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Quand le Texas s’embrase : « Géant » de George Stevens (1956)

Reine Elizabeth et le dieu Dean, dans une séquence d'anthologie du beau film de George Stevens.

Reine Elizabeth et le dieu Dean, dans une séquence d’anthologie du beau film de George Stevens.

Leslie, une jeune femme de la bonne société du Maryland (son père est un docteur en médecine respecté et possède un élevage de chevaux), est courtisée par un rancher du Texas très bien pourvu en terres agricoles (son exploitation, une des plus immenses de l’État, compte en effet 280 000 hectares). Une fois qu’elle a épousé ce Texan Leslie devient Madame Benedict, et les époux regagnent en train l’immense propriété des Jordan, baptisée Reata. Avant de se marier Jordan Benedict vivait en célibataire en compagnie de sa sœur plus âgée, Luz, elle aussi une célibataire endurcie un peu revêche (et Guillermo del Toro saura se souvenir des complications induites par ce genre de trio dans son magnifique Crimson Peak en 2015).

Pendant que Leslie, qui a quitté les terres de la haute bourgeoisie du Maryland, s’acclimate peu à peu au climat rude et sec de cette partie du Texas, l’homme à tout faire de Luz Benedict, dénommé Jett Rink, un jeune homme assez sauvage et beau comme un dieu de l’antiquité grecque, semble de plus en plus intrigué par la jeune et jolie femme du frère de la patronne ; laquelle semble totalement déphasée au milieu des cow-boys, des ranchers pleins aux as et de leurs épouses soumises.

N’y allons pas par quatre chemins : ce film, Géant, est un chef-d’œuvre absolu du cinéma classique américain des années 1950. Cette production Warner Bros., dirigée par le grand George Stevens, met en scène devant la caméra affolée deux acteurs et une actrice au magnétisme animal si puissant que chacun et chacune d’entre elle et d’entre eux vont devenir le symbole même du Star-System hollywoodien des années 1950 et 1960 : Rock Hudson, James Dean (qui se tuera malheureusement au volant de sa Porsche sur la route de Salinas, quelques jours seulement après la fin du tournage) et la Reine des actrices, la divine Queen Elizabeth Taylor. Pour une fois, après Louise Brooks et Gene Tierney, une autre brune éclipsait les blondes Marylin Monroe et Lana Turner, et les rousses Jean Harlow et Rita Hayworth.

Géant traite de sujets hautement inflammables : le racisme (car en terre texane les travailleurs agricoles d’origine mexicaine sont considérés pratiquement comme des esclaves qu’on parque dans des camps à ciel ouvert), la spoliation (à qui appartient la Terre au commencement de l’Union ? Est-ce que les territoires autrefois sécessionnistes respectent la légalité de l’État fédéral ?), la place de la femme (pourquoi une maîtresse de maison n’aurait pas le droit de discuter de politique et de finances à la table des hommes ? D’ailleurs Jordan Benedict accuse sa femme de se comporter comme une suffragette), les classes sociales (avant qu’il ne découvre du pétrole en abondance sur sa terre le jeune Jett, qui répare les voitures, aime se prélasser à l’arrière d’une Rolls-Royce pendant que les riches farmers, dont il ne fait pas encore partie, festoient au moment du barbecue).

Sous couvert de grand spectacle en Cinemascope et en Technicolor, Géant parle d’un sujet capital : le mal que font les hommes à tout ce qui les entoure, quand la richesse, la spoliation et les traditions induisent un état de fait que personne ne veut remettre en question. Seulement, quand le pétrole jaillit là où on ne l’attendait pas, tout est chamboulé, et les sentiments d’affection, eux non plus, n’échappent pas à la contagion et à la fièvre de l’or noir.

Géant est la quintessence du cinéma de George Stevens, ce réalisateur qui avait commencé dès les années 1930 dans le registre de la comédie, en compagnie de ses amis Franck Capra et Billy Wilder, et qui, après son expérience traumatisante de la découverte du camp de concentration de Dachau, qu’il filma pour l’U.S. Army, ne réalisa plus que des long-métrages qui témoignaient de ce qu’était la nature si particulière de l’être humain : un mélange, toujours mal négocié, d’effroi, de candeur et de fantaisie.

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Quand le bison manque : « La Dernière Chasse » de Richard Brooks (1956)

Le chasseur de bison humaniste en compagnie de son plus fidèle allié, le dépeceur de peaux philosophe.

Le chasseur de bison humaniste en compagnie de son plus fidèle allié, le dépeceur de peaux philosophe.

En 1883, dans le Dakota du Sud, deux chasseurs s’associent pour aller tuer des bisons, dont la population s’amenuise considérablement. Une peau de bison dépecé vaut deux dollars pièce à la vente, et une peu de bison blanc, animal sacré pour les Indiens, se monnaye jusqu’à 2000 dollars l’unité. Comme Sandy McKenzie, interprété par Stewart Granger, est un ancien chasseur réputé, son nouvel associé, le bouillant Charlie Gilson, joué par Robert Taylor, pense qu’il va rapidement s’enrichir. Accompagnés par deux écorcheurs de peaux de bêtes, un ancien porté sur la bouteille et un jeune métis rejeté partout où il traîne, les deux chasseurs s’aventurent dans les paysages grandioses du Sud Dakota. Ils vont découvrir très vite qu’ils n’ont pas grand chose en commun. Ainsi, au fur et à mesure que l’intrigue se noue (vers quels territoires sauvages se diriger pour rencontrer les bisons en pâture ?), le réalisateur Richard Brooks ausculte les tempéraments opposés des deux personnalités, que les rapports à la chasse, à la nature, à l’amitié, et à la relation amoureuse avec une Indienne, différencient totalement.

Portée par deux très grands acteurs de cinéma, Robert Taylor et Stewart Granger, cette production de 1956 en Technicolor et en Cinémascope de Dore Schary pour la Metro-Goldwyn-Mayer, raconte le conflit qui oppose un chasseur sans merci à un éleveur de bétail, autrefois lui aussi chasseur de bisons, qui prend conscience néanmoins qu’un changement a opéré depuis quelques décennies (depuis 1863 exactement) au sein même de le flore et de la faune des États-Unis d’Amérique.

Ce film de 1956 peut par conséquent être vu comme un des premiers manifestes écologiques réalisé au sein même de l’industrie du cinéma américain. A peu près à la même époque, l’écrivain français Romain Gary, Compagnon de la Libération, sera couronné du Prix Goncourt pour son roman écologique Les Racines du ciel, qui sera adapté au cinéma par Hollywood. À partir des années 1950, dans La Mecque du Cinéma, des producteurs et des réalisateurs se connectent avec les idées artistiques du moment : en faisant adapter le roman de Milton Loft par Richard Brooks, et en lui confiant la réalisation, Dore Schary permettait à la M.G.M. d’ajouter à son catalogue de films une œuvre cinématographique majestueuse, un western époustouflant.

Magnifié par la superbe photographie du génie de la Lumière Russell Harlan, accompagné par le score lyrique de Daniele Amfitheatrof, La Dernière Chasse (The Last Huntausculte avec minutie les rapports ambigus que des personnes en prise avec un contexte écologique et économique difficile (mais où sont passés ces satanés bisons, et, surtout, combien en restent-ils ?) arrivent à nouer puis à défaire au gré des circonstances.

Cette Dernière Chasse permet de mieux comprendre aujourd’hui ce qui se tramait d’important au sein des grands studios d’Hollywood en 1956 : la mise en perspective d’une conception de l’intrigue, associée à l’intelligibilité de l’idée qu’on a à défendre. Et cette idée est la suivante : comment on s’adapte quand un écosystème change, celui qui permettait il n’y a pas si longtemps encore de nourrir les Indiens et les autres quand les bisons pullulaient en Arizona et dans le Sud Dakota ?

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Joyeuse année 2023 !

Louise Brooks, la Reine du Cinéma première manière.

Louise Brooks, la Reine du Cinéma première manière.

Ouf ! Il est encore temps pour moi de vous souhaiter à toutes et à tous une très chouette année 2023.

Comme le temps passe vite : j’entame dès à présent la huitième année aux manettes de ce blog de présentation et de découvertes des films et des cinéastes, mais aussi des actrices et des acteurs du 7ème art qui me sont chers. Et cette année je vais mettre en lumière le cinéma du passé et de patrimoine : les nouvelles tendances du cinéma contemporain me laissent de marbre, je dois le confesser. Il s’agit d’un phénomène générationnel tout à fait commun, qu’il faut bien accepter. La plupart des cinéastes, hommes et femmes et transgenres en activité dans le monde, sont, pour la plupart, plus jeunes que moi. Dès lors les références culturelles ne coïncident plus vraiment. Il fut un temps où j’étais intéressé par les cinémas contemporains, c’était à l’époque de Milos Forman, de Pedro Almodovar quand il s’émancipait de la Movida, de Ken Loach quand il visitait les vestiges de la guerre d’Espagne, du Kubrick dernière manière… Ce temps est révolu, et ne reviendra pas. Aujourd’hui, je ne suis pas capable de bien analyser les nouvelles manières de filmer. C’est pourquoi cette année 2023, je vais la consacrer à vous parler des films d’autrefois, ceux qui ont permis à ce nouvel art, inventé en 1895 par les frères Lumière à Lyon, de se déployer tout au long du XXe siècle, en le commentant, en le parodiant, en le transfigurant.

Et qui de mieux que la splendide actrice de cinéma Louise Brooks pour nous accompagner dans cette quête culturelle, et surtout amoureuse ?

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Les westerns mythiques : [#5] « Règlement de comptes à O.K. Corral » (1957)

Rhonda Fleming, enlacée par Burt Lancaster, dans un des plus beaux westerns du monde.

Rhonda Fleming, enlacée par Burt Lancaster, dans un des plus beaux westerns du monde.

Wyatt Earp, le shérif de Dodge City, se rend à Fort Griffin quérir le représentant de l’ordre Cotton Wilson, pour savoir s’il a appréhendé des voleurs de bétail commandés par le sinistre Ike Clanton. L’homme de loi lui répond qu’il n’avait pas assez d’éléments contre eux pour procéder à leur arrestation. Wyatt Earp est abasourdi par la réponse et accuse Wilson d’être devenu un lâche. Pendant ce temps Doc Holliday, ancien dentiste talentueux qui ne peut plus exercer à cause de sa tuberculose, gagne sa vie en jouant aux cartes dans les saloons. Sa réussite effrontée agace et attise la convoitise des nombreux joueurs qui croisent sa route ; mais comme Doc Holliday est une fine gâchette, ses multiples accusateurs finissent par mordre la poussière. Néanmoins, l’un d’entre eux, Ed Bailey, veut venger la mort de son frère, tué par le Doc, et lui faire la peau par la même occasion. Et c’est à cette occasion que le joueur invétéré et le shérif de Dodge City se retrouvent…

La légende est en marche. Incarné par 2 des plus magnifiques acteurs que les États-Unis et Hollywood aient porté en leur sein, Règlement de comptes à O.K. Corral de John Sturges (Gunfight at the O.K. Corral, Paramount Pictures, 1957) transfigure le genre western et offre un spectacle éblouissant, inégalé encore à ce jour.

La magnificence de la prise de vues de John Sturges, la beauté des orchestrations musicales du grand Dimitri Tiomkin, et l’interprétation majestueuse de 2 des plus grands interprètes masculins du 7ème Art – Burt Lancaster et Kirk Douglas – offre un des spectacles cinématographiques les plus beaux de l’histoire du cinéma. Les séquences dans lesquelles jouent ensemble Burt et Kirk irradient de telle sorte qu’elles sont devenues l’emblème même de ce qu’était la maîtrise parfaite de l’acteur dans un film de Major Picture Company dans les années 1950. Il s’agit du classicisme hollywoodien dans ce qu’il a de plus étincelant, et à chaque vision du film, on est stupéfait par la qualité de la mise en scène, et par l’espace laissé aux actrices et aux acteurs pour déployer avec finesse toute l’étendue de leur talent d’interprètes.

Il y a dans la première moitié du film une séquence bouleversante qui, à elle seule, définit la profonde humanité contenue dans ce western mythique : alors que Wyatt Earp rudoie une belle jeune femme venue jouer au poker à la table des hommes dans un saloon de Fort Griffin, un cow-boy s’interpose et affronte le shérif ; il lui dit ses quatre vérités et refuse qu’on manque de respect à une femme. Wyatt Earp reste impassible et répond au cow-boy de ne pas se mêler de cela et de rentrer chez lui décuver. Alors l’homme perd son sang-froid et dégaine son colt. Wyatt Earp ne bronche pas, il dit juste à l’homme en colère de rester calme car il est venu dans ce saloon sans les armes habituelles d’un représentant de la loi. Car Wyatt Earp n’aime pas la manière forte, il part du principe que discuter calmement permet de désamorcer de nombreux conflits. Mais le cow-boy ne décolère pas, il continue de viser Earp. Ce dernier, lentement, posément, s’avance vers lui et lui fait comprendre qu’il veut le désarmer sans aucune violence ; alors le cow-boy tire un coup de pistolet juste devant les pieds du shérif, puis, en baissant la tête et le bras qui tient l’arme se laisse désarmer. Pendant que Wyatt Earp lui enlève délicatement le colt des mains l’homme relève la tête et dit dans un sanglot : « Je ne vous aurai pas tiré dessus, shérif, je suis incapable de faire du mal à une mouche ». A quoi le shérif Earp répond avec douceur : « Je sais , cow-boy ».

Cette scène est une des plus belles, des plus déchirantes qu’il m’ait été donné de voir dans un western, car elle est le parfait exemple de ce qu’illustrent les somptueux westerns de l’âge d’or américain : le récit subtil de la prise en compte de l’héroïsme moral d’une nation blessée.

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The Movie Hunter présente : « Mourir peut attendre » en 2021

Daniel Craig imprime de toute sa classe cette dernière incarnation de notre agent double zéro préféré.

Daniel Craig imprime de toute sa classe cette dernière incarnation de notre agent double zéro préféré.

Nous l’avons attendu désespérément depuis au moins deux bonnes années. Et il est enfin là, sur nos écrans de cinéma. Le tout nouveau, tout beau James Bond 007 ! Et même s’il a perdu son matricule en route, récupéré au débotté par la délicieuse agente double zéro Nomi, incarnée par la sculpturale Lashana Lynch, James Bond n’est pas en reste. Car il cogne toujours aussi fort les pires crapules qui ont un jour décidés de prêter serment à une organisation criminelle et terroriste comme SPECTRE par exemple. Ainsi, la séquence de baston entre Bond et le porte flingue à l’œil bionique de l’organisation, dans un village en Italie, est un modèle de découpage ; en plus elle fait suite à la magnifique séquence de poursuites automobiles, quand plusieurs pick-up Range Rover tentent de mettre hors d’état de nuire notre sémillant Commandeur à bord de sa puissante Aston Martin dernier modèle.

Tout ce que nous aimons dans un Bond-Movie est à sa juste place : les sites géographiques exotiques (un village pittoresque italien en altitude qui fait penser à une des séquences d’ouverture de Mission : Impossible 2 [États-Unis/Allemagne, Paramount Pictures, Cruise/Wagner Productions, 2000], celui de John Woo, quand l’agent Ethan Hunt valse en décapotable sur des routes en lacets andalouses avec la ravissante agente Nyah Hall – le réalisateur Cary Joji Fukunaga connaît parfaitement ses modèles), les personnages féminins séduisants et intelligents (mention spéciale pour l’actrice Naomie Harris qui incarne Moneypenny), la femme aimée, puis délaissée puis miraculeusement retrouvée (ici aussi, comme dans le Master Piece de John Woo il s’agit d’un empoisonnement par contact cutané, et quand on s’aime vraiment on se touche), les courses-poursuites à tomber de son siège (autre séquence d’anthologie, celle de la poursuite entre le 4X4 et les motos-cross (cette fois clin d’œil subtil au Black Rain [États-Unis, Paramount Pictures, 1989] de notre ami Ridley Scott), les gadgets (montre, auto, comme il se doit), et un méchant machiavélique (et on se paye le luxe d’en avoir deux). Le cahier des charges est respecté.

Et puis, comment ne pas avoir sa petite larme au coin de l’œil quand on sait qu’il s’agit là de la der des der pour l’admirable Daniel Craig, qui dans ce Mourir peut attendre [No Time to Die, Royaume-Uni/États-Unis, MGM/Universal Pictures/Eon Productions, 2021] exemplaire endosse le costume du Commandeur pour la dernière fois.

Quand les derniers souffles de l’explosion finale s’évacuent vers la haute-mer et qu’on voit rouler Léa Seydoux à toute allure sur une route escarpée au volant de sa puissante et luxueuse berline, et qu’elle sourit à sa délicieuse petite Mathilde, on a le souffle coupé : fondu enchaîné, le noir se fait sur l’écran, et puis tout à coup, apparaît la phrase magique : James Bond reviendra.

Alors, avez-vous été suffisamment attentif.ve.s ?

Petit indice, juste entre nous : dans la longue séquence de la boite de nuit qui se déroule à Santiago de Cuba, un plan furtif montre un homme qui, face caméra, nous sourit. Vous l’avez reconnu, le nouveau James Bond 007 ?

Affaire à suivre…

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Les westerns mythiques : [#4] « Le Grand Silence » (1967)

Jean-Louis Trintignant, impressionnant de charisme, incarne Gordon Silence dans ce chef-d'œuvre de Corbucci.

Jean-Louis Trintignant, impressionnant de charisme, incarne Gordon Silence dans ce chef-d’œuvre de Corbucci.

Dans Le Grand Silence de Sergio Corbucci, sorti au cinéma en 1967, c’est-à-dire entre la sortie en salles de Le Bon, la Brute et le Truand (Il Buono, il Brutto, il Cattivo, Production Alberto Grimaldi, 1966) et celle d’Il était une fois dans l’Ouest (C’era une volta il West, Paramount Pictures, 1968) de son compère Sergio Leone, on assiste à l’affrontement entre une fine gâchette et un chasseur de primes sans scrupules.

Toute l’action du film se déroule dans le village de Snow Fall et dans ses environs montagneux. Nous sommes dans l’Utah, au cœur de l’hiver, et la neige recouvre tout. Des plans panoramiques nous montrent de grandes étendues enneigées, traversées par des bandits de grand chemin qui tendent des embuscades à des chasseurs de primes cruels. Cependant le gouverneur de l’État a décrété une prochaine amnistie générale, ainsi les villageois affamés qui ont déserté Snow Fall pour détrousser les voyageurs afin de subsister, pourront bientôt rentrer chez eux. Tout sera pardonné. Mais le banquier de la petite ville ne l’entend pas de cette oreille. Car il s’est acoquiné avec les chasseurs de primes fourbes en l’absence des villageois. Et il sait qu’il lui en cuira quand tout rentrera dans l’ordre.

Cette entente machiavélique entre le notable et le chasseur de primes Loco Tigrero, incarné par le génial Klaus Kinski, et ses acolytes, marche assez bien. Jusqu’à ce que le nouveau shérif arrive en ville, sur ordre du gouverneur, dans la même diligence de la Wells Fargo que celle qu’occupe Gordon Silence, un pistoléro mutique que joue à la perfection notre Jean-Louis Trintignant national.

Ce qui est remarquable dans ce magnifique western, c’est que l’acteur français y est complètement crédible dans la peau de ce justicier muet. Il reprend à peu de choses près le rôle laissé vacant par Clint Eastwood une fois terminée la Trilogie du dollar de Leone. L’affrontement entre Trintignant et Kinski tout au long des 1H40 du long-métrage est savoureuse de bout en bout. Et il en préfigure un autre qui aura lieu dans la prairie neuf ans plus tard, dans le non moins parfait The Missouri Breaks d’Arthur Penn (United Artists, 1976), dans lequel Marlon Brando et Jack Nicholson jouent eux-aussi au chat et à la souris.

Le Grand Silence met aussi à l’honneur un personnage de femme beau et émouvant : il s’agit de Pauline Middleton, interprétée avec beaucoup de classe par Vonetta McGee. Elle est l’épouse d’un des hommes qui est occis au début du film par Tigrero. En drapant son terrible veuvage dans les atours de la vengeance, et en se donnant corps et âme à son ange exterminateur muet – qui donc ne parle pas à mauvais escient, et qui surtout ne la juge pas – Pauline ouvre la voie à des héroïnes cinématographiques qui vont illuminer le cinéma contestataire des années 1970. Je pense particulièrement à des actrices comme Claudia Cardinale, Lea Massari, Brigitte Bardot, Jeanne Moreau, Jane Fonda et Raquel Welch.

Le Grand Silence, géniale coproduction franco-italienne, demeure une merveille, tant dans ses dialogues croustillants à souhait, que dans sa manière d’inventorier le passage abrupt de la fin de la violence vers la réglementation du droit et la légitimation sociale de la loi, qui elles seules permettent de mettre un terme à la guerre civile permanente de tous contre tout un chacun. Il s’agit d’un très grand western politique.

[Sources des crédits = Patrick Brion, Encyclopédie du Western, Éditions Télémaque, octobre 2019]

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The Movie Hunter : présentation

L'extraordinaire acteur de cinéma Paul Muni dans "Scarface" (1932) d'Howard Hawks.

L’extraordinaire acteur de cinéma Paul Muni dans « Scarface » (1932) d’Howard Hawks.

Cette rubrique se propose d’explorer – en profondeur et en toute humilité – la magnifique histoire du film noir, du film policier, du thriller, de la comédie policière, qui met en scène des spécimens d’actrices et d’acteurs parmi les plus flamboyant.e.s du 7e art.

Sous le terme générique de film noir j’inclue aussi bien le film policier traditionnel que le film d’enquêtes, le thriller ou encore la comédie d’aventures policières. Le vocable film noir a l’avantage de donner tout de suite une image assez nette d’un genre protéiforme qui possède une belle popularité. À l’inverse du western le film policier n’est jamais tombé en désuétude, et en 2021 il n’est pas rare de croiser sa route dans nos salles adorées de cinéma. Chaque nouveau film du genre noir active de facto la belle machine à souvenirs cinématographiques.

Alors allons-y : je suis le Movie Hunter et cette passion ardente pour les films noirs et policiers ne me quittera jamais.

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Looking for Cannes

L'affiche officielle de la 74e édition du Festival international du film de cannes.

L’affiche officielle de la 74e édition du Festival international du film de Cannes.

Cette épidémie de Covid aura déplacé les lignes : désormais un Euro de football baptisé Euro 2020 se déroule en 2021, et le Festival de Cannes a lieu au mois de juillet, comme le Tour de France cycliste qui, du reste, s’était déroulé en septembre l’an dernier. C’est à n’y rien comprendre !

Pourtant, cette année 2020, qui aura été une année blanche pour beaucoup de manifestations culturelles, fait figure de borne sur laquelle il faut s’appuyer pour comprendre les bouleversements induits par la pandémie de Sars-COV-2.

Cette année blanche aura permis, par exemple, de laisser aux pouvoirs publics en France le temps de statuer pour obliger les géants américains de l’audiovisuel numérique à financer la production cinématographique hexagonale : depuis le 1er juillet 2021 les plateformes américaines NetflixDisney+Amazon Prime et Apple TV+ doivent « légalement participer au financement du cinéma français« . [sources = Olivier Milot dans Télérama n°3730 daté du mercredi 7 juillet 2021 – article : Nouvelle manne ]

Dès à présent ces plateformes hégémoniques, qui ne voulaient pas partager les parts du gâteau, vont devoir lâcher de l’argent, beaucoup d’argent (Netflix par exemple « devrait payer de 150 à 200 millions d’euros par an » pour « booster la création » française. [sources = id. Olivier Milot] D’un côté ces plateformes financeront une partie de la production audiovisuelle du pays hôte, et de l’autre, en s’acquittant de ce genre de taxe, elles continueront de s’exonérer du respect de la chronologie des médias. Ce qui fait que les plateformes de streaming produiront de plus en plus de films français qui enrichiront et alimenteront leur catalogue à l’international – avec cette plus-value chic que confère l’estampillage film et cinéma français depuis la Nouvelle Vague - mais ces films ne bénéficieront d’aucune sortie en salles en France. Qui est le dindon de la farce, au juste ? Alors on est en droit de poser une question polémique comme celle-ci : qui fait la notoriété du comédien Omar Sy aujourd’hui dans le monde entier ? Quelques épigones de la comédie française subventionnée par les consortiums audiovisuels TF1/M6Groupe CanalEuropaCorp ? Ou bien les américain.e.s qui vont permettre que l’exception culturelle française continue bon an mal an d’exister ?

Cependant Cannes et son Festival international du film reste à ce jour la plus séduisante vitrine du cinéma mondial. Certes, il s’agit d’un cinéma d’auteur mondialisé, dont le discours sirupeux et les intentions idéologiques agacent plus qu’à leur tour, mais aucun autre endroit au monde n’offre l’illusion de sentir vraiment les stars de cinéma, de laisser entendre le son qui se dégage de la chambre d’écho puissante que représente un plateau de cinéma ; nul autre endroit au monde ne peut se permettre d’offrir une palme d’or à la plus française et francophile des actrices américaines (ou bien est ce l’inverse ?), Jodie Foster en majesté, par le plus délicat des cinéastes de la vieille Europe, Pedro Almodóvar le castillan incandescent.

Au regard de son histoire, depuis son édition fantôme de 1939 voulue et pensée par Jean Zay, le Festival de Cannes reste aujourd’hui ce dont nous avons le plus besoin quand l’été vient.

À suivre…

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À propos de « Star Wars » [#1]

Star Wars À mon sens la première trilogie Star Wars reste inégalée aujourd’hui (en juin 2021) car elle a respecté un ordre chronologique précis : 3 années entre chaque nouveau film. 1977 = le tout premier Star Wars sort sur les écrans de cinéma ; 1980 = L’Empire contre-attaque lui succède ; et enfin 1983 = Le Retour du Jedi clôt en majesté la trilogie. 

Remontons un peu dans le temps, jusqu’au début des années 1970 à Hollywood : George Lucas, quand il est étudiant en cinéma à USC (University of South California), réalise un film de fin d’études sous la supervision de son professeur Irvin Kershner. Ce dernier l’encourage à le développer pour en faire un long-métrage de cinéma. En même temps, un autre jeune cinéaste brillant, Francis Ford Coppola, approche George Lucas et décide de produire son « petit film » avec sa propre société de production American Zoetrope. Ainsi THX 1138, le premier long-métrage de George Lucas sort sur les écrans en 1971 et fait parler de lui.

Si bien que le patron de la 20th Century Fox, Alan Ladd Jr, s’intéresse à lui et décide de l’avoir dans son écurie. George Lucas enchaîne ainsi avec la réalisation de son 2e long-métrage, lequel évoque ses souvenirs d’adolescence : il s’agit d’American Graffiti (1973) qui prouve que ce jeune réalisateur peut mettre en images, en son et en musiques une comédie extrêmement bien ficelée et audacieuse. Et cela juste après avoir mis en boîte un film de S.-F. dur et expérimental qui a décontenancé le public.

En misant sur George Lucas Alan Ladd Jr a senti tout le potentiel extraordinaire du jeune homme. C’est pourquoi il accepte de financer le projet suivant de son poulain après avoir lu un premier traitement de 14 pages intitulé The Star Wars. Le budget alloué à ce projet se monte à 100 000 dollars seulement. Les choses vont alors s’enchaîner très vite dès la signature du contrat de mise en pré-production.

To be continued…

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Les westerns mythiques : [#2] « La Colline des potences » (1959)

 

Gary Cooper et Maria Schell dans un des plus beaux films du monde.

Gary Cooper et Maria Schell dans un des plus beaux films du monde.

Beaucoup de films existent, mais peu de films en vérité sont aussi beaux que cette Colline des potences (The Hanging Tree, États-Unis, Warner Bros., 1959) de Delmer Daves.

Le film sort sur les écrans en 1959 et déjà, à ce moment-là de son existence, le genre western change du tout au tout. Les grandes années de l’âge d’or s’estompent et laissent la place à une révision des histoires qui vont mener, tout au long des années 1960, à une manière différente d’aborder la narration, ainsi que la typologie des personnages.

Mais Delmer Daves, le réalisateur, résiste et propose un récit dans lequel le personnage principal, dont la figure héroïque de l’immense Gary Cooper occupe en majesté le technicolor, laisse deviner des failles insondables, abyssales, destructrices. De cette manière d’habiter un personnage qui traîne avec lui des blocs d’obsidienne aussi épais que le marbre de Carrare, Clint Eastwood, quelques années plus tard, saura se souvenir, quand il passera à la réalisation. D’ailleurs on retrouve bien des éléments de cette histoire, qui se passe dans le monde clos des orpailleurs, les petits chercheurs d’or misérables qui bâtissent des campements de fortune au bord des fleuves fougueux et des rivières tempétueuses du Grand Ouest, dans le magistral Pale Rider par exemple.

Dans La colline des potences on assiste à l’arrivée d’un hobereau nomade, joué avec maestria par le plus grand acteur du monde, Gary Cooper, comme médecin itinérant parmi les chercheurs d’or. Pendant qu’il installe son cabinet médical dans une maison qu’il vient d’acheter à un orpailleur pour quelques piécettes d’or, un jeune homme, Rune, manque de se faire dessouder pendant qu’il cherche à voler quelques pépites d’or. Blessé par balle, il va être soigné par le docteur. Quelque temps plus tard, on apprend qu’une diligence a été attaquée par des bandits de grand chemin, et qu’il n’y aurait qu’une survivante, une jeune femme qui vient de la lointaine Suisse, et qu’on espère saine et sauve, et ravissante. Cette jeune femme, incarnée avec une grâce absolue par la sublime actrice de cinéma Maria Schell, va être retrouvée, puis soignée par le solide docteur.

Sur cette trame Delmer Daves construit une histoire parfaite, dans le Montana de 1873, au temps de la légendaire et pourtant vraie, ruée vers l’or : cette histoire c’est celle de la relation triangulaire, à la fois conflictuelle et bienveillante, qui se noue entre le docteur, qui se révèle être aussi un puissant pistolero (un peu comme quand Clint Eastwood incarne en 1985 un pasteur protestant plein de compassion qui n’hésite pas à exterminer tout un posse de mercenaires malfaisants dans Pale Rider), son jeune assistant qu’il a sauvé d’une mort certaine au tout début du film, et cette exquise Elisabeth qui va devenir le point de fixation de toute une communauté.

La colline des potences, à travers ses images fulgurantes, son score entêtant et son interprétation remarquable, est devenu un classique de l’histoire du cinéma ; et ce n’est que justice tant la beauté plastique de ce long métrage hante pendant longtemps la mémoire cinéphilique des spectatrices et des spectateurs qui ont la chance de le visionner.

Il existe de très nombreux films de cinéma depuis 1895, c’est vrai, mais, aujourd’hui, en un temps de tristesse insondable qui voit s’éteindre peu à peu les dernières flammes vacillantes de la beauté artistique, qui est capable de réaliser une telle ode à la tolérance, à l’amitié et à la bienveillance envers les membres de la tribu que nous nous sommes choisis ? Qui peut rivaliser avec les grands maîtres et les grandes maîtresses de l’image cinématographique d’autrefois, quand tourner un film n’était pas seulement un simple hobby professionnel commandité par les puissances de l’argent et de la mesquinerie esthétique ?

En 1959, quand on se rendait en tant que réalisateur ou réalisatrice sur un plateau de tournage, c’était non seulement pour offrir la beauté à des yeux avides de gaieté et de partage, c’était aussi avant toute chose pour déposer son cœur palpitant, plein de sève, sur le diaphragme mécanique de l’objectif de la caméra. Contrairement à notre époque diluée dans la médiocrité affligeante de la création télévisuelle, on ne mentait à personne sur un plateau de cinéma en 1959.

De cela pouvaient témoigner en toute sérénité François Truffaut et Jean-Luc Godard au moment d’enregistrer les premières images/son des Quatre cents coups et d’À bout de souffle. Mais il s’agit d’une autre histoire… À venir.

 

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