James Greer. Il doit faire un rapport circonstancié sur l’assassinat sauvage de toute la famille Hardin, proche du président des États-Unis en exercice, à bord de leur yacht. Très vite on accuse un cartel de Cali dans l’entourage du président. Cependant, un faisceau d’indices laisse entrevoir une vérité beaucoup plus troublante. Et puis, Ritter et Cutter, 2 sinistres individus qui contrôlent le Renseignement et qui ont leur rond de serviette au Bureau Ovale, ont pris en grippe ce satané Ryan.

Ainsi commence cette 3ème aventure époustouflante du célèbre analyste de la CIA créé par le romancier américain Tom Clancy. Et une fois de plus, c’est au génial réalisateur australien Phillip Noyce de mettre en images les tribulations de Jack Ryan entre les bureaux feutrés de la Maison Blanche et la jungle colombienne. Et on se demande bien, à la vue de ce qui arrive à Harrison Ford dans la peau de l’analyste (impeccable comme toujours dans ses films ébouriffants des années 1980 et 1990), lesquels de ces endroits sont les plus dangereux finalement ?

Déjà, au tout début de la décennie 1990, le réalisateur américain John Mc Tiernan avait tracé le sillon : il avait mis en scène la toute première aventure cinématographique de Ryan. Ça s’appelait À la poursuite d’Octobre Rouge (The Hunt for Red October, États-Unis, Paramount Pictures, 1990) et c’était un pur film de studio, éblouissant à souhait, dans lequel s’affrontaient le jeune Alec Baldwin et un Sean Connery au sommet de son art. Deux ans après, Phillip Noyce était engagé par le même studio, Paramount, pour mettre en images à son tour l’époustouflant Jeux de guerre (Patriot Games, États-unis, Paramount Pictures, 1992) dans lequel le très charismatique Harrison Ford, auréolé de ses choix judicieux de carrière tout au long des années 1970 et 1980, amorçait lui aussi la décennie qui s’offrait à lui avec des rôles qui entreraient dans la légende : Jack Ryan à 2 reprises certes, mais aussi le docteur Richard Kimble dans Le Fugitif d’Andrew Davis (1993), le policier new-yorkais d’origine irlandaise Tom O’Meara dans Ennemis rapprochés d’Alan J. Pakula (1997), le président des États-Unis James Marshall dans Air Force One de Wolfgang Petersen (1997), le pilote aventurier Quinn Harris dans la formidable comédie d’aventures Six jours, sept nuits d’Ivan Reitman (1998), ou encore, dans un contre-emploi, le troublant professeur d’université Dr. Norman Spencer dans le terrifiant Apparences de Robert Zemeckis (2000).

Après le succès phénoménal de Jeux de guerre, qui réinventa le blockbuster surpuissant, Phillip Noyce montait en gammes et proposait un nouvel opus encore plus novateur. Si bien que la séquence du guet-apens à Bogota a été décortiquée en long, en large et en travers dans de nombreuses écoles du renseignement, afin de savoir quoi faire quand ce genre de désagréments vous arrive pleine face !

Il est plus que temps de découvrir de quels matériaux brûlants étaient constitués les films hollywoodiens des années 1990. Car ils ont inventé un style de narration visuelle d’une lisibilité incroyable. Et certain.e.s de nos apprenti.e.s cinéastes feraient bien de se pencher avec intérêt sur le découpage et comment les scènes étaient montées afin de s’approprier ce dispositif d’écriture filmique terriblement efficace. Qu’est-ce que vous enseignent vos professeur.e.s de cinéma dans vos écoles prestigieuses ? Comment construire un film avec amour, passion et acharnement ? Ou bien quelle est la meilleure manière de présenter vos projets filmiques dans les rencontres mondaines ?

 

 

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The Movie Hunter présente : « The Mechanic » (1972)

Le Flingueur Dans les années 1970 le réalisateur anglais Michael Winner met en scène ses meilleurs films en compagnie de son acteur fétiche, l’américain Charles Bronson. Tous les deux ensemble ils vont proposer au public une série de thrillers urbains, dans lesquels l’acteur, minéral, taiseux et noueux, affronte les forces noires d’une société capitaliste dérégulée : des sociopathes camés et désœuvrés qui violent des femmes dans Death Wish (1974), des personnes peu recommandables qu’il faut éliminer physiquement pour le compte de l’Organisation dans The Mechanic (1972), un shérif raciste particulièrement coriace dans Les Collines de la terreur (toujours en 1972), ou encore les membres de la mafia de Los Angeles dans Le Cercle noir (1973).

Michael Winner, le dandy anglais, savait filmer Charles Bronson, bloc de virilité à l’état pur, force agissante qui ne verbalisait jamais ses sentiments, mieux que personne : dans The Mechanic (États-Unis, MGM, 1972), ce chef-d’œuvre que les 2 artistes fomentèrent ensemble, au titre français, Le Flingueur, parfaitement adapté pour une fois, et 2 ans avant cette autre œuvre maîtresse, Death Wish, qui allait irriguer tout le cinéma noir américain des 40 années suivantes, Bronson campe le héros taciturne à l’acmé de sa carrière et de son charisme minéral. Tout est dans l’attitude, tout est dans l’attirail : pantalon cintré en pattes d’éléphant (on sort du Flower Power et le rêve hippie a un coup dans l’aile – même constat dans Breezy de Clint Eastwood, sorti un an plus tard, en 1973), chemise bleu ciel d’ouvrier métallurgiste, blouson en cuir noir italien, ajusté, et le cheveu noir de jais mi-long avec une fine moustache latino en prime, et deux petits yeux étincelants de malice, qui vous figent instantanément quand ils se posent sur vous.

Steve McKenna a 44 ans, vit seul dans une superbe maison à Los Angeles, et est le meilleur tueur à gages de l’Organisation. Au début du film, après avoir minutieusement exécuté un contrat, ses employeurs lui demandent de dessouder son mentor, un ami de son défunt père. McKenna n’a aucun remords, il n’hésite pas à occire le vieil homme dans sa voiture, lequel laisse un fils de 24 ans, Arthur Bishop, qui zone dans l’existence, mais qui a du potentiel juge McKenna. Il décide alors d’en faire son associé.

Bien entendu, l’aventure des 2 compères, sanglante, va tourner court. Car dans tout film qui mêle mafia, grand banditisme, et espionnite à l’entourloupe, tout n’est qu’affaire de filiation et de trahison. Même un James Bond aguerri doit parfois se méfier d’un Félix Leiter.

La majeure partie du film se déroule dans les paysages urbains sublimes de Los Angeles et de la Californie des Seventies, et le dernier quart de bobine, éblouissant, plonge nos 2 amis/ennemis dans l’écrin somptueux de Naples et de la Côte Amalfitaine. Jan-Michael Vincent, véritable découverte du film, laissait augurer d’une carrière exceptionnelle, un peu à la manière d’un Jeff Bridges qui accompagnait le grand Clint dans le chef-d’œuvre originel de notre ami Michael Cimino la même année : Le Canardeur (Thunderbolt and Lightfoot, États-Unis, The Malpaso Company, 1974). [Mais nous reviendrons très vite sur toute cette affaire dans un prochain numéro de The Movie Hunter, c’est promis !].

Hélas, Jan-Michael Vincent, le jeune acteur américain, ne confirma jamais les grands espoirs de carrière cinématographique placés en lui, si on excepte les 4 saisons hautement divertissantes et parfaitement recommandables, notamment pour les enfants, de la série télévisuelle Supercopter, entre 1984 et 1987.

Charles Bronson, lui, comme à son habitude, tient la baraque comme personne, et prouvait, en 1974, que son seul véritable rival en matière de comédies d’aventures policières efficacement rythmées et rondement menées, n’était autre que son vieil ami Clint Eastwood.

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The Movie Hunter : présentation

L'extraordinaire acteur de cinéma Paul Muni dans "Scarface" (1932) d'Howard Hawks.

L’extraordinaire acteur de cinéma Paul Muni dans « Scarface » (1932) d’Howard Hawks.

Cette rubrique se propose d’explorer – en profondeur et en toute humilité – la magnifique histoire du film noir, du film policier, du thriller, de la comédie policière, qui met en scène des spécimens d’actrices et d’acteurs parmi les plus flamboyant.e.s du 7e art.

Sous le terme générique de film noir j’inclue aussi bien le film policier traditionnel que le film d’enquêtes, le thriller ou encore la comédie d’aventures policières. Le vocable film noir a l’avantage de donner tout de suite une image assez nette d’un genre protéiforme qui possède une belle popularité. À l’inverse du western le film policier n’est jamais tombé en désuétude, et en 2021 il n’est pas rare de croiser sa route dans nos salles adorées de cinéma. Chaque nouveau film du genre noir active de facto la belle machine à souvenirs cinématographiques.

Alors allons-y : je suis le Movie Hunter et cette passion ardente pour les films noirs et policiers ne me quittera jamais.

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Les films policiers français : [#2] « Le Marginal » (1983)

La scène mythique de la répétition d'un interrogatoire au commissariat de police, orchestrée par un Jean-Paul Belmondo en grande forme.

La scène mythique de la répétition d’un interrogatoire au commissariat de police, orchestrée par un Jean-Paul Belmondo en grande forme.

Le Marginal est un film de Jacques Deray (France, Kodak Eastmancolor, 1h38), datant de 1983, qui met en scène Jean-Paul Belmondo dans le rôle du commissaire divisionnaire Jordan, cherchant à mettre hors d’état de nuire un cador du Milieu.

Bien entendu, après moult courses poursuites et bastons bien sentis contre des voyous et des malfrats, le commissaire finira par occire le trafiquant d’héroïne qui a ordonné l’exécution de son meilleur ami.

Dans un Belmondo movie de sa période rose, celle des années 1970 et 1980, l’histoire qu’on raconte est archi rebattue, là n’est pas l’essentiel. Ce qui est important dans ces films d’action policière à la française, c’est le filmage des morceaux de bravoure : il faut trois ou quatre scènes d’action véhémente qui portent le comédien Belmondo au sommet de la hiérarchie. Dès le premier plan du film l’acteur est filmé assis sagement dans un TGV qui fait la liaison Paris-Marseille.

Le commissaire divisionnaire Jordan est envoyé par ses supérieurs de la capitale dans la cité phocéenne afin qu’il démantèle le trafic de l’héroïne organisé par Sauveur Mecacci (impeccable Henry Silva) et sa clique. Jordan va tenter d’intercepter un hors-bord rempli à fond de cale de 200 kg de brown sugar en sautant d’un hélicoptère : premier morceau de bravoure. Il y en aura d’autres. Devant l’énervement de ses supérieurs, qui se lassent de ses méthodes non conventionnelles, on rapatrie cet officier de police marginal (d’où le titre) à Paris, où on l’affecte dans un commissariat anonyme, mais il y retrouve un compère (on imagine que les deux lascars ont fait connaissance pendant leur formation initiale à l’école de Police) ; il s’agit de l’inspecteur Rojinski qui est incarné avec classe par l’acteur Pierre Vernier. À propos, savez vous qu’il a longtemps vécu, en toute discrétion, dans mon département du Gers ? Je l’ai rencontré à plusieurs reprises sur mon lieu de travail. Mais ceci est une autre histoire, que je raconterai plus en détail une autre fois.

En même temps qu’il continue d’enquêter sur les agissements du malfrat Mecacci, le commissaire Jordan s’entiche d’une prostituée (d’ailleurs pour la petite histoire l’acteur Belmondo s’enticha, pour de vrai, de la jolie comédienne Carlos Sotto Mayor qui incarnait cette dernière sur le plateau de tournage). Il fait aussi la leçon à son ami Francis Pierron (interprété par le jeune Tchéky Karyo) qui vient de s’acoquiner pour la gérance de machines à sou avec ce foutu Mecacci, le roi de l’héroïne qu’on refourgue aux collégiens à la sortie des classes (vous n’exagériez pas un peu, à l’époque, les scénaristes, non ?). Mais Francis a-t-il seulement eu le choix ?

Au milieu du film on appelle Jordan, pour lui indiquer que sa next girl door s’est méchamment fait tailladée le dos par deux frangins totalement psychopathes. Ce dernier mène sa petite enquête de terrain et retrouve les voyous dans un boui-boui, la nuit. Belmondo va faire son gymkhana en s’en donnant à cœur joie : deuxième morceau de bravoure.

Mais avec la mort brutale de son ami qui a mal tourné le commissaire n’a plus tellement envie de plaisanter. Il se lance sur la piste des tueurs, ce qui nous vaut une séquence admirable de poursuite automobile dans les rues de Paris entre une américaine rutilante bleu ciel et un genre d’Aston Martin gonflée qui se pilote comme sur le circuit du Mans : troisième morceau de bravoure.

Mais comme en toute chose il faut parfois considérer la fin, le commissaire se laisse pister par un tueur à gages afin de pouvoir approcher son gros gibier : Antonio Baldi (interprété avec gourmandise par l’excellent Claude Brosset) se fait alors pigeonner par Jordan et va se faire canarder à sa place au volant de sa voiture, dans un parking souterrain, après s’être fait au préalable subtilisé son flingue par Jordan : quatrième et avant-dernier morceau de bravoure.

Enfin, comme dans tout western qui se respecte, le protagoniste se retrouve face à l’antagoniste, qu’il a traqué pendant 98 minutes non-stop. Le commissaire taille une bavette avec le parrain de pacotille avant de le dessouder tranquillement : cinquième et dernier morceau de bravoure.

Pendant que Jordan joue tranquillement au flipper dans un bar, la nuit une fois encore, deux policiers en uniforme lui indiquent que son ami l’inspecteur Rojinski est au bout du fil. Il prend l’appel dans une voiture de patrouille pour s’entendre dire qu’on a retrouvé Mecacci raide mort.

En 1983 Jean-Paul Belmondo a une fois encore gravi les sommets du box-office hexagonal. Les esprits chagrins de l’époque, ceux-là même qui l’accusaient de détruire le cinéma français au moment de la sortie en salles de L’As des as (Gérard Oury, France/RFA, 1982), n’avaient rien compris : car, comme les peintres, des acteurs et des actrices aussi différents mais essentiels au cinéma français que Delon, Belmondo, Marlène Jobert, Miou-Miou, Gérard Lanvin, Isabelle Girardot, Claude Brasseur et Victor Lanoux avaient plusieurs périodes : bleues (celle des débuts prometteurs), rose ensuite (l’ascension miraculeuse des plus hauts sommets), grises (le vertige des premières incompréhensions de la critique et du public), noires (on tend à être effacé par la génération qui suit) et enfin de diamant (la reconnaissance est là, vous êtes muséifié de votre vivant). Quelle actrice, quel acteur de cinéma aujourd’hui pourra se targuer de voir défiler ces différentes périodes en l’espace de quatre, ou cinq, ou six décennies de travail artistique efficient ? Qui ?

 

 

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