Inscription Aller à: [ recherche ] [ menus ] [ contenu ] [ montrer/cacher plus de contenu ]



« Your Honor » vs « Un homme d’honneur »

Les magnifiques comédiens Anglo-Saxons Hunter Doohan et Bryan Lee Cranston.

Les magnifiques comédiens Anglo-Saxons Hunter Doohan et Bryan Lee Cranston.

Quand une production audiovisuelle a du succès dans une aire culturelle donnée, on la voit réapparaître peu de temps après en un autre endroit de la sphère culturelle. C’est ce qui arrive avec une série israélienne qui a donné lieu a une version américaine, puis qui est maintenant adaptée pour les écrans français. Il s’agit de Kvodo (Israël, 2017), dont le remake américain s’appelle Your Honor (États-Unis, 2020-2021) et comporte 10 épisodes, et la version française qui est une création originale TF1 Productions se nomme Un homme d’honneur (France, 2021) et contient 6 épisodes.

De quoi s’agit-il ? Dans la version américaine comme dans la version française (je ne parlerai pas de la création originale israélienne dans la mesure où je ne l’ai pas encore visionnée) on assiste à la catastrophe accidentelle qui arrive à un magistrat en exercice et à son fils lycéen. Le père vit seul avec son fils depuis que son épouse est morte un an auparavant. Au commencement donc a lieu un terrible accident, entre un adolescent, le fils du magistrat, qui percute violemment au volant de sa voiture un autre adolescent du même âge qui roule en moto. En totale panique, le jeune garçon de 17 ans n’appelle pas les secours et prend la fuite. Très vite, dès l’épisode inaugural, on apprend que la victime est le fils benjamin d’un baron de la drogue, redouté et redoutable. Quand le magistrat, un juge fédéral de la Nouvelle-Orléans dans la version américaine, un procureur de la république parisien dans la version française, apprend l’identité de la victime que son fils vient de mortellement blesser, il va plonger dans l’envers du décor ; il va devenir parjure, créer de fausses preuves, utiliser l’outillage traditionnel des malfrats qu’il envoie en prison habituellement, tout cela pour sauvegarder la peau de son fils.

Une belle alchimie entre les comédiens Rod Paradot et Kad Merad.

Une belle alchimie entre les comédiens Rod Paradot et Kad Merad.

Évidemment il existe une nette différence entre les 2 versions, dans la mesure où, avant de parler de différences de principes en matière de narratologie et d’expression de la dramaturgie des 2 côtés de l’Atlantique, les systèmes judiciaires français et nord-américains sont aussi très différents. Bryan Cranston avait donné à son personnage du juge Michael Desiato une épaisseur extraordinaire, assez bouleversante. La grande maîtrise dramatique de cet acteur exceptionnel permettait d’adhérer à l’histoire rocambolesque qui nous était racontée ; son antagoniste Jimmy Baxter, le chef de la mafia de la Nouvelle-Orléans, interprété avec classe par le magnifique comédien Michael Stuhlbarg, n’y était pas pour rien non plus. on assistait en 10 épisodes à la réalisation sophistiquée, extrêmement maîtrisée en matière de grammaire cinématographique, à un duel épique au sommet.

Cependant il ne faut pas négliger l’adaptation française, car elle ne démérite pas. Kad Merad est parfaitement crédible en magistrat parisien qui se trouve impliqué dans une affaire qui dépasse l’entendement, et Rod Paradot, qui joue son fiston désemparé, offre une partition sobre et élégante. Ils sont particulièrement aidés par l’interprétation toute en finesse donnée par la grande actrice Zabou Breitman, qui dans son rôle de la commandante de police Laure Constantine, prouve une fois de plus qu’elle est actuellement une de nos plus délicates comédiennes.

À suivre… (avec grand intérêt !)

.
 

Les colonies humaines dans l’espace sauveront-elles le genre humain ?

Raised by Wolves C’est, entre autres, de cela dont il est question dans la série de science-fiction du moment, Raised by Wolves (États-Unis, HBO Max/Warner TV/Scott Free Productions, 1 saison, 2020- ) d’Aaron Guzikowski.

Le voyage dans l’espace, afin de trouver une planète viable pour la coloniser, est la marotte principale des auteurs de S.-F. d’aujourd’hui. Depuis que le regretté astrophysicien Stephen Hawking a exprimé l’idée, selon laquelle la seule chance de salut de l’Humanité pour les siècles à venir, résidait dans la colonisation humaine d’une planète hors du système solaire, les créatifs de la S.-F. s’en donnent à cœur joie, et nous proposent à chaque fois leur vision de toute cette affaire.

Et Ridley Scott n’est pas en reste, dans la mesure où il n’est pas près de remettre en jeu sa ceinture de champion poids lourd des catégories des arts de l’imaginaire. Alors il hybride à tout va les différents univers qu’il filme depuis 1979 et la sortie mondiale d’Alien, le 8e passager (Ridley Scott, Royaume-Uni/États-Unis, Brandywine Productions, 1979) : des bestioles xénomorphes sacrément hostiles et agressives, des androïdes doué.e.s de sentiments  humains et de capacités cognitives hors du commun, des civilisations extra-terrestres extrêmement évoluées mais qui n’en peuvent…

Depuis quelques années le réalisateur anglais revisite les fondements de sa rêverie spatiale cinématographique. Non content d’avoir relancé la machinerie Alien sur grand écran avec le succès que l’on sait, le père Scott tente le tout pour le tout : la réunification dramaturgique des différents arcs narratifs qui constituent les 3 matrices, celle d’Alien, celle de Blade Runner (Ridley Scott, États-Unis, Warner Bros., 1982), et celle de Prometheus et de Covenant : où les androïdes doué.e.s de raison, celles et ceux qui les traquent (chasseurs de primes première manière à la Rick Deckard ou à la Gaff), et nouveaux chevaliers croisés de la Nouvelle Alliance de l’espace, les Mithraïques, ainsi que les méchantes bestioles baveuses qui en veulent à tout le monde, sans oublier les Ingénieurs, ces êtres païens cosmiques qui savent mesurer la vie là où pourtant tout est noir, et terriblement hostile, tout ce petit monde se rejoint pour signifier le but suprême de l’existence.

En matière de S.-F. existe-t-il des prophéties auto-réalisatrices ?

À suivre…

.
 

Apprendre les rouages de l’économie de marché en 8 leçons !

Les actrices Marisa Abela et Myha'la Herrold, figures de proue de la première saison de la série "Industry".

Les actrices Marisa Abela et Myha’la Herrold, figures de proue de la première saison de la série « Industry ».

Industry (2020- , Royaume-Uni/États-Unis, 1 saison de 8 épisodes, BBC/HBO) est une série qui ausculte les rouages d’une entreprise de capitalisation boursière, Pierpoint & Co, située dans la City de Londres, à l’aune de ses nouvelles recrues.

Ces jeunes gens ont décroché le graal : ils viennent d’être embauchés pour la première fois de leur vie dans la haute finance, après avoir obtenu leur diplôme en économie. La série s’intéresse à une poignée d’entre eux, des jeunes filles et des jeunes garçons qui découvrent en même temps que nous, à l’intérieur de la machinerie capitalistique contemporaine, ce que faire du fric veut dire. Et ce que ça fait à l’intérieur de soi-même de vouer son existence aux mânes du dieu vert et de ses corollaires : la livre sterling, l’euro et le yen.

Dans ces 8 épisodes sobrement filmés, la caméra portraiture ces jeunes gens qui font connaissance avec l’aliénation, la vraie, celle qui ne laisse aucune place, ni aux sentiments, ni à la sensibilité, encore moins à l’empathie. Il n’y a qu’à voir de quelle manière on accueille la nouvelle du décès d’une de ces nouvelles recrues, Hari, retrouvé sans vie dans les toilettes du Desk.

Des jeunes gens, hommes et femmes d’une vingtaine d’années à peine, apprennent à pactiser avec le démon. Celles et ceux qui ont des soupçons seront brutalement écarté.e.s.

La finance internationale, le marché obligataire, les graphiques de variation des taux de change, les fluctuations des index et des indices, les méandres de variabilité des bons du Trésor ne font pas de sentiment.

Dès leur premier jour dans la boîte, on convoque les nouveaux arrivants dans un amphithéâtre pour leur annoncer qu’en l’espace de 6 mois la moitié d’entre eux se fera éjectée. Celles et ceux qui resteront n’auront même pas le temps de se poser la question de savoir si ça valait le coup. Car les super-datas d’analyses en surchauffe ne souffrent aucun retard, aucune négociation. 

Bienvenue dans un univers au-delà même de la cruauté la plus élémentaire !

.
 

For the lovers, for the beginners, for the pranksters : « Vinyl » (2016)

Vinyl En 2016 Martin Scorsese s’associait à Mick Jagger et à Rich Cohen pour créer une série sur le rock’n’roll circus et sur New-York. En inscrivant les protagonistes durant l’année 1973, et en les faisant évoluer au sommet de la hype qui agite la grosse pomme (la toile de fond de l’époque est orchestrée par la musique du Velvet Underground, de David Bowie, de Grand Funk Railroad et des New-York Dolls), les créateurs de cette série grand luxe avaient pour ambition de retranscrire le son, la couleur et les affects de cette époque créative hors du commun.

En inventant des musiciens (Hannibal) et des groupes de punk-rock (The Nasty Bits) et en les mélangeant aux légendes de la scène des seventies, Martin Scorsese et Mick Jagger revenaient sur les traces de leur passé fulgurant. De plus, en réalisant le pilote de la série, Marty prouvait qu’il était resté ce génial réalisateur, dont on pensait qu’il avait fini par dételer après les échecs cuisants de ces derniers films pour le cinéma (Silence en 2016 et The Irish Man en 2019, ce dernier n’étant même pas distribué au cinéma – la faute à Netflix, évidemment).

Mais dans Vinyl (États-Unis, 2016, 1 saison de 10 épisodes), accompagné pour les 9 épisodes qui suivent le pilote par la crème de la crème américaine en matière de réalisation de vrais long-métrages de cinéma qui vous tiennent en haleine de la première minute à la dernière (Carl Franklin aka Le Diable en robe bleue, 1995 ; Mark Romanek aka Photo Obsession, 2002 ; ou encore Allen Coulter aka Hollywoodland, 2006) on associe l’univers de la pègre new-yorkaise à celui de la scène musicale rock, et le résultat est totalement décoiffant.

N’en déplaise aux âmes chagrines qui n’ont vu dans cette série, dont n’existe pour l’heure qu’une unique saison comprenant 10 épisodes, lesquels se répondent de bout en bout à un rythme ininterrompu pendant plus de 10 heures d’anicroches narratives, visuelles, sonores et musicales, Vinyl nous plonge au plein cœur de la marmite bouillonnante dans laquelle se fabrique la bande-son des vies tumultueuses. En suivant ces aventures hautes en couleurs d’un patron de label (génialement interprété par l’immense Bobby Cannavale) et de ses associés et de quelques employé.e.s, on revisite toute l’histoire du rock et de la pop de la décennie seventies. Ça fait un bien fou aux yeux et surtout aux oreilles.

.
 

« The Head » : mystères en pagaille sous la glace

The Head est une production espagnole de The Mediapro Studio (en association avec HBO Asia et Hulu Japan), comprenant 6 épisodes réalisés par Jorge Dorado.

The Head

Dans cette série assez courte on se retrouve immergé dans une station scientifique polaire en Antarctique. Elle est baptisée Polaris VI et son équipe de recherches est composée d’hommes et de femmes, des cherch.eur.euse.s chevronné.e.s de différentes nationalités : on y trouve la jeune médecin écossaise qui paraît timorée, le commandant allemand un brin autoritaire (incarné avec maestria par l’excellent comédien Richard Sammel, enfin loin de ses rôles de nazis qui finissaient par lasser), ou encore le grand savant biologiste génial qui manque cruellement d’empathie pour ses semblables, sans oublier le technicien en transmission et le cuistot un peu rustauds…

Bref, ce vivier que constitue l’équipe d’hiver (et sur Polaris VI l’hiver polaire dure six mois, avec des températures extérieures avoisinant les -100° Celsius, bonjour l’ambiance !) va être confronté à une terrible épreuve : car quelqu’un – ou quelque chose – leur veut du mal. Et très vite, on va se retrouver avec une tête coupée sur les bras ! Et cette tête, découpée minutieusement à la scie égoïne, est celle d’un membre de l’équipe. Les 6 mois à venir dans la station vont être longs, très longs pour les survivants !

Placée sous les bons auspices de The Thing (États-Unis, 1982) de John Carpenter, modèle insurpassable de huis-clos polaire, glacial et flippant à souhait [le meilleur rôle de Kurt Russel à ce jour ? Non ? Oui ? Si, allez quoi !], cette série est une merveille de mise en scène et de direction dramatique : d’ailleurs l’acteur danois Alexandre Willaume, qui incarne le protagoniste, membre de l’équipe d’été, tentant de résoudre les énigmes abyssales de ces tueries incompréhensibles en paysage glacé, s’en sort plutôt bien ; car il faut être un acteur diablement charismatique pour porter à bout de bras le moteur narratif d’une telle entreprise.

C’est aussi ce que réussit très bien un acteur comme Jude Law, dans l’épatante série The Third Day (Royaume-Uni/États-Unis, 6 épisodes, 2020).

Affaires à suivre, donc.

To be continued…

 

 

 

.
 

HBO reprend la main : bienvenue dans le « Lovecraft Country » [#1]

 

La très graphique affiche promotionnelle de la nouvelle pépite de HBO.

La très graphique affiche promotionnelle de la nouvelle pépite de HBO.

Nous disions dernièrement que depuis la fin (définitive ?) de la série phénomène Le Trône de fer, la chaîne payante américaine HBO, qui pendant des années donnait le ton en matière de production et de diffusion de séries de grande qualité, cherchait un second souffle. Je crois qu’elle l’a trouvé avec la nouvelle série qu’elle est en train de diffuser sur ses antennes (ici en France c’est la chaîne OCS qui s’en occupe depuis le lundi 17 août 2020). Il s’agit de Lovecraft Country (2020, saison 1).

Je ne sais pas encore si l’ensemble de cette première saison sera à l’unisson du premier épisode, mais si ça devait être le cas alors nous serions en présence d’une nouvelle création télévisuelle tout bonnement phénoménale.

Cette toute nouvelle série est produite, comme il se doit depuis quelques années, par le génial entertainer Jordan Peele. Ce dernier, non content de réaliser des long-métrages à succès (Get Out et Us, successivement en 2017 et 2019), en profite pour être producteur de séries fantastiques incontournables : il a par exemple ressuscité la mythique Quatrième dimension [The Twilight Zone, 2 saisons pour le moment : 2019 et 2020].

Maintenant il nous livre ce Lovecraft Country sensationnel.

 De quoi ça parle ?

Atticus, dit « Tic », qui a été soldat pendant la Guerre de Corée, est tout juste démobilisé. Une fois rentré chez son père à Chicago, qui vit à South Central, il apprend que ce dernier a disparu depuis 15 jours dans le Comté d’Ardham, sis dans le Massachusetts (mais attention les yeux, ici on n’est pas chez les Bee Gees !). Comme son oncle paternel, George, doit entreprendre un voyage dans le secteur afin d’actualiser son Guide à destination de la communauté afro-américaine, pour éviter les endroits où sévissent les troupeaux racistes [il s’agit du tristement emblématique Green Book, qui est aussi l’enjeu du film récompensé aux Oscars de Peter Farrelly, Green Book : Sur les routes du Sud, États-Unis/Chine, 2018], « Tic » s’embarque avec lui sur les routes de campagne en emmenant avec eux la jolie et espiègle jeune sœur de sa tante, Leticia. 

[à suivre...]

 

.
 

Le multivers d’Alex Garland [#2]

devs-poster Le rythme lent insufflé à chacun des 8 épisodes de Devs (de 52 minutes chacun environ) met en alerte les sens des téléspectat.eur.rice.s : on sent, à chaque péripétie, que notre héroïne Lily Chan s’enfonce davantage dans des imbrications complexes de seuils de réalités à la fois inexplicables et totalement opaques. Au début son amoureux russe, petit génie informatique futé, est recruté au sein du mystérieux cube dans la forêt. Mais il ne va pas en revenir, et Lily va s’efforcer de comprendre pourquoi, car la vision officielle de la boîte, comme quoi il s’est suicidé en s’immolant par le feu, ne la convainc pas. À partir de ce moment originel le cheminement de Lily va épouser les équations complexes de la mécanique des fluides ; je sais, cette phrase ne veut absolument rien dire, elle n’a aucun sens, mais c’est pour vous faire ressentir de quelle manière on se retrouve perdu, en perte de repères,  devant la dramaturgie de cette mini-série assez géniale. Et cela s’appuie sur : la neurasthénie apparente des personnages principaux (Lily Chan et son ex-boyfriend Jamie incarné par l’acteur Jin Ha), la très belle qualité des images du chef opérateur Rob Hardy, sans doute fabriquées avec des caméras numériques Ultra HD Next Gen (notamment la caméra Sony CineAlta Venice), la musique enveloppante que l’on doit aux compositeurs Geoff Barrow et Ben Salisbury, et l’opacité certaine des dialogues pour qui n’a jamais mis les pieds dans un campus scientifique.

La science dure fait bien sûr saliver tous les showrunners de la planète (surtout après la pandémie de Covid-19 que nous venons de traverser), alors parsemer les dialogues de sa nouvelle création audiovisuelle pour la télé et les plateformes de SVOD d’un verbiage abscons permet de faire passer la pilule. Car depuis la fin de Game of Thrones (États-Unis/Royaume-Uni, 2011-2019, 8 saisons) l’héroïc-fantasy et le merveilleux médiéval ne font plus recette auprès de personne. Pour le moment. jusqu’à ce qu’une nouvelle pépite vienne prendre le relais (beaucoup misaient sur The Witcher de Lauren Schmidt [États-Unis/Pologne, 2019- , 8 épisodes au moment où l'on se parle] mais la série n’a pas encore eu le succès escompté).

Devs comporte des morceaux de bravoure, à travers des séquences mémorables : les bastons orchestrées par le chef de la sécurité de Devs, Kenton, sont assez éprouvantes ; toutes les scènes qui se déroulent à l’intérieur du cube sont à couper le souffle ; et pendant la majeure partie du show les plans de coupe sur la statue géante d’Amaya, qui figure la gosse du démiurge, disparue tragiquement, insufflent un regain d’énigmatique amplitude. Si bien qu’une fois le premier épisode visionné on ne peut pas s’empêcher de regarder la suite du programme.

Cette série d’anticipation luxueuse laisse bien des arcs narratifs en suspens, et frustre plusieurs catégories de télespectat.eur.rice.s à la fois. Quelle période du passé de l’Humanité aimeriez-vous voir si une intelligence artificielle vous permettait de le faire ? Qu’est-ce qui motive vraiment tous ces personnages, au passé indéfini, de scientifiques géniaux qui ont réussi à infléchir la courbe de notre espace-temps ? [L'anagramme du titre de la série donne en partie la réponse]

Mais qu’est-ce que vous attendez donc ? Précipitez-vous toutes affaires cessantes sur les 8 épisodes de Devs que diable ! Puis reprenez vos cours de première et de terminale S en Mathématiques et en Physique ; pour rire un bon coup, peut-être…

 

 

 

.
 

Le multivers d’Alex Garland : « Devs » (2020)

 

La très gracile actrice, mannequin et ballerine britannico-japonaise Sonoya Mizuno photographiée par Emma McIntyre

La très gracile actrice, mannequin et ballerine britannico-japonaise Sonoya Mizuno photographiée par Emma McIntyre.

Alex Garland a fait du chemin.

Depuis le temps où il écrivait des scénarios pour le réalisateur Danny Boyle, afin d’en faire des films à succès comme 28 jours plus tard (28 Days Later…, Royaume-Uni/Espagne, 2002) ou encore Sunshine (idem, Royaume-Uni/États-Unis, 2007), jusqu’à la mise en œuvre de sa Mini-série TV en 8 épisodes intitulée Devs (idem, Royaume-Uni/États-Unis, 2020), l’auteur britannique est devenu la mascotte d’une science-fiction complexe, auto-référentielle et mondialisée. En mettant en scène, en 8 épisodes de 47 minutes chacun, superbement photographiés (il faut souligner le génie à la fois technique et artistique du directeur de la photographie Rob Hardy qui avait mis en images le très impressionnant Mission: Impossible – Fallout de Christopher McQuarrie, États-Unis/Chine/France/Norvège/Royaume-Uni, 2018), le parcours démentiel d’un génie des sciences et de sa comparse, Alex Garland filme notre réalité tangible comme si elle était une vision surannée de ce qui doit advenir dans un futur proche.

Dans Devs nous sommes aux prises avec ce pur génie spéculatif, du nom de Forest, qui a mis ses compétences scientifiques hors du commun dans une entreprise délirante jamais conçue avant lui ; et il est accompagné dans ce projet fou par une jeune femme, Cathy, tout aussi – si ce n’est plus encore – géniale que lui.

Dans les environs de San-Francisco, un cube high-tech au milieu d’une clairière, ceint par la forêt, qui abrite Devs, acronyme énigmatique, dont les autres employés de Forest ne connaissent absolument rien à son propos, annonce quelque chose, oui, mais quoi ?

Au sein de Devs des petits génies en nombre restreint, triés sur le volet, s’essaient à réaliser l’impensable. Mais un grain de sable va faire son apparition, et va gripper la machine, aussi puissante et autonome soit-elle. Et ce grain de sable se matérialise sous nos yeux avec l’apparition de la figure fantomatique du personnage de Lily Chan. L’underplay acting de l’actrice Sonoya Mizuno est particulièrement intéressant car il nous permet de comprendre que nous sommes en présence de fantômes.

à suivre…

 

 

 

.
 

« Joker » ou la naissance du Mal, 3e partie

New York seventies Dans Joker Todd Phillips offre à nos regards stupéfaits la cartographie, à la fois physique et mentale, d’une réalité alternative. Le personnage d’Arthur Fleck vit à Gotham, et de nombreux observateurs ont cru reconnaître New York City, la ville dangereuse des années 70 et 80 ; celle dans laquelle Travis Bickle, le personnage esseulé de Taxi Driver (Martin Scorsese, États-Unis, 1976), arpentait les rues, à pied ou au volant de son yellow cab. Mais dans Joker nous sommes bien à Gotham, qui est avant tout un territoire mental dans lequel on craint toujours que le pire advienne.

Joker (le film, bien entendu) est le fruit d’une synchronicité, d’un épais alignement des planètes qui fait coïncider une œuvre de la pop culture avec l’état actuel de notre monde. Dans notre monde réel des psychopathes en puissance sont au pouvoir et génèrent parmi les populations du monde entier un fort sentiment d’angoisse et d’insécurité. La prolifération nucléaire de ces 40 dernières années, le soubassement de plus en plus hermétique, inviolable et inébranlable, des régimes autoritaires et dictatoriaux à travers la planète, ainsi que la redistribution des cartes géopolitiques et le pillage intégral de toutes les ressources par les coalitions au pouvoir, tout cela nécessite d’appréhender avec circonspection les images continuelles avec lesquelles on nous bombarde.

Joker

Le personnage de Joker sert à alimenter toutes nos peurs, à générer un flux – incontrôlé, incontrôlable – de tensions disparates qui, par le biais d’une narration brillante, ordonne et met au net ce qui jusqu’à présent n’avait de sens pour personne. Il me semble que l’apparition de Joker au cinéma est en lien direct avec celle des Watchmen (Damon Lindelof, États-Unis, 2019-…) qui eux aussi interrogent les nouvelles formes de confrontation politique et sociale.

Dès lors le personnage du clown furieux et ceux des escadrons héroïques qui doivent contenir la guerre civile au cœur des sociétés capitalistiques poursuivent le même but : nous révéler ce qui cloche mieux qu’un cours de socio-politique à Sciences Po ou en cours de sciences politiques de licence 3.

Watchmen

Mais qu’apprend-on dans le film de Todd Phillips et dans la série de Damon Lindelof qu’on ne sache déjà ?

à suivre…

.
 

« La Longue Nuit » marque une étape importante…

… dans l’histoire des séries télévisées.

got_s8ep3

Car cet épisode (The Long Night, épisode 3 de la saison 8 de Game Of Thrones, 2019) peut être visionné par un néophyte comme un objet filmique à part, comme un film qui se suffit à lui-même. Bien qu’il recoupe et synthétise les enjeux narratifs de la série la plus populaire de son temps, et qui dure depuis 8 ans (2011-2019), cet épisode extrêmement bien réalisé contient tout un univers, tout un écheveau de narrations complexes et de particularités typologiques pour ses personnages qui en font une œuvre singulière de bout en bout. Et à ma connaissance il montre une bataille rangée entre différentes coalitions d’êtres humains appartenant à différentes factions, la plupart hostiles les unes aux autres, qui sont obligées de combattre ensemble les hordes de marcheurs blancs dont la destruction de l’espèce humaine est la seule motivation, parmi les plus belles jamais réalisées auparavant.

Avec à leur tête le Roi de la Nuit, créature symbolique qui incarne à lui seul les peurs les plus primales et originelles de l’être humain, les morts rendus à la vie qui forment les cohortes des marcheurs blancs figurent les grandes batailles pour la sauvegarde de la liberté qui jalonnèrent l’histoire de l’humanité.

Un tel degré de perfectionnement scénaristique (quand on tient compte de la complexité de l’intrigue depuis le lancement de la série sur HBO en 2011, avec sa multitude de personnages aux caractères bien trempés) dans une œuvre de divertissement prouve que Game Of Thrones a su accéder au rang d’œuvre d’art à part entière.

Et qu’un simple épisode soit suffisamment incarné pour se suffire à lui-même, dans le bonheur simple d’un visionnage sans parti pris ni arrières pensées, prouve à quel point une série a maintenant gagné sa légitimité culturelle.

Je persiste à croire que quelqu’un qui n’a jamais vu le moindre épisode de cette série-monde, qui n’a aucune idée de quoi ça parle, va quand même prendre un plaisir fou à visionner ces images nocturnes de combats sauvages entre vaillants guerriers humains contre créatures démoniaques et zombifiées à en faire des cauchemars épouvantables la nuit. La réalisation, superbe, le montage, net et précis, la musique, sublime, qui accompagne les enjeux sensualistes du récit, l’interprétation haut de gamme de l’ensemble du casting, tout cela constitue un objet visuel savoureux qui marque un tournant important.

Dorénavant les show-runners des autres franchises télévisuelles vont devoir se creuser les méninges pour se mettre au niveau. Ce qui laisse augurer de belles perspectives, car l’émulation entre créateurs audiovisuels profite en dernier ressort au public qui juge sur pièces.

On peut dorénavant piocher dans n’importe quelle série des épisodes en particulier qui deviennent dès lors des objets qu’on s’approprie et qui nous confortent dans notre amour des images de cinéma, un amour sans cesse réinventé, régénéré par la qualité substantielle contenue dans les nouvelles images, à flux continuel.

Mais cela n’enlève rien à l’amour immodéré qu’on continue de porter, de manière obsessionnelle parfois, aux films de cinéma projetés en salle. L’un – l’épisode de série télé – doit être envisagé comme le complément de l’autre – le film de cinéma.

La création audiovisuelle en son ensemble est tellement riche qu’elle peut satisfaire bien du monde.

Maintenant attendons de voir comment la série la plus importante de ces 10 dernières années va se conclure avant de conjecturer sur la réception définitive d’une telle œuvre. Nous reviendrons plus tard, à froid, sur ce que cette série-monde a permis de mettre en place dans l’imaginaire collectif contemporain.

.
 
12

Lespetitesgarces |
Seventh Art Lovers |
Juloselo |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | Serietvaddict2015
| Whitekelly4o
| My own private movie