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Le multivers d’Alex Garland [#2]

devs-poster Le rythme lent insufflé à chacun des 8 épisodes de Devs (de 52 minutes chacun environ) met en alerte les sens des téléspectat.eur.rice.s : on sent, à chaque péripétie, que notre héroïne Lily Chan s’enfonce davantage dans des imbrications complexes de seuils de réalités à la fois inexplicables et totalement opaques. Au début son amoureux russe, petit génie informatique futé, est recruté au sein du mystérieux cube dans la forêt. Mais il ne va pas en revenir, et Lily va s’efforcer de comprendre pourquoi, car la vision officielle de la boîte, comme quoi il s’est suicidé en s’immolant par le feu, ne la convainc pas. À partir de ce moment originel le cheminement de Lily va épouser les équations complexes de la mécanique des fluides ; je sais, cette phrase ne veut absolument rien dire, elle n’a aucun sens, mais c’est pour vous faire ressentir de quelle manière on se retrouve perdu, en perte de repères,  devant la dramaturgie de cette mini-série assez géniale. Et cela s’appuie sur : la neurasthénie apparente des personnages principaux (Lily Chan et son ex-boyfriend Jamie incarné par l’acteur Jin Ha), la très belle qualité des images du chef opérateur Rob Hardy, sans doute fabriquées avec des caméras numériques Ultra HD Next Gen (notamment la caméra Sony CineAlta Venice), la musique enveloppante que l’on doit aux compositeurs Geoff Barrow et Ben Salisbury, et l’opacité certaine des dialogues pour qui n’a jamais mis les pieds dans un campus scientifique.

La science dure fait bien sûr saliver tous les showrunners de la planète (surtout après la pandémie de Covid-19 que nous venons de traverser), alors parsemer les dialogues de sa nouvelle création audiovisuelle pour la télé et les plateformes de SVOD d’un verbiage abscons permet de faire passer la pilule. Car depuis la fin de Game of Thrones (États-Unis/Royaume-Uni, 2011-2019, 8 saisons) l’héroïc-fantasy et le merveilleux médiéval ne font plus recette auprès de personne. Pour le moment. jusqu’à ce qu’une nouvelle pépite vienne prendre le relais (beaucoup misaient sur The Witcher de Lauren Schmidt [États-Unis/Pologne, 2019- , 8 épisodes au moment où l'on se parle] mais la série n’a pas encore eu le succès escompté).

Devs comporte des morceaux de bravoure, à travers des séquences mémorables : les bastons orchestrées par le chef de la sécurité de Devs, Kenton, sont assez éprouvantes ; toutes les scènes qui se déroulent à l’intérieur du cube sont à couper le souffle ; et pendant la majeure partie du show les plans de coupe sur la statue géante d’Amaya, qui figure la gosse du démiurge, disparue tragiquement, insufflent un regain d’énigmatique amplitude. Si bien qu’une fois le premier épisode visionné on ne peut pas s’empêcher de regarder la suite du programme.

Cette série d’anticipation luxueuse laisse bien des arcs narratifs en suspens, et frustre plusieurs catégories de télespectat.eur.rice.s à la fois. Quelle période du passé de l’Humanité aimeriez-vous voir si une intelligence artificielle vous permettait de le faire ? Qu’est-ce qui motive vraiment tous ces personnages, au passé indéfini, de scientifiques géniaux qui ont réussi à infléchir la courbe de notre espace-temps ? [L'anagramme du titre de la série donne en partie la réponse]

Mais qu’est-ce que vous attendez donc ? Précipitez-vous toutes affaires cessantes sur les 8 épisodes de Devs que diable ! Puis reprenez vos cours de première et de terminale S en Mathématiques et en Physique ; pour rire un bon coup, peut-être…

 

 

 

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Le multivers d’Alex Garland : « Devs » (2020)

 

La très gracile actrice, mannequin et ballerine britannico-japonaise Sonoya Mizuno photographiée par Emma McIntyre

La très gracile actrice, mannequin et ballerine britannico-japonaise Sonoya Mizuno photographiée par Emma McIntyre.

Alex Garland a fait du chemin.

Depuis le temps où il écrivait des scénarios pour le réalisateur Danny Boyle, afin d’en faire des films à succès comme 28 jours plus tard (28 Days Later…, Royaume-Uni/Espagne, 2002) ou encore Sunshine (idem, Royaume-Uni/États-Unis, 2007), jusqu’à la mise en œuvre de sa Mini-série TV en 8 épisodes intitulée Devs (idem, Royaume-Uni/États-Unis, 2020), l’auteur britannique est devenu la mascotte d’une science-fiction complexe, auto-référentielle et mondialisée. En mettant en scène, en 8 épisodes de 47 minutes chacun, superbement photographiés (il faut souligner le génie à la fois technique et artistique du directeur de la photographie Rob Hardy qui avait mis en images le très impressionnant Mission: Impossible – Fallout de Christopher McQuarrie, États-Unis/Chine/France/Norvège/Royaume-Uni, 2018), le parcours démentiel d’un génie des sciences et de sa comparse, Alex Garland filme notre réalité tangible comme si elle était une vision surannée de ce qui doit advenir dans un futur proche.

Dans Devs nous sommes aux prises avec ce pur génie spéculatif, du nom de Forest, qui a mis ses compétences scientifiques hors du commun dans une entreprise délirante jamais conçue avant lui ; et il est accompagné dans ce projet fou par une jeune femme, Cathy, tout aussi – si ce n’est plus encore – géniale que lui.

Dans les environs de San-Francisco, un cube high-tech au milieu d’une clairière, ceint par la forêt, qui abrite Devs, acronyme énigmatique, dont les autres employés de Forest ne connaissent absolument rien à son propos, annonce quelque chose, oui, mais quoi ?

Au sein de Devs des petits génies en nombre restreint, triés sur le volet, s’essaient à réaliser l’impensable. Mais un grain de sable va faire son apparition, et va gripper la machine, aussi puissante et autonome soit-elle. Et ce grain de sable se matérialise sous nos yeux avec l’apparition de la figure fantomatique du personnage de Lily Chan. L’underplay acting de l’actrice Sonoya Mizuno est particulièrement intéressant car il nous permet de comprendre que nous sommes en présence de fantômes.

à suivre…

 

 

 

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Welcome to Avalon

Avalon (Pologne/Japon, 2001) est un film de science-fiction du réalisateur japonais Mamoru Oshii. Il s’agit d’une coproduction Japon/Pologne, ce qui n’est pas si courant. En 1h42, ce film absolument saisissant nous raconte le périple d’Ash, une joueuse de jeu-vidéo dont la progression est constante, et qui subjugue les autres joueurs. Ash voudrait accéder à l’ultime niveau du jeu, celui dans lequel le monde virtuel et la réalité se confondent. Ce jeu auquel Ash s’adonne, en un temps indéterminé, dans une grande ville qui ressemble à celles de l’Europe centrale, s’appelle Avalon

La comédienne polonaise Malgorzata Foremniak.

La comédienne polonaise Malgorzata Foremniak.

La vie de cette jeune fille (une Louise Brooks du XXI° siècle naissant qui réactualise le mythe de la femme fatale, guerrière, intransigeante, qui ne s’en laisse pas compter) est rythmée par les longues plages de jeu, par ses trajets en tramway qui la ramènent dans son appartement qu’elle occupe seule avec son Basset Hound, qu’elle aime plus que tout au monde. Ses relations avec les autres humains se limitent au strict minimum. Car dans le monde d’Ash seule la progression dans la réalité virtuelle d’Avalon compte ; elle seule permet de gagner de l’argent qui conditionne le niveau de vie qu’on peut avoir dans l’existence réelle. Et puis il y a ce défi qu’Ash a envie de relever, sous les auspices de son mystérieux Maître de jeu : tous ceux qui ont atteint le niveau Spécial A, c’est-à-dire le niveau ultime du jeu, n’en sont jusqu’à présent jamais revenus ; ils sont à l’état de légumes, réunis tous ensemble dans un sinistre hôpital de la ville. Mais Ash, mutique à souhait, fuyant toute espèce de relation sociale, se sent d’attaque…

Ce film de Mamoru Oshii participait, en 2001, au questionnement sur les bouleversements induits par l’ère numérique. Au même titre que la trilogie Matrix (États-Unis, 3 films en 1999 et 2003, par les sisters Wachowski) Avalon posait un jalon : celui de commencer à bâtir une cathédrale de sens, à la fois métaphysique et moral, en relation avec chaque pierre amenée à leur tour par d’autres cinéastes. Je pense par exemple à Rupert Sanders et à son adaptation du manga animé Ghost In The Shell (États-Unis, 2017) ou encore à Alita : Battle Angel (États-Unis/Argentine/Canada, 2019) de Robert Rodriguez. Ces cinéastes, à tour de rôle, qui savaient marier mieux que personne rigueur sémantique et découpage technique au cordeau, mettaient en images certaines questions, qui étaient d’une actualité brûlante aux toutes premières années de ce vingt-et-unième siècle qui débutait à peine : qu’est-ce que c’est, maintenant, la réalité ? Quelle est la différence, en nature et en genre, entre ce qui semble réel et ce qui ne le paraît pas ? Peut-on faire encore confiance à nos 5 sens ? Notre perception de la réalité diffère-t-elle beaucoup de celle du personnage d’Alita ou de celui du Major ?

Une esthétique "steampunk" indéniable dans le film d'Oshii, à l'image de ce superbe tank de combat.

Une esthétique « steampunk » indéniable dans le film d’Oshii, à l’image de ce superbe tank de combat.

Avalon est un film somptueux sur la quête de sens dans un monde qui paraît cruellement en manquer. Nous ne sommes pas prêts d’oublier le regard fixe,  mais qui questionne tout ce qu’il regarde, de la superbe actrice polonaise qui interprète Ash, la guerrière de l’ère numérique à ses balbutiements : Malgozarta Foremniak !

 

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La saga « Star Wars », 2e partie

Nous sommes en 2020, nous entamons une nouvelle décennie de cinéma, et l’Épisode 9 de Star Wars, intitulé L’Ascension de Skywalker (J. J. Abrams, États-Unis, 2019) est sorti sur les grands écrans du monde entier depuis plusieurs semaines déjà.

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Alors, que faut-il en penser ? Si on fait une rétrospective de l’ensemble de la critique professionnelle on va vite s’apercevoir qu’il y a comme un malaise. C’est-à-dire que la majeure partie des personnes qui ont fait un compte-rendu du film dans la presse ont alterné entre soulagement d’assister au point final d’une saga qui dure depuis 1977 et qu’il ne fallait surtout pas voir s’enliser irrémédiablement dans le n’importe quoi comme la plupart des franchises ciné trop usées, et envie brûlante d’en relever toutes les insuffisances, tous les ratés.

Il y a vingt ans de cela on aurait vu une floraison d’articles dithyrambiques orner les pages des journaux et des magazines ; mais les temps ont changé et même Mad Movies reste sobre sur le sujet dans son numéro de janvier 2020 (#336). Cédric Delelée donne un moyen 3/6 à L’Ascension de Skywalker dans le tableau des étoiles du magazine, et le justifie ainsi dans le compte-rendu qu’il consacre au film à la page 21 : « Reste que malgré sa direction artistique à tomber par terre et la chorégraphie spectaculaire de ses (très) nombreuses scènes de combat, L’Ascension de Skywalker est un film sacrément mal branlé en termes de script. (…) Emprunts permanents au Retour du Jedi, ellipses maladroites à foison, mises à mort de personnages tuées dans l’œuf dès la scène suivante, récit mené à toute allure alors qu’il aurait fallu lui consacrer une heure de plus, éléments de surprise intéressants sur le papier mais bâclés à l’image, gestion épouvantable du retour de Palpatine…« 

Oui, c’est vrai, il est là le nœud du problème (attention SPOILER !!) : la filiation de Rey avec la maison Palpatine semble être née d’un brainstorming organisé par un pool de scénaristes qui voulaient à tout pris s’écarter du chemin tracé par Rian Johnson dans l’Épisode VIII : Les Derniers Jedi (Rian Johnson, États-unis, 2017); dans lequel le postulat nous apprenait que la Force se distribuait d’une manière tout à fait aléatoire à travers la galaxie ; il ne suffisait pas d’appartenir à une famille patricienne pour en être investi.

Non, les démocrates n’ont plus tellement la côte à Hollywood pour le moment.

à suivre…

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La saga « Star Wars » : entre innovations et continuité

Star Wars Le mercredi 18 décembre 2019 sortira sur les écrans l’épisode 9 de la saga Star Wars.

Cette saga a été initiée voilà 42 ans par un jeune réalisateur américain, George Lucas, fan de sérials d’aventures et de science-fiction des années 30, 40 et 50. Le succès surprise et inattendu de ce film intitulé Star Wars. Épisode 3 : un nouvel espoir (États-Unis, 1977) allait donner naissance à un engouement qui ne s’est jamais démenti depuis. C’est pourquoi cet ultime épisode, baptisé L’Ascension de Skywalker (J.J. Abrams, États-Unis, 2019) devra conclure en beauté, d’une manière à la fois épique mais aussi intimiste dans les scènes à 2 ou 3 personnages, un ensemble de 9 films qui racontent ceci : les aventures interstellaires débridées de personnages qui sont liées par la Force et qui tournent autour de la figure tutélaire de Skywalker (le marcheur du ciel). Ce qui n’est pas une mince affaire.

C’est pour cela que les rênes de ce dernier épisode majeur de la saga cinématographique ont été confiées à J. J. Abrams, le réalisateur qui débuta cette 3e et dernière trilogie Skywalker dans Le Réveil de la Force (États-Unis, 2015).

J. J. Abrams est l’homme de la situation dans la mesure où il a rempli le cahier des charges en tournant l’épisode 7 sus-cité, qui a permis de revitaliser une franchise dont on ne savait pas, en 2015, si elle résisterait aux nouvelles formes de narration qui redistribuaient les cartes de l’entertainment aux abords des années 2010. Les show-runners avaient pris le pouvoir à Hollywood et à New-York, au moment où George Lucas vendait ses droits à Disney pour 4, 05 milliards de dollars en octobre 2012 [source 20 Minutes avec agence, article publié le 07/11/2018, consulté le 06/12/2019].

Avec l’achat des droits de Lucasfilm et de ceux de Marvel Entertainment en 2009, pour la coquette somme de 4 milliards de dollars, sans oublier, pour couronner le tout, le rachat de la majorité des actifs de la 21st Century Fox en décembre 2017 (pour  une somme rondelette de 66 milliards de dollars, dette comprise) [source bfmbusiness.bfmtv.com du 14/12/2017, consulté le 06/12/2019], Disney devient la plus gigantesque machine à créer et à produire du contenu au 21e siècle.

à suivre…

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« Joker » ou la naissance du Mal, 3e partie

New York seventies Dans Joker Todd Phillips offre à nos regards stupéfaits la cartographie, à la fois physique et mentale, d’une réalité alternative. Le personnage d’Arthur Fleck vit à Gotham, et de nombreux observateurs ont cru reconnaître New York City, la ville dangereuse des années 70 et 80 ; celle dans laquelle Travis Bickle, le personnage esseulé de Taxi Driver (Martin Scorsese, États-Unis, 1976), arpentait les rues, à pied ou au volant de son yellow cab. Mais dans Joker nous sommes bien à Gotham, qui est avant tout un territoire mental dans lequel on craint toujours que le pire advienne.

Joker (le film, bien entendu) est le fruit d’une synchronicité, d’un épais alignement des planètes qui fait coïncider une œuvre de la pop culture avec l’état actuel de notre monde. Dans notre monde réel des psychopathes en puissance sont au pouvoir et génèrent parmi les populations du monde entier un fort sentiment d’angoisse et d’insécurité. La prolifération nucléaire de ces 40 dernières années, le soubassement de plus en plus hermétique, inviolable et inébranlable, des régimes autoritaires et dictatoriaux à travers la planète, ainsi que la redistribution des cartes géopolitiques et le pillage intégral de toutes les ressources par les coalitions au pouvoir, tout cela nécessite d’appréhender avec circonspection les images continuelles avec lesquelles on nous bombarde.

Joker

Le personnage de Joker sert à alimenter toutes nos peurs, à générer un flux – incontrôlé, incontrôlable – de tensions disparates qui, par le biais d’une narration brillante, ordonne et met au net ce qui jusqu’à présent n’avait de sens pour personne. Il me semble que l’apparition de Joker au cinéma est en lien direct avec celle des Watchmen (Damon Lindelof, États-Unis, 2019-…) qui eux aussi interrogent les nouvelles formes de confrontation politique et sociale.

Dès lors le personnage du clown furieux et ceux des escadrons héroïques qui doivent contenir la guerre civile au cœur des sociétés capitalistiques poursuivent le même but : nous révéler ce qui cloche mieux qu’un cours de socio-politique à Sciences Po ou en cours de sciences politiques de licence 3.

Watchmen

Mais qu’apprend-on dans le film de Todd Phillips et dans la série de Damon Lindelof qu’on ne sache déjà ?

à suivre…

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« Joker » ou la naissance du Mal, 2e partie

Dans Joker de Todd Phillips on suit pas à pas les méandres de la vie, pas drôle pour un sou, d’un artiste qui essaye de percer. Mais le monde est cruel, surtout quand celui-ci se présente sous les traits de Gotham, une ville filmée comme New York City dans le très beau et très sombre Taxi Driver (États-Unis, 1976) de Martin Scorsese, une des nombreuses références de Todd Phillips.

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Cet artiste se nomme Arthur Fleck et se grime en clown pour gagner sa vie, en portant à bout de bras des bannières publicitaires de magasins au bord de la faillite. Il représente la masse des salarié.e.s qui ont du mal à joindre les deux bouts. Tandis qu’il s’enlise dans le ressentiment, qu’il fait l’expérience de portes entrouvertes qui se referment inexorablement dès qu’il s’en approche de trop près, la ville dans laquelle il vit en compagnie de sa mère, qui se morfond au fond de son appartement trop étroit, cette ville, trop grande, devient de plus en plus violente et incontrôlable.

Joker raconte la lente destruction d’un esprit, l’avilissement d’une conscience qui n’est pas assez armée, au départ, pour affronter les mutations du réel. Un réel dans lequel les enfants de Gotham ne vont plus à l’école depuis belle lurette ; à la place ils rouent de coups dans la rue les pauvres clowns fatigués que nous sommes toutes et tous devenus. On ne s’est même pas aperçu que les traders des quartiers d’affaires étaient des hommes abjects qui violentent les femmes dans le métro, sans que nous intervenions pour les empêcher de faire encore et toujours du mal. Et les vedettes éphémères du divertissement, les stars en papier qui présentent les late shows, ne se rendent même plus compte de l’humiliation qu’elles font subir à celles et à ceux qui n’ont pas eu l’opportunité de réussir leur vie. Nous avons appelé de nos vœux, dans nos cauchemars les plus grotesques, l’apparition du Joker ; pour qu’il fasse une bonne fois pour toutes le sale boulot à notre place.

Et de quelle manière ?

La société contemporaine a fabriqué ses propres sociopathes et ses propres tueurs de masse. Nul besoin d’une idéologie trop compliquée pour donner naissance aux orchestrateurs du chaos, qui fertilisent sur le ressentiment, la peur et la haine. Joker est l’enduit avec lequel on est en train de recouvrir les surfaces fanées de la civilisation. C’est pour cela que ce film pose actuellement un problème : car il nécessite de notre part un effort d’interprétation ; les grilles d’analyse pour bien appréhender cet objet filmique imparable sont pourtant nombreuses et bien appareillées. Encore faut-il trouver la volonté d’interroger ce qui nous pose à tou.te.s sans exception un problème d’analyse stylistique, aussi ancien que le cinéma lui-même à ses débuts : on peut aimer Naissance d’une nation (États-Unis, 1915) de David Wark Griffith ou Portier de nuit (Italie, 1974) de Liliana Cavani, mais éprouver un mal fou à passer du temps à les analyser tant le propos de ces films est malaisé et inexpugnable.

Le film Joker de Todd Phillips est, je crois, un tour de force de cette année cinématographique 2019 qui s’achève.

Oui, mais pourquoi ?

à suivre…

 

 

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« Joker » ou la naissance du Mal

Pour la première fois tout un film, dans sa durée, s’attache à la figure du principal antagoniste de l’histoire qui nous est racontée. Il s’agit d’un super-vilain pas comme les autres, le maléfique Joker, la face de Janus qui colle aux basques de celui ou de celle qui est censé.e rétablir l’équilibre après le chaos diligenté par les forces du mal.

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Et depuis 1939, avec la naissance de Batman dans Detective comics par le dessinateur Bob Kane et le scénariste Bill Finger, on s’est attaché à ces figures malfaisantes, démoniaques, qui font de la ville fictive de Gotham City l’enfer sur terre à proprement parler. Avec sa masse sans cesse renouvelée de déglingués, de psychopathes et de sociopathes atrocement violents, fous furieux et ingénieux dans l’orchestration de toutes sortes de crimes monstrueux, on s’est amusé depuis plus de 80 ans (passe-temps quand même un peu douteux quand on y réfléchit cinq minutes, non ?) à parfaire notre encyclopédie des figures culturelles de la folie : et il va sans dire que le Joker trône tout en haut du hit-parade, en compagnie de quelques autres joyeux azimutés (bonjour Dark Vador, hello Hannibal Lecter, etc).

Joker est un merveilleux objet de détestation et de fascination mêlées ; il incarne notre part maudite, notre inconscient, notre refoulé immuable. Et il est devenu au fil des comic-books, des dessins animés et des films de la franchise Batman de DC Comics le totem absolu de notre modernité folle, sauvage, intrépide, qui nous mène chaque jour au bord du précipice.

Le Joker est devenu au fil des épisodes cet être abject qui impressionne durablement.

Et dans Joker (États-Unis, 2019) de Todd Phillips, il devient l’emblème du monde occidental qui vacille. Car le film organise la chorégraphie magnifiée par les images, le son et la musique, de la décrépitude accélérée de ce qui faisait hier encore consensus : le liant politique et social qui permettait à nos sociétés post-industrialisées de tenir le coup. Mais le monde a changé, irrémédiablement, les cartes de la géopolitique et de la diplomatie ont été redistribuées, et devinez laquelle est sortie en premier du paquet ?

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à suivre…

 

 

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La quête du père dans « Ad Astra » de James Gray (2019)

Ad Astra (États-Unis, 2019), film de James Gray vu dans la salle 5 du Grand Rex à Paris le vendredi 27 septembre 2019.

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Un astronaute cherche son père, qu’il croyait disparu depuis 25 ans, à travers tout le système solaire afin de le désactiver dans sa mission de recherches d’une possible vie extraterrestre.

Donné pour mort 25 ans plus tôt par le SpaceCom, une entité gouvernementale puissante qui assure des liaisons et des voyages dans l’espace jusqu’à Mars, à des fins d’exploration et de recherches mais aussi pour des raisons bassement commerciales, le commandant McBrady semblerait être stationné avec son équipage aux abords de Neptune ; d’où provient une surtension cosmique qui risque d’annihiler tout le système solaire.

SpaceCom demande à son fils, astronaute lui aussi, de partir à sa recherche pour stopper cette surtension générée par le Projet Lima. À partir d’une base militaire secrète sur Mars Roy McBride part en direction de Neptune.

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Sur un postulat de départ usé jusqu’à la corde – la quête du père pour panser ses blessures, profondes – le réalisateur américain James Gray (qui est à mon sens un des meilleurs cinéastes en activité aujourd’hui) donne à voir un superbe spectacle de traversée solitaire de notre système solaire. Il réussit en plus à marier film d’action trépidant (surtout dans la première heure du métrage) et film de science-fiction métaphysique. Ce qui n’est pas rien.

Mis en images à l’ancienne, c’est-à-dire au 35 mm, Ad Astra (États-Unis, 2019) est un film important et nécessaire car il donne à penser un futur imminent qui se profile dangereusement et qui inquiète avec raison : si les astroports lunaires ou martiens existaient pour permettre des vols commerciaux dans l’espace, nul doute qu’ils ressembleraient aux galeries commerciales actuelles qui jalonnent notre existence.

James Gray nous montre que les puissances d’argent seules permettent la conquête du système solaire, avec son corollaire : les différentes factions qui veulent faire main-basse sur les nouveaux territoires planétaires en voie de colonisation massive. Dans une superbe séquence de course poursuites de rovers lunaires à travers le paysage sublime de la Lune on a droit à un cours magistral de géopolitique dans l’espace en accéléré. Et c’est proprement décoiffant.

Prenant le contre-pied de son film précédent (The Lost City of Z, États-Unis, 2017) qui mettait en scène l’histoire d’un aventurier à qui pas grand-chose n’arrivait finalement dans la luxuriance et la profondeur de la forêt amazonienne, James Gray nous offre cette fois-ci une réflexion extrêmement maîtrisée sur l’aventure humaine arrivée à son point de non retour. Et parvient à nous parler des étoiles sans jamais perdre de vue le facteur humain, et son amour inconsidéré pour les questions sans réponse.

Il s’agit bel et bien d’un merveilleux film, à la fois poétique et enjoué, qui fera certainement date dans une histoire du cinéma du XXIeme au long cours.

 

 

 

 

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Êtes-vous prêts pour le premier contact ?

Premier Contact (2016) est un film américain du québécois Denis Villeneuve, dont les interprètes principaux sont : Amy Adams, Jeremy Renner et Forest Whitaker.

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Un beau jour, à notre époque, 12 vaisseaux extra-terrestres restent en suspension à plusieurs centaines du sol en 12 endroits de notre planète.

Aux États-Unis, l’armée, qui est sur le coup, dépêche en urgence une linguiste de haut vol et un astrophysicien brillant, pour essayer de communique avec les aliens, dont on ne sait pas s’ils viennent pacifiquement ou s’ils sont hostiles.

Les américains les ont appelés les heptapodes, dans la mesure où ce qui s’apparente à une bestiole du genre poulpe gigantesque, tient sur 7 pieds : du grec podos=pied et hepta=sept.

Tout ce petit monde est chapeauté par le colonel Weber, dont on sent dès les premières minutes du film que c’est un dur à cuire, qui ne va pas finasser très longtemps. C’est pour ça qu’il a embauché nos 2 scientifiques, parce qu’ils sont les meilleurs dans leurs domaines respectifs et qu’il va vite falloir trouver des réponses au pourquoi du comment de la visite impromptue par chez nous de ces mollusques de l’espace qui communiquent en balançant une encre noire volatile qui forme des cercles complexes.

La linguiste Louise Banks, incarnée par la délicieuse Amy Adams, est au début prise au dépourvue car elle a du mal à isoler des lettres ou des sons dans ce charabia de l’espace qui semble être la forme de langage de nos amis heptapodes (nous n’en verrons que 2 pendant tout le film, baptisés Abbott et Costello par nos 2 scientifiques malicieux, le budget SFX du film devant être sévèrement limité). N’empêche : on sent très vite qu’une complicité se noue entre la belle Louise et nos calamars.

Évidemment ce film du canadien Denis Villeneuve n’arrive jamais à la hauteur du monumental Rencontres du 3ème type de Steven Spielberg (États-Unis, 1977), mais il lui a permis de s’offrir Hollywood. Car en livrant ce petit bijou de S.-F. métaphysique, produit par une petite unité de production américaine, Denis Villeneuve s’est fait un nom et s’est fait repérer puis engager par les pontes des studios qui lui confient aujourd’hui des productions qui coûtent plusieurs centaines de millions de dollars (Blade Runner 2049, 2017, Dune bientôt).

C’est bien connu : chaque studio ou conglomérat multimédias aime s’offrir les services d’un vrai auteur de cinéma, et ils ne sont pas si nombreux à travers la planète : Stanley Kubrick et Andreï Tarkovski autrefois, aujourd’hui David Fincher, James Gray, Christopher Nolan et Denis Villeneuve semblent, en ce qui concerne les anglo-saxons, être en mesure de concilier exigence métaphysique et films à grand spectacle.

Dans Premier Contact, dont la cinématographie est sublime, et le filmage à hauteur de femme et d’homme toujours bien inséré dans la structure du récit, on sent la nostalgie pour un monde en train de disparaître poindre à chaque plan. Cette femme dévastée par la perte de sa fille au début du film, mais qui continue de donner des cours à Berkeley parce qu’elle est une passionnée des langues du monde, vivantes et mortes – même si une langue ancienne ou antique n’est jamais morte dans la mesure où quelqu’un, quelque part sur la planète, s’en souvient – incarne la force de la résilience, qui ne veut pas dire oubli mais lent apprentissage du deuil puis apprivoisement de ce dernier par paliers, de plus en plus abrupts, mais néanmoins nécessaires. La rencontre avec le couple d’extra-terrestres va bouleverser les certitudes pourtant bien ancrées des uns et des autres.

Le temps de l’apprentissage des sentiments, puis celui de l’acceptation de leur lente érosion, est-il linéaire ? Ou bien circulaire ?

Qu’est ce qui est le plus important pour chacun d’entre nous : le temps d’apprendre à vivre, ou bien le temps d’apprendre à mourir ?

Quelles énigmes philosophiques restent encore valides aujourd’hui ?

À quelques-unes de ces questions Premier Contact offre un début de réponse.

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