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Les films policiers français : [#2] « Le Marginal »

La scène mythique de la répétition d'un interrogatoire au commissariat de police, orchestrée par un Jean-Paul Belmondo en grande forme.

La scène mythique de la répétition d’un interrogatoire au commissariat de police, orchestrée par un Jean-Paul Belmondo en grande forme.

Le Marginal est un film de Jacques Deray (France, Kodak Eastmancolor, 1h38), datant de 1983, qui met en scène Jean-Paul Belmondo dans le rôle du commissaire divisionnaire Jordan, cherchant à mettre hors d’état de nuire un cador du Milieu.

Bien entendu, après moult courses poursuites et bastons bien sentis contre des voyous et des malfrats, le commissaire finira par occire le trafiquant d’héroïne qui a ordonné l’exécution de son meilleur ami.

Dans un Belmondo movie de sa période rose, celle des années 1970 et 1980, l’histoire qu’on raconte est archi rebattue, là n’est pas l’essentiel. Ce qui est important dans ces films d’action policière à la française, c’est le filmage des morceaux de bravoure : il faut trois ou quatre scènes d’action véhémente qui portent le comédien Belmondo au sommet de la hiérarchie. Dès le premier plan du film l’acteur est filmé assis sagement dans un TGV qui fait la liaison Paris-Marseille.

Le commissaire divisionnaire Jordan est envoyé par ses supérieurs de la capitale dans la cité phocéenne afin qu’il démantèle le trafic de l’héroïne organisé par Sauveur Mecacci (impeccable Henry Silva) et sa clique. Jordan va tenter d’intercepter un hors-bord rempli à fond de cale de 200 kg de brown sugar en sautant d’un hélicoptère : premier morceau de bravoure. Il y en aura d’autres. Devant l’énervement de ses supérieurs, qui se lassent de ses méthodes non conventionnelles, on rapatrie cet officier de police marginal (d’où le titre) à Paris, où on l’affecte dans un commissariat anonyme, mais il y retrouve un compère (on imagine que les deux lascars ont fait connaissance pendant leur formation initiale à l’école de Police) ; il s’agit de l’inspecteur Rojinski qui est incarné avec classe par l’acteur Pierre Vernier. À propos, savez vous qu’il a longtemps vécu, en toute discrétion, dans mon département du Gers ? Je l’ai rencontré à plusieurs reprises sur mon lieu de travail. Mais ceci est une autre histoire, que je raconterai plus en détail une autre fois.

En même temps qu’il continue d’enquêter sur les agissements du malfrat Mecacci, le commissaire Jordan s’entiche d’une prostituée (d’ailleurs pour la petite histoire l’acteur Belmondo s’enticha, pour de vrai, de la jolie comédienne Carlos Sotto Mayor qui incarnait cette dernière sur le plateau de tournage). Il fait aussi la leçon à son ami Francis Pierron (interprété par le jeune Tchéky Karyo) qui vient de s’acoquiner pour la gérance de machines à sou avec ce foutu Mecacci, le roi de l’héroïne qu’on refourgue aux collégiens à la sortie des classes (vous n’exagériez pas un peu, à l’époque, les scénaristes, non ?). Mais Francis a-t-il seulement eu le choix ?

Au milieu du film on appelle Jordan, pour lui indiquer que sa next girl door s’est méchamment fait tailladée le dos par deux frangins totalement psychopathes. Ce dernier mène sa petite enquête de terrain et retrouve les voyous dans un boui-boui, la nuit. Belmondo va faire son gymkhana en s’en donnant à cœur joie : deuxième morceau de bravoure.

Mais avec la mort brutale de son ami qui a mal tourné le commissaire n’a plus tellement envie de plaisanter. Il se lance sur la piste des tueurs, ce qui nous vaut une séquence admirable de poursuite automobile dans les rues de Paris entre une américaine rutilante bleu ciel et un genre d’Aston Martin gonflée qui se pilote comme sur le circuit du Mans : troisième morceau de bravoure.

Mais comme en toute chose il faut parfois considérer la fin, le commissaire se laisse pister par un tueur à gages afin de pouvoir approcher son gros gibier : Antonio Baldi (interprété avec gourmandise par l’excellent Claude Brosset) se fait alors pigeonner par Jordan et va se faire canarder à sa place au volant de sa voiture, dans un parking souterrain, après s’être fait au préalable subtilisé son flingue par Jordan : quatrième et avant-dernier morceau de bravoure.

Enfin, comme dans tout western qui se respecte, le protagoniste se retrouve face à l’antagoniste, qu’il a traqué pendant 98 minutes non-stop. Le commissaire taille une bavette avec le parrain de pacotille avant de le dessouder tranquillement : cinquième et dernier morceau de bravoure.

Pendant que Jordan joue tranquillement au flipper dans un bar, la nuit une fois encore, deux policiers en uniforme lui indiquent que son ami l’inspecteur Rojinski est au bout du fil. Il prend l’appel dans une voiture de patrouille pour s’entendre dire qu’on a retrouvé Mecacci raide mort.

En 1983 Jean-Paul Belmondo a une fois encore gravi les sommets du box-office hexagonal. Les esprits chagrins de l’époque, ceux-là même qui l’accusaient de détruire le cinéma français au moment de la sortie en salles de L’As des as (Gérard Oury, France/RFA, 1982), n’avaient rien compris : car, comme les peintres, des acteurs et des actrices aussi différents mais essentiels au cinéma français que Delon, Belmondo, Marlène Jobert, Miou-Miou, Gérard Lanvin, Isabelle Girardot, Claude Brasseur et Victor Lanoux avaient plusieurs périodes : bleues (celle des débuts prometteurs), rose ensuite (l’ascension miraculeuse des plus hauts sommets), grises (le vertige des premières incompréhensions de la critique et du public), noires (on tend à être effacé par la génération qui suit) et enfin de diamant (la reconnaissance est là, vous êtes muséifié de votre vivant). Quelle actrice, quel acteur de cinéma aujourd’hui pourra se targuer de voir défiler ces différentes périodes en l’espace de quatre, ou cinq, ou six décennies de travail artistique efficient ? Qui ?

 

 

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Les films policiers français : [#1] « Le Choc »

deneuve_delon Le Choc est un film policier français réalisé par Robin Davis, avec en têtes d’affiche Alain Delon et Catherine Deneuve, qui étaient en 1982 deux immenses stars de cinéma. Et qui pourtant n’avaient pas si souvent eu le loisir de se trouver réunis dans le même film (excepté dans le magnifique Un Flic de Jean-Pierre Melville dix ans auparavant), alors que ces 2 immenses comédiens avaient commencé leurs carrières cinématographiques quasiment au même moment. De plus, le même magnétisme, le même charisme en faisaient deux êtres, deux personnalités artistiques exceptionnelles qui drainaient avec eux un filet puissant de fantasmes de toutes sortes.

En 1982 l’espace numérique n’existait pas et un artiste pouvait aisément cadenasser les serrures de sa vie privée. La machine à fabriquer du storytelling n’avait pas encore envahi tout l’espace médiatique. C’était seulement en allant au cinéma qu’on prenait des nouvelles des vedettes du grand écran qu’on aimait bien. Sinon, c’était pour la petite lucarne dans des émissions en direct comme Champs-Élysées ou Le Grand Échiquier qu’on voyait et qu’on entendait s’exprimer en chair et en os celles et ceux que nous n’avions pas le loisir de côtoyer dans la rue. Encore moins quand on vivait en province, à la campagne de surcroît. De toute façon, dans les années 1980, chaque nouveau film avec Alain Delon ou avec Catherine Deneuve, était un événement culturel et artistique.

Je pense que nous n’avons pas encore tout à fait mesuré l’importance de l’aura que dégageait ces stars de cinéma-là en France. En effet Yves Montand, Romy Schneider, Jean-Paul Belmondo, Isabelle Adjani, Alain Delon, Catherine Deneuve, Gérard Depardieu, Isabelle Huppert, dans les années 1980, incarnaient une manière inédite de se mouvoir à l’écran, mais surtout de camper des personnages plus vrais que nature, oui, car ils ne jouaient pas un rôle, en tout cas pas au sens où on l’entend depuis les années 1990.

Dans Le Choc Alain Delon joue le rôle d’un tueur à gages qui après avoir dessoudé un occidental au Maroc, décide de raccrocher ; et qui pour cela en avise son commanditaire, son patron, quoi. Mal lui en prend car derechef on envoie un tueur à ses trousses, puis ensuite d’autres encore pour lui faire passer l’idée de s’en aller conter fleurette à la jolie fermière adultère dans les eaux turquoises de la Polynésie française ou des Bahamas.

Évidemment le ton du film est surprenant pour un Delon Movie, vous l’aurez compris, car il s’agit de l’adaptation pour le grand écran d’un roman noir célèbre du génial écrivain Jean-Patrick Manchette, lequel s’acoquinait avec la superstar Delon depuis quelques années, qui s’était entichée de sa prose postmoderniste.

S’entendant comme larrons en foire nous devons au duo de magnifiques films noirs et policiers, plutôt bien mis en scène, et dont le propos s’accommode assez bien avec le ton nihiliste de ces années 1980 du tout-à-l’image.

Voir Le Choc en 2020 c’est aussi se rendre compte à quel point Catherine Deneuve et Alain Delon enflamment la pellicule 35 mm des laboratoires Fujicolor à chacune de leurs nombreuses apparitions à l’écran. En parlant très peu tout du long,  Catherine et Alain nous signifient ce qu’être une immense actrice, un immense acteur de cinéma, veut dire : il y faut un zeste de métier et un naturel inégalé, inégalable encore aujourd’hui.

La messe est dite.

Contemplez le génie de l’acting à la française.

Et priez.

Car après ça rien ne compte davantage au cinéma désormais.

Il fut un temps où nous avions de gigantesques STARS en France, qui parfois, pour le plaisir – et pour le fric aussi, ne soyons pas naïfs – s’amusaient à jouer de concert dans le même film.

History, History…

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Les thrillers : [#1] « Cruising – La Chasse »

Cruising – La Chasse (Cruising, Allemagne de l’Ouest/États-Unis, 1980) de William Friedkin, le réalisateur énervé, est un film profondément antipathique. Au départ il s’agit d’un long-métrage de genre attrayant, dans la mesure où son metteur en scène se propose de radiographier à l’aide de ses caméras 35 mm et de son Scope, le monde hermétique des clubs gays new-yorkais à la fin des seventies et au tout début des années fric & violence décomplexée des eighties. Le public de l’époque pouvait espérer avoir affaire à une vision différente de celle d’un Paul Schrader par exemple (son Hardcore [idem, États-Unis], date de 1979), ou à celles d’autres cinéastes puritains qui avaient traité le sujet d’une manière toute outrancière. Il n’en sera rien.

Les thrillers : [#1]

William Friedkin, fort du succès international de L’Exorciste (The Exorcist, États-Unis, 1973) mais marri du bide retentissant de son pourtant phénoménal Le Convoi de la peur (Sorcerer, États-Unis/Mexique, 1977), remake déroutant et sous adrénaline du chef d’œuvre incendiaire Le Salaire de la peur (France/Italie, 1953) d’Henri-Georges Clouzot, se sert d’un roman de Gerard Walker pour ausculter le monde interlope et nocturne du New-York essentiellement gay ; nulle trace de personnages lesbiens ou trans ici, le père Friedkin jouant avec tous les codes qu’on prête aux homosexuels à l’aube des années 80 : ils sont essentiellement body-buildés, moustachus, en sueur et n’ont pas besoin de communiquer par la parole pour incendier les sens de n’importe qui. C’est aussi kitsch et sans envergure que quand on veut rendre compte de l’atmosphère sexuelle dégagée dans n’importe quelle discothèque d’Amérique du Nord dans des films comme Flashdance (Adrian Lyne, États-Unis, 1983) ou Dirty Dancing (Emile Ardolino, États-Unis, 1987). Pourtant, en eux-mêmes, ces 2 films pris en exemple sont loin d’être mauvais ; cependant la gageure qui consiste à synthétiser toute une culture jeune & urbaine en 3 plans séquences et quelques ralentis sur de la musique à la mode va bien 10 ou 15 minutes, pas plus. On ne résume pas une manière culturelle en 1 film ou 2, en faisant croire qu’on en a fait le tour.

Quelle est l’intrigue du film ? Le chef des inspecteurs de la Brigade Mondaine d’un borrough new-yorkais charge un de ses policiers d’infiltrer la communauté gay afin de mettre la main sur un tueur en série qui assassine des homosexuels en les lardant de coups de couteau dans le dos, et parfois en découpant leur corps. Steve Burns est le policier à qui le chef (interprété par Paul Sorvino) s’adresse pour mettre hors d’état de nuire le mystérieux tueur au couteau.

À partir de là nous suivons les pérégrinations de Steve, qui est « undercover », et qui sous la fausse identité de John Ford va essayer de se créer de toutes pièces un profil vraisemblable dans le monde très fermé des clubs « hardcore » de la ville qui ne dort jamais.

Ce qui est perceptible, à la vision des plans qui se déroulent dans les différents clubs où Al Pacino déambule à la recherche d’indices, c’est la façon méprisante avec laquelle William Friedkin filme cette « faune » de mâles qui se déhanchent sur la piste au son d’une musique techno-rock répétitive en diable. Si on étudie avec minutie les séquences on « sent » que le réalisateur adoube le comportement des inspecteurs de la Mondaine – notamment dans une scène d’interrogatoire traumatisante pour le jeune suspect qu’on soupçonne un temps d’être le tueur en série. La virilité agressive de ces policiers à moustache et en bras de chemise jure avec celle – mise à distance – de tous ces mecs qui passent la nuit à jouer sexuellement avec leurs corps entre adultes consentants. Et Friedkin appuie à coups de zooms et de décadrages l’idée selon laquelle ce n’est pas tellement de se mettre dans les pas d’un tueur en série qui est traumatisant, mais bien plutôt de se mêler à cette faune hédoniste, filmée à la manière d’un Ridley Scott quand il traque sa terrible bébête dans les coursives du Nostromo [Alien, le huitième passagerAlien, Ridley Scott, Royaume-Uni/États-Unis, 1979].

Cruising – La Chasse, qui est plastiquement superbe, et particulièrement bien interprété (Al Pacino y est somptueux dans son rôle de policier complètement dépassé), n’en reste pas moins, sous des atours séduisants au possible de thriller urbain moderniste, un film profondément réactionnaire.

 

 

 

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« Le Prix du danger » (1983) [#2]

Le prix du danger 2

En imaginant, en 1983, le monde d’aujourd’hui, dans lequel on demande aux candidats d’un jeu télévisé d’éliminer les autres participants pour avancer dans le jeu (c’est d’ailleurs le principe actuel sur lequel sont basées toutes les émissions de télé-réalité, en France et dans le monde), Yves Boisset imaginait ce qui pourrait advenir de pire. Le pire c’est ce qui arrive quand les derniers garde-fous d’une société ont irrémédiablement sauté : comme celui de la préservation de la vie humaine, en tant que droit sacré inaliénable. Nul n’a le droit d’attenter à la vie, pleine et entière, d’autrui. Sans ce principe fondateur de la démocratie moderne, la civilisation succombe sous les assauts de la barbarie totalitaire. Mais ce qui est pire que tout, ce qui est par dessus-tout indéfendable, c’est cette idée selon laquelle n’importe quel citoyen choisit librement, en son âme et conscience, d’être la victime volontaire, expiatoire, d’une émission télévisée que tout le monde regarde.

À l’époque où le film était tourné la télé-poubelle d’aujourd’hui n’existait pas encore. Bien entendu, en 1983 la télévision française était aux ordres du pouvoir politique et financier. Cependant il n’y avait pas encore eu les règnes des Étienne Mougeotte, des Patrick Le Lay, des Francis Bouygues, ces magnats de l’audiovisuel qui en l’espace de quelques années dessinèrent à coups de milliards le monde médiatique d’aujourd’hui. Le Prix du danger faisait alors prendre conscience de ce qu’il y aurait de mortifère à proposer à n’importe lequel d’entre nous des programmes débiles et avilissants via les canaux hertziens de distribution audiovisuelle à flux continus. De bout en bout le personnage incarné par Gérard Lanvin, qui était jeune, qui se révoltait contre cet état de fait, personnifiait avec justesse cette constatation : c’étaient les vieux arrivés qui envoyaient les jeunes individus pleins de sève au casse-pipe. Il s’agissait d’un principe historique inchangé depuis les années d’Ancien Régime. 

Ainsi le personnage, roublard à souhait, du présentateur vedette incarné avec classe par l’immense et regretté Michel Piccoli, envoie ce brave révolté Jacquemard, qui ne sait plus comment satisfaire sa jolie et fraîche fiancée (interprétée par Gabrielle Lazure), au pilori. Bruno Crémer, lui, (impeccable, comme d’habitude – il faudra un jour revenir en détail sur tout ce qu’a apporté au cinéma français cet acteur de cinéma de très haute stature) joue le rôle, tout en circonvolutions machiavéliques, du roué patron de la chaîne ITV, qui se défausse de tout jugement moral, pendant que son assistante incarnée par Marie-France Pisier joue à la merveille les faux-semblants.

Le Prix du danger pose la seule vraie question autour de laquelle tournent à l’envi tous les films de politique-fiction français des années 1970 et 1980 : peut-on un jour, raisonnablement, faire plier le système ? 

D’autres films de ces années-là tenteront d’apporter une réponse. Nous en parlerons très prochainement. J’en profite pour vous souhaiter, à toutes et à tous, un agréable déconfinement, et un retour à la normale dans vos vies quotidiennes.

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« Le Prix du danger » (1983)

Le regretté Michel Piccoli interprète avec gourmandise l'odieux présentateur télé Frédéric Mallaire.

Le regretté Michel Piccoli interprète avec gourmandise l’odieux présentateur télé Frédéric Mallaire.

Dans Le Prix du danger (France/Yougoslavie, 1983) d’Yves Boisset un homme esseulé socialement, car il est au chômage et qu’il ne peut pas offrir à sa fiancée une vie éloignée des contingences matérielles, décide de participer à un jeu télévisé ignoble, filmé en direct et retransmis par la chaîne CTV dans toute l’Europe pour 200 millions de téléspecta.teur.trice.s. Le but du jeu est le suivant : le candidat, volontaire, doit échapper à une chasse à l’homme. 5 tueurs, eux aussi des candidats, doivent donc occire le participant et l’empêcher de gagner le chèque pourvu de quelques milliers de dollars, dont la remise signerait sa victoire.

Ce film est bien sûr un film à message contestataire, ce qui était la spécialité du réalisateur Yves Boisset. Il avait pour habitude de signer des films coups de poing comme L’Attentat (France/Italie/RFA, 1972), Le juge Fayard dit Le Shériff (France, 1977) ou encore Dupont Lajoie (France, 1975). On était friand de ses films dans les années 1970, car ils représentaient une voie médiane entre les films ouvertement politiques de Costa-Gavras – je pense entre autres à L’Aveu (France/Italie, 1970), à État de siège (France/Italie/RFA, 1972) et à Section spéciale (France/Italie/RFA, 1975) – et les drames psychologiques policiers de Georges Lautner, comme Il était une fois un flic (France/Italie, 1972), Les Seins de glace (France, 1974) ou Mort d’un pourri (France, 1977).

Après l’euphorie consumériste des « Trente glorieuses » (en gros entre 1946 et 1975) le contexte économique et social avait changé, et les films français – entre autres – reflétaient le malaise contemporain. Une forme de violence sociale de la part des possédants à l’encontre des organisations ouvrières, puis le malaise économique dû en partie à la courbe du chômage qui ne cessait de monter après les chocs pétroliers successifs de 1973 et de 1979, enfin un sursaut des catégories sociales populaires qui n’acceptaient plus tellement que les autorités politiques leur ordonnent quoi faire, quoi penser, et comment, tout cela ensemble donna naissance à une ébullition de  laquelle certaines œuvres tirèrent profit. Ces films, ces livres, touchèrent de plein fouet le grand public populaire. Et les films du compère Boisset en faisaient partie.

 À suivre…

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« Peur sur la ville » (1975)

Avec Peur sur la ville (France, 1975) Henri Verneul signe au milieu des années 1970 un film policier urbain, nerveux, vif et accrocheur. Le film n’est pas seulement un Belmondo Movie dans lequel on voit l’acteur préféré des français.e.s à cette époque, se livrer à des cascades comme il ne pouvait pas s’empêcher d’en faire à chacune de ses sorties cinématographiques. On le voit par exemple courser le tueur de femmes Minos sur les toits de Paris, ou encore arpenter le dessus du wagon d’une rame de métro ou, pour finir, se suspendre à un hélicoptère de la Gendarmerie nationale.

La séquence mythique du film a lieu sur le toit du célèbre métro parisien.

La séquence mythique du film a lieu sur le toit du célèbre métro parisien.

Tiré d’un roman d’Ed Mc Bain le film raconte la traque par le commissaire de police Jean Letellier, un des cadors de l’Antigang, passé maintenant à la Criminelle, du tueur fou Minos, un criminel qui a décidé d’occire les femmes qui ont une sexualité épanouie, c’est-à-dire une poignée de gentilles filles à la jambe leste. Letellier est aidé dans sa quête, à laquelle il rechigne au début, de son assistant Moissac, un officier de police expérimenté et solide.

Mais l’essentiel n’est pas là, non, mais bien plutôt dans l’idée géniale d’avoir associé en tandem deux des plus charismatiques acteurs français de ce temps : Jean-Paul Belmondo et l’impeccable Charles Denner qui, par ses longs silences, ses regards mélancoliques et son élégance naturelle, équilibre parfaitement l’exubérance – somme toute assez contrôlée dans ce film – de Bébel, qui commençait à devenir ces années-là un produit d’appel pour des productions qui n’étaient plus trop regardantes sur la qualité esthétique. Cependant, au moins jusqu’à la toute fin des années 1980, l’acteur Belmondo réussira à fidéliser son public sur son seul nom, et non sur celui des réalisateurs qui le dirigeaient. Depuis le film de Philippe de Broca L’Homme de Rio (France/Italie, 1964) le public populaire n’avait jamais fait fausse route au comédien et le suivait les yeux fermés dans toutes ses péripéties cinématographiques ; il en était de même pour Alain Delon, l’autre acteur préféré des français.e.s, même si pour ce dernier l’amorce des années 1980 fut plus difficile à négocier. Mais nous reviendrons bientôt plus en détail sur toute cette affaire, c’est promis.

Pour une fois les cascades et les séquences d’action qui jalonnent Peur sur la ville accompagnent le récit et ne se contentent pas de l’illustrer. Par exemple, la séquence de poursuite en voiture, qui voit le commissaire Letellier prendre en chasse dans les rues de Paris, en plein jour, Minos fuyant sur sa Kawasaki, est montée en parallèle avec celle où les flics de l’équipe de Letellier filent en douce un dangereux braqueur de banques. Alors le commissaire doit prendre une décision : soit continuer de filer au train Minos qui a déjà assassiné deux femmes au cours du film, soit aider ses collègues à mettre hors d’état de nuire le lascar qui lui file entre les doigts depuis 5 ans déjà.

D’ailleurs il ne faut pas oublier l’autre grande vedette du film : il s’agit de la fameuse R16 bleue nuit de Letellier et Moissac qui enquille les rues de Paris avec une folle élégance.

Peur sur la ville reste un modèle de thriller urbain efficace qui nous permet d’arpenter les rues d’un Paris méconnaissable, qui n’existe plus, et qui était le territoire exclusif des grands seigneurs du cinéma français de ce temps-là : Jean-Paul Belmondo, Alain Delon et Lino Ventura.

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Les comédies policières : « 48 heures » de Walter Hill

??????????????? Avec 48 heures (États-Unis, 1982) le réalisateur américain Walter Hill, un solide artisan du film d’action hollywoodien sans concession, signe un des tous premiers buddy movie. Dans celui-ci le jeune comédien du Saturday Night Live, Eddie Murphy, donne la réplique au massif Nick Nolte, qui incarne le mâle alpha avec lequel on n’a pas trop envie d’être mêlé dans une rixe.

L’histoire de 48 heures est assez banale : un lascar, aidé d’un complice, est en cavale et sème des morts sur sa route, dont deux flics qui tentent de les appréhender ; ces deux psychopathes veulent récupérer un magot d’un demi-million de dollars, résultat du vol d’un dealer réalisé par la petite frappe Reginald Hammond qui croupit en prison et qui est libérable dans 6 mois. Le flic incarné par Nick Nolte va faire libérer Regie pendant 48 heures en escomptant qu’il l’aide à retrouver les 2 zozos du début qui ont kidnappé la petite amie d’un membre du posse originel. Regie, qui avait laissé son magot dans le coffre arrière de sa décapotable avant d’être cueilli, jugé puis envoyé en prison pour 3 ans, rêve aussi de se venger du chef de meute et de mettre la main sur l’argent qu’il avait volé.

L’association avec le flic bourru old school, incarné à la perfection par un Nick Nolte juvénile, permet à Eddie Murphy d’exprimer tout son talent. La scène d’anthologie du pub dixie dans lequel il se fait passer pour un policier, avant d’humilier les péquenauds racistes et ségrégationnistes qui peuplent l’endroit, est un vrai régal.

Le filmage serré, au plus près de nos 2 héros, agrémenté de nombreux plans au téléobjectif 135 et 200 mm, les panoramiques sur la nuit urbaine, la vélocité et le dynamisme des scène de fusillades et de courses-poursuites avec les coups de revolver qui claquent comme dans un western ou dans un film noir de l’âge d’or, mais aussi la typologie des personnages qui est assez nuancée pour ce genre de production, tout cela concourt à faire de cette merveilleuse série A le prototype parfait des comédies  policières qui jalonnèrent toutes les années 80.

Eddie Murphy commença son ascension vers les sommets avec ce film-là, qu’il compléta un an plus tard avec Un fauteuil pour deux (États-Unis, 1983) de John Landis, et encore l’année suivante avec Le Flic de Beverly Hills (États-Unis, 1984) de Martin Brest qui finalisa son sacre à Hollywood.

 à suivre…

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« Le Sixième sens » de Michael Mann

Sixième sens En 1986 le réalisateur américain Michael Mann est le premier à adapter un roman de l’écrivain Thomas Harris du cycle Hannibal Lecter. Il s’agit du film Le Sixième sens (Manhunter, États-Unis, 1986).D’ailleurs dans ce film le personnage du sémillant docteur en psychologie est rebaptisé Hannibal Lector et l’interprétation de Brian Cox ne dépareille pas, même si on la compare à celle qu’offrira quelques années plus tard Anthony Hopkins dans Le Silence des agneaux de Jonathan Demme (The Silence of the Lambs, États-Unis, 1991). Michael Mann est donc le premier cinéaste qui filme une aventure policière dans laquelle le docteur Lecter hante toute l’enquête d’un policier lancé aux trousses d’un psychopathe tueur de familles américaines modèles.

Au début du film un collègue de Will Graham vient voir ce dernier pour lui demander d’enquêter sur une affaire sordide : un tueur sévit qui a déjà assassiné deux familles avec leur animal de compagnie, en deux endroits différents des États-Unis. Will est revêche au départ car il sait ce qui lui en a coûté 3 ans auparavant de se lancer à la poursuite du Docteur Lector. Mais il finit par accepter car c’est un des meilleurs profileurs du FBI, ces supers-flics qui se mettent dans la peau des tueurs pour mieux comprendre leur psyché détraquée. Will commence sa quête en allant rendre visite à celui qu’il a réussi à neutraliser, ce psychologue fou qui pourrait l’aider à arrêter ce cinglé qui court les rues et que la presse a baptisé la « vis dérangée ». La filature va pouvoir commencer et la raison de notre flic vaciller derechef.

 Avec ce film produit par Dino de Laurentiis en 1986 Michael Mann se fait un nom, et non content de prouver qu’il sait mettre en boîte un film de studio, il ajuste sa mise en scène métallique, bleu nuit, à une progression narrative et rythmique enjouée ; ce qui donne un relief particulièrement sexy à une cinématographie qui combine à merveille effets de style, interprétation haut de gamme et musique planante sur un sound design du plus bel effet.

Michael Mann avait déjà signé 2 chefs-d’œuvre quelques années auparavant avec Le Solitaire (pas celui avec notre ami Jean-Paul Belmondo, nous y reviendrons, mais avec James Caan en lead character, Thief, États-Unis, 1981) et La Forteresse noire (dans lequel des nazis sont aux prises avec une entité démoniaque, The Keep, États-Unis, 1983). Mais avec Le Sixième sens, un film noir sublime (qui respecte les règles classiques du genre dans lequel tout policier se doit de mener une enquête pour arrêter et mettre hors d’état de nuire une crapule de la pire espèce) le réalisateur américain qui, au contraire de ses congénères, a étudié la mise en scène dans une école de cinéma en Angleterre (à Londres), est adoubé dans la confrérie prestigieuse des créateurs avec qui il faudra compter désormais. La suite de sa carrière, très originale et très riche, ne fera que renforcer cette première impression. Il faut noter aussi la très belle interprétation de William Petersen dans le rôle du profileur Graham, sobre et efficace, qui fait de son personnage de flic entêté et coriace, un modèle d’interprétation sur lequel sauront s’appuyer quelques très bons comédiens dans les années 90 ; je pense notamment à Andy Garcia dans Jennifer 8 de Bruce Robinson (Jennifer Eight, États-Unis, 1992) ou encore à Morgan Freeman dans Seven de David Fincher (Se7en, États-Unis, 1995).

Après Le Sixième sens les personnages d’Hannibal Lecter et du Dragon Rouge vont pénétrer dans une autre dimension, parfois pour le meilleur (Le Silence des agneaux, Hannibal de Ridley Scott, idem, États-Unis/Royaume-Uni/Italie, 2001) mais bien souvent pour le pire (Dragon Rouge de Brett Ratner, Red Dragon, Allemagne/États-Unis, 2002 , Hannibal Lecter - Les origines du malHannibal Rising, Royaume-Uni/République tchèque/France/Italie/États-Unis, et la série télé Hannibal de Bryan Fuller, États-Unis, 2013-2015).

Mais nous reviendrons plus en détail sur toute cette affaire en début d’année prochaine.

 

 

 

 

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« Joker » ou la naissance du Mal, 3e partie

New York seventies Dans Joker Todd Phillips offre à nos regards stupéfaits la cartographie, à la fois physique et mentale, d’une réalité alternative. Le personnage d’Arthur Fleck vit à Gotham, et de nombreux observateurs ont cru reconnaître New York City, la ville dangereuse des années 70 et 80 ; celle dans laquelle Travis Bickle, le personnage esseulé de Taxi Driver (Martin Scorsese, États-Unis, 1976), arpentait les rues, à pied ou au volant de son yellow cab. Mais dans Joker nous sommes bien à Gotham, qui est avant tout un territoire mental dans lequel on craint toujours que le pire advienne.

Joker (le film, bien entendu) est le fruit d’une synchronicité, d’un épais alignement des planètes qui fait coïncider une œuvre de la pop culture avec l’état actuel de notre monde. Dans notre monde réel des psychopathes en puissance sont au pouvoir et génèrent parmi les populations du monde entier un fort sentiment d’angoisse et d’insécurité. La prolifération nucléaire de ces 40 dernières années, le soubassement de plus en plus hermétique, inviolable et inébranlable, des régimes autoritaires et dictatoriaux à travers la planète, ainsi que la redistribution des cartes géopolitiques et le pillage intégral de toutes les ressources par les coalitions au pouvoir, tout cela nécessite d’appréhender avec circonspection les images continuelles avec lesquelles on nous bombarde.

Joker

Le personnage de Joker sert à alimenter toutes nos peurs, à générer un flux – incontrôlé, incontrôlable – de tensions disparates qui, par le biais d’une narration brillante, ordonne et met au net ce qui jusqu’à présent n’avait de sens pour personne. Il me semble que l’apparition de Joker au cinéma est en lien direct avec celle des Watchmen (Damon Lindelof, États-Unis, 2019-…) qui eux aussi interrogent les nouvelles formes de confrontation politique et sociale.

Dès lors le personnage du clown furieux et ceux des escadrons héroïques qui doivent contenir la guerre civile au cœur des sociétés capitalistiques poursuivent le même but : nous révéler ce qui cloche mieux qu’un cours de socio-politique à Sciences Po ou en cours de sciences politiques de licence 3.

Watchmen

Mais qu’apprend-on dans le film de Todd Phillips et dans la série de Damon Lindelof qu’on ne sache déjà ?

à suivre…

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« Joker » ou la naissance du Mal, 2e partie

Dans Joker de Todd Phillips on suit pas à pas les méandres de la vie, pas drôle pour un sou, d’un artiste qui essaye de percer. Mais le monde est cruel, surtout quand celui-ci se présente sous les traits de Gotham, une ville filmée comme New York City dans le très beau et très sombre Taxi Driver (États-Unis, 1976) de Martin Scorsese, une des nombreuses références de Todd Phillips.

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Cet artiste se nomme Arthur Fleck et se grime en clown pour gagner sa vie, en portant à bout de bras des bannières publicitaires de magasins au bord de la faillite. Il représente la masse des salarié.e.s qui ont du mal à joindre les deux bouts. Tandis qu’il s’enlise dans le ressentiment, qu’il fait l’expérience de portes entrouvertes qui se referment inexorablement dès qu’il s’en approche de trop près, la ville dans laquelle il vit en compagnie de sa mère, qui se morfond au fond de son appartement trop étroit, cette ville, trop grande, devient de plus en plus violente et incontrôlable.

Joker raconte la lente destruction d’un esprit, l’avilissement d’une conscience qui n’est pas assez armée, au départ, pour affronter les mutations du réel. Un réel dans lequel les enfants de Gotham ne vont plus à l’école depuis belle lurette ; à la place ils rouent de coups dans la rue les pauvres clowns fatigués que nous sommes toutes et tous devenus. On ne s’est même pas aperçu que les traders des quartiers d’affaires étaient des hommes abjects qui violentent les femmes dans le métro, sans que nous intervenions pour les empêcher de faire encore et toujours du mal. Et les vedettes éphémères du divertissement, les stars en papier qui présentent les late shows, ne se rendent même plus compte de l’humiliation qu’elles font subir à celles et à ceux qui n’ont pas eu l’opportunité de réussir leur vie. Nous avons appelé de nos vœux, dans nos cauchemars les plus grotesques, l’apparition du Joker ; pour qu’il fasse une bonne fois pour toutes le sale boulot à notre place.

Et de quelle manière ?

La société contemporaine a fabriqué ses propres sociopathes et ses propres tueurs de masse. Nul besoin d’une idéologie trop compliquée pour donner naissance aux orchestrateurs du chaos, qui fertilisent sur le ressentiment, la peur et la haine. Joker est l’enduit avec lequel on est en train de recouvrir les surfaces fanées de la civilisation. C’est pour cela que ce film pose actuellement un problème : car il nécessite de notre part un effort d’interprétation ; les grilles d’analyse pour bien appréhender cet objet filmique imparable sont pourtant nombreuses et bien appareillées. Encore faut-il trouver la volonté d’interroger ce qui nous pose à tou.te.s sans exception un problème d’analyse stylistique, aussi ancien que le cinéma lui-même à ses débuts : on peut aimer Naissance d’une nation (États-Unis, 1915) de David Wark Griffith ou Portier de nuit (Italie, 1974) de Liliana Cavani, mais éprouver un mal fou à passer du temps à les analyser tant le propos de ces films est malaisé et inexpugnable.

Le film Joker de Todd Phillips est, je crois, un tour de force de cette année cinématographique 2019 qui s’achève.

Oui, mais pourquoi ?

à suivre…

 

 

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