Ce film du réalisateur anglais Tony Kaye, sorti sur les écrans en 1998, résonne d’une manière particulière aujourd’hui. Même si la société américaine était déjà terriblement fracturée (le film se déroule peu après le passage à tabac de Rodney King par des policiers du LAPD, sur le bord d’une autoroute interurbaine de Los Angeles, le 3 mars 1991), cela concernait en premier lieu des groupuscules et des communautés qui se vouaient une haine farouche. Le gouvernement US n’était pas encore piloté par des énergumènes qui allaient faire passer la concorde, la civilité et la rationalité humaine pour des reliques du passé, trente ans plus tard.
American History X met en opposition deux communautés pas franchement friendly qui ne se veulent pas du bien, à travers le parcours symétrique de deux frères, un qui est lycéen, et l’autre, l’aîné, qui est dans la vie active. Le plus âgé des deux, Derek, est l’activiste premium d’un groupuscule néo-nazi particulièrement violent. Les ennemis jurés de ce groupe unitaire de blancs décérébrés sont des jeunes afro-américains appartenant au gang des Crips, pas des tendres eux non plus. Ce petit monde ne cesse jamais de se provoquer dans les rues brûlantes du quartier angeleno de Pomona.
Le drame vient très vite percuter la narration. En alternant séquences en noir & blanc et en couleur, en truffant son film de ralentis significatifs sur les gros plans des visages, et sur les plans d’ensemble de toute beauté qui mettent en valeur tout le cast, le réalisateur britannique Tony Kaye signe le film coup de poing des années 1990. Toute sa mise en scène est d’une précision démoniaque, et chaque spectatrice, chaque spectateur de ce film singulier reste scotché à son siège ou à son canapé. Il ne nous laisse pas respirer tellement le déroulé narratif oriente toutes les actions décisives des personnages vers le nœud gordien. Il ne faut pas en dire plus, sous peine de déflorer l’intrigue.
Ce film, en compagnie de quelques autres comme La Haine (1995) de Mathieu Kassovitz, Tueurs nés (1994) d’Oliver Stone, American Psycho (2000) de Mary Harron et le remarquable Detroit (2017) de Kathryn Bigelow, a infusé dans la culture filmique de ces trois dernières décennies l’idée selon laquelle le cinéma pouvait nous aider à comprendre la déréliction de nos sociétés contemporaines.
Mention spéciale à l’immense acteur américain Elliott Gould (l’acteur fétiche de Robert Altman) qui incarne avec justesse et humanité un homme amoureux qui sera néanmoins anéanti par le fanatisme délirant du fils aîné de la femme qu’il aime. Il ne faut pas oublier non plus les partitions exceptionnelles d’Edward Norton (le rôle lui a valu une nomination à l’oscar du meilleur acteur cette année-là), de la légende Stacy Keach et de l’exceptionnel Avery Brooks dans le rôle du professeur humaniste Bob Sweeney, qui ne veut pas laisser la haine raciale gagner.
Aujourd’hui plus que jamais, American History X mérite d’être vu. Car il résonne étrangement avec notre actualité sociétale et encourage la discussion qui, seule, permettra de comprendre, puis d’endiguer ce qui ne va pas, afin d’annihiler les maux qui blessent et qui tuent.
Ce film est actuellement au catalogue de Netflix France.









