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Ciné 90 : [#1] « True Romance » (1993) de Tony Scott

Patricia Arquette et Christian Slater illuminent cette ode aux comédies policières d'antan.

Patricia Arquette et Christian Slater illuminent cette ode aux comédies policières d’antan.

Revoir True Romance, le film de Tony Scott, le frère de Ridley, trente-et-un ans après sa sortie en salles, c’est se replonger illico dans ce renouveau du cinéma hollywoodien, dont la figure de proue était Quentin Tarantino. Fort du succès de son Reservoir Dogs en 1992, et accompagné par les jumeaux maléfiques Weinstein, l’américain fort en gueule pouvait désormais placer n’importe lequel de ses scénarios, il était assuré de les voir se concrétiser en films de cinéma.

Ainsi, entre ses deux premiers films (Reservoir Dogs, donc, et Pulp Fiction, Palme d’Or au Festival de Cannes 1994), Tarantino avait confié la mise en images de son True Romance à celui qui avait donné un sacré coup de balai au Nouvel Hollywood des années 1970 : Tony Scott. Tony, son frère Ridley Scott, et quelques autres (Adrian Lyne, Joel Schumacher, Wolfgang Petersen, John McTiernan, …) avaient incarné la décennie 80 avec des films de pur divertissement gigantesques, comme Black RainLegendTraquéeLe Flic de Berverly Hills 2, Les PrédateursFlashdance9 semaines 1/2Génération PerdueL’Histoire sans finEnemyPredator, Piège de cristal.

Du coup, en concurrence directe avec ces mavericks de l’entertainment cinématographique, les vétérans de la décennie précédente (les Spielberg, De Palma, Scorsese, Eastwood, Friedkin et autres) montraient qu’ils en avaient encore sous le sabot. Ce qui nous valait une ribambelle de films extraordinaires pendant au moins deux décennies (les 80′s et les 90′s).

Oui, d’accord, mais True Romance dans tout ça ? De quoi ça parle ?

À Detroit, Clarence, un jeune homme passionné de cinéma et de pop culture, aimerait bien avoir une petite amie qui aurait les mêmes goûts que lui. Ça tombe bien, une jeune blonde très belle, Alabama, très désinvolte aussi, qui vient de débarquer de Floride, jette son dévolu sur lui. Ils forment très vite un couple très amoureux, mais il y a un hic : car Alabama est sous la férule de Drexl, mac et dealer de drogue de la pire espèce. Alors les ennuis vont arriver comme les B-52 dans le ciel allemand en 1942, c’est-à-dire en escadrille.

On retrouve dans True Romance tout ce qui a fait le succès des 3 premiers films de Tarantino (après, il se prend trop au sérieux à mon goût, la magie n’opère plus de la même façon) : des situations tordues couplée à des dialogues hilarants, un sens du cadre jamais mis en défaut, et une distribution aux petits oignons (Christian Slater, la sublime Patricia Arquette, Dennis Hopper, Gary Oldman, Tom Sizemore, Chris Penn, Christopher Walken, Val Kilmer en super-guest de luxe, la classe américaine, quoi !).

Bon, en bien, cette litanie de films géniaux aura duré l’espace de deux décennies à peine (d’où le nom donné aux rubriques Ciné 80 et Ciné 90). Mais on peut les voir et les revoir à l’infini, et on ne sera jamais déçu.e, car la magie opère à chaque fois. Le soin apporté aux images, à la musique, au cadre, à l’interprétation, témoignait d’un profond amour et d’un très grand respect pour le cinéma de divertissement pour adultes et jeune public.

Très prochainement nous reviendrons en détail sur une merveille de film, dans notre rubrique Ciné 80 : il s’agit de l’indémodable Breakfast Club (1985) du regretté John Hughes.

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En route avec « The Driver » de Walter Hill (1978)

Isabelle Adjani et Ryan O' Neal illuminent de leur beauté et de leur talent ce magnifique film d'actions urbaines de Walter Hill.

Isabelle Adjani et Ryan O’ Neal illuminent de leur beauté et de leur talent ce magnifique film d’actions urbaines de Walter Hill.

Les cinéastes américains ont été pendant longtemps fascinés par la figure du braqueur de banques. Et en 1978 Walter Hill s’intéresse plus spécifiquement à celui qui ne participe pas directement au braquage : le chauffeur qui, une fois le larcin réalisé, doit conduire à tombeau ouvert pour échapper à la police.

Pour incarner son héros, un chauffeur mutique blond virginal, Walter Hill a choisi le magnifique acteur Ryan O’ Neal, lequel avait éclaboussé de sa classe le tournage de Barry Lyndon de Stanley Kubrick trois ans auparavant. Ryan O’ Neal, en grand professionnel, incarne à la perfection cet homme qui utilise ses qualités hors-normes de pilote pour aider des malfrats à commettre des hold-up. 

Au début du film, ses employeurs ne peuvent que se féliciter d’avoir un as du volant comme lui dans l’équipe ; mais voilà qu’un policier particulièrement finaud (incarné par le génial Bruce Dern) s’est juré de le coincer et de l’envoyer derrière les barreaux (pendant au moins 15ans). 

Et puis une très belle jeune femme de 22 ans (incarnée à la perfection par notre Isabelle Adjani nationale, auréolée du succès de L’Histoire d’Adèle H. de François Truffaut en 1975, et que Hollywood courtisait), joueuse professionnelle de poker, se met dans les pas du beau pilote, sans que l’on sache, lui comme nous, quelles sont ses intentions. Tout est en place (le pilote qui n’aime ni les armes à feu ni la violence, la joueuse ambiguë, le flic cintré) pour que la mécanique filmique nous entraîne dans une farandole de courses-poursuites échevelées. 

À mon sens The Driver reste à ce jour le plus beau film de Walter Hill, car ici tout fonctionne merveilleusement bien : la narration est fluide, les dialogues sont crédibles, les principaux interprètes jouent à la perfection et la photographie du film de Philip Lathrop est belle à tomber de son canapé.

Et puis il s’agit d’une œuvre matricielle, à laquelle d’autres grands noms d’Hollywood voudront se confronter : Michael Mann avec Le Solitaire en 1981, Dominic Sena avec 60 secondes chrono en 2000, ou encore Nicolas Winding Refn avec Drive en 2011, sans oublier la franchise au succès foudroyant Fast & Furious (10 films à ce jour, de 2001 à 2023).

The Driver est un réjouissant film policier et d’actions urbaines qui reste un modèle d’écriture cinématographique au découpage impeccable. Ne boudez pas votre plaisir et faites rugir les chevaux !

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Quand le Texas s’embrase : « Géant » de George Stevens (1956)

Reine Elizabeth et le dieu Dean, dans une séquence d'anthologie du beau film de George Stevens.

Reine Elizabeth et le dieu Dean, dans une séquence d’anthologie du beau film de George Stevens.

Leslie, une jeune femme de la bonne société du Maryland (son père est un docteur en médecine respecté et possède un élevage de chevaux), est courtisée par un rancher du Texas très bien pourvu en terres agricoles (son exploitation, une des plus immenses de l’État, compte en effet 280 000 hectares). Une fois qu’elle a épousé ce Texan Leslie devient Madame Benedict, et les époux regagnent en train l’immense propriété des Jordan, baptisée Reata. Avant de se marier Jordan Benedict vivait en célibataire en compagnie de sa sœur plus âgée, Luz, elle aussi une célibataire endurcie un peu revêche (et Guillermo del Toro saura se souvenir des complications induites par ce genre de trio dans son magnifique Crimson Peak en 2015).

Pendant que Leslie, qui a quitté les terres de la haute bourgeoisie du Maryland, s’acclimate peu à peu au climat rude et sec de cette partie du Texas, l’homme à tout faire de Luz Benedict, dénommé Jett Rink, un jeune homme assez sauvage et beau comme un dieu de l’antiquité grecque, semble de plus en plus intrigué par la jeune et jolie femme du frère de la patronne ; laquelle semble totalement déphasée au milieu des cow-boys, des ranchers pleins aux as et de leurs épouses soumises.

N’y allons pas par quatre chemins : ce film, Géant, est un chef-d’œuvre absolu du cinéma classique américain des années 1950. Cette production Warner Bros., dirigée par le grand George Stevens, met en scène devant la caméra affolée deux acteurs et une actrice au magnétisme animal si puissant que chacun et chacune d’entre elle et d’entre eux vont devenir le symbole même du Star-System hollywoodien des années 1950 et 1960 : Rock Hudson, James Dean (qui se tuera malheureusement au volant de sa Porsche sur la route de Salinas, quelques jours seulement après la fin du tournage) et la Reine des actrices, la divine Queen Elizabeth Taylor. Pour une fois, après Louise Brooks et Gene Tierney, une autre brune éclipsait les blondes Marylin Monroe et Lana Turner, et les rousses Jean Harlow et Rita Hayworth.

Géant traite de sujets hautement inflammables : le racisme (car en terre texane les travailleurs agricoles d’origine mexicaine sont considérés pratiquement comme des esclaves qu’on parque dans des camps à ciel ouvert), la spoliation (à qui appartient la Terre au commencement de l’Union ? Est-ce que les territoires autrefois sécessionnistes respectent la légalité de l’État fédéral ?), la place de la femme (pourquoi une maîtresse de maison n’aurait pas le droit de discuter de politique et de finances à la table des hommes ? D’ailleurs Jordan Benedict accuse sa femme de se comporter comme une suffragette), les classes sociales (avant qu’il ne découvre du pétrole en abondance sur sa terre le jeune Jett, qui répare les voitures, aime se prélasser à l’arrière d’une Rolls-Royce pendant que les riches farmers, dont il ne fait pas encore partie, festoient au moment du barbecue).

Sous couvert de grand spectacle en Cinemascope et en Technicolor, Géant parle d’un sujet capital : le mal que font les hommes à tout ce qui les entoure, quand la richesse, la spoliation et les traditions induisent un état de fait que personne ne veut remettre en question. Seulement, quand le pétrole jaillit là où on ne l’attendait pas, tout est chamboulé, et les sentiments d’affection, eux non plus, n’échappent pas à la contagion et à la fièvre de l’or noir.

Géant est la quintessence du cinéma de George Stevens, ce réalisateur qui avait commencé dès les années 1930 dans le registre de la comédie, en compagnie de ses amis Franck Capra et Billy Wilder, et qui, après son expérience traumatisante de la découverte du camp de concentration de Dachau, qu’il filma pour l’U.S. Army, ne réalisa plus que des long-métrages qui témoignaient de ce qu’était la nature si particulière de l’être humain : un mélange, toujours mal négocié, d’effroi, de candeur et de fantaisie.

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Quand le bison manque : « La Dernière Chasse » de Richard Brooks (1956)

Le chasseur de bison humaniste en compagnie de son plus fidèle allié, le dépeceur de peaux philosophe.

Le chasseur de bison humaniste en compagnie de son plus fidèle allié, le dépeceur de peaux philosophe.

En 1883, dans le Dakota du Sud, deux chasseurs s’associent pour aller tuer des bisons, dont la population s’amenuise considérablement. Une peau de bison dépecé vaut deux dollars pièce à la vente, et une peu de bison blanc, animal sacré pour les Indiens, se monnaye jusqu’à 2000 dollars l’unité. Comme Sandy McKenzie, interprété par Stewart Granger, est un ancien chasseur réputé, son nouvel associé, le bouillant Charlie Gilson, joué par Robert Taylor, pense qu’il va rapidement s’enrichir. Accompagnés par deux écorcheurs de peaux de bêtes, un ancien porté sur la bouteille et un jeune métis rejeté partout où il traîne, les deux chasseurs s’aventurent dans les paysages grandioses du Sud Dakota. Ils vont découvrir très vite qu’ils n’ont pas grand chose en commun. Ainsi, au fur et à mesure que l’intrigue se noue (vers quels territoires sauvages se diriger pour rencontrer les bisons en pâture ?), le réalisateur Richard Brooks ausculte les tempéraments opposés des deux personnalités, que les rapports à la chasse, à la nature, à l’amitié, et à la relation amoureuse avec une Indienne, différencient totalement.

Portée par deux très grands acteurs de cinéma, Robert Taylor et Stewart Granger, cette production de 1956 en Technicolor et en Cinémascope de Dore Schary pour la Metro-Goldwyn-Mayer, raconte le conflit qui oppose un chasseur sans merci à un éleveur de bétail, autrefois lui aussi chasseur de bisons, qui prend conscience néanmoins qu’un changement a opéré depuis quelques décennies (depuis 1863 exactement) au sein même de le flore et de la faune des États-Unis d’Amérique.

Ce film de 1956 peut par conséquent être vu comme un des premiers manifestes écologiques réalisé au sein même de l’industrie du cinéma américain. A peu près à la même époque, l’écrivain français Romain Gary, Compagnon de la Libération, sera couronné du Prix Goncourt pour son roman écologique Les Racines du ciel, qui sera adapté au cinéma par Hollywood. À partir des années 1950, dans La Mecque du Cinéma, des producteurs et des réalisateurs se connectent avec les idées artistiques du moment : en faisant adapter le roman de Milton Loft par Richard Brooks, et en lui confiant la réalisation, Dore Schary permettait à la M.G.M. d’ajouter à son catalogue de films une œuvre cinématographique majestueuse, un western époustouflant.

Magnifié par la superbe photographie du génie de la Lumière Russell Harlan, accompagné par le score lyrique de Daniele Amfitheatrof, La Dernière Chasse (The Last Huntausculte avec minutie les rapports ambigus que des personnes en prise avec un contexte écologique et économique difficile (mais où sont passés ces satanés bisons, et, surtout, combien en restent-ils ?) arrivent à nouer puis à défaire au gré des circonstances.

Cette Dernière Chasse permet de mieux comprendre aujourd’hui ce qui se tramait d’important au sein des grands studios d’Hollywood en 1956 : la mise en perspective d’une conception de l’intrigue, associée à l’intelligibilité de l’idée qu’on a à défendre. Et cette idée est la suivante : comment on s’adapte quand un écosystème change, celui qui permettait il n’y a pas si longtemps encore de nourrir les Indiens et les autres quand les bisons pullulaient en Arizona et dans le Sud Dakota ?

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Joyeuse année 2023 !

Louise Brooks, la Reine du Cinéma première manière.

Louise Brooks, la Reine du Cinéma première manière.

Ouf ! Il est encore temps pour moi de vous souhaiter à toutes et à tous une très chouette année 2023.

Comme le temps passe vite : j’entame dès à présent la huitième année aux manettes de ce blog de présentation et de découvertes des films et des cinéastes, mais aussi des actrices et des acteurs du 7ème art qui me sont chers. Et cette année je vais mettre en lumière le cinéma du passé et de patrimoine : les nouvelles tendances du cinéma contemporain me laissent de marbre, je dois le confesser. Il s’agit d’un phénomène générationnel tout à fait commun, qu’il faut bien accepter. La plupart des cinéastes, hommes et femmes et transgenres en activité dans le monde, sont, pour la plupart, plus jeunes que moi. Dès lors les références culturelles ne coïncident plus vraiment. Il fut un temps où j’étais intéressé par les cinémas contemporains, c’était à l’époque de Milos Forman, de Pedro Almodovar quand il s’émancipait de la Movida, de Ken Loach quand il visitait les vestiges de la guerre d’Espagne, du Kubrick dernière manière… Ce temps est révolu, et ne reviendra pas. Aujourd’hui, je ne suis pas capable de bien analyser les nouvelles manières de filmer. C’est pourquoi cette année 2023, je vais la consacrer à vous parler des films d’autrefois, ceux qui ont permis à ce nouvel art, inventé en 1895 par les frères Lumière à Lyon, de se déployer tout au long du XXe siècle, en le commentant, en le parodiant, en le transfigurant.

Et qui de mieux que la splendide actrice de cinéma Louise Brooks pour nous accompagner dans cette quête culturelle, et surtout amoureuse ?

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Les westerns mythiques : [#5] « Règlement de comptes à O.K. Corral » (1957)

Rhonda Fleming, enlacée par Burt Lancaster, dans un des plus beaux westerns du monde.

Rhonda Fleming, enlacée par Burt Lancaster, dans un des plus beaux westerns du monde.

Wyatt Earp, le shérif de Dodge City, se rend à Fort Griffin quérir le représentant de l’ordre Cotton Wilson, pour savoir s’il a appréhendé des voleurs de bétail commandés par le sinistre Ike Clanton. L’homme de loi lui répond qu’il n’avait pas assez d’éléments contre eux pour procéder à leur arrestation. Wyatt Earp est abasourdi par la réponse et accuse Wilson d’être devenu un lâche. Pendant ce temps Doc Holliday, ancien dentiste talentueux qui ne peut plus exercer à cause de sa tuberculose, gagne sa vie en jouant aux cartes dans les saloons. Sa réussite effrontée agace et attise la convoitise des nombreux joueurs qui croisent sa route ; mais comme Doc Holliday est une fine gâchette, ses multiples accusateurs finissent par mordre la poussière. Néanmoins, l’un d’entre eux, Ed Bailey, veut venger la mort de son frère, tué par le Doc, et lui faire la peau par la même occasion. Et c’est à cette occasion que le joueur invétéré et le shérif de Dodge City se retrouvent…

La légende est en marche. Incarné par 2 des plus magnifiques acteurs que les États-Unis et Hollywood aient porté en leur sein, Règlement de comptes à O.K. Corral de John Sturges (Gunfight at the O.K. Corral, Paramount Pictures, 1957) transfigure le genre western et offre un spectacle éblouissant, inégalé encore à ce jour.

La magnificence de la prise de vues de John Sturges, la beauté des orchestrations musicales du grand Dimitri Tiomkin, et l’interprétation majestueuse de 2 des plus grands interprètes masculins du 7ème Art – Burt Lancaster et Kirk Douglas – offre un des spectacles cinématographiques les plus beaux de l’histoire du cinéma. Les séquences dans lesquelles jouent ensemble Burt et Kirk irradient de telle sorte qu’elles sont devenues l’emblème même de ce qu’était la maîtrise parfaite de l’acteur dans un film de Major Picture Company dans les années 1950. Il s’agit du classicisme hollywoodien dans ce qu’il a de plus étincelant, et à chaque vision du film, on est stupéfait par la qualité de la mise en scène, et par l’espace laissé aux actrices et aux acteurs pour déployer avec finesse toute l’étendue de leur talent d’interprètes.

Il y a dans la première moitié du film une séquence bouleversante qui, à elle seule, définit la profonde humanité contenue dans ce western mythique : alors que Wyatt Earp rudoie une belle jeune femme venue jouer au poker à la table des hommes dans un saloon de Fort Griffin, un cow-boy s’interpose et affronte le shérif ; il lui dit ses quatre vérités et refuse qu’on manque de respect à une femme. Wyatt Earp reste impassible et répond au cow-boy de ne pas se mêler de cela et de rentrer chez lui décuver. Alors l’homme perd son sang-froid et dégaine son colt. Wyatt Earp ne bronche pas, il dit juste à l’homme en colère de rester calme car il est venu dans ce saloon sans les armes habituelles d’un représentant de la loi. Car Wyatt Earp n’aime pas la manière forte, il part du principe que discuter calmement permet de désamorcer de nombreux conflits. Mais le cow-boy ne décolère pas, il continue de viser Earp. Ce dernier, lentement, posément, s’avance vers lui et lui fait comprendre qu’il veut le désarmer sans aucune violence ; alors le cow-boy tire un coup de pistolet juste devant les pieds du shérif, puis, en baissant la tête et le bras qui tient l’arme se laisse désarmer. Pendant que Wyatt Earp lui enlève délicatement le colt des mains l’homme relève la tête et dit dans un sanglot : « Je ne vous aurai pas tiré dessus, shérif, je suis incapable de faire du mal à une mouche ». A quoi le shérif Earp répond avec douceur : « Je sais , cow-boy ».

Cette scène est une des plus belles, des plus déchirantes qu’il m’ait été donné de voir dans un western, car elle est le parfait exemple de ce qu’illustrent les somptueux westerns de l’âge d’or américain : le récit subtil de la prise en compte de l’héroïsme moral d’une nation blessée.

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The Movie Hunter présente : Michael Douglas en « Chute libre » (1993)

 

Michael Douglas et Glenn Close irradient de leur classe naturelle et de leur talent insubmersible les écrans du monde entier en 1987 et 1988.

Michael Douglas et Glenn Close irradient de leur classe naturelle et de leur talent insubmersible les écrans du monde entier en 1987 et en 1988.

Au beau milieu d’une journée caniculaire (tiens, ça ne vous rappelle pas ce qu’on est en train de vivre, présentement ?), sur une autoroute interurbaine de Los Angeles, Bill est coincé au volant de sa voiture dans un embouteillage. Le soleil tape fort, et à l’intérieur des véhicules à l’arrêt la tension monte : Bill est en surchauffe. Chemisette blanche avec cravate d’homme d’affaires assortie, rasé de près, cheveux coupés courts et coiffés en brosse, et mâchoire carrée d’ancien US Marine, Bill ne prête pas à sourire. Car il va être en retard pour la remise du cadeau d’anniversaire à sa gamine. Et sa femme doit être en train de s’impatienter…

Oui mais voilà, Bill n’a pas le droit d’approcher à moins de 30 mètres de la maison de son ex-femme, sur une injonction du juge des affaires familiales. À moins que ça ne soit à moins de 300 mètres, son ex-femme ne s’en souvient pas ; mais ce qu’elle sait, en revanche, c’est que son ex-mari, qui travaille dans un bureau pour un sous-traitant de la Défense Nationale, est au préalable un véritable fou furieux.

Et ce que le réalisateur américain Jœl Schumacher nous propose, c’est d’assister en temps réel au pétage de plombs de ce Bill à bout de nerfs. Les dernières digues qui contenaient la folie latente du personnage se rompent sous le soleil angeleno, et Michael Douglas entre en scène et ajoute une performance inoubliable de plus à son tableau de chasse d’acteur américain indispensable en 1993.

Des années 1970 qui le rendirent célèbre dans la série télévisée Les Rues de San Francisco, dans laquelle il est le coéquipier jeune et sexy de l’irrésistible vieux briscard Karl Malden, jusqu’au faîte des années 1990, Michael Douglas était une des 10 ou 15 superstars mâles que les studios d’Hollywood courtisaient et s’arrachaient à coup de cachets outrageusement faramineux. Mais à l’inverse d’un Harrison Ford, d’un Richard Gere, d’un Tom Berenger, ou plus tard d’un Tom Cruise, d’un Sean Penn ou d’un Bruce Willis (estampillés eighties triomphantes), l’animal se plaisait à incarner des personnages de plus en plus vicieux et viciés dans ses films, tous des succès foudroyants au box-office. Son très fort magnétisme sexuel, outré (à l’inverse de la sophistication érotique de Richard Gere dans American Gigolo par exemple), l’aidait à obtenir des rôles qui s’écartaient de la bien-pensance culturelle de l’époque. En laissant très vite tomber le costume de l’aventurier séduisant en diable Jack Colton (À la poursuite du diamant vert et Le Diamant du Nil, respectivement en 1984 et 1985), lequel vivait des aventures trépidantes en compagnie de la sublime Kathleen Turner, Michael Douglas amorçait la deuxième moitié des années 1980 en donnant chair et corps à des personnages ivres de pouvoir, d’arrogance, de bestialité non contenue, et à la sexualité débridée – pas particulièrement LGBT+ friendly ! Par exemple dans Liaison fatale (1987) d’Adrian Lyne il joue le rôle d’un éditeur séduisant, Dan Gallagher, qui a une liaison avec la très belle Alex Forrest, jouée à la merveille par Glenn Close. Ce couple de cinéma sulfureux laisse alors présager, en 1988, le tour que prend dorénavant la carrière de l’acteur …

To be continued, very soon …

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The Movie Hunter présente : « U Turn – Ici commence l’enfer » (1997)

L'affiche originale du film.

L’affiche originale du film.

Donnez à un réalisateur un scénario en béton, de préférence tiré d’un roman noir poisseux à souhait (de John Ridley par exemple, excusez du peu !), et il en fera nécessairement quelque chose de bien.

Si vous vous souvenez de quelques séquences de The Player (États-Unis, Spelling Films International, 1992) de Robert Altman, vous savez que vivre et travailler à Hollywood dans les années 1990 c’est un peu comme faire de la politique à Berlin en 1936. Si un producteur, ou une productrice, a de l’entregent ça ne suffit pas pour qu’il ou elle veuille miser une roupie sur votre histoire dactylographiée à dormir debout : il faut déjà avoir un nom. Et le petit bonheur d’Oliver Stone, au milieu des années 1990 trash & money, c’était d’en avoir un. Et un Big One !

Non content d’avoir fait la nique au père Kubrick en 1987 avec Platoon (États-Unis/Royaume-Uni, Hemdale, 1986), car le maestro barbu reconnaissait que les pétoires dans Platoon sonnaient mieux que dans son pourtant phénoménal Full Metal Jacket (Royaume-Uni/États-Unis, Warner Bros., 1987), deux autres de ses films allaient redessiner avec obstination les traumas de la psyché américaine.

Né un 4 juillet (Born on the Fourth of July, États-Unis, Ixtlan, 1989) puis JFK (États-Unis/France, Warner Bros./Canal +, 1991) martyrisaient le mythe glorieux de la bannière étoilée. Il filmait des personnages qui luttaient pied à pied pour redorer un blason sévèrement abîmé : un vétéran de la guerre du Viêt Nam revenu paraplégique du conflit et un procureur opiniâtre (comme un vainqueur des Internationaux de France à Roland Garros – ce qui n’inclut bien évidemment aucun mâle français dans cette liste depuis 1983, mon dieu comme le temps nous file entre les doigts !) qui veut savoir qui a vraiment organisé l’assassinat le plus médiatisé du XXe siècle). Cela amenait Oliver Stone à fignoler son système de valeurs.

Mais en 1997, changement de registre. Et dernier coup de génie, avant qu’il ne s’égare dans un cinéma pompier de première bourre ; d’ailleurs, n’en filmait-il pas, des pompiers, en collant sa caméra aux basques d’un Nicolas Cage pas encore totalement égaré dans le Multivers ?

Alors ici il ne faut pas bouder son plaisir : U Turn – Ici commence l’enfer (U Turn, États-Unis/France, Phoenix Pictures, 1997) est une désopilante parodie de film noir, teigneuse à souhait.

Voyons maintenant pourquoi.

À suivre…

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The Movie Hunter présente : « Usual Suspects » (1995)

Usual Suspects Au cours des années 1990 de nombreux films américains ont suscité l’enthousiasme du public. Ces films ont fédéré des cohortes d’admirateurs, ont révélé des noms de réalisateurs, ont mis le pied à l’étrier à de nombreuses actrices et à de nombreux acteurs. Même si parfois les erreurs d’aiguillage ont été sévères et sans appel pour nombre d’entre eux.

Ces films ont été des événements culturels assez intenses, quand aller voir un film en salle entre amis, en famille ou tout.e seul.e, représentait encore le summum du cool.

Les Nerfs à vif (1991) de Martin Scorsese, Reservoir Dogs (1992) de Quentin Tarantino, Basic Instinct (1992) de Paul Verhoeven, Last Seduction (1994) de John Dahl, Seven (1995) de David Fincher, Lone Star (1996) de John Sayles, Sleepers (1996) de Barry Levinson, ou encore Jugé coupable (1999) de Clint Eastwood, nous faisaient aimer les histoires qui mettaient en scène des personnages coriaces et alambiqués, sur lesquels il ne fallait pas parier outre mesure le moindre penny. Et Usual Suspects (The Usual Suspects, États-Unis/Allemagne, PolyGram/Columbia TriStar, 1995) de Bryan Singer était dans le peloton de tête.

Toute l’exécution plastique du film – superbe – révélait merveilleusement l’élasticité d’un récit mouvementé, sans aucun temps mort, dont le principal personnage-fantôme (un parrain du crime extrêmement cruel, d’origine germano-turque) n’était finalement qu’une coquille vide, à laquelle chaque spectatrice, chaque spectateur allait peu à peu donner corps, puis finalement vie. Les indices disséminés tout au long du film par le brillant scénariste américain Christopher McQuarrie et son comparse le réalisateur américain Bryan Singer, parsemaient la pellicule 35 mm de questions abondantes qu’on ne pouvait pas s’empêcher de poser tout au long de la projection, en même temps que les 5 principaux protagonistes du film : pourquoi avaient-ils été arrêtés en même temps par les forces de l’ordre ? Qui avait eu l’idée du casse en premier ? etcetera, etcetera…

Ainsi, dans le duel qui oppose l’enquêteur des douanes de New York Dave Kujan au malfrat sans envergure Verbal Flint, on assiste à une joute feutrée entre deux immenses comédiens des nineties américaines : Chazz Palminteri et Kevin Spacey (aujourd’hui banni de Hollywood et des plateaux de cinéma à causes de sordides affaires de mœurs). Car pendant cette décennie 1990 le cinéma américain aimait confronter les caractères de personnages détonants.

À suivre…

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Quand la fantaisie atténuait la tristesse

 

Quatre garçons dans le vent des années 1970 s'en donnent à cœur joie.

Quatre garçons dans le vent des années 1970 s’en donnent à cœur joie.

Ce sont quatre copains, quatre garçons dans le vent de la France giscardienne. Nous sommes en 1976 et les socialistes ne sont pas encore revenus au pouvoir (il faudra attendre mai 1981 pour cela). Et puis sous François Mitterrand, Claude Brasseur incarnera plutôt des types durs au mal (dans Une affaire d’hommes de Georges Conchon en 1981, ou encore dans Légitime violence de Serge Leroy un an plus tard, en 1982). Quant à son copain Jean Rochefort, une fois les socialistes revenus Place Beauvau comme au Quai d’Orsay ou encore Place Vendôme, ce dernier s’intéressera de plus en plus aux chevaux et à l’équitation, sans cesser toutefois de jouer dans des films solides (comme Un dimanche de flic de Michel Vianey en 1983, où il retrouve Victor Lanoux, ou encore L’indiscrétion de Pierre Lary en 1982, en compagnie de Jean-Pierre Marielle et de la divine Dominique Sanda).

Mais en attendant, en 1976 et en 1977, les quatre garçons que sont Jean Rochefort, Guy Bedos, Victor Lanoux et Claude Brasseur, ont pour seule obsession de prendre un peu de bon temps en jouant au tennis en double et en essayant de conquérir une femme (c’est surtout le cas d’Étienne Dorsay, joué avec finesse par l’impérial Jean Rochefort – dire que je l’ai croisé un jour Place Wilson à Toulouse, en 1994 ou en 1995, et que je n’ai pas osé l’aborder pour lui témoigner toute mon admiration ; j’étais jeune alors, et incapable de cette générosité-là : dire à un artiste de cinéma qu’on l’aime. Oui, bon, séduire une femme d’accord, mais si possible jeune, afin de faire oublier la routine d’une vie conjugale routinière qui met la libido en sourdine (il faut dire que madame a décidé de reprendre ses études universitaires et par conséquent ouvre l’appartement bourgeois à une flopée de chevelu.e.s qui préparent le Grand Soir ; seul le jeune Christophe Bourseiller ne s’y trompe pas, qui veut coucher à tout prix avec Marthe Dorsay (délicieuse Danièle Delorme), l’épouse d’Étienne.

Enfin, quoi, Étienne Dorsay s’ennuie au Ministère de l’Information. Alors il va se prendre d’une passion toute juvénile pour la pétulante Charlotte (incarnée avec très grande classe par l’immense comédienne Annie Duperey), alors que sa propre épouse, Marthe, est la dignité faite femme. Mais un homme marié, encore aujourd’hui, peut-il réellement se rendre compte de ce qu’il faut d’abnégation, de vrai courage et de sens du sacrifice, pour supporter les invraisemblables et mesquines supplications de n’importe quel pathétique mâle (cela, Victor Lanoux le joue à la perfection dans son rôle de Bouly le boulet). D’ailleurs de cette bande des quatre, il est le seul à avoir un rôle très ingrat, et comme Lanoux le joue à la perfection, on se rend alors compte qu’il était lui aussi un formidable acteur.

Un éléphant ça trompe énormément d’Yves Robert (Gaumont, 1976) nous parle de cela : pendant que Rome brûle nous contemplons, debout sur l’Aventin et pour le moment à l’abri des flammes, avec une jubilation discrète, le brasier s’étendre et les flammèches commencer à lécher les murs des maisons en torchis des faubourgs ; Claude Brasseur, ou plutôt Daniel, son personnage d’avocat suffisant, joue lui-aussi avec le feu en séduisant de jeunes giscardiens à gourmette…

… à suivre

 

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