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Le polar à la française dans les années 70/80

Pour introduire cette nouvelle rubrique je propose que nous nous penchions sur le film suivant : L’Indic de Serge Leroy (France, 1983).

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 Dans ce film Thierry Lhermitte interprète Antoine, un gangster corse qui fait partie de la bande de truands diligentée par Ange, que joue à merveille Bernard-Pierre Donnadieu. Ils braquent des fourgons blindés et n’hésitent pas à laisser des morts dans leur sillage quand la situation leur échappe. C’est pour ça que l’équipe de police judiciaire dont fait partie Daniel Auteuil, jeune et à cheveux mi-longs (c’est-à-dire période Les Sous-doués et Les Sous-doués en vacances, France, Claude Zidi, 1979 et 1981), essaye depuis 2 ans de leur mettre la main au collet.

Le film commence avec 2 scènes remarquables, de haute tenue cinématographique : il s’agit de l’assassinat du frère de Ange, puis de son enterrement, pendant lequel le jeune gangster Antoine (Thierry Lhermitte est solaire dans ce film, et beau comme un dieu, en 1983 il n’avait rien à envier au Delon des années 70 – même charisme animal et plaisir de jouer évident devant la caméra) fait la connaissance de Sylvia, interprétée avec beaucoup de naturel par la superbe actrice Pascale Rocard. Antoine drague Sylvia, puis la séduit.

Mais le flic joué par Auteuil va mettre son grain de sel et va tenter de séduire Sylvia à son tour pour lui soutirer des informations capitales à propos de son Jules.

Bien sûr le scénario est cousu de fil blanc – c’est le flic Roger Borniche qui avait écrit le bouquin dont le film est l’adaptation – mais l’essentiel n’est pas là : l’essentiel c’est d’apprécier le jeu à la française, hérité de Molière et des Italiens, qui permet de suivre avec délectation les dialogues. Et puis il y a ce son, génial, ces bruitages, géniaux, si caractéristiques des productions ciné hexagonales des années 70 et 80. Et puis il y a l’excellent Michel Beaune dans le rôle du chef d’une unité de police judiciaire parisienne.

Nous rivalisions en ce temps-là avec le meilleur du cinéma populaire américain et italien.

à suivre…

 

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My name is Lukas

 lukas_jcvdEt pourtant des film français intéressants il en existe en pagaille.

Par exemple un film très récent, Lukas (France/Belgique, 2018), de Julien Leclercq, qui est sorti au cinéma il y a plus d’un an, le 22 août 2018, revisite à sa manière, urbaine, moderne et iconoclaste, le Jean-Claude Van Damme Movie. Film méta sur la mise en mouvement d’un corps fatigué, usé par la vie et ses sempiternelles chausse-trappes, Lukas explore les lignes de fuite d’un corps de cinéma qu’on croyait à tort rompu. La caméra de ce cinéaste de 40 ans originaire du Nord de la France filme l’ancien actioner que nous adorions quand nous étions mômes il y a plus de trente ans de cela, et enregistre les circonvolutions d’un personnage qui n’a que l’usage de ses poings et de ses pieds pour exister dans une jungle urbaine, grise et bleue, dans laquelle les flics sont encore plus salauds que les faux-monnayeurs qu’ils traquent.

Le film est habité tout du long par une vraie joie de filmer, décelable à l’écran, et fait de son personnage minéral, hiératique à souhait – Jean-Claude Van Damme ainsi que tous les autres personnages ne doivent pas avoir plus de deux ou trois pages de dialogue in fine – la représentation, touchante, de la persévérance, de cette ténacité qui fait que Lukas ira rejoindre sa fille coûte que coûte à la toute fin, même s’il a une balle dans le buffet, car il faut toujours honorer la promesse qu’on fait à un enfant, jusqu’à son dernier souffle.

L’ancien garde du corps en Afrique du sud, devenu videur de boîte de nuit puis homme de main du parrain local faux-monnayeur, est pris au piège par les autorités de sa ville natale où il comptait se faire oublier en élevant sa gamine pré-adolescente seule, et devra continuer d’exercer cette violence qu’il exècre afin de préparer un avenir pas trop dégueulasse à son enfant.

Pour illustrer cet état de fait il ne faut pas plus que filmer le visage esseulé de Jean-Claude Van Damme en gros plan ; c’est ce que fait remarquablement le réalisateur Julien Leclercq. Comme quoi nous avons encore en France des cinéastes doués qui s’écartent des sentiers battus et balisés de la production actuelle pour proposer une cheminent visuel original et respectueux des aînés.

Car à travers la caméra de Julien Leclerq on pense à celle de Henri Verneuil ou de Jacques Deray, autres grands cinéastes des chemins de croix en solitaire au cœur des villes gangrenées par les mafias locales et les flics ripoux.

Lukas prouve que le polar à la française, ou à la belge, résiste mieux que tout autre genre cinématographique en France. Inutile de singer les américains, que nous n’égalerons de toute façon jamais dans leur manière de filmer les grands espaces et les mégapoles tentaculaires, contentons-nous de réaliser de superbes thrillers et films noirs vénéneux qui portent haut le genre à son point d’incandescence.

 

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Ciné 90 : (#3) « Le Parrain, 3e partie » de Francis Ford Coppola

La passation des pouvoirs ténébreux se déroule dans les jardins du Vatican.

La passation des pouvoirs ténébreux se déroule dans les jardins du Vatican.

« Le vrai pouvoir ne se donne pas, il se prend. »

Cette phrase ornait toutes les affiches françaises du Parrain, 3e partie (The Godfather Part III) sur les façades de nos salles fétiches en 1990. Et cette phrase disait vrai. Michael Corleone, avait repris le flambeau de son père, le Don venu de Sicile, et avait fait prospérer son empire du crime. Mais en 1979, à New-York, où débute cette troisième et dernière partie de cet opéra baroque, complexe, avec des niveaux de lecture différents, des entrelacs d’arcs narratifs complexes et passionnants à suivre et à interpréter, les temps ont changé, et les mafiosi d’autrefois cherchent maintenant la respectabilité. C’est cette reconnaissance d’entrepreneur dans des affaires licites qui vont mener Michael jusqu’aux terres originelles, en Italie, dans le village de Bagheria, ensuite dans les jardins de l’évêché de Palerme, puis ceux du Vatican.

Mais il faut voir ce film puissant, sombre et beau, tourné en 70 mm, l’objectif préféré du maestro Francis Ford Coppola, en saisir tous les raffinements, voir évoluer sur l’écran les couleurs chatoyantes du Sud de l’Italie, apprécier à sa juste mesure les performances éblouissantes d’Al Pacino, de Diane Keaton, d’Andy Garcia, et de tous les autres… Il faut mesurer le génie mis à l’oeuvre par les équipes artistiques et techniques pour parfaire cette beauté cinématographique là, quand filmer une confession à travers un treillis de roses vaut mille films contemporains d’aujourd’hui.

En 1990 le film fut mal reçu par la critique mais plébiscité pars le public, et aujourd’hui il est un écrin superbe, résistant aux outrages du temps, qui nous parle de la fuite du temps et de l’inanité de toute ambition politique, criminelle ou religieuse. Puis qu’à la fin on meurt seul, sur sa chaise, à côté de ses plants de tomates pendant que les jeunes chiens continuent de batifoler autour de nous.

Ce film est un viatique qui nous fait comprendre pourquoi aujourd’hui on continue d’aller au cinéma, en attendant qu’un nouveau miracle cinématographique se produise.

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