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Ciné 80 : [#1] « Runaway Train » (1985)

Jon Voight aux prises avec la furie des éléments déchaînés contre lui.

Jon Voight aux prises avec la furie des éléments déchaînés contre lui.

Quand il accepte de mettre en scène Runaway Train (États-Unis, Northbrook Films, 1985) sur un script d’Akira Kurosawa pour le compte de la Cannon, fondée en 1979 à Hollywood par les producteurs israéliens Menahem Golan et Yoram Globus, le soviétique Andrei Konchalovsky, qui est diplômé de l’École de cinéma de Moscou en même temps que son ami Andreï Tarkovski, a déjà réalisé un film aux États-Unis. Il s’agit de Maria’s Lovers (États-Unis/Israël, The Cannon Group, 1984) qui met en vedette Nastassja Kinski, alors âgé de 23 ans, dans le rôle de Maria Bosic ; à cette époque la fille de Klaus Kinski est une actrice incandescente qui a transcendé le cinéma des années 1970 et 1980 à travers ses performances exceptionnelles dans ce film du réalisateur soviétique et dans Tess (Royaume-Uni/France, Renn Productions, 1979) de Roman Polanski, La Féline (Cat People, États-Unis, RKO & Universal Pictures, 1982) de Paul Schrader et Paris, Texas (République fédérale d’Allemagne/France/Royaume-Uni/États-Unis, Argos Films, 1984) de Wim Wenders.

Cette fois Andrei Konchalovsky s’attaque à un pur film d’action et d’aventures ferroviaires. Dans les décors glacés naturels de l’Alaska (il faisait – 35° au moment du tournage) on assiste à l’évasion de 2 détenus d’un pénitencier de Haute-Sécurité. Manny, un prisonnier-vedette qui a osé défier le directeur sadique de la prison, Ranken, et Buck, un jeune blanc-bec champion de boxe, ont mangé de la vache enragée. Ils réussissent, en provoquant des émeutes violentes au sein du pénitencier, et après quelques péripéties enneigées, à sauter dans un train de marchandises massif qui fend les étendues glacées comme d’autres frayent avec le mauvais œil.

Mais au moment où nos deux lascars se croient tirés d’affaire et en chemin (ou plutôt sur rails) vers la liberté, le conducteur du train meurt d’une crise cardiaque. Le train, incontrôlable, prend de plus en plus de vitesse, les freins lâchent, les aiguilleurs, désemparés, s’engueulent, et Manny et Buck assistent impuissants, de l’intérieur, à cette folle embardée (à plus de 136 km/h) dans ce paysage sublime et hostile de l’Alaska.

Nos 2 personnages sont pris au piège, et vont devoir recueillir, avec réticence au début, la mécanicienne du bord, jouée avec beaucoup d’entrain par cette excellente actrice que nous aimions énormément pendant les années 1980 et 1990 : Rebecca De Mornay [elle avait notamment joué Milady dans le remarquable Les trois mousquetaires (The Three Musketeers, Autriche/Royaume-Uni/États-Unis, Walt Disney Pictures, 1993) de Stephen Herek]. Ces trois alliés de circonstance vont devoir défier le piège à grande vitesse qui menace de les engloutir, pour notre plus grand plaisir…

À suivre…

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En 2021, un « Slalom » sinon rien !

Jérémie Renier et Noée Abita dans cet extraordinaire "Slalom" de Charlène Favier.

Jérémie Renier et Noée Abita dans cet extraordinaire « Slalom » de Charlène Favier.

Avoir été empêché d’aller au cinéma pendant au moins 6 longs mois permet de comprendre à quel point la projection d’un film en salle reste une expérience incomparable. Ainsi, nous étions nombreux ce mercredi 19 mai 2021 à nous rendre dans notre cinéma préféré (pour ce qui me concerne Ciné 32, à Auch dans le Gers), pour y voir un des nombreux films que les distributeurs et les programmatrices de salles avaient en réserve.

À partir de cette date du 19 mai, et jusqu’à l’été, à peu près 200 nouveaux films, dont la plupart ont été tournés en pleine pandémie ou juste avant, attendent de débarquer ; malheureusement leur temps de présence à l’écran risque d’être drastiquement réduit, tant l’embouteillage des films est important.

Pour ce retour en salle tant attendu j’ai eu le bonheur de voir un premier film français, réalisé par Charlène Favier : il s’agit de Slalom (France, Mille et Une Productions, 2021), qui a pour interprètes principaux une toute jeune comédienne répondant au nom de Noée Abita, et le grand acteur de cinéma Jérémie Renier. Ce drame naturaliste met face-à-face une adolescente de 15 ans, en ski-étude dans un lycée situé dans les Alpes françaises, et son coach, un quadragénaire qui vampirise littéralement ses élèves-recrues.

Le film, intense, nous montre de l’intérieur ce que ça fait d’être happé, d’être hypnotisé, par un mentor charismatique qui se sert de sa position pédagogique pour abuser de l’innocence d’une personnalité en construction, pas encore tout à fait autonome. En même temps, ce premier long-métrage n’élude aucune des chausse-trappes que ce genre de récit génère automatiquement : comme par exemple la question de savoir si le sport de haut niveau, dans ses infrastructures mêmes, lesquelles sont pensées dans un moment d’effervescence jubilatoire – pour ce qui est du ski alpin français, disons depuis l’époque des Jeux Olympiques d’Hiver d’Albertville en 1992 -, n’induit pas ce comportement prédateur outrancier au sein des fédérations sportives et des comités de pilotage. La question, cruciale, reste posée, mais fort heureusement cette réalisation extrêmement maîtrisée et soignée n’est en aucun cas un film-dossier de plus qui illustrerait un thème sociologique contemporain.

À qui appartient le corps d’une jeune femme en devenir ? À elle-même ou bien à celles et à ceux qui le fétichisent et qui, peu à peu, par leurs paroles et par leurs gestes, se mettent à le démolir ?

Slalom de Charlène Favier est un film admirable, lucide, courageux, délicat et suprêmement intelligent. La beauté sidérante des Alpes sous la neige, alliée au caractère volontaire de sa jeune héroïne, blessée mais résiliente, qui gravit les sommets l’un après l’autre (d’abord elle devient championne de France de slalom, ensuite championne d’Europe de la même discipline de ski alpin), tout cela ensemble nous hante de manière entêtante après la projection.

Slalom est une œuvre cinématographique d’aujourd’hui parfaitement aboutie, et qui accompagne l’éclosion d’une magnifique réalisatrice de films de cinéma, et d’une très belle jeune comédienne, que nous suivrons toutes deux passionnément au long des années.

Ajoutons qu’avant le démarrage de la séance, dans la Salle 5 de Ciné 32, une programmatrice nous a remerciés d’être présentes et présents au cinéma pour accompagner cette nécessaire et salutaire reprise d’activité culturelle. Qu’elle en soit ici chaleureusement remerciée à son tour.

 

 

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Les films d’horreur contemporains : [#3] « Eden Lake » (2008)

 

Jenny, incarnée par l'épatante actrice britannique Kelly Reilly, tente d'échapper à des garnements diaboliques.

Jenny, incarnée par l’épatante actrice britannique Kelly Reilly, tente d’échapper à des garnements diaboliques.

Eden Lake (Royaume-Uni, Color DeLuxe, 2008) est un thriller horrifique du réalisateur britannique James Watkins.

Dans cet excellent thriller sous haute tension (interdit aux moins de 16 ans lors de sa sortie en salles) un jeune couple, Jenny et Steve, part faire du camping au beau milieu d’une grande forêt, sur les berges d’un lac qui doit bientôt disparaître. Une fois arrivé sur les lieux, le couple doit cohabiter, dès son premier jour de villégiature, avec une bande de gamins grossiers, bruyants et énervés, du village voisin. La petite bande de hooligans se compose de 4 garçons, d’une fille et d’une femelle Rottweiler redoutable, Bonnie. Bien entendu, l’agacement de Steve, qui espérait profiter de la tranquillité apaisante de cette nature pittoresque pour offrir une bague de mariage à sa dulcinée, va l’amener à vouloir affronter les gamins. 

Mal lui en prend, car le chef de meute, un adolescent coriace qui a tous les attributs du lad anglais, va bien vite se révéler être un redoutable adversaire. Le cauchemar ne va alors faire que commencer pour ce couple urbain paisible.

Kelly Reilly et Michael Fassbender apportent beaucoup d’authenticité à la composition de ce couple attachant qu’on aimerait avoir comme amis proches. On est d’autant plus choqué que ce qui va leur arriver au cœur de cette forêt ténébreuse et démoniaque à souhait – celle des contes de fées des maîtres de la narration qu’étaient Perrault, les frères Grimm et Andersen – aurait pu être évité si Steve avait écouté les conseils avisés de Jenny, une attachante institutrice parfaitement lucide.

Ainsi cette dernière va être brutalement projeté dans la vie sauvage, et devenir une proie de choix pour cet adolescent psychopathe qui a de qui tenir (et la composition du jeune acteur Jack O’Connell est proprement extraordinaire, si bien que ce rôle lui donnera un ticket pour Hollywood). Les règles de la survie la plus élémentaire vont jaillir du cerveau reptilien de la bête traquée pour en faire une véritable machine d’empoigne ; en cela la transformation de la délicieuse et inoffensive Jenny en une espèce de Lara Croft aguerrie est particulièrement invraisemblable, mais l’identification joue à plein, et rend d’autant plus choquant le dernier quart d’heure de ce thriller horrifique dynamique et parfaitement maîtrisé.

Au moment de sa sortie en salles en 2008 Eden Lake redonnait un bel élan au film de genre britannique.

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Les westerns mythiques : [#3] « Tombstone » (1993)

Les solides interprètes masculins de ce très beau western au classicisme parfaitement assumé : Val Kilmer, Kurt Russell, Bill Paxton et Sam Elliott.

Les solides interprètes masculins de ce très beau western au classicisme parfaitement assumé : Val Kilmer, Kurt Russell, Bill Paxton et Sam Elliott.

Filmer une nouvelle fois la geste d’anciens représentants de la loi, qui affrontèrent en 1879 une bande de mercenaires sociopathes, permettait durant les années 1990 de revisiter un moment fort de la mythologie des États-Unis. C’est ce qu’a entrepris le réalisateur américain d’origine grecque George Pan Cosmatos dans son impeccable Tombstone (États-Unis, Dolby StereoTechnicolor) en 1993.

Pendant cette décennie miraculeuse pour le cinéma hollywoodien, on s’occupait de redynamiser le mythe des figures incontournables de l’Ouest : le réalisateur baroudeur Walter Hill proposait la même année que Tombstone sa vision des faits et gestes de Geronimo (Geronimo : An American Legend, États-Unis, Dolby Stereo70 mm printsPanavision anamorphique, 1993), tandis que Kevin Costner s’intéressait aux Sioux dans Danse avec les loups (Dances with Wolves, États-Unis/Royaume-Uni, Panavision anamorphique, 70 mm, 1990)  et que Lawrence Kasdan s’intéressait lui-aussi au fameux règlement de compte à OK Corral un après la proposition de Pan Cosmatos, dans son téméraire (et sublime également) Wyatt Earp (États-Unis, Dolby, TechnicolorPanavision anamorphique, 1994.

Avant que le vingtième siècle ne laisse sa place au suivant, il fallait faire à Hollywood un dernier tour d’horizon dans les pays des plaines et des empires Apaches, Comanches et Sioux. Il fallait revoir de plus près la geste des nations indiennes, et puis celle aussi des colons des vastes territoires du Centre et de l’Ouest, il fallait parfaire sa connaissance des événements historiques avec lesquels s’était édifiée la civilisation des États-Unis d’Amérique.

George Pan Cosmatos a décidé de raconter l’histoire de ce fameux règlement de compte à OK Corral en jouant avec un classicisme maîtrisé sur les interactions qui se développèrent entre les différents protagonistes : par exemple la relation de franche camaraderie qui existe entre les 3 frères Earp est nuancée par la distance qui s’opère entre les 2 belles-sœurs et la compagne inquiète de Wyatt. D’autre part la relation d’amitié qui soutient le partenariat guerrier entre Wyatt Earp et la plus fine gâchette de l’Ouest Doc Holliday, est contrebalancée par la progression, tout au long du film, de la tuberculose de ce dernier.

L’ombre de la mort, violente, fatidique, imprescriptible, accompagne chaque plan du film, car dès les premières minutes nous assistons au massacre d’un federale mexicain et de toute sa famille au moment de son mariage, sur le perron de son église. Les hors-la-loi ne respectent plus les saints sacrements, et vont transporter leur ignominie de l’autre côté du Rio Grande. Les foulards rouges préfigurent  les rivières de sang qui couleront bientôt dans le corral de Tombstone.

Mais à Hollywood filmer une histoire, aussi passionnante soit-elle, c’est avant tout filmer des visages, des postures, des attitudes, et aussi des conversations.

Pour cela il faut avoir en sa possession de magnifiques comédiennes comme Dana Delany, Paula Malcomson, Lisa Collins, et Dana Wheeler-Nicholson, qui toutes quatre ensemble sont de la carrure d’une Gene Tierney ou d’une Veronica Lake. Ensuite Kurt Russell, Val Kilmer et Michael Biehn par exemple, n’ont jamais été aussi magnétiques et ardents. 

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« Your Honor » vs « Un homme d’honneur » (2020-2021)

Les magnifiques comédiens Anglo-Saxons Hunter Doohan et Bryan Lee Cranston.

Les magnifiques comédiens Anglo-Saxons Hunter Doohan et Bryan Lee Cranston.

Quand une production audiovisuelle a du succès dans une aire culturelle donnée, on la voit réapparaître peu de temps après en un autre endroit de la sphère culturelle. C’est ce qui arrive avec une série israélienne qui a donné lieu a une version américaine, puis qui est maintenant adaptée pour les écrans français. Il s’agit de Kvodo (Israël, 2017), dont le remake américain s’appelle Your Honor (États-Unis, 2020-2021) et comporte 10 épisodes, et la version française qui est une création originale TF1 Productions se nomme Un homme d’honneur (France, 2021) et contient 6 épisodes.

De quoi s’agit-il ? Dans la version américaine comme dans la version française (je ne parlerai pas de la création originale israélienne dans la mesure où je ne l’ai pas encore visionnée) on assiste à la catastrophe accidentelle qui arrive à un magistrat en exercice et à son fils lycéen. Le père vit seul avec son fils depuis que son épouse est morte un an auparavant. Au commencement donc a lieu un terrible accident, entre un adolescent, le fils du magistrat, qui percute violemment au volant de sa voiture un autre adolescent du même âge qui roule en moto. En totale panique, le jeune garçon de 17 ans n’appelle pas les secours et prend la fuite. Très vite, dès l’épisode inaugural, on apprend que la victime est le fils benjamin d’un baron de la drogue, redouté et redoutable. Quand le magistrat, un juge fédéral de la Nouvelle-Orléans dans la version américaine, un procureur de la république parisien dans la version française, apprend l’identité de la victime que son fils vient de mortellement blesser, il va plonger dans l’envers du décor ; il va devenir parjure, créer de fausses preuves, utiliser l’outillage traditionnel des malfrats qu’il envoie en prison habituellement, tout cela pour sauvegarder la peau de son fils.

Une belle alchimie entre les comédiens Rod Paradot et Kad Merad.

Une belle alchimie entre les comédiens Rod Paradot et Kad Merad.

Évidemment il existe une nette différence entre les 2 versions, dans la mesure où, avant de parler de différences de principes en matière de narratologie et d’expression de la dramaturgie des 2 côtés de l’Atlantique, les systèmes judiciaires français et nord-américains sont aussi très différents. Bryan Cranston avait donné à son personnage du juge Michael Desiato une épaisseur extraordinaire, assez bouleversante. La grande maîtrise dramatique de cet acteur exceptionnel permettait d’adhérer à l’histoire rocambolesque qui nous était racontée ; son antagoniste Jimmy Baxter, le chef de la mafia de la Nouvelle-Orléans, interprété avec classe par le magnifique comédien Michael Stuhlbarg, n’y était pas pour rien non plus. on assistait en 10 épisodes à la réalisation sophistiquée, extrêmement maîtrisée en matière de grammaire cinématographique, à un duel épique au sommet.

Cependant il ne faut pas négliger l’adaptation française, car elle ne démérite pas. Kad Merad est parfaitement crédible en magistrat parisien qui se trouve impliqué dans une affaire qui dépasse l’entendement, et Rod Paradot, qui joue son fiston désemparé, offre une partition sobre et élégante. Ils sont particulièrement aidés par l’interprétation toute en finesse donnée par la grande actrice Zabou Breitman, qui dans son rôle de la commandante de police Laure Constantine, prouve une fois de plus qu’elle est actuellement une de nos plus délicates comédiennes.

À suivre… (avec grand intérêt !)

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Les westerns mythiques : [#2] « La Colline des potences » (1959)

 

Gary Cooper et Maria Schell dans un des plus beaux films du monde.

Gary Cooper et Maria Schell dans un des plus beaux films du monde.

Beaucoup de films existent, mais peu de films en vérité sont aussi beaux que cette Colline des potences (The Hanging Tree, États-Unis, Warner Bros., 1959) de Delmer Daves.

Le film sort sur les écrans en 1959 et déjà, à ce moment-là de son existence, le genre western change du tout au tout. Les grandes années de l’âge d’or s’estompent et laissent la place à une révision des histoires qui vont mener, tout au long des années 1960, à une manière différente d’aborder la narration, ainsi que la typologie des personnages.

Mais Delmer Daves, le réalisateur, résiste et propose un récit dans lequel le personnage principal, dont la figure héroïque de l’immense Gary Cooper occupe en majesté le technicolor, laisse deviner des failles insondables, abyssales, destructrices. De cette manière d’habiter un personnage qui traîne avec lui des blocs d’obsidienne aussi épais que le marbre de Carrare, Clint Eastwood, quelques années plus tard, saura se souvenir, quand il passera à la réalisation. D’ailleurs on retrouve bien des éléments de cette histoire, qui se passe dans le monde clos des orpailleurs, les petits chercheurs d’or misérables qui bâtissent des campements de fortune au bord des fleuves fougueux et des rivières tempétueuses du Grand Ouest, dans le magistral Pale Rider par exemple.

Dans La colline des potences on assiste à l’arrivée d’un hobereau nomade, joué avec maestria par le plus grand acteur du monde, Gary Cooper, comme médecin itinérant parmi les chercheurs d’or. Pendant qu’il installe son cabinet médical dans une maison qu’il vient d’acheter à un orpailleur pour quelques piécettes d’or, un jeune homme, Rune, manque de se faire dessouder pendant qu’il cherche à voler quelques pépites d’or. Blessé par balle, il va être soigné par le docteur. Quelque temps plus tard, on apprend qu’une diligence a été attaquée par des bandits de grand chemin, et qu’il n’y aurait qu’une survivante, une jeune femme qui vient de la lointaine Suisse, et qu’on espère saine et sauve, et ravissante. Cette jeune femme, incarnée avec une grâce absolue par la sublime actrice de cinéma Maria Schell, va être retrouvée, puis soignée par le solide docteur.

Sur cette trame Delmer Daves construit une histoire parfaite, dans le Montana de 1873, au temps de la légendaire et pourtant vraie, ruée vers l’or : cette histoire c’est celle de la relation triangulaire, à la fois conflictuelle et bienveillante, qui se noue entre le docteur, qui se révèle être aussi un puissant pistolero (un peu comme quand Clint Eastwood incarne en 1985 un pasteur protestant plein de compassion qui n’hésite pas à exterminer tout un posse de mercenaires malfaisants dans Pale Rider), son jeune assistant qu’il a sauvé d’une mort certaine au tout début du film, et cette exquise Elisabeth qui va devenir le point de fixation de toute une communauté.

La colline des potences, à travers ses images fulgurantes, son score entêtant et son interprétation remarquable, est devenu un classique de l’histoire du cinéma ; et ce n’est que justice tant la beauté plastique de ce long métrage hante pendant longtemps la mémoire cinéphilique des spectatrices et des spectateurs qui ont la chance de le visionner.

Il existe de très nombreux films de cinéma depuis 1895, c’est vrai, mais, aujourd’hui, en un temps de tristesse insondable qui voit s’éteindre peu à peu les dernières flammes vacillantes de la beauté artistique, qui est capable de réaliser une telle ode à la tolérance, à l’amitié et à la bienveillance envers les membres de la tribu que nous nous sommes choisis ? Qui peut rivaliser avec les grands maîtres et les grandes maîtresses de l’image cinématographique d’autrefois, quand tourner un film n’était pas seulement un simple hobby professionnel commandité par les puissances de l’argent et de la mesquinerie esthétique ?

En 1959, quand on se rendait en tant que réalisateur ou réalisatrice sur un plateau de tournage, c’était non seulement pour offrir la beauté à des yeux avides de gaieté et de partage, c’était aussi avant toute chose pour déposer son cœur palpitant, plein de sève, sur le diaphragme mécanique de l’objectif de la caméra. Contrairement à notre époque diluée dans la médiocrité affligeante de la création télévisuelle, on ne mentait à personne sur un plateau de cinéma en 1959.

De cela pouvaient témoigner en toute sérénité François Truffaut et Jean-Luc Godard au moment d’enregistrer les premières images/son des Quatre cents coups et d’À bout de souffle. Mais il s’agit d’une autre histoire… À venir.

 

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Les films d’horreur contemporains : [#2] « The Hunt » (2020)

Betty Gilpin, impressionnante, dans "The Hunt" de Craig Zobel (2020)

Betty Gilpin, impressionnante, dans « The Hunt » de Craig Zobel (2020)

Depuis plus d’une dizaine d’années les Productions Jason Blum dominent en qualité le genre horrifique au cinéma. Même si les débuts furent laborieux (qui, parmi les amateurs de films d’horreur, aime vraiment, sans arrière pensée, la saga des Paranormal Activity – 5 films au total à ce jour), tout le monde s’accorde à dire que des franchises comme par exemple American Nightmare (4 films à ce jour) ou Happy Birthdead (2017) et Happy Birthdead 2 You (2019) ont renouvelé en profondeur les codes surannés du film d’horreur, basés sur les jump scares à répétition. Il faudra un jour prochain écrire un livre, qui se proposera d’analyser de quelles manières ce producteur américain a déjoué tous les pronostics, en remettant au goût du jour les formules qui firent le succès des Productions Roger Corman et Amblin Entertainment au siècle dernier.

En 2020 une production Blum remet les pendules à l’heure : il s’agit du film The Hunt, qui est réalisé par Craig Zobel, sur un scénario machiavélique de Nick Cuse et de Damon Lindelof, vous savez, le génial créateur de la série TV phénomène Lost.

Le film est une relecture ahurissante des Chasses du Comte Zaroff d’Irving Pichel & Ernest B. Schœdsack (The Most Dangerous Game, États-Unis, RKO Radio Pictures, 1932), porté de bout en bout par une actrice exceptionnelle, Betty Gilpin. Cette sublime actrice américaine de 34 ans nous scotche à notre canapé (faute de mieux car pour le moment, hélas, les salles ne sont toujours pas rouvertes, et c’est insupportable !), et ses mimiques qui ponctuent les purs moments d’adrénaline de la pellicule, nous font deviner une nature comique qu’une réalisatrice talentueuse devra vite exploiter. Pour moi, en 2021, le monde du cinéma de divertissement appartient à Betty Gilpin donc, et à Rebecca Ferguson ; d’ailleurs ces 2 actrices se ressemblent étrangement comme 2 gouttes d’eau… Mystères, mystères !

Ensuite je ne peux rien vous dire de plus car il faut absolument visionner The Hunt, vierge de tout préjugé. Cela vous permettra d’être réceptif aux péripéties et à l’enchainement des séquences, jusqu’au déroulé final, totalement inattendu et diablement bien mis en scène. Cela faisait longtemps qu’on ne m’avait pas offert un vrai morceau de bravoure dans un film de cinéma, disons depuis le beau duel entre Uma Thurman et Lucy Liu sous la neige dans Kill Bill, le 1 ou le 2, je ne sais plus.

Il va falloir compter désormais avec le cinéaste Craig Zobel dans les années à venir.

Jetez-vous avec gourmandise sur The Hunt, frissons de plaisir garantis !

 

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Courir à en perdre haleine : « Un enfant de Calabre » de Luigi Comencini (1987)

un enfant de calabre Un enfant de Calabre (Un ragazzo di Calabria, Italie/France, 1987) est un film important de Luigi Comencini. Il marque une apothéose dans la carrière, longue et prestigieuse, de ce cinéaste italien qui a fait partie de ces personnalités très importantes du cinéma transalpin d’après-guerre. Pendant longtemps Luigi Comencini a été considéré comme un petit maître du cinéma. Il n’y a rien de plus faux, car son cinéma, sans esbroufe, d’une simplicité désarmante, rend compte avec beaucoup de délicatesse de ce qu’est l’expérience de vivre, précieuse et fragile à la fois.

Dans ce film qui date de 1987 on se prend d’affection pour un garçon qui adore courir à travers les champs, en rase campagne. Il est le fils aîné d’une fratrie, son père et sa mère sont des gens modestes qui vivent dans un hameau de Calabre. Plutôt que prendre le bus de ramassage scolaire qui l’amène à l’école, Mimi préfère y aller en courant, pieds nus. Le chauffeur du bus le repère et, impressionné par l’endurance et la vivacité de Mimi, décide de l’entraîner afin d’en faire un futur champion de courses à pied. Mais devant la résistance farouche du père, il va falloir ruser pour aider Mimi dans sa quête de la foulée parfaite.

L’histoire est simple comme bonjour et pourtant elle réactive avec bonheur tous les mythes gréco-latins qui font le sel de notre culture. Les paysages de la campagne calabraise, que Comencini a filmés en été, participent de la narration ; on se croirait presque dans un film de Pagnol tant la délicatesse du propos se marie à merveille à l’interprétation haut de gamme donnée par le merveilleux acteur de cinéma italien Gian Maria Volontè.

En jouant le rôle de Felice, ce chauffeur de bus qui se fait passer pour un ancien champion de course à pied qu’un maudit accident à la jambe dans sa jeunesse aurait détourné de son destin tout tracé, Gian Maria Volontè ajoute un personnage attachant à une filmographie à l’époque déjà bien fournie.

Ce film sensible de Luigi Comencini est une pure merveille.

 

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Enjoy « Phantom of the Paradise » de Brian De Palma (1974)

Phantom of the Paradise Commençons cette nouvelle année en nous plongeant dans les circonvolutions esthétiques d’un grand film de Brian de Palma, tout à fait unique dans sa filmographie. Il s’agit de Phantom of The Paradise (États-Unis, Harbor Productions), un film haut en couleurs sorti sur les écrans en 1974.

C’est effectivement un film unique dans l’œuvre de ce réalisateur, qui aimait, durant les années 1970, mettre en boîte des histoires policières tordues, ou bien des univers fantastiques extrêmement dérangeants. Les années 1970 furent pour De Palma l’apothéose de son travail filmique, de créateur de formes cinématographiques, audiovisuelles, qui continuent de faire sens aujourd’hui.

Mettre en scène en 1974, à travers la caméra 35 mm, l’histoire de Faust tenait du pari. Car il fallait s’entourer à la fois d’une équipe artistique et d’une équipe technique de haut vol. Et c’est ce qui arriva à De Palma, il bénéficia en outre de l’appui financier du producteur indépendant Edward R. Pressmann et le film, une fois tourné, reçut un budget de 2 millions de dollars pour être distribué par la 20th Century Fox. Ce qui n’empêcha malheureusement pas le film de faire un flop à sa sortie. 

Dérouter l’histoire du pacte de Faust avec le diable pour l’ancrer au beau milieu des seventies triomphantes aux États-Unis, dans le milieu du glam-rock et des groupes vocaux de doo-wop et de R&B, c’était chercher la bagarre. Surtout que le film fourmille d’innovations technologiques : ici, le split-screen (l’écran est partagé en 2 ou en 4 images, qui montrent simultanément ce qui se déroule dans la scène) est utilisé avec beaucoup d’à-propos ;  le travail sur le son est stupéfiant, et la musique et les chansons composées par l’auteur-compositeur de rock Paul Williams, qui interprète avec beaucoup de jubilation le rôle difficile de Swan, ce producteur machiavélique qui signera sa damnation en croyant entourlouper ce pauvre musicien Winslow Leach, sont à tomber.

L’histoire est toute simple : un producteur de musique à succès, Swan, qui va bientôt inaugurer son Paradise, qui fait office de salle de concert, de studios d’enregistrements dernier cri et d’usine à musique et à son, vole un opéra-rock, la cantate Faust, à un génie de la musique totalement inconnu, Winslow Leach.

Mortellement blessé et détruit dans son orgueil d’artiste maudit, ce dernier va tout faire pour se venger, et se faire aimer de la jeune chanteuse Phénix.

Ce film est devenu au fil des décennies un objet de fascination absolue, surtout auprès des musicien.ne.s qui s’y entendent quand même un peu en matière de musique (ça va sans dire) et d’émotions esthétiques, non ?

À noter que Phantom of the Paradise a reçu le Grand Prix du mythique Festival du film fantastique d’Avoriaz en 1975.

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Vivement 2021 !

Marilyn Joyeuses et heureuses fêtes de fin d’année à tout le monde !

Que l’année 2021 nous apporte des moments d’émotion et de joie incomparables.

Big kisses from Marylin.

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