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« Le Prix du danger » (1983)

Le regretté Michel Piccoli interprète avec gourmandise l'odieux présentateur télé Frédéric Mallaire.

Le regretté Michel Piccoli interprète avec gourmandise l’odieux présentateur télé Frédéric Mallaire.

Dans Le Prix du danger (France/Yougoslavie, 1983) d’Yves Boisset un homme esseulé socialement, car il est au chômage et qu’il ne peut pas offrir à sa fiancée une vie éloignée des contingences matérielles, décide de participer à un jeu télévisé ignoble, filmé en direct et retransmis par la chaîne CTV dans toute l’Europe pour 200 millions de téléspecta.teur.trice.s. Le but du jeu est le suivant : le candidat, volontaire, doit échapper à une chasse à l’homme. 5 tueurs, eux aussi des candidats, doivent donc occire le participant et l’empêcher de gagner le chèque pourvu de quelques milliers de dollars, dont la remise signerait sa victoire.

Ce film est bien sûr un film à message contestataire, ce qui était la spécialité du réalisateur Yves Boisset. Il avait pour habitude de signer des films coups de poing comme L’Attentat (France/Italie/RFA, 1972), Le juge Fayard dit Le Shériff (France, 1977) ou encore Dupont Lajoie (France, 1975). On était friand de ses films dans les années 1970, car ils représentaient une voie médiane entre les films ouvertement politiques de Costa-Gavras – je pense entre autres à L’Aveu (France/Italie, 1970), à État de siège (France/Italie/RFA, 1972) et à Section spéciale (France/Italie/RFA, 1975) – et les drames psychologiques policiers de Georges Lautner, comme Il était une fois un flic (France/Italie, 1972), Les Seins de glace (France, 1974) ou Mort d’un pourri (France, 1977).

Après l’euphorie consumériste des « Trente glorieuses » (en gros entre 1946 et 1975) le contexte économique et social avait changé, et les films français – entre autres – reflétaient le malaise contemporain. Une forme de violence sociale de la part des possédants à l’encontre des organisations ouvrières, puis le malaise économique dû en partie à la courbe du chômage qui ne cessait de monter après les chocs pétroliers successifs de 1973 et de 1979, enfin un sursaut des catégories sociales populaires qui n’acceptaient plus tellement que les autorités politiques leur ordonnent quoi faire, quoi penser, et comment, tout cela ensemble donna naissance à une ébullition de  laquelle certaines œuvres tirèrent profit. Ces films, ces livres, touchèrent de plein fouet le grand public populaire. Et les films du compère Boisset en faisaient partie.

 À suivre…

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« Peur sur la ville » (1975)

Avec Peur sur la ville (France, 1975) Henri Verneul signe au milieu des années 1970 un film policier urbain, nerveux, vif et accrocheur. Le film n’est pas seulement un Belmondo Movie dans lequel on voit l’acteur préféré des français.e.s à cette époque, se livrer à des cascades comme il ne pouvait pas s’empêcher d’en faire à chacune de ses sorties cinématographiques. On le voit par exemple courser le tueur de femmes Minos sur les toits de Paris, ou encore arpenter le dessus du wagon d’une rame de métro ou, pour finir, se suspendre à un hélicoptère de la Gendarmerie nationale.

La séquence mythique du film a lieu sur le toit du célèbre métro parisien.

La séquence mythique du film a lieu sur le toit du célèbre métro parisien.

Tiré d’un roman d’Ed Mc Bain le film raconte la traque par le commissaire de police Jean Letellier, un des cadors de l’Antigang, passé maintenant à la Criminelle, du tueur fou Minos, un criminel qui a décidé d’occire les femmes qui ont une sexualité épanouie, c’est-à-dire une poignée de gentilles filles à la jambe leste. Letellier est aidé dans sa quête, à laquelle il rechigne au début, de son assistant Moissac, un officier de police expérimenté et solide.

Mais l’essentiel n’est pas là, non, mais bien plutôt dans l’idée géniale d’avoir associé en tandem deux des plus charismatiques acteurs français de ce temps : Jean-Paul Belmondo et l’impeccable Charles Denner qui, par ses longs silences, ses regards mélancoliques et son élégance naturelle, équilibre parfaitement l’exubérance – somme toute assez contrôlée dans ce film – de Bébel, qui commençait à devenir ces années-là un produit d’appel pour des productions qui n’étaient plus trop regardantes sur la qualité esthétique. Cependant, au moins jusqu’à la toute fin des années 1980, l’acteur Belmondo réussira à fidéliser son public sur son seul nom, et non sur celui des réalisateurs qui le dirigeaient. Depuis le film de Philippe de Broca L’Homme de Rio (France/Italie, 1964) le public populaire n’avait jamais fait fausse route au comédien et le suivait les yeux fermés dans toutes ses péripéties cinématographiques ; il en était de même pour Alain Delon, l’autre acteur préféré des français.e.s, même si pour ce dernier l’amorce des années 1980 fut plus difficile à négocier. Mais nous reviendrons bientôt plus en détail sur toute cette affaire, c’est promis.

Pour une fois les cascades et les séquences d’action qui jalonnent Peur sur la ville accompagnent le récit et ne se contentent pas de l’illustrer. Par exemple, la séquence de poursuite en voiture, qui voit le commissaire Letellier prendre en chasse dans les rues de Paris, en plein jour, Minos fuyant sur sa Kawasaki, est montée en parallèle avec celle où les flics de l’équipe de Letellier filent en douce un dangereux braqueur de banques. Alors le commissaire doit prendre une décision : soit continuer de filer au train Minos qui a déjà assassiné deux femmes au cours du film, soit aider ses collègues à mettre hors d’état de nuire le lascar qui lui file entre les doigts depuis 5 ans déjà.

D’ailleurs il ne faut pas oublier l’autre grande vedette du film : il s’agit de la fameuse R16 bleue nuit de Letellier et Moissac qui enquille les rues de Paris avec une folle élégance.

Peur sur la ville reste un modèle de thriller urbain efficace qui nous permet d’arpenter les rues d’un Paris méconnaissable, qui n’existe plus, et qui était le territoire exclusif des grands seigneurs du cinéma français de ce temps-là : Jean-Paul Belmondo, Alain Delon et Lino Ventura.

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Les comédies policières : « 48 heures » de Walter Hill

??????????????? Avec 48 heures (États-Unis, 1982) le réalisateur américain Walter Hill, un solide artisan du film d’action hollywoodien sans concession, signe un des tous premiers buddy movie. Dans celui-ci le jeune comédien du Saturday Night Live, Eddie Murphy, donne la réplique au massif Nick Nolte, qui incarne le mâle alpha avec lequel on n’a pas trop envie d’être mêlé dans une rixe.

L’histoire de 48 heures est assez banale : un lascar, aidé d’un complice, est en cavale et sème des morts sur sa route, dont deux flics qui tentent de les appréhender ; ces deux psychopathes veulent récupérer un magot d’un demi-million de dollars, résultat du vol d’un dealer réalisé par la petite frappe Reginald Hammond qui croupit en prison et qui est libérable dans 6 mois. Le flic incarné par Nick Nolte va faire libérer Regie pendant 48 heures en escomptant qu’il l’aide à retrouver les 2 zozos du début qui ont kidnappé la petite amie d’un membre du posse originel. Regie, qui avait laissé son magot dans le coffre arrière de sa décapotable avant d’être cueilli, jugé puis envoyé en prison pour 3 ans, rêve aussi de se venger du chef de meute et de mettre la main sur l’argent qu’il avait volé.

L’association avec le flic bourru old school, incarné à la perfection par un Nick Nolte juvénile, permet à Eddie Murphy d’exprimer tout son talent. La scène d’anthologie du pub dixie dans lequel il se fait passer pour un policier, avant d’humilier les péquenauds racistes et ségrégationnistes qui peuplent l’endroit, est un vrai régal.

Le filmage serré, au plus près de nos 2 héros, agrémenté de nombreux plans au téléobjectif 135 et 200 mm, les panoramiques sur la nuit urbaine, la vélocité et le dynamisme des scène de fusillades et de courses-poursuites avec les coups de revolver qui claquent comme dans un western ou dans un film noir de l’âge d’or, mais aussi la typologie des personnages qui est assez nuancée pour ce genre de production, tout cela concourt à faire de cette merveilleuse série A le prototype parfait des comédies  policières qui jalonnèrent toutes les années 80.

Eddie Murphy commença son ascension vers les sommets avec ce film-là, qu’il compléta un an plus tard avec Un fauteuil pour deux (États-Unis, 1983) de John Landis, et encore l’année suivante avec Le Flic de Beverly Hills (États-Unis, 1984) de Martin Brest qui finalisa son sacre à Hollywood.

 à suivre…

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« Le Sixième sens » de Michael Mann

Sixième sens En 1986 le réalisateur américain Michael Mann est le premier à adapter un roman de l’écrivain Thomas Harris du cycle Hannibal Lecter. Il s’agit du film Le Sixième sens (Manhunter, États-Unis, 1986).D’ailleurs dans ce film le personnage du sémillant docteur en psychologie est rebaptisé Hannibal Lector et l’interprétation de Brian Cox ne dépareille pas, même si on la compare à celle qu’offrira quelques années plus tard Anthony Hopkins dans Le Silence des agneaux de Jonathan Demme (The Silence of the Lambs, États-Unis, 1991). Michael Mann est donc le premier cinéaste qui filme une aventure policière dans laquelle le docteur Lecter hante toute l’enquête d’un policier lancé aux trousses d’un psychopathe tueur de familles américaines modèles.

Au début du film un collègue de Will Graham vient voir ce dernier pour lui demander d’enquêter sur une affaire sordide : un tueur sévit qui a déjà assassiné deux familles avec leur animal de compagnie, en deux endroits différents des États-Unis. Will est revêche au départ car il sait ce qui lui en a coûté 3 ans auparavant de se lancer à la poursuite du Docteur Lector. Mais il finit par accepter car c’est un des meilleurs profileurs du FBI, ces supers-flics qui se mettent dans la peau des tueurs pour mieux comprendre leur psyché détraquée. Will commence sa quête en allant rendre visite à celui qu’il a réussi à neutraliser, ce psychologue fou qui pourrait l’aider à arrêter ce cinglé qui court les rues et que la presse a baptisé la « vis dérangée ». La filature va pouvoir commencer et la raison de notre flic vaciller derechef.

 Avec ce film produit par Dino de Laurentiis en 1986 Michael Mann se fait un nom, et non content de prouver qu’il sait mettre en boîte un film de studio, il ajuste sa mise en scène métallique, bleu nuit, à une progression narrative et rythmique enjouée ; ce qui donne un relief particulièrement sexy à une cinématographie qui combine à merveille effets de style, interprétation haut de gamme et musique planante sur un sound design du plus bel effet.

Michael Mann avait déjà signé 2 chefs-d’œuvre quelques années auparavant avec Le Solitaire (pas celui avec notre ami Jean-Paul Belmondo, nous y reviendrons, mais avec James Caan en lead character, Thief, États-Unis, 1981) et La Forteresse noire (dans lequel des nazis sont aux prises avec une entité démoniaque, The Keep, États-Unis, 1983). Mais avec Le Sixième sens, un film noir sublime (qui respecte les règles classiques du genre dans lequel tout policier se doit de mener une enquête pour arrêter et mettre hors d’état de nuire une crapule de la pire espèce) le réalisateur américain qui, au contraire de ses congénères, a étudié la mise en scène dans une école de cinéma en Angleterre (à Londres), est adoubé dans la confrérie prestigieuse des créateurs avec qui il faudra compter désormais. La suite de sa carrière, très originale et très riche, ne fera que renforcer cette première impression. Il faut noter aussi la très belle interprétation de William Petersen dans le rôle du profileur Graham, sobre et efficace, qui fait de son personnage de flic entêté et coriace, un modèle d’interprétation sur lequel sauront s’appuyer quelques très bons comédiens dans les années 90 ; je pense notamment à Andy Garcia dans Jennifer 8 de Bruce Robinson (Jennifer Eight, États-Unis, 1992) ou encore à Morgan Freeman dans Seven de David Fincher (Se7en, États-Unis, 1995).

Après Le Sixième sens les personnages d’Hannibal Lecter et du Dragon Rouge vont pénétrer dans une autre dimension, parfois pour le meilleur (Le Silence des agneaux, Hannibal de Ridley Scott, idem, États-Unis/Royaume-Uni/Italie, 2001) mais bien souvent pour le pire (Dragon Rouge de Brett Ratner, Red Dragon, Allemagne/États-Unis, 2002 , Hannibal Lecter - Les origines du malHannibal Rising, Royaume-Uni/République tchèque/France/Italie/États-Unis, et la série télé Hannibal de Bryan Fuller, États-Unis, 2013-2015).

Mais nous reviendrons plus en détail sur toute cette affaire en début d’année prochaine.

 

 

 

 

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« Joker » ou la naissance du Mal, 3e partie

New York seventies Dans Joker Todd Phillips offre à nos regards stupéfaits la cartographie, à la fois physique et mentale, d’une réalité alternative. Le personnage d’Arthur Fleck vit à Gotham, et de nombreux observateurs ont cru reconnaître New York City, la ville dangereuse des années 70 et 80 ; celle dans laquelle Travis Bickle, le personnage esseulé de Taxi Driver (Martin Scorsese, États-Unis, 1976), arpentait les rues, à pied ou au volant de son yellow cab. Mais dans Joker nous sommes bien à Gotham, qui est avant tout un territoire mental dans lequel on craint toujours que le pire advienne.

Joker (le film, bien entendu) est le fruit d’une synchronicité, d’un épais alignement des planètes qui fait coïncider une œuvre de la pop culture avec l’état actuel de notre monde. Dans notre monde réel des psychopathes en puissance sont au pouvoir et génèrent parmi les populations du monde entier un fort sentiment d’angoisse et d’insécurité. La prolifération nucléaire de ces 40 dernières années, le soubassement de plus en plus hermétique, inviolable et inébranlable, des régimes autoritaires et dictatoriaux à travers la planète, ainsi que la redistribution des cartes géopolitiques et le pillage intégral de toutes les ressources par les coalitions au pouvoir, tout cela nécessite d’appréhender avec circonspection les images continuelles avec lesquelles on nous bombarde.

Joker

Le personnage de Joker sert à alimenter toutes nos peurs, à générer un flux – incontrôlé, incontrôlable – de tensions disparates qui, par le biais d’une narration brillante, ordonne et met au net ce qui jusqu’à présent n’avait de sens pour personne. Il me semble que l’apparition de Joker au cinéma est en lien direct avec celle des Watchmen (Damon Lindelof, États-Unis, 2019-…) qui eux aussi interrogent les nouvelles formes de confrontation politique et sociale.

Dès lors le personnage du clown furieux et ceux des escadrons héroïques qui doivent contenir la guerre civile au cœur des sociétés capitalistiques poursuivent le même but : nous révéler ce qui cloche mieux qu’un cours de socio-politique à Sciences Po ou en cours de sciences politiques de licence 3.

Watchmen

Mais qu’apprend-on dans le film de Todd Phillips et dans la série de Damon Lindelof qu’on ne sache déjà ?

à suivre…

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« Joker » ou la naissance du Mal, 2e partie

Dans Joker de Todd Phillips on suit pas à pas les méandres de la vie, pas drôle pour un sou, d’un artiste qui essaye de percer. Mais le monde est cruel, surtout quand celui-ci se présente sous les traits de Gotham, une ville filmée comme New York City dans le très beau et très sombre Taxi Driver (États-Unis, 1976) de Martin Scorsese, une des nombreuses références de Todd Phillips.

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Cet artiste se nomme Arthur Fleck et se grime en clown pour gagner sa vie, en portant à bout de bras des bannières publicitaires de magasins au bord de la faillite. Il représente la masse des salarié.e.s qui ont du mal à joindre les deux bouts. Tandis qu’il s’enlise dans le ressentiment, qu’il fait l’expérience de portes entrouvertes qui se referment inexorablement dès qu’il s’en approche de trop près, la ville dans laquelle il vit en compagnie de sa mère, qui se morfond au fond de son appartement trop étroit, cette ville, trop grande, devient de plus en plus violente et incontrôlable.

Joker raconte la lente destruction d’un esprit, l’avilissement d’une conscience qui n’est pas assez armée, au départ, pour affronter les mutations du réel. Un réel dans lequel les enfants de Gotham ne vont plus à l’école depuis belle lurette ; à la place ils rouent de coups dans la rue les pauvres clowns fatigués que nous sommes toutes et tous devenus. On ne s’est même pas aperçu que les traders des quartiers d’affaires étaient des hommes abjects qui violentent les femmes dans le métro, sans que nous intervenions pour les empêcher de faire encore et toujours du mal. Et les vedettes éphémères du divertissement, les stars en papier qui présentent les late shows, ne se rendent même plus compte de l’humiliation qu’elles font subir à celles et à ceux qui n’ont pas eu l’opportunité de réussir leur vie. Nous avons appelé de nos vœux, dans nos cauchemars les plus grotesques, l’apparition du Joker ; pour qu’il fasse une bonne fois pour toutes le sale boulot à notre place.

Et de quelle manière ?

La société contemporaine a fabriqué ses propres sociopathes et ses propres tueurs de masse. Nul besoin d’une idéologie trop compliquée pour donner naissance aux orchestrateurs du chaos, qui fertilisent sur le ressentiment, la peur et la haine. Joker est l’enduit avec lequel on est en train de recouvrir les surfaces fanées de la civilisation. C’est pour cela que ce film pose actuellement un problème : car il nécessite de notre part un effort d’interprétation ; les grilles d’analyse pour bien appréhender cet objet filmique imparable sont pourtant nombreuses et bien appareillées. Encore faut-il trouver la volonté d’interroger ce qui nous pose à tou.te.s sans exception un problème d’analyse stylistique, aussi ancien que le cinéma lui-même à ses débuts : on peut aimer Naissance d’une nation (États-Unis, 1915) de David Wark Griffith ou Portier de nuit (Italie, 1974) de Liliana Cavani, mais éprouver un mal fou à passer du temps à les analyser tant le propos de ces films est malaisé et inexpugnable.

Le film Joker de Todd Phillips est, je crois, un tour de force de cette année cinématographique 2019 qui s’achève.

Oui, mais pourquoi ?

à suivre…

 

 

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« Joker » ou la naissance du Mal

Pour la première fois tout un film, dans sa durée, s’attache à la figure du principal antagoniste de l’histoire qui nous est racontée. Il s’agit d’un super-vilain pas comme les autres, le maléfique Joker, la face de Janus qui colle aux basques de celui ou de celle qui est censé.e rétablir l’équilibre après le chaos diligenté par les forces du mal.

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Et depuis 1939, avec la naissance de Batman dans Detective comics par le dessinateur Bob Kane et le scénariste Bill Finger, on s’est attaché à ces figures malfaisantes, démoniaques, qui font de la ville fictive de Gotham City l’enfer sur terre à proprement parler. Avec sa masse sans cesse renouvelée de déglingués, de psychopathes et de sociopathes atrocement violents, fous furieux et ingénieux dans l’orchestration de toutes sortes de crimes monstrueux, on s’est amusé depuis plus de 80 ans (passe-temps quand même un peu douteux quand on y réfléchit cinq minutes, non ?) à parfaire notre encyclopédie des figures culturelles de la folie : et il va sans dire que le Joker trône tout en haut du hit-parade, en compagnie de quelques autres joyeux azimutés (bonjour Dark Vador, hello Hannibal Lecter, etc).

Joker est un merveilleux objet de détestation et de fascination mêlées ; il incarne notre part maudite, notre inconscient, notre refoulé immuable. Et il est devenu au fil des comic-books, des dessins animés et des films de la franchise Batman de DC Comics le totem absolu de notre modernité folle, sauvage, intrépide, qui nous mène chaque jour au bord du précipice.

Le Joker est devenu au fil des épisodes cet être abject qui impressionne durablement.

Et dans Joker (États-Unis, 2019) de Todd Phillips, il devient l’emblème du monde occidental qui vacille. Car le film organise la chorégraphie magnifiée par les images, le son et la musique, de la décrépitude accélérée de ce qui faisait hier encore consensus : le liant politique et social qui permettait à nos sociétés post-industrialisées de tenir le coup. Mais le monde a changé, irrémédiablement, les cartes de la géopolitique et de la diplomatie ont été redistribuées, et devinez laquelle est sortie en premier du paquet ?

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à suivre…

 

 

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Le polar à la française dans les années 70/80

Pour introduire cette nouvelle rubrique je propose que nous nous penchions sur le film suivant : L’Indic de Serge Leroy (France, 1983).

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 Dans ce film Thierry Lhermitte interprète Antoine, un gangster corse qui fait partie de la bande de truands diligentée par Ange, que joue à merveille Bernard-Pierre Donnadieu. Ils braquent des fourgons blindés et n’hésitent pas à laisser des morts dans leur sillage quand la situation leur échappe. C’est pour ça que l’équipe de police judiciaire dont fait partie Daniel Auteuil, jeune et à cheveux mi-longs (c’est-à-dire période Les Sous-doués et Les Sous-doués en vacances, France, Claude Zidi, 1979 et 1981), essaye depuis 2 ans de leur mettre la main au collet.

Le film commence avec 2 scènes remarquables, de haute tenue cinématographique : il s’agit de l’assassinat du frère de Ange, puis de son enterrement, pendant lequel le jeune gangster Antoine (Thierry Lhermitte est solaire dans ce film, et beau comme un dieu, en 1983 il n’avait rien à envier au Delon des années 70 – même charisme animal et plaisir de jouer évident devant la caméra) fait la connaissance de Sylvia, interprétée avec beaucoup de naturel par la superbe actrice Pascale Rocard. Antoine drague Sylvia, puis la séduit.

Mais le flic joué par Auteuil va mettre son grain de sel et va tenter de séduire Sylvia à son tour pour lui soutirer des informations capitales à propos de son Jules.

Bien sûr le scénario est cousu de fil blanc – c’est le flic Roger Borniche qui avait écrit le bouquin dont le film est l’adaptation – mais l’essentiel n’est pas là : l’essentiel c’est d’apprécier le jeu à la française, hérité de Molière et des Italiens, qui permet de suivre avec délectation les dialogues. Et puis il y a ce son, génial, ces bruitages, géniaux, si caractéristiques des productions ciné hexagonales des années 70 et 80. Et puis il y a l’excellent Michel Beaune dans le rôle du chef d’une unité de police judiciaire parisienne.

Nous rivalisions en ce temps-là avec le meilleur du cinéma populaire américain et italien.

à suivre…

 

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My name is Lukas

 lukas_jcvdEt pourtant des film français intéressants il en existe en pagaille.

Par exemple un film très récent, Lukas (France/Belgique, 2018), de Julien Leclercq, qui est sorti au cinéma il y a plus d’un an, le 22 août 2018, revisite à sa manière, urbaine, moderne et iconoclaste, le Jean-Claude Van Damme Movie. Film méta sur la mise en mouvement d’un corps fatigué, usé par la vie et ses sempiternelles chausse-trappes, Lukas explore les lignes de fuite d’un corps de cinéma qu’on croyait à tort rompu. La caméra de ce cinéaste de 40 ans originaire du Nord de la France filme l’ancien actioner que nous adorions quand nous étions mômes il y a plus de trente ans de cela, et enregistre les circonvolutions d’un personnage qui n’a que l’usage de ses poings et de ses pieds pour exister dans une jungle urbaine, grise et bleue, dans laquelle les flics sont encore plus salauds que les faux-monnayeurs qu’ils traquent.

Le film est habité tout du long par une vraie joie de filmer, décelable à l’écran, et fait de son personnage minéral, hiératique à souhait – Jean-Claude Van Damme ainsi que tous les autres personnages ne doivent pas avoir plus de deux ou trois pages de dialogue in fine – la représentation, touchante, de la persévérance, de cette ténacité qui fait que Lukas ira rejoindre sa fille coûte que coûte à la toute fin, même s’il a une balle dans le buffet, car il faut toujours honorer la promesse qu’on fait à un enfant, jusqu’à son dernier souffle.

L’ancien garde du corps en Afrique du sud, devenu videur de boîte de nuit puis homme de main du parrain local faux-monnayeur, est pris au piège par les autorités de sa ville natale où il comptait se faire oublier en élevant sa gamine pré-adolescente seule, et devra continuer d’exercer cette violence qu’il exècre afin de préparer un avenir pas trop dégueulasse à son enfant.

Pour illustrer cet état de fait il ne faut pas plus que filmer le visage esseulé de Jean-Claude Van Damme en gros plan ; c’est ce que fait remarquablement le réalisateur Julien Leclercq. Comme quoi nous avons encore en France des cinéastes doués qui s’écartent des sentiers battus et balisés de la production actuelle pour proposer une cheminent visuel original et respectueux des aînés.

Car à travers la caméra de Julien Leclerq on pense à celle de Henri Verneuil ou de Jacques Deray, autres grands cinéastes des chemins de croix en solitaire au cœur des villes gangrenées par les mafias locales et les flics ripoux.

Lukas prouve que le polar à la française, ou à la belge, résiste mieux que tout autre genre cinématographique en France. Inutile de singer les américains, que nous n’égalerons de toute façon jamais dans leur manière de filmer les grands espaces et les mégapoles tentaculaires, contentons-nous de réaliser de superbes thrillers et films noirs vénéneux qui portent haut le genre à son point d’incandescence.

 

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